‹ L'Espagne contemporaine: Journal d'un voyageurChapitre 27 sur 48 · LB8 ELECTIONS DU 5 AVRIL · texte numérisé non relu

LB8 ELECTIONS DU 5 AVRIL

391 élus. Remarquez que, surces2l5imaistériels, il y a des hommes des opinions les plus opposées et des amis éloignés de ces amis. C'est ainsi que le senor Canova est un alphonsin ministériel. Cette dénomination vous étonne. Il ne faut s'étonner de rien en Espagne. Le senor Canova, alphonsin ministériel, parti récemment venu au monde, le senor Canova se dit : « Je suis alphonsin, rinfant Alfonso est dans mon cœur, cela est bien certain, il est dans mon cœur; mais je suis un homme paisible, n'aimant pas à taquiner le pouvoir, quel que soit ce pouvoir. Eh bien ! dans mon for intérieur , je brûlerai de l'encens en l'honneur d*AIfonso XII, tandis qu'extérieurement je ne contrarierai pas trop Âmadeo F'* » H en est jusqu'à deux dans le nouveau congrès qui se font ce raisonnement impayable, le senor Canova deuxième du nom et le senor Bu^ gallal. A côté de ces alphonsins polygames, je vous citerai par douzaines des unionistes à qui les progressistes et le maréchal Prim ont forcé la main lors du choix singulier d'Amédée de Savoie et qui sont amadéistes par la seule raison que la monarchie savoisienne se tient encore debout tant bien que mal. Le jour où l'orage la secouera trop violemment, ils seront les premiers à la pousser à terre. Ces 215 députés constituent donc un fond très-peu résistant et mal lié, sur lequel piétinera ou s'embourbera le gouvernement.

En face de cette petite majorité seulement nominale, le senor Sagasta va rencontrer 150 à 160 députés, car il y a des élections doubles et des collèges dont les députés ne sont pas encore élus, qui, dès le 22

avril, jour de la réunion des Gortès, sont décidés à battre vigoureusement en brèche le gouvernement. Vous savez que, dans le jeu parlementaire, Tattaque offre plus d* avantages que la défense, surtout lorsqu'elle se produit de la part d'opposants résolus contre une majorité péniblement recrutée ex prête à tomber en décomposition au moindre choc. El Norte^ journal du senor Romero Robledo , ministre des travaux publics, estime à 140 les membres de l'opposition : 52 fédéralistes, 38 carlistes, 38 radicaux, 12 modérés. Cette feuille a Vhabitude d'exagérer les vertus et les succès de son gouvernement et de diminuer celles ou ceux de ses adversaires. Je crois donc, et j'exprime ici Tavis de deux ou trois des nouveaux députés avec qui je me suis entretenu de la situation, je crois qu'il convient d'ajouter une vingtaine de noms aux 140 donnés par le senor Robledo. Notamment, en ce qui concerne les carlistes, ils seraient plus de 38 ; on les dit plus nombreux que les républicains.

Quoi qu'il en soit, le gouvernement a été battu, ce qui s'appelle battu, à Madrid. Tous les candidats de l'opposition ont triomphé. On est allé avec acharnement au scrutin , et je connais des carlistes et des alphonsins purs qui ont voté, à bulletin ouvert, pour donCristinos Martos, en haine du roi Âmadeo. Vous savez cependant que Madrid est peuplé de fonctionnaires, d'employés, de serviteurs de l'État et de soldats qui n'ont point une position bien indépendante. Malgré cela, les urnes ont fait échec au roi. L'armée a voté en majeure partie contre les candidats ministériels. Le gé^ie a refusé d'aller voter. Il y a dans ces faits

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suffisamment de quoi réfléchir, pour que le senor Sagasta n^embouebe pas la trompette des jours de fête. Ses demi-succès à Malaga, à Séville, à Xérès, à Cadix, à Barcelone, à Grenade et ailleurs se réduisent en définitive à ceci :

Aux précédentes Cortès, les radicaux avaient la majorité. Don Manuel Ruiz Zorrilla était maître de la situation. Le roi Amadeo ne consentit pas cependant à lui donner la présidence du conseil, sentant bien que c^ était se livrer aux loups. Il préféra recourir à la dissolution des Cortès et faire un appel au pays. Le pays, tiraillé par tous les agents gouvernementaux, renvoie au congrès 215 députés dont 80 au moins sont aussi tièdes que de vieux maris, et 150 qui n*auront ni paix ni trêve avant que le roi ne soit renversé. Si c^est là ce qu'on appelle un triomphe et la déroute de la coalition dans toute TEspagne, vraiment on n*est pas difficile» Eh bien, je dis qu un gouvernement aussi mal assis que le gouvernement actuel se trouve en présence d'une situation terrible, qu'il ne pourra pas s'appuyer sur une majorité forte et unie, et qu'une chambre de 391 membres qui n office au pouvoir que 215 ou même 230 partisans, est une chambre ennemie.

Mais, au milieu de cela, que devient le parti des modérés , le parti alphonsin-montpensiériste ? Car enfin , un parti qui n'est représenté que par quelques hommes, le comte de Toreno, Don Pedro Salaverria, le marquis de Campo-Sagrado, Don Constantino Ardanâz, don Agustin Esteban Collantes, Don Cipriano Pinero y Salgnero, Don Salustiano Gonzalez Régnerai.

Don Bcrnabè Morcillo de la Cuesta, le comte de Iranzo et quelques autres, quelle que soit la valeur de ces députés, est-il bien un parti?

Je vous ai dit, avant les élections, que le parti alphonsin et le parti montpeusiériste ne voulaient.pas se mêler à la lutte. Leur unique ambition était d'assurer à la coalition la meilleure réussite possible. Or, places entre les radicaux et les républicains d'un côté et les carlistes de Tautre, il ne leur restait qu'un petit coin, la modération et le libéralisme n'ayant guère leui royaume dans ce monde. Ils. n'ont pas voulu se disputer avec les coalisés i^r la part ridicule qu'on leur faisait. Ils se sont contentés de quelques sièges, et n'ont pour ainsi dire pas bougé, attendant pour entrer en lice que la coalition ait entrepris sa campagne parlementaire. Je crois qu'alors les choses changeront de face et que les rôles pourraient bien être renversés.

Le signe le plus certain des craintes que l'Infant Alfonso et le duc de Montpensier inspirent à leurs adversaires, je le trouve dans les paroles du seiior Sagasta et dans le fait suivant.

J'ai exposé, il y a quelques jours, la situation des partis en Espagne. Je l'ai fait aussi impartialement que j'ai pu, bien que j'aie une préférence que je ne cache pas. Les journaux de Madrid ont reproduit mes articles; et, depuis dix jours, je-suis sur le tapis; on épilogue chacune de mes phrases, on commente le moindre mot, tout comme s'il s'agissait d'un papier d'Ëtat.

Les radicaux et les carlistes m'ont lancé leurs fou-

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dres et tous les matins m^envoient au diable, ce qui m'est parfaitement égal. J'ai même encouru la dîsgràre de Don Joaquin de Ceballos Escalera, plus alpbonsîn que l'Infant, qui s'est fâché tout rouge parce que j'ai dit que là régence du duc de Montpensier apporterait un appui précieux à la lestauration du fils de la reine Isabelle. Ce senor de Ceballos ne yeutà aucun prix du régent. Ne pouvant me prendre à partie dans La Epoca ni dans El Tiempo^ ni même dans El Eco de Espana dont il est pourtant, je crois, Tun des actionnaires, parce que les deux premiers sont fusionnistes et que le troisième ne s'oppose pas trop vivement à la fusion, par égard pour Isabelle II et la reine Cristina qui la désirent. Don Joaquin de Ceballos est allé porter sa protestation, lui alphonsin, à un journal carliste ! El Pensamiento Espahol ! Il a invoqué la Constitution de 1845 qui proclame la majorité de Tlnfant héritier à quatorze ans pour repousser la régence du duc de Montpensier.

Si on a fait la Constitution de 1845, on peut la modifier, j'imagine. On a bien rédigé depuis la Constitution de 1869. Mais je ne veux pas répondre à mon alphonsin ex-ami du senor Nocedal, et qui fait de Falphonsisme dans les feuilles carlistes; je veux simplement vous dire que sa lettre et mon article défrayent la presse et suscitent des polémiques trèsaigres, qui sont un indice certain de la crainte que ce parti fait concevoir à ses adversaires. On ne s'occupe pas aussi vivement d'un parti qui serait mort ou mourant.

Je ne veux pas anticiper sur les événements. Croyez

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toutefois que le gouyemement sera aussi embarrassé avec ces Gortès qu'avec les précédentes, et que ron n'est pas bien loin du jour où Ton reconnaîtra la nécessité de prendre des gouvernants ailleurs que parnii les hommes de Prim; car, ainsi que le dit El Tiempo : La continuacion indefinida de £Ste gobierno es una reifolucion indefinida tambien.

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