VALENCE
Valence, 16 aTril.
Un jour, en revenant d'une eiLCursIon botanique dans rOberland, je faisais alors de la botaoique, qui est-ce qui n*a pas fait de la botanique? et rentrant par la Savoie, je m'arrêtai à Aix-les-Bains\ où j'eus la fantaisie de me faire masser. Après les préliminaires habituels, la piscine , Tarrosoir, le jet chaud et le jet froid, deux masseurs me pétrirent le corps, de la cheville des pieds à la salière des épaules, si bien qu'ils me réduisirent à un état pitoyable.
Je ne me suis pas fait masser à Valence, mais je n'en vaux guère mieux. J'arrive de Cadix. Trente heures de chemin de fer par les chaleurs accablantes de l'Andalousie, les vapeurs glacées de la Sierra Morena, Tair vif de la Manche î Si vous pensez que je suis dispos après un pareil trajet, vous avez une foi robuste dans la souplesse de mes reins. Soixante-dix fois sept fois, j'ai transporté mon centre de gravité de ia hanche droite à la hanche gauche; on a contrôlé dix-sept fois mon billet; et j'ai mangé une telle quan-
tité d'oraDges de Séville et de Palma, qu'il ne serai^ pas surprenant que demain je m'éveillasse sous la forme d'un oranger ombrageant de mon feuillage .un essaim d'Andalouses.
A Alcazar de San- Juan, on quitte la ligne de Cadix à Madrid pour prendre la ligne d'Alicante. Alcazar a été le chef-lieu de Tordre de chevalerie de Saint- Jean, et avant qu'il n'eût cet honneur insigne, il fut habité successivement par les Celtibères, les Romains et les Arabes. Singulière destinée que celle de TEspagne ! toujours gouvernée par l'étranger.
N'étant pas Espagnol, ce souvenir ne m'affecta pas outre mesure, et je ris de bon cœur lorsque ma voisine, — une Anglaise qui porte sur son chapeau un petit cochon de mer empaillé, il n'y a que les Anglaises pour inventer les modes gracieuses, — lorsque ma voisine me rappela que tout prf s d'Alcazar, àToboso, naquit la Dulcinée de Don Quichotte. Toboso est plus haut, en pleine Manche, dans un pays affreusement desséché où je m'étonne qu'il puisse naître des femmes.
La campagne d' Alcazar est cultivée en partie. Il y a des moulins à Campo de Criptana, des fièvres à Zancara, des chênes verts et des blés à Socuellamos, des bois de chênes et d'yeuses à Villarobledo, du blanc d'Espagne à Minaya, des chantiers de sapins de Cuenca à La Roda et de l'orge à la Gineta. Mais la contrée est loin d'être belle. Un vieux lieutenant d'infanterie qui a l'air d'un excellent homme, — il est en face de l'Anglaise empanachée du petit cochon, — me fait admirer chaque pierre, chaque lande. Sa figure est si bonne
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que je me garde de le contrarier, et m*eùt*il montré un crapaud, je lui aurais imperturbablement répondu : muy bonito.
Arrivés à Albacete, une bande de marchands grimpent sur les marchepieds du wagon et nous offrent à bon marché, c'est toujours bon marché pour celui qui vend, des couteaux de toute dimension, qui ne sont pas précisément des lames de Tolède, et qui se fa* briquent dans cette ville. Chinchilla! à peine découvrons-nous la ville qui est bâtie sur une hauteur, et je suis obligé de croire sur parole le lieutenant qui m'affirme qu une partie des habitations sont creusées dans le tuf. El Yillar est le dernier village entouré d'un peu de culture et de chênes verts. A sa sortie, le sol est d'une aridité incomparable, et sur les mamelons rocheux la bruyère ne trouve même pas de quoi se nourrir. Cest la Manche dans toute sa tristesse. Alpera et Almansa sont bâties dans cette solitude.
Nous laissons nos compagnons de voyage à destination d'Alicante changer de train à la Encina où la végétation prend quelque activité, et nous poursuivons notre route vers Valence, en nous engageant dans les montagnes peu poétiques de Mariaga et de Sanla-Barbara percées d'un long tunnel.
Le royaume de Valence s'étend à leurs pieds. Successivement on défile devant la ville arabe de Mogente, les ruines du château de Montesa, berceau de l'un des quatre grands ordres de chevalerie de l'Espagne; la Piedraencantada^ roche conique énorme que Ton met en mouvement d'une secousse ; les bancs calcaires de Alcudia de Grispias ; Jativa la mauresque et ses mu-
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