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tient l'eau que Ton y amène au moyen de barrages qui réunissent les filets d*eau de la contrée et permettent de la distribuer à volonté sur tous les points. Lorâqu'on veut labourer l'un de ces carrés, on l'inonde d'abord, puis quand il est détrempé par Feau, on j passe une araire traînée par un cheval, on égratigoe la première couche, on jette la semence, et les graines poussent en perçant cette coquille aqueuse. On étanche les terres de la même façon qu on les arrose, à l'aide de petits canaux qui ramènent dans les réservoirs on les torrents l'excédant d'arrosage.
Vous pensez si les primeurs abondent sous ce climat. Il y a plusieurs semaines déjà que j'ai mangé à Madrid des fraises de Valence. Ici, il y en a en quantité et d'excellentes. Il en est de même des asperges, des petits pois, des pommes de terre, des artichauts et des légumes qui, en France, n'arriveront à maturité que dans un mois. Le gibier y est aussi en abondance. On le trouve, il est vrai, dans toute l'Espagne. De Burgos à Cadix, je ne crois pas avoir dîné une seule fois sans perdrix rouges ni cailles. Par malheur, l'art culinaire y est si arriéré que l'on fait cuire au four ces perdreaux et ces caillettes, au lieu de les faire rôtir à la broche, devant un feu bien clair, en les arrosant sans cesse d'un beurre de la veille. Le vin y est capiteux et les vignerons ontla mauvaise habitude de l'enfermer dans des peaux goudronnées où il prend un mauvais goût. Mais les deu?ï récoltes principales sont le blé et la soie. Le blé est sur le point de la floraison, quoique moins avancé qu a Séville, et Ton commence l'élevage des vers à soie.
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loL soie fabriquée à Valence n^a pas la renommée des étoffes de Lyon. Néanmoins, elle donne des tissus de belle qualité, et j^ai vu ici, dans des magasins, de belles pièces de soie.
Il est incontestable que la Huerta est la partie la mieux cultivée de TEspagne. Cependant, de vastes étendues sont encore en jachère. Le fond est riche. Il ne manque que des bras pour le mettre en valeur. L*Espagne est essentiellement agricole. L'industrie n'y prendra jamais pied à raison du climat. Mais, pour fertiliser ce sol, il faudrait une population nombreuse, double au moins de la population actuelle. Si Ton parvenait à le peupler, outre le résultat que Ton obtiendrait au point de vue de sa richesse, je crois qu'on éteindrait en partie les guerres civiles qui le désolent. Les provinces sont à peine reliées entre elles et sont ennemies parce qu'elles sont séparées par de trop grandes distances. Rapprochez-les, vous mélangez ces populations d'origines si diverses et vous calmez ces vieilles rivalités. La découverte de l'Amérique a été, selon moi, plus fatale qu'utile à l'Espagne, en donnant une direction lointaine à l'émigration. Il y avait dans la péninsule de quoi tenter les plus avides, et si les colons étaient venus s'y implanter au lieu de passer l'Atlantique, l'Espagne serait une puissante et riche nation. Si j'étais appelé à diriger ce pays, tous mes soins tendraient à le peupler. J'accorderais des concessions de terrain aux familles, à mesure qu'elles s'accroîtraient et, comme au Val d'Andorje, j'exclurais les célibataires des fonctions publiques, Je sais bien que l'on pourrait me dire, ainsi qu'au chancelier
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Poyet, Patere leqem quant fecisti, maïs je tâcherais bien de sortir yite de Tappiication de la loi.
A ]a gare de Valence, je montais dans une tartane^ espèce de tombereau, couvert, suspendu sur deux roues, et qui sert ici d'équipage. Le cocher s'assied sur le timon, à côté du cheval, et il n*a qu'à se bien tenir si ranimai est vicieux. Les dames ne sortent guère qu*en tartane. Elles sont fort jolies, les dames. Elles nnt la réputation de posséder les plus petits pieds d'Europe ; leur réputation n'est pas usurpée, et je ne m'étonne plus qu'elles fassent des chutes si fréquentes. Leurs yeux et leur teint sont moins beaux que ceux des Castillanes et des Andalouses; mais leur figure est plus mobile. Les ailes de leur nez sont plus sensibles et leurs traits sont busqués et plus fins. Elles ont du sang maure dans les veines, quelques lignes de leur visage rappellent le type arabe.
Valence ressemble un peu à Madrid. Les maisons y sont peintes, mais avec moins de goùf-qu'à Séville et à Cadix. Je lui préfère la première et je la préfère à la seconde. Au moins, ses rues ne sont pas démesurément longues. Dans les villes comme dans la vie, j'aime l'imprévu. On finit, à la vérité, par arriver à la dernière porte. Mais on y arrive sans s'en douter. Il n'est pas bon pour l'homme de voir tout droit devant lui. Aux fenêtres, sont suspendues des nattes de palmiers ou des rideaux de lin qui abritent du soleil et donnent aux rues un caractère original et un peu mauresque. Sa population me paraît assez misérable. Les carrefours sont jonchés de mendiants nu-pieds, la couverture multicolore jetée sur l'épaule, des femmes char-
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gées d^enfants et cependant peignées avec élégance, les cheveux noués en rosace sur les oreilles, et deux épingles en aluminium à télé de verre s'entrecroisant dans le chignon. Toute cette population mendiante est républicaine, bien entendu, de même que les paysans de la Huerta sont carlistes.
Il y a quelques jolies promenades, la Glorieta^ le Jardin de la Reine, le Jardin botanique, YAlameda^ les quais du Guadalviar, sur lequel sont jetés cinq beaux ponts en pierre qui pour le moment ne servent pas beaucoup, la rivière étant à peu près à sec. Ce qu'il y a de plus intéressant, ce sont les monuments assez nombreux. La Casa lonja^ aujourd'hui marché aux soies, est ornée de colonnes torses qui ressemblent à des bâtons d'aubépius dans lesquels une liane flexible et nerveuse de chèvrefeuille se serait imprimée. La cathédrale, bizarre monument, démoli et reconstruit par les Romains, les Goths, les Arabes, puis restauré par le Cid et par don Jaime, n'offre de remarquable que sa grande tour de Micalet^ de la plate-forme de laquelle on a une vue admirable sur Valence, la Huerta et la Méditerranée qui est au Grao à cinq kilomètres. C'est un des plusbeaux spectacles qui se puissent voir. L'intérieur de la cathédrale est orné dans le goût espagnol et ne me plaît pas du tout. Parmi les nombreuses églises de Valence, je vous citerai Santa-Catalina^ à cause de sa tour, moins élevée que le Micalet^ mais plus élégante; San-Esteban et San-Bartholomé, Je n'en ai pas visité d'autres. IS Àudiencia est un monument assez imposant du seizième siècle, qui renferme quelques belles salles. La Lonja de la Seda^ jadis ha-
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bîtée par Ghimène, est transformée aujourd'hui en Bourse des marchands. La salle de la Bourse est la plus belle pailie de ce palais fort maltraité par le temps et les révolutions. Elle offre un fouillis de sculptures d^ ordre gothique. La galerie de créneaux couronnés qui régne au-dessus de la porte et sur la façade est également digne d'attention. La âfoi//i/i«.est ornée d'un bel escalier, et le grand salon de la Casa fie la Ciudad mérite d'être vu à cause de son plafond respl» ndissant de dorures et de peintures. La Puerta de San-f^icentej la Puerta de Serranos^ la Puerta de Cuarte et la Puerta del Mar^ flanquées de hautes tours, ont un aspect très-pittoresque, et la Plaza de las torosj toute neuve, est une des plus belles d'Espagne.
Il y a dans Valence une foule d'hôtels et de vestiges d'anciens monuments que j'ai vus, mais l'espace me manque pour vous les décrire. Il y avait aussi un grand nombre de couvents intéressants à visiter, que l'on a détruits en partie à la révolution de 1868. Mes fenêtres ont vue précisément sur remplacement de l'un de ces édifices qui possédait une chapelle remarquable.
Le comte de Nieulant, chez qui je suis descendu, a eu l'obligeance de m'introduire dans deux établissements dont je veux vous parler : l'hôpital et une école d'enfants pauvres. L'hôpital n'a aucune apparence extérieure, mais c'est un des mieux tenus que je connaisse. Il est parfaitement aéré. Des jardins d'orangers apportent leurs parfums jusque dans ces salles où la misère et la souffrance sont venues chercher une défense contre la mort. Les dortoirs sont des salons de palais où le marbre et les chapiteaux dorés égayent
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le regard. Les lits sont d^une propreté et d*un confortable qui ne laUsent rien à désirer. Les religieuses et les garde-malades sont presque aussi nombreuses que les lits. La cuisine est eiLcellente et propre; je Fai visitée en détail. Comme nous traversions une salle de femmes, une grande jeune fille poitrinaire se monrait* Ses traits avaient une régularité que Tagonie ne contractait pas. Elle s'éteignait, des roses à la main. Cinq ou six internes Tentouraient fort tristes. Je m'arrêtai un instant devant la morte qui parlait pour le grand voyage sans parents pour lui serrer la main, et je pensais que peut-être un roman venait de finir sa dernière page.
L'école des pauvres est un établissement que je puis citer comme modèle. Il est dii-igé par des religieuses. La supérieure, femme distinguée, me Ta fait visiter depuis son oratoire jusqu'au réfectoire. Point de luxe, mais des constructions commodes et même élégantes. On y recueille sept cents enfants pauvres. On leur apprend à lire, à écrire et à compter. On leur donne à déjeuner et à dîner. On les couche même s'ils n'ont pas d*asile. Ces bonnes sœurs en ont un soin infini et ces petits êtres, de trois à sept ans, paraissent les aimer beaucoup. J'ai goûté à la cuisine la nourriture qu'on leur sert* Je vous assure qu'elle est aussi bonne que celle de la table des maisons bourgeoises.
J'avais bien d'autres choses à voir à Valence, et j'avais bien des personnes à visiter. J'avais entre autres à faire une visite au marquis de San-José, visite que je serais impardonnable de n'avoir pas faite si je n'étais réellement bousculé par le temps qui se précipite et
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m* oblige à terminer promptement mon voyage. Je devais être présenté au cercle conservateur ou alphonsin où j'étais annoncé. Même motif. J'aurais été bien aise cependant de causer un peu politique avec la société valencienne qui, je vous prie de le croire, n'est pas amédéiste. Je puis même, à ce sujet, vous donner une primeur. Les dames de Valence vont inaugurer prochainement Vét^ntail' Alphonse . Véuentai/^jél" phonse est en soie ; il représente le prince en costume royal, la main posée sur la Constitution de 1845. On m'en a montré quelques-uns qui ne sont pas encore montés. A Madrid, les dames ont déjà protesté par la peinetaj coiffure nationale, et par la fleur de lis que n'ont pas les renards de Savoie.
x\u moment où je fermais ma lettre, M. le marquis de Mirasol, que je n'ai pas l'honneur de connaître et qui a appris, je ne sais comment, mon arrivée à Valence, m'envoie deux brochures : Liga de proprieta^ rios de Valencia y su proçincia et B.eglamento de la liga. Je n'ai pas le temps de les lire aujourd'hui, puisque je pars dans une heure : je ne puis non plus me présenter chez le marquis. Je lui enverrai mes excuses.
DB VALENCB A BÀRCSLONE.