DE VALENCE A BARCELONE
dans un fouillis de caroubiers; Nules, flanquée de tours; Yillareal et son clocher octogone; Castellon qui, dit-on, possède de belles toiles de Ribejra; Benicasim au fond d'une baie; le fortin de Benicarlo; Tortosa et sa citadelle de San-Juan ; Cambrils à la tour carrée adossée à Téglise; Salou sur une pointe de terre minée par les flots; Tarragone bâtie en amphithéâtre ; Yendrell dominée par une tour à trois étages; Ârbos à l'entrée du jardin du Panades; San-Martin de Sarroca dont IVglise, en roman-byzantin, date du onzième siècle; Yillafranca prés du Montserrat qui possède une chapelle creusée dans le roc et dissimulée par une cascade jaillissant au-dessus du portique; Martorell ; Papiol ; Molins del Be j dont les environs sont eittrémement fertiles; Gornella, àTéglise du douzième siècle, sont les principaux centres de population que Ton rencontre sur la ligne.
J'ai vu trop superficiellement cette contrée pour me rendre compte de son état de prospérité, et je n'oserais me prononcer à ce sujet. Mais, à en juger par la propreté des habitations et par les soins que les habitants apportent à la culture, je les crois dans l'aisance. Du côté de Valence, les maisons sont blanches comme un linge et couvertes d'un toit en chaume à la Mansart, avec une croix en bois au faîte. Vers Tarragone et dans la direction de Barcelone, elles sont en pierres, abritées en tuiles. Ce qui, d'ailleurs, me fait croire à la richesse, relative du moins, de ce pays, c'est qu les Romains s'y étaient implantés de bonne heure et s'y étaient maintenus avec une persistance inouïe, Rome avait le génie delà colonisation à un degré aussi
218 l'espagnb contemporaine.
éminent que de nos jours T Angleterre. Sur la côte ibérique, elle trouvait entre ces deux points 400 kilo-* mètres de terre végétale sous un ciel favorable, avec cet avantage inappréciable à une époque où les communications étaient difficiles, qu'elle pouvait accéder par mer à toutes ses colonies sans perte notable de temps» Mais les Romains avaient un don que les Anglais n*ont pas reçu de la nature. Us ne se bornaient pas à ouvrir des routes, à dessécher des marais, à canaliser les eaux, à fonder des villes. Partout où ils passaient, ils laissaient des traces de leur génie artistique. Et de Valence à Barcelone, c'est un interminable musée archéologique avec lequel on pourrait recomposer r histoire de T occupation romaine dans le royaume de Valence et la Catalogne. On voit encore à Sagonte, sur l'emplacement de laquelle s'élève Murviedro, trois arcs qui se trouvent aux portes de la ville; le Castillo; le théâtre d'ordre toscan, tout construit en petites pierres bleues ; des tronçons du cirque; les défenses de Chilches; la tour toscane, Torre de las Campanas de Castellore; Peniscola, l'ancienne Acra-Leuke d'Almicar, sur les autels de laquelle Annibal jura une haine éternelle aux Romains; l'aqueduc de Tanagone qui présente deux lignes d'arcades superposées ; la tour du palais d'Auguste; les salles souterraines du Forum et les mille débris que les fouilles mettent à découviert dans cette Tarragone dont les Scipion, Octave et Adrien avaient fait leur résidence; le Portai de Bazza ou arc de triomphe; le bourg romain de INoela; le château de Gélida; le Pont du Diable^ avec un arc élevé à Amilcar, pont décrivant une ogive immense;