LA FÉTB DU 2 MAI A MADRID
reoda au Prado au milieu d'une double haie de soldats. Il était eu bottes de conquérant à Téouyère, culottes courtes de casimir blanc, habit bleu-barbeau de capitaine-général, à parements dorés, à larges revers rouges, suivant la mode de la première république, le grand cordon de Charles III, blanc et bleu, en sautoir, la Toison d'or au cou, le chapeau à plumes blanches. Arrivé près du monument expiatoire, il a pris place, entouré de sa cour, et a présidé debout au défilé des troupes.
Je ne crois pas qu'elles s'élevassent à plus de cinq ou six mille hommes, tant soldats de la ligne, du génie ou chasseurs à pied, qu'artilleurs, chasseurs à cheval, cuirassiers et gendarmes* Ces différentes armés sont bien équipées et ont un air très-militaire. Elles paraissent parfaitement disciplinées et leur teuue est irréprochable. Les officiers, je puis bien me tromper, m'ont fait une moins bonne impression. Beaucoup, passez-moi le mot, ont la figure passablement abrutie, et tous sont tellement surchargés d'ornements , de pompon?, d'aiguillettes, de broderies, de croix et de rubans, qu'on a peine à les prendre au sérieux. Je connaissais un lieutenant-colonel avec lequel j'ai causé un instant en attendant que vînt son tour de défiler. Comme son cheval se cabrait, je n'ai pas pu examiner de bien près ses brochettes supportant trente ou quarante plaques ou décorations, mais il me semble bien avoir remarqué parmi elles les insignes d'un ordre quelconque affectant la forme d'un hanneton.
Cette prodigalité n'a rien qui surprenne eu Espa-
gne, car je parie que la Péninsale compte à elle seule plus de trente ordres de chevalerie. Le roi suait sang et eau en passant la revue. Chaque fois qu'un drapeau se présentait, il le saluait d'un coup de chapeau solennel qui, vu le jeune âge du souverain, avait dû être répété devant la glace. Puis, la série des bataillons épuisée, le roi s'est remis en marche, suivi de ses gardes en habits rouges, montés sur de magnifiques chevaux noirs, et le cortège s'est déployé devant la reine Victoire, le long des jardins du ministère de la guerre. Ni les troupes ni la foule n'ont fait entendre un seul cri de Vive le roi ! Cet anniversaire ressemblait à un enterrement.
On dit ici que tout cet appareil n'avait pas seulement pour but de faire montre des sentiments espagnols du roi, mais en réalité d'intimider les ennemis du gouvernement. Je n'ajoute foi qu'à demi à cet enfantillage. Ce n'est pas en faisant parader de la cavalerie au Prado que Don Amédée eifrayera les partis qui refusent de reconnaître un roi étranger. Le moyen serait aussi efficace que celui qu'emploient les paysans pensant éloigner les moineaux en plantant un mannequin dans les blés mûrs. Au reste, son gouvernement ne s'en tient pas aux menaces. Il ne recule pas du tout devant les mesures énergiques ni même devant les procédés arbitraires.
Qu'il réprime le mouvement carliste, c'est son droit; mais qu'à propos des carlistes, il répande des nouvelles inexactes et inquiète des hommes qui, pour être ses adversaires, n'en sont pas moins décidés à rester dans la légalité, c'est là une conduite que
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Ton ne saurait approuver. Ses victoires sur les partisans basques se réduisent jusqu'à présent à TenToi de nouveaux renforts au maréchal Serrano et son respect pour la liberté se traduit par Tarresiation incroyable du duc de Sesto qui, hier, a ému tout Madrid. M. Sagasta et M. Albaréda supposaient que le duc arrivant de Paris, était porteur d'un manifeste de M. le duc de Montpensier relatif à la restauration du prince Alphonse de Bourbon. Plusieurs heures durant , on Fa tenu au secret. Heureusement, le manifeste était arrivé deux jours avant et le' président du eonseil n'a recueilli qu'un scandale. Outre la personnalité importante de M. de Sesto, pour laquelle on a montré si peu d'égards, le ministère a blessé tout un parti dont la conduite est cependant pleine de modération dans les circonstances présentes.
En effet, les Moderados alphonsinos-montpensie" ristes restent en dehors de l'agitation qui, partie de la Navarre, pourrait s'étendre, s'ils y prenaient part de concert avec les républicains, dans l'Espagne entière. Au contraire, ils ont protesté et protestent chaque jour par leurs organes, le Tiempo et la Epoca^ contre les agissements des conseillers de Don Carlos. Leur situation de monarchistes constitutionnels leur rend plus difficile qu'à tout autre d'appuyer une insurrection armée contre un gouvernement bon ou mauvais, mais légalement existant, et de s'allier avec un parti aussi éloigné de leurs idées que le carlisme.
Aussi, dès hier même, à la séance du Congrès, M. le comte de Toreno, apprenant l'arrestation du duc de Sesto, est-il monté à la tribune pour interpeU
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1er le ministère* A peine le président, don Antonio de los Rios y Rosas lai a-t-il permis d^expliquer sa pensée, M. Sagasta étant de mauvaise humeur et probablement peu disposé à répondre. Le ministre d'Etat venait effectivement d'exécuter une assez jolie passe d^armes avec M. Castelar dont il a comparé l'éloquence à un manuscrit chinois arrivant aux Cortès où personne ne le pourrait déchiffrer, et d'échanger des phrases presque grossières avec un député de Madrid, M. Galiana, assez triste avocat sans causes, mais que sa qualité de député aurait dû protéger toutefois dans l'enceinte parlementaire.
Ce n'est pas la seule vexation que le parti Alphonsin-Montpensiériste ait reçu ces jours-ci de M. Sagasta dont on dit la position menacée par le maréchal Serrano, dans le cas surtout où ce dernier pacifierait les pays basques. Le journal El Tiempo^ feuille très-honorable, a reçu une assignation pour avoir publié les proclamations de Don Carlos au peuple Espagnol et à l'armée, proclamations que vous avez lues sans doute. Cependant on ne pouvait suspecter le Tiemvo de tendresse pour le carlisme; mais on a voulu froisser un parti honnête, alors qu'on devait peut-être sévir contre certaines feuilles populaires, La Reifolucion social y entre autres, dont le langage dépasse toutes les bornes de la licence la plus éhontée.
S*il arrivait que, poussés à bout, le parti alphonsin et le parti républicain modéré se décidassent à prendre part à la lutte en armes, il faudrait deux jours pour renvoyer en Italie le roi Amédée. Le premier, je crois, n'a pas l'intention, malgré la conduite du