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Le jour nous éclaira tout à fait, lorsque noua arri« vâraes vers le confluent de l'Hormaza et de TArlanzon.Pamplîega est non loin de là. Le roi goth Wamba y est mort dans un couvent de Bénédictins. Il s'était fait moine , de dégoût sans doute de gouverner les hommes. Pampliega est étage sur la montagne , an fond de ce pays plat. Nous passons PHormaza sur un pont en biais, à Yillodrigo. Toujours la plaine ! Sœur Anne, ne vois-tu rien venir .^ Je ne vois que la plaine qui grisonne, Fberbe grise , les maisons en pisé gris, les arbres gris, les pierres grises, les ânes gris, les chiens gris, les moutons gris. A Torquemada coule le Pisuerga limoneux ; on dirait qu'il charrie de la soupe de farine de maïs. Sur la berge, quelques jardins plantés de légumes ; dans la campagne, des vignobles que Ton dit produire d'excellent vin ; de loin en loin les ruines d'un château, celui de Magaz entre autres. S'il est vrai que CastilleYiennede Castel^ à cause du grand nombre de castels ou forteresses qui avaient été élevés sur tous les points stratégiques pour défendre le pays contre les Maures, je ne m'explique pas d'abord que l'on n'en constate pas une plus grande quantité de vestiges , ni comment ces forts, fussent-ils dix fois plus nombreux, pouvaient arrêter les envahisseurs. Les espaces qui séparent chaque monticule sont tellement vastes, qu'à cette époque où l'on ne connaissait pas les engins de guerre qui permettent d'attaquer l'ennemi sans même le découvrir des yeux, les Maures devaient tout à leur aise y pénétrer. Que ma remarque soit juste ou que je me trompe, ce qui est bien possible , je n'ai jamais vu d'aussi beaux champs de
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bataille. Le5 boulets y voleraient sang obstacle enfoncer les carrés et Ton y ferait de splendides charges de cavalerie.
La Venta de Baiios que nous atteignons est une station balnéaire. On raconte (que ne raconte-t-on pas en Espagne!) que le roivi^goth Receswinte^ revenant d'une expédition en Navarre ef souffrant de la pierre, laquelle tourmentait déjà les humains, s'arrêta à Banos, s'y baigna dans une source d'eau minérale, obtint sa guérison , et par reconnaissance pour saint Jean-Baptiste à qui il vouait une dévotion particulière;, lui éleva une chapelle. L'histoire n'est pas jeune, elle date du Septième siècle. Je ne sais si elle est authentique. Ce qui est certain, c'est que la chapelle existe encore, du moins à l'état de débris, et que l'on déchiffre sur une table de marbre fruste l'inscription commémora tive .
Le monastère de San Isidro de Duenas n'est pas très-éloigné de la Venta, et après avoir traversé, sur un pont à sept arches, le Garrion aussi boueux que le Pisuerga, nous arrivons à Dueiias.
Cette bourgade est bâtie sur une verrue grise, le long du canal de Castille. Des filles en jupon jaune lavent dans le canal des torchons qui ne sont point radieux comme ceux que M. Victor Hugo savonne dans la Marne. Mais leur couleur, car ils sont d'un noir de suie , ne m'a plus surpris quand on m'a eu donné l'explication du curieux phénomène que me présentait ce qu'on appelle la ville de Duenas. Dans la colline sont pratiquées des ouvertures fermées par des claies. Je pensais que ces ouvertures donnaient
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accès dans les caves , les maisoos ne pouvant en pos« séder, parce que l'eau du canal pénètre le sol et en ferait des réservoirs. Cependant, je ne comprenais pas . à quoi servaient les quatre-vingts ou cent cheminées qui surgissent du gazon. Ce sont tout simplement les cheminées des maisons qui sont bâties sous terre. Une partie des habitants de Duenas est logée comme les lapins. Ferdinand d'Aragon ne dédaigna pas ce somptueux séjour, puisqu'il y vint prometn^ la fleur d'oranger à Isabelle de Castille, et que le premier fruit de leur hymen y vint au monde.
Presque en face, je vois les pans des murs jaunâtres de ce qui fut le couvent de Santa*Maria de Palazuelos et à quelques kilomètres^ le village de Cabeion que la légende dit avoir été une grande ville. Ses habitants couchent aujourd'hui à la même enseigne que leurs voisins de Duenas. Une dernière rivière à passer, TEsgueva, et voici Valladolid.
Là encore , j'ai failli être dépossédé de ma malle par un coquin qui l'ayant saisie à ma descente du wagon, sous le prétexte de me conduire à une buena fonda , m'a fait trotter par tout Yalladolid. Le pendard, le vaurien, je n'ai pas d'expression pour le qualifier, m'a mené dans trois maisons d'appartements meublés qui pouvaient être tenues par des honnêtes gens, mais que je soupçonne d'appartenir à des compères qui savent plumer le voyageur sans le faire crier. Moi qui ne plume personne, mais qui ne souffre pas d'être plumé, voyant ce que mon gredin appelait une buena fonda^ je vais droit à un aide de l'Âlcade qui se promenait le bâton sous le bras^ et lui fais ma
réclamation, avec un accent, mon Dieu ! m'a-t-il compris? je ne le garantis pas. Toujours est-^il qu'il semonça vigoureusement mon commissionnaire, lequel se décida devant cette mercuriale à me mener à une fonda pour de bon. Si je relève ce petit incident, c*est qu'il se répète en Espagne partout où Ton s'arrête. Les hôtels ne sont pas très-chers ; il est vrai que la cuisine est affreuse et que Monselet y mourrait de faim avant un mois ; mais les commissionnaires, les garçons, les servants, les cochers d'omnibus, les gérants, les guides, les portiers, leurs amis et les mendiants sont de véritables punaises qui vous sucei^l, réal par réal, le meilleur de votre bourse. Aussi, je jure bien que si je reviens en Espagne , j'y viendrai les mains dans mes poches, sans le plus léger bagage, sans canne , dussé-je acheter mes chemises deux fois leur valeur.
Yalladolid est une grande ville fort triste. Sauf au centre, les maisons sont laides, vulgaires, les rues percées en coupe-gorges, du pisé et de la brique, des cloîires gigantesques sans toit ni fenêtres, des monuments en lambeaux. Mais, il existe d'autres monuments très-remarquables et un quartier fort intéressant à visiter.
Lorsque je veux connaître une ville, je procède toujours avec méthode. Je vais voir en premier lieu les monuments, puis j'étudie les indigènes ; et je commence les monuments par les églises, parce qu'il y en a dans toutes les villes. La cathédrale, de Yalladolid n'a jamais été achevée. Herrera, sur Tordre de Philippe II, voulait en faire une œuvre colossale ; elle
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Veut été, en effet, à en juger par Fépaisseur énorme des murailles qui pourraient supporter tout un monde de voûtes et de clochers. Mais son plan n*a pas été exécuté. La façade d'ordre dorique ne me platt pas davantage que le reste de la métropole. Je n'en dirai pas autant des diverses richesses qu'elle renferme : du tombeau de Pedro Ansurez, du tabernacle en argent de Juan d'Arfe , de V Assomption de Velasquez , de la Transfiguration de Giordano, et d^une peinture florentine représentant le crucifiement. L'église de la Cruz est aussi de Juan de Herrera, qui n'est pas mon architecte.
Elle possède plusieurs groupes de Gregorio Hemandez, un Christ au jardin des Oli\fiers et une Descente de croix qui sont des œuvres de mérite. L'église gothique de la Magdalena ofire à l'extérieur Fécusson de Pedro de Gasca, évéque de Palencia , qui occupe une partie de la façade ; à l'intérieur, un beau retable corinthien d'Esteban Jordan. San^Lorenzo n'a que Sun tableau représentant une députation envoyée à doîia Maria, épouse de Philippe III ; S an-Miguel^ de Pompeio Leoni, sa nef, ses piliers corinthiens et les sculptures du retable; Las Huelgas, d'ordre corinthien , le tombeau d'albâtre de Maria de Molina ; San-Sahador^ sa tour en briques et son portail ; Santa^Anna^ qui date seulement de Charles III, se^ tableaux de Goya et de Bayeu ; San Martin , une image de la Vierge du xiii* siècle; Nostra-Senora de la Pena de Francia : Santa-Maria de las Angustias, les statues des saints Pierre et Paul qui ornent sa façade d'ordre corinthien , et la Mater dolorosa de Juan de Juni .
Mais la façade gothique et le portail de San^Pablo valent mieux, à eux seuls, que toutes ces églises. La façade est fouillée aussi délicatement qu'une boucle d*oreille. Le soleil a teint ses pierres, qui ont des reflets d*orange mûre ou de guipure jaunie par Vusage. Le reste du monument est vulgaire. Au chevet de San-- Pabloy qui a servi tour à tour aux conciles , aux cortès et au préside péninsulaire, est adossé le Collège dominicain de San-Gregorio dont la façade gothique, moins grande que celle de San-Pahlo^ est plus riche peut-être et plus touffue. Le collège possède aussi une cour en arcades et un escalier fort beau. Cette cour est ornée de sculptures d'une merveilleuse élégance. On y a installé je ne sais quel service public.
En face de San-Pablo et de l'autre côté de la Plazueluy se trouve le Palacio realy qui fut le palais des rois jusqu'à l'époque où Philippe II transporta la capitale de l'Espagne de Yalladolid à Madrid. C'est un bâtiment en style de caserne. Le patio seul mérite un coup d'œil.
En revenant de la partie extrême de la ville où sont situés ces trois monuments , je passai par la Plazuela de Chancilleria dont un côté est occupé par l'ancien palais de Tlnquisition, transformé àprésent en prison, tl n'aurait jamais dû avoir une autre destination ; car c'est une vraie prison. Néanmoins, je tenais à voir ce souvenir historique^ non que j'excuse, bien que catholique, les cruautés de Tlnquisition. Je les condamne, comme] «* blâme en politique les prodigalités de Louis XV et l'entêtement de Charles X. Mais j'avais la curiosité de le voir de mes yeux. De là, je descen-
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dis à rUnivendté de la Plazuela de Santa-Maria. Je parcourus ses galeries où rôdaient quelques étudiants. Tallai ensuite dans une rue déserte, une sorte d*impasse, m' arrêter un instant devant une pauvre masure à un étage, en pisé, qui tombe à chaque coup de vent. Le mur est percé de trois ienétres dont les vitres sont absentes. Des sarments sortent par les carreaux. Une petite pierre, près de la porte, est ornée d*un médaillon au-dessous duquel sont gravés ces trois mots : ^ jiqui mori Colon^ « là est mort Colomb, » Christophe^' * -^ ' " Colomb, dans cette chaumière de pauvre ! O vanité humaine! jiqui mori Colon ! je m*en allai tout ému au n® 14 delà. Calle del Rastro^ où Cervantes habitait en 1605, lorsqu'il faisait imprimer %on Don Quichotte.
Le Teatro de Calderon et le musée sont les derniers édifices qui me restaient à visiter. Le théâtre est vaste et d'assez belle apparence, on Ta enduit des pieds à la tête d'une couleur de bistre. Le musée est très-gracieux. Sa distribution intérieure n'est pas heureuse. Les salles sont basses, quelques-unes sont de véritables caveaux. Il contient une foule de toiles dont bon nombre ne valent pas trente sous, et une ribambelle de statues en plâtre colorié que Ton portait autrefois aux processions de la Semaine sainte. Deux magnifi- ' ques Rubens, les Fuensalda fias qu'à mon avis l'on peut \ classer parmi ses plus belles œuvres, un saint Joachim de Murillo, une sainte Famille de Diego Riaz, une Magdeleine du Corrége ; voilà ce que j'y ai le plus admiré. J'y ai vu également avec un grand intérêt la Passion en marqueterie de nacre. C'est un travail fort curieux. Sur le devant du musée, après les salles
de peinture, on m'a fait entrer dans une bibliothèque ravissante en bois de chêne tourné, avec médaillons dorés. Nous n'avons rien à Paris d'aussi élégant.
C'est le moment, un peu avant la tombée de la nuit, d'aller se promener sur la Plaza Mayor^ car il y a partout, en Espagne, une Plaza Mayor, comme en France une rue royale, impériale ou nationale, suivant les temps. 11! Ayuntamiento est là. Il est peinturluré en bleu vague. Au milieu de la place, un arbre de la liberté, bariolé de blanc et de rose, surmonté d'une planchette figurant une banderole où on lit je ne sais plus quoi en l'honneur de la démocratie. Tout autour, d'assez belles maisons tQutes semblables, à balcons, soutenus par de grands piliers de granit usé, formant au rez-de-chaussée des galeries dallées, dont l'une surtout est jonchée dç promeneurs. La foule se divise en deux colonnes : l'ufte monte la galerie, l'autre la descend, ce qui forme une courroie sans fin. On est pressé, serré, bousculé. On appelle cela une promenade d'hiver.
La Plaza it/^jor est entourée de rues, de Plazuelas bordées de galeries, ornées de fontaines, inondées de quelques jolis magasins et d'immondes petites échoppes, pullulant de flâneurs, de marchands, de laitières, d'ânes, de mulets, de brouettes, d'étudiants, de senoras, de choux, de légumes, de souliers, d'étoffes à quatre sous, de bric-à-brac, de bazars rococos, àepeluquerias. Pas une voiture, rien que des ânes et des mulets. Huit ou dix berlines, qui doivent venir de la Sainte-^Inquisition, attendent vainefriient, le long de
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là^cera^ un TOfjageur assez téméraire pour se risquer sur leurs ressorts mal assurés.
YaUadolid est dans ce quartier, dans ce pâté de maisons; ses soixante-dix mille habitants tiennent dans ces quelques centaines de mètres carrés. Allez là, si vous Toulez les étudier.
Ce qui m*a beaucoup frappé, c^est la similitude du costume et du type féminin populaire de YaUadolid avec celui de Bnrgos, et la différence du type et du costume masculin. Ceux-ci ne sont plus les mêmes. L'air fier, boudeur et réserves ne se remarque plus que sur quelques usages. La capa devient plus rare. Beaucoup la remplacent par une couverture à raies éclatantes et à glands. Le large chapeau est aussi préfère.
La fuente ou fontaine qui est derrière la Plaza Majror est littéralement mise à sec par la multitude de criadas ou porteurs d'eau des deux sexes qui y emplissent, du matin au soir, leurs amphores. De petits ânes bourrus sont bâtés d'une espèce d'échelle garnie de trous dans chacun desquels on introduit une amphore pleine, laquelle ne verse pas, grâce à un tampon en cuir. La criada donne une claque à Tàne. L'âne part en rechignant, et voilà mon porteur qui d'une voix aussi variée que celle des marchands d'habits du quartier Latin, s'en va parcourant la ville en criant à vous fendre Tàme : Agua ! jigua ! quien quiere agua ! Je suppose que plusieurs de ces industriels cumulent cette profession avec la fonction de gardien nocturne. Car il me semble reconnaître une voix qui, lli nuit, poussait devant le Teatro de Lope à
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côté duquel je couche, un crî strident : Una koral sereno! Que diable veut-il avec son serenoP me demandai-je. J*ai appris qu*à Yalladolid, ces gardiens nocturnes annoncent d'heure en heure et l^heure qui sonne et le temps qu'il fait.
Je considérai tout ce mouvement qui anime les alentours de la Plaza Mayor et je flânais à droite et à gauche, lorsqu'en passant devant un savetier sur le pas de sa porte, j'entendis siffler le g;rand air de Rigo^ letto. C'était le savetier qui s'offrait cette mélodieuse distraction. Un coup de marteau enfonçait un clou dans la semelle, et, quand le marteau se relevait, une note bien filée, suave de mélancolie, sortait de ses lèvres. Je réfléchissais que c'était probablement une âme d'artiste égarée dans l'enveloppe d'un ressèmeleur, lorsque, interrompant son solo^ il se moucha dans ses doigts le plus carrément du monde. Tout mon échafaudage poétique s'évanouissait.
De dépit, je quittai la place de la Fuente, me demandant comment il se faisait qu'à Valladolid il y eût si peu de linge, puisque à toutes les croisées je voyais dçs draps, des chemises et des essuie-mains en train de sécher, alors qu'une heure auparavant j'avais vu le Pisuerga, fouetté, battu, bleui et blanchi par plusieurs centaines de lavandières. Il faut que chaque habitant n'ait qu'une demi-douzaine de chemises et deux paires de draps pour que l'on fasse ainsi constamment la lessive.
En cent pas, je m'étais adjoint à la courroie sans fin du portique. Il y avait là deux ou trois cents étudiants, tous enveloppés de la capa. Les étudiants
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cAicsh portaient gentiment retroussée, étalant la fourrure do collet. Les autres, que leur famille ne doit pas couvrir d'or, avaient une tournure moins dégagée. J'avais vu le matin plusieurs de ces derniers, au Cafif impérial f un café en forme de cercueil, déjeuner de pommes de terre frites pour toute pitance; ce qui n^est pas un repas de Lucullus, même à Yalladolid, Mais aucun n'a cet air débraillé qu'affectent en France les étudiants en droit et en médecine. Ils ont, en général, une figure fine et intelligente. Je ne sais s'ils travaillent, en tout cas ils paraissent laborieux. Le soir, ils se réunissent près d'un millier au Café suisse et boivent un affreux mélange de bière et de limonade, en jouant aux dominos, ce qui fait un bruit épouvantable. Pas une fille avec eux, cela est proscrit beureusement par les mœurs. La Acera n'est pas occupée par eux seulement à Theure delà promenade. J'y ai rencontré plusieurs senoras que j'avais aperçues déjà au Prado de la Magdalena^ au Paseo de Recoletos et à la Fuente de la Salud. Elles attendaient sous les arcades que leurs maris sortissent du cercle, un cercle où l'on joue au billard et où on lit, mais où on ne consomme pas, ce qui va faire envie aux bourgeois des chefs-lieux de canton qui l'apprendront. Ces senoras sont bien celles que j'ai décrites à Burgos, le type castillan : moyenne grandeur, taille bien prise, teint blanc, lèvres fraîches, dents blanches, yeux noirs, doux et caressants, cheveux noirs mats, traits réguliers. Comme elles portent une robe un peu longue, je n'ai pu m'assurer si elles ont un petit pied. La robe est toujours noire ainsi que la mantille. Les
élégantes sont vêtues de soie brochée avec armure de velours violet. Elles se coifiFent en relevant leurs cheveux sur le sommet de la tête. Du haut de cette coiffure descendent jusqu*au front une centaine de mignonnes frisures qui figurent une grappe de raisin. Cela les rend adorables. Quelques-unes feraient perdre la tête à saint Jacques de Gompostelle , s*il n*était dans un monde meilleur.
Ces tours et ces retours sous le portique me plaisent beaucoup parce qu'on y étudie les passants, perdu dans la foule. Je crois les Castillans désœuvrés et trèsavides de spectacles. Je suis persuadé que les aïeules de ces gentilles senoras ont applaudi, sur cette même place, à la décapitation du connétable Alvaro de Luna , à T autO'da^fé de 1559 et aux contorsions des hérétiques sur les bûchers du Campo grande.
DE VAI^UADOLID A l'eSCORIAL.
L'Efoorial, 9 mars.
Encore la plaine ! en sortant de Yalladolid. Viana est dans la plaine, Valdestillas est dans la plaine, Matapoznelos est dans la plaine ; dans la plaine, on traverse le Duero, FAdaza, le canal qui va à Ségovie.
J'exècre la plaine. Uœil s'y perd bêtement sur une surface bête.
A Pozaldez dont la tour carrée, avec son campanile octogone, domine les environs, les terres paraissent meilleures et bien cultivées. L'eau se rencontrant à une faible profondeur et s'écoulant difficilement, faute d^une pente suffisante, on a adopté le mode de culture pratiqué à Bordeaux. Après le labour, on ne passe ni la herse ni le rouleau ; on sème sur la crête du sillon, de telle sorte que la rigole formée par deux sillons n'est pas ensemencée et que la pluie s'y étanche. Un voyageur de la maison Darblay, venu en Castille pour acheter des grains, me disait hier à Valladolid, à la table d'hôte, que les terrains compris entre Pozaldez et j^anero forment la Beauce de la
province, qu'ils sont fertiles en céréales de bonne qualité et que Médina del Campo et Arévalo sont deux marchés de blé importants. Ils servent aussi d'entrepôts pour les vins de la contrée qui est plantée, en assez grande abondance, de vignes mal piochées, mal taillées, en un état pitoyable. Ces diverses cultures sont entrecoupées de steppes sablonneux, de pins clair-semés en forme d'ombrelles, bas et rachitiques.
Hedina del Campo, arrosé par le Zapardiel, est assez vert et assez riant. Les ruines de la Mota de la reine Isabelle et de Jeanne la Folle, se détachent audessus de ses habitations. Quelques moulins à vent battent Tair de leurs bras décharnés à travers les peupliers et les saules d^alentour, sans qu'un Don Quichotte pique sa bête et courre sus les pourfendre, A San-Yicente, apparaît le profil du Guadarrama, et recommence la monotonie des champs arides jusqu'au delà d'Ataquinès. Vous connaissez l'origine du nom de ce village, tous les Itinéraires de l'Espagne le rapportent. Isabelle la Catholique passant par là, sa jarretière tomba. Les règles de la galanterie ne permettant pas à un chevalier de boucler la jarretière d'une dame, la reine appela une de ses suivantes du nom d'Inès : jéta aquiy Inès! « Attache ici, Inès! » lui ditelle. En souvenir de cet événement important, ce lieu a pris le nom d'Ataquinès. Il est situé à la même altitude que le Visillo, point culminant de la Sierra- Morena.
Abreuvé, gorgé, saturé de landes, je m'assoupissais, lorsqu'à San-Chidrian, un capitaine de gendarmerie monta dans le wagon de première classe où
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j'étais. C'était mon premier compagnon de voyage depuis Yalladolid. Il me salua, je m'inclinai. Ma connaissance approfondie de la langue espagnole ne me permettait pas de me fourvoyer dans une conversation plus intime. C'était un Pandore blanchi sous le harnais. Cheveux gris coupés ras, moustache noire drue conmie une broussaille, sourcils prodigieux, fourrés, feuillus, touffus ; un chardonneret y arrangerait son nid. Au demeurant, la physionomie passive et bon enfant d'un vieux grognard. Pour varier mes occupa* tiens, je me mis à déchiffrer ce gendarme et à recomposer son état civil. C'est un pauvre gentilhomme de la basse Castille à qui sa gentilhommière suffisait juste pour mourir de faim. Peu entreprenant et d'une culture qui ne dépassait pas celle de son pays, il écrivit à la cour, à quelque grand d'Espagne qui, dans le temps, avait voulu du bien à madame sa mère, et obtint une lieutenance. Peu à peu, par les services rendus à son pays en pourchassant les voleurs et les contrebandiers, il s'est élevé jusqu'au point de mériter les étoiles de capitaine, car les officiers portent ici des étoiles.
Tout en devisant a parte ^ je jetai un coup d'oeil sur la voie et j'aperçus le puerto d'Avila, espèce de coupure dans la chaîne que nous atteignons. Bonsoir, braves plaines! je ne vous en veux pas par amour pour Notre-Dame de Burgos. A Velayos, nous filons tout à fait dans la montagne. Des pins, des chênesverts malotrus, des garbanzos ou pois chiches, des cochons dévorant des glands doux, des quartiers de roche jetés en désordre dans tous les sens, polis, usés,
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frottés par les intempéries, arrondis en boule, affectant des attitudes fantastiques, imitant parfois les dolmens de la Bretagne. De rares hameaux dont les cabanes sont bâties à fleur du rocher : des jardinets encerclés dans des murailles en pierres sèches, entre lesquelles on gratte quelques pouces de terre végétale ; des loups en hiver, en été des moutons noirs, des ânes étiques, des vaches desséchées, des lapins et des perdrix. Le chemin de fer traverse, vers Mingorria, de grandes tranchées pratiquées à coups de mines, suit des remblais élevés, tortueux, et nous débarque à Avila.
Il faisait froid. La Sierra d'Âvila et le Somo-Sierra étaient couverts d'un capuchon blanc ; la neige était tout autour de nous par étroits gisements, abritée derrière une roche, un arbre ou dans un creux. L*air vif aiguisait mon appétit. Je m'arrêtai donc à. Avila. Au moins, voilà une ville comme je les comprends en Espagne. Au milieu des montagnes, sur un monticule, parmi les rochers, environnée de la végétation habituelle dans ces parages, végétation qui s'enrichit d'érables et de bruyères, se dresse fièrement une petite ville entourée d'une ceinture de belles murailles crénelées flanquées de tours rondes. Dans le haut, la cathédrale. Au bas, un gracieux clocher, celui de San- Antonio, Cette Avila, hérissée de bastions brunis, aux portes sombres, aux vingt couvents, m'enchante. C'est une ville originale qui ne ressemble pas à toutes les villes. Les habitants doivent s'y ennuyer horriblement ; mais, pour le passant, est-ce poétique ! C'est à Avila qu'est née sainte Thérèse, Tiningination la plus
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ardente de toutes les Espagnes, rincaraation d^ Tamour mystique ; et vraiment cette nature bouleversée n'est pas faite pour inspirer des passions terrestres. Il paraît non moins quelle ne favorise pas Fart culinaire. On m'y a fait manger, comme mets de résistance, une saucisse d'un croqueur de glands doux. Cela avait un goût douceâtre qui m'a fait venir le cœur sur les lèvres.
Au delà d'Avila, la route s'élève vers la montagne; les ravins se creusent; le ciel prend une teinte bleu foncée ; les bandes de neige deviennent plus épaisses et plus larges ; les tunnels, les tranchées, les remblais et les viaducs se succèdent à Tornadizos, à la Gartera, à Navalgrande, à Yaldespinos, au Val de Juno, à la Pedriza ; le désert revêt un aspect plus sauvage ; des troupeaux de chevrettes noires, grises, isnbelle, pie, feu, s'enfuient à toules jambes à notre approche, comme si le loup était à leur poursuite ; les rochers ruissellent ; une multitude de minces ruisseaux courent en tous sens ; le soleil fait scintiller les hautes cimes comme des basquines de danseuses. Le spectacle est varié et superbe.
Nous sommes ici à 1359 mètres d'élévation, le point le plus élevé où atteigne un chemin de fer en Europe. Un long tunnel nous mène à la Canada, et là nous allons descendre par des pentes rapides. Quel pauvre village que Navalperal qu'égayent un peu cependant les magniBques sapinières et le chalet du duc de Medina-Cœli ! que Las Navas! que Robledo! C'est, je crois, à Navalperal que j'ai vu un jeune montagnard conduisant une couple de mules. Voir un jeune mon-
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tagnard qui conduit une couplé de mules, c*e&t chose fort ordinaire en Espagne. Mais, de ma vie, je n ai vu des souliers et une chemise pareils à ceux de ce gars. Feu M. Dupin se serait pâmé d*aise devant le cuir épais, les semeUes colossales, les talons énormes, les clous de portail de basilique, les lacets, vraie courroie de taureau, qui agrémentaient cette phénoménale chaussure.
On découvre très-bien la plaine horrible qui mène à Madrid. Nous achevons de descendre les derniers escarpements, et nous voici à TEscorial. Le monastère nous écrase tant il est vaste. La nuit tombe. Le froid est pénétrant. Je me jette dans une voiture jaune, moins bien suspendue que celle de madame de Metter-nich. Deux mules au timon, quatre de front à la cheville, couvertes de clochettes, de grelots et de colliers bordés de jaune, m'enlèvent au galop et grimpent la côte droite. Leur croupe dodue a des balancements cadencés et doux ; leur ardeur est soutenue et sincère, elle n'a rien des emportements suivis de découragements qui se voient chez le cheval. En un quart d'heure, nous arrivons à Thôtel. C'était l'heure de la table d'hôte. Nous étions trois : une jeune femme brune et bien portante, un monsieur quelconque et moi. Sur la table, qui est de cent couverts, une double ligne d'autant de piles de sept assiettes qu'il peut tenir de convives. Ma voisine en a jusqu'au menton et barbotte dans son potage. Sans respect pour les usages locaux, j'écarte six de mes assiettes, au grand ébahissement de la dame, et je m'attable à la française. La cuisine est sans nom. A la fin, on m'apporte un
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poulet. — Bon, me dîs-je, je vais me rattraper sur ce volatile. Le scélérat avait été empaillée! avait dû orner une cheminée de VEscorial. Je le tourne et le re-> tourne, ma fourchette et mon couteau rebondissent. Je prends un membre entre le pouce et Tindex, dans lespoir que mes dents en viendront à bout; je fais vainement cet essai loyal, mes canines se plantent dans une paume. Désespéré, je monte chez moi. Qui dort dîne, pensai-je. Et je me couchai. Ces couchettes espagnoles sont tentantes! Le lit en fer est trop étroit; mais les draps de lin sont d^une finesse, d'une blancheur dévoile déjeune mariée; le double coussin avec sa dentelle au crochet vous convie si gentiment au sommeil ! Je bus ma nuit tout d*un trait, et me réveillai le lendemain, le dôme de TEscorial vis-à-vis mon balcon, tout doré par Taurore, une fanfare d'en* fants de troupe sonnant en refrain un air des Diables roses. Je ne me souvenais plus d'avoir mal soupe.
l'escorial.
L*Escorial, 10 mars.
Je ne sais rien de plus ennuyeux à la lecture que la description d'un monument, si ce n'est la rédaction de la description elle-^même. Aussi, ne comptez pas que je vous énumère les tuiles qui couvrent l'Escorial, ses onze cent dix fenêtres, ses quinze portes, ses dixsept niches, ni que je vous dise que T édifice affecte la forme d'un parallélogramme régulier ou d'un gril de deux cents mètres dans un sens, et de cent cinquantesix dans l'autre. Cela m'est aussi indifférent que de savoir combien de pagodes renferme Fou-Tcheou et si le grand Khan de Tartarie est enrhumé. Je suis un passant qui, trouvant un palais sur son chemin, le regarde, y pénètre si la porte est ouverte, et dit tout bonnement : « Voilà un palais à mon goût, ou, voilà un palais qui ne me plaît pas. »
On m'avait répété si souvent que Napoléon I**" avait promené ses aigles triomphales de l'Escorial au Kremlin, que je m'imaginais d'abord que l'Escorial était un château-prodige, et que je ne savais pas au juste
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dans quelle mesure c*était un chftteau et jusqa*à quel point c'était un monastère. Je ne le sais pas encore précisément. L'aspect est d'un château en granit froid et sévère, aux proportions gigantesques. Le site est d'un monastère, d'un pays désolé, où Tâme s'élève à Dieu, sans le secours de la discipline, par la seule contemplation du désert. Si c'est un château, je lui préfère Versailles ; car, à la hauteur du bassin d'Apollon, lorsqu'on fait volte-face pour juger de l'effet de la résidence de Louis XIV, cette phrase vous vient involontairement sur les lèvres : « Le beau palais et le grand roi ! » Tandis qu'en regardant du bas de la montagne la coûteuse fantaisie de Philippe II : a Quel original et quel beau tas de pierres ! » Comme monastère, la Grande -Chartreuse est une retraite plus favorable au mysticisme. L'Escorial n'est donc ni absolument château ni absolument monastère.
Après l'ayoir examiné et parcouru dans tous les sens, je me suis posé cette question : « Si j'étais obligé d'habiter TEscorial, de quelle façon m'y arrangeraisje pour me conformer le plus exactement à sa disposition architecturale ! »
Voici la réponse que je me suis faite : « Cela me serait égal de vivre au temps du fils de Charles-Quint, à la condition * dont je vous fais la confidence. Je voudrais être abbé mitre, commandataire de quatre ou cinq plantureux bénéfices, trois dans l'Andalousie, un dans le Royaume de Valence ; on me donnerait le cinquième où Ton voudrait* Mon monastère posséderait quelques dépendances autour de l'Ëscorial, avec droit de seigneurie, de haute, moyenne et basse jus-
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tice sur mes vassaux, et six ou sept menues privautés sur mes vassales, telle que d'offrir un bouquet aux jeunes mariées le jour de leurs noces. Vous voyez que je serais un abbé mitre très-discret. Ceci posé, je célébrerais un petit office bien court à la capilla mayor^ je ferais résonner ma crosse sur les dalles de la sacristie, je mettrais au pain et à l'eau père Nonotte et frère Patouillet pour avoir dormi dans leur stalle et je me retirerais dans les appartements que le roi Philippe s'est fait construire. Là, je me reposerais sur une chaise longue dans le boudoir bleu dit Saloïl des conférences, je lirais chaque jour trois odes d'Horace, une page de la Bible, et chaque semaine un chapitre de la Somme théologique ou de la Chaîne d^or de saint Thomas d'Aquin afin de m'éclairer sur les cas de conscience. J'achèverais ainsi mes jours dans une modeste aisance. »
Voilà comment on pourrait vivre à TEscorial.
Je vous promènerai rapidement dans l'église qui est au centre de l'édifice, dans les galeries qui se croisent, se succèdent, se replient comme un labyrinthe, dans les salles et les salons. Nous prendrions des douleurs dans ce couvent.
L'église est partagée en trois nefs par quatre énormes piliers carrés. En entrant, j'ai été frappé par sa ressemblance avec la coupole de l'Institut et n'étaient les proportions et la destination, mon illusion aurait duré plus qu'un éclair. Au-dessus de moi, en scrutant tout ce granit, j'étais dans le bajo coro^ j'ai vu pour la première fois une voûte plane. Quarante-huit autels s'élèvent dans le pourtour de la basilique, comme on
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l'appelle dans ce pays. La plupart ont pour retables de beaux tableaux de Juan d'Urbina, de Vëlasquez et d'autres peintres de Técole espagnole. Les fresques des voûtes sont de Lucas Gi'ordano, de Luqueto, de Lucas Cangîaso et du Cincinnatus. Des marbres précieux, des jaspes variés, deux groupes dorés représentant, Tun Charles-Quint, l'impératrice Isabelle, dona Maria, les infantes Eléonor et Marie ; Tautre, Philippe II, les reines Anne, Marie, et don Carlos, décorent la capilla mayor.
Le chœur placé dans les tribunes possède de belles boiseries, un lustre en cristal de roche, un lutrin où le plus gros chanoine se cacherait et sur lequel Boileau aurait pu rimer quatre mille vers assommants. Un gamin qui s'était malgré moi improvisé mon guide, pour gagner une peseta^ m'expliquait tout, me montrait tout, avec une volubilité intarissable, me parlant de la bataille de Saint-Quentin et de la bataille de Lépante, comme s'il s'y était battu. Je lui donnai l'objet de ses vœux, sa peseta y et le quittai pour le sacristain, vieille figure de fouine, à qui je demandai de voir le panthéon ou caveau destiné aux sépultures des rois d'Espagne, lequel est creusé sous la capilla mayor.
Le sacristain me regarda d'un air confit et béat ; je crus qu'il allait me donner sa bénédiction. Il alluma une petite lampe et nous descendîmes avec précaution Tescalier glissant, en marbre de Tolède et de Tarragone, qui y conduit. Les parois des murs sont revêtues de marbre. La mèche vacillante se reflétait assez lugubrement dans ce froid miroir. Trois
portes en marbre ou en bronze doré tournent sur leurs gonds. Nous passons par le pudridero (le pourrissoir), où Ton dépose les cadavres royaux ayant de les coucher au Panthéon, et nous entrons dans le ca* veau. C'est un octogone de dix mètres de diamètre, plaqué de porphyre, de jaspe, de marbres rares, de bronze doré. Six de ses côtés sont occupés par quatre rangs de niches superposées qui renferment chacune un cippe de marbre noir, supporté par des griOes de lion et rehaussé de moulures en bronze doré, avec un cartouche où on lit le nom du mort. Je note ceux de Charles-Quint, de Philippe II, de Philippe III, de Philippe rV, de Charles II, de Charles III, de quelques autres, et celui de la reine Anne, la cuarta^ de Philippe II, me dit le sacristain, c'est-à-dire sa quatrième femme. Il allait bien, Philippe II. Ce mot du sacristain, malgré la majesté du lieu, me remit en mémoire cet autre mot de mon r/ceronedeBurgos que je vous ai conté peut-être. rélMskVjéyimtamiento^ rêvant devant les ossements du Cid et de Chimène qui ne sont séparés que par une mince feuille de plomb. Ce Castillan, pour m'être agréable, s'essayait à parler français et y réussissait comme moi à causer en espagnol. M'indiquant du doigt ces ossements : « Les restes de monsieur, les restes de madame, » me dit-il. Je profitai de ce que le sacristain avait rompu le silence, pour lui demander si les cippes sur lesquels il n'y avait pas de cartouches étaient vides. Si^ me répondit-il , el rey Amadeo ! Ce croque -mort me glaça. Il est vrai qu'on s'habitue à tout, même à voir mourir les autres. A ce propos, vous estimerez peut-être que je vais dire