L*ŒCVRE DE M. C.%50VAS VINGT ANS DE MONARCHIE XODER>E ES ESPAGNE
L'œuvre de M. Canovas mérite, en effet, qu'à jamais tout Espagnol se découvre respectueusement devant son tombeau. Qui veut en mesurer l'importance n'a qu'à se rappeler ce qu*était l'Espagne lorsqu'il entreprit, il y a vingt-trois ans, de la relever et de la sauver.
11 y a vingt-trois ans, à la fin de 1874, l'Espagne était comme affolée, après six ans d'insurrections et de luttes non interrompues, ayant essayé de tout et s'étant dégoûtée ou lassée de tout. Sur la route douloureuse où marchent parfois les nations, elle était allée, traînée par un dictateur, et demandant un roi, et rencontrant une
république. Isabelle II s'était enfuie, chassée par Serrano et Topete ; un cadet des Hobenzollern avait failli hériter du trône des Bourbons ; puis D. Juan Prim avait fait signe à la maison de Savoie, et Victor- Emmanuel lui avait envoyé Amédée. C'était Fhistoire retournée, puisque naguère l'Espagne, loin de tirer d'Italie ses souverains, peuplait de ses princes les Etats italiens. Mais une tempête avait apporté le duc d'Aoste, un orage l'avait remporté: la misérable Espagne avait tout essuyé, la tempête et l'orage, et c'étaient pour elle de nouvelles tempêtes, et c'étaient de nouveaux orages.
Chaque fois que, faisant halte une minute et croyant reprendre haleine, elle avait espéré s'asseoir au bord de son dur chemin, un général passait, avec un bataillon, qui la jetait brutalement hors de l'abri précaire où elle se reposait? Elle était comme une femme plus convoitée qu'aimée, que se disputent ses prétendants, et qu'ils s'arrachent l'un à l'autre, au risque de la démembrer. Au nord, la guerre carliste: les provinces basques, la Navarre, la Catalogne, tout le pays au-delà de l'Èbre à sang et en flammes ; au sud et vers le sud-est, le fédéralisme, le régionalisme, le cantonalisme; Carthagène reprise d'hier, Malagaà demi
pacifiée, l'Andalousie reconquise, comme s'il y avait eu encore des Maures à chasser de Jaën et de Grenade. Trois armées, au moins, en campagne, et minées par Tintrigue, devant Tennemi. Entre les deux, entre le nord et le sud, entre le carlisme et le fédéralisme, les fidèles amis de la reine déchue ou de son fils. Don Alphonse, neulres et résignés, à s'en fier aux ap|)arences, en secret 1res actifs et tout prêts.
Comme gouvernement, une république par trop impuissante à donner l'impression d'un gouvernement. 11 semblait que, dans l'Espagne vide, il n'y eût plus rien, ni personne. Le chef de ce gouvernement, le maréchal Scrrano, sans peur au combat et superbe sous les balles, redressé de toute sa haute taille, était, aux affaires, faible, mou, indécis, ne retrouvant que dans les grandes occasions son énergie et ses belles allures, mais ne sachant ou n'osant pas les faire naître, ces occasions de salut, et les laissant passer quand elles s'offraient; trahi, du reste, ou mal servi, environné de pièges, joué sous la foi du serment, sentant peut-être que sa bonne volonté serait vaine et que l'heure des abandons était proche.
D'un bout à l'autre de l'Espagne, l'anarchie : un tel désordre moral, que des prêtres pillent et
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brûlent, dans le nord, en invoquant le nom de Dieu, comme le curé Santa-Cruz, et que l'on voit, dans le midi, des inconnus, comme un certain Solier, à Malaga, surgir du pavé de la rue et se déclarer chefs de peuple *. A Tanarchie civile répond Tindiscipline, qui est Tanarchie militaire. Un Déau et un second fléau. Nul remède. Pas une compagnie qui ne puisse tourner ; pas de régiment sûr de son colonel, pas de colonel sûr de son régiment. Aux extrémités de la hiérarchie, des capitaines généraux et des sergents sur lesquels il serait imprudent de compter, les uns et les autres capables de se donner à Ton ne sait qui.
On n'est d'accord que sur un point, on n'a qu'un sentiment commun, et c'est que tout s'en va : EsosevaICe sentiment, on l'avait déjà éprouvé, avec ce qu'il renferme d'amertumes et d'angoisse, sous Pi y Margall et sous Salmeron. Castelar avait eu l'intelligence très claire et comme prophétique du péril ; il avait fait, pour y parer, le possible et presque l'impossible ; mais il avait été vaincu, et il devait l'ôlre, dans cette bataille qu'il était contraint de livrer à son parti en même temps qu'à ses adversaires. Le découragement était devenu
ï Voy. A. Houghton, Les Origines de la Restauration des Bourbons en Esftagne, 1 vol. in-8*; Paris, Pion. 1890.
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profond et incurable, à voir Fabsurdité. l'aveu;;!*ment des Cortès fédérales. Le soir da coup d^ main de Pavia, on eut un moment dV-îp^-ranr»*. mais ce ne fut qu'une fleur d'un jour, //or f/^ un dia^ fanée et séchée en une nuit. Le?» h»mfalioiis de Serrano, ses tergiversations, sos im'V>Iulion5>. ses contradictions enfin, avaient ajouté par surcroît, — et il n'en était pas besoin, — un^ d#'Cfption de plus aux déceptions pas«#*es ft la frayeur de l'inconnu à la terreur du trop connu, si bi^n que du découragement de la veille elles avaient fait un désespoir, et le dernier de tous Je désespoir muel. La république tombait comme un fruit {râlé.
Elle était virtuellement morte et n'attendait que l'instant de mourir réellement. Elle languis>ait et périssait d'énervement et de consomption, dans un provisoire d'heure en heure. On disait: c'est une transition. En vérité, c'était une agonie, car l'agonie aussi est une transition. Non seulement la république n'était plus qu'une enveloppe crevée ; non seulement le pouvoir exécutif n'était plus, dans le fait, vm pouvoir et n'exécutait rien ; non seulement il n'y avait plus qu'une ombre de gouvernement, mais il n'y avait presque plus qu'une ombre d'Espagne.
L'ordre public étant absent, tout ce qui naît de
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Tordre et trouve dans Tordre son alimeni étail exilé ou ruiné. Plus de finances : Timpôt, qui rentre toujours médiocrement en Espagne, ne rentrait plus ; Targent se cachait, s'enterrait, ou bien, comme dans les provinces basques, on le portait plus volontiers aux cabecillas de don Carlos qu'aux agents du fisc. Plus de commerce, puisque le commerce est fait de la double circulation de Targent et des marchandises, et que les marchandises restaient inutiles dans les magasins, et Targent, s'il y en avait, immobile dans ses cachettes. Plus de communications intérieures, ni de communications au dehors. L'Espagne était coupée en vingt morceaux et séparée de l'Europe. Les Pyrénées étaient infranchissables, sauf pour la contrebande de guerre. Les chemins étaient semés de chausse-trapes où trébuchaient les diligences; les sentiers, barrés par des rocs, entre les fissures desquels passaient des gueules de tromblons. Don Carlos avait ses douaniers, comme le roi le plus authentique, et ses compagnons coureurs de montagnes, comme Ilernani. Ce qu'ils arrêtaient surtout et détroussaient et meurtrissaient, c'était l'Espagne. Elle râlait sous leur talon, le souffle suspendu, le sang figé, en syncope.
Ah ! s'ils se lassaient de frapper et si elle pouvait
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s'enfuir de la caverne où ils la gardaient, comnii* elle se précipiterait dans ce qui s'ouvrirait devant elle, fût-ce le gouffre ! On eût voulu lui rendn; l'absolutisme avec Ferdinand VII ou Charh*» IV avec Godoy, que, par lassitude et par p^'ur, al pour avoir autant souffert d'un autre mal, ^dlc *m1iI p<*uU etre tout accepté, quitte à faire, six mois après, afin de s'en débarrasser, une révolution nouvel^*. Kt quelle aventure, en effet, ne valait pas mieux que cette fin qui ne finissait pas. donnant la Hennation affreuse d'une vie de nation qui c^iule et ne perd goutte à goutte !
Lorsque, le 29 décembre 1S74, le |:énéral Martinez Campos vint pousser, à Sagonle, le cri de: Vive le roi Alphonse XII ! et lorsque, en pleini* armée du Nord, face aux carlistes, et dans la chambre de Serrano, d'autres généraux répétèrent ce cri ; lorsque le capitaine général de Madrid, au mépris de toutes ses promesses, remit la ville à ceux que son devoir était de faire conduire en prison, l'Espagne n'eut que de la gratitude et de l'amour pour les rebelles ; elle les accueillit comme des libérateurs, les récompensa comme des victorieux, et jamais paix ne fut bénie comme cette insurrection qui, dans la pensée de tout un peuple, fermait si heureusement l'ère des insurrections.
Or, en 1894, la monarchie des Bourbons restaurée a compté vingt ans d'existence, et Ton peut dire que, pour elle comme pour l'Espagne, ces vingt années ont été un rajeunissement, une renaissance, quelque chose de pareil à ime Vita nuova. Derrière le trône de D. Alphonse XIII, chaise d'enfant sur laquelle une femme est penchée, l'Espagne se tenait debout, paisible et fière. Le carlisme ne s'était peut-être pas soumis sans désir de revanche, mais du moins il n'était plus en armes. Le Pape, en prescrivant le respect envers les pouvoirs établis, lui avait du même coup enlevé son auréole de légitimité et son auréole de sainteté : il l'avait déposé et découronné. Des prêtres fanatiques pouvaient continuer à voir en Don Carlos ou en Don Jaime, son fils, les élus, les oints du Seigneur, mais ils ne pouvaient soutenir
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qu'ils avaient pour eux et a%'ec eux riûili-^- L'Andalousie, rEsiramadure étaient ans^i calm»*^. aa^^î loyales que les Castilles. L'Espagne était on*- en SCS cinquante provinces, tirées de dix n^yaurne^ éteints. Le cantonalisme s'était elTacé. c*>mni^ s'efface jusqu'au souvenir d'un mauvais rèv^. L*fédéralisme était réduit à Fétat de théorie piirp.
L'armée espagnole était refaite moralement H matériellement. Elle avaitappris ce qu'elle ne «avait pas ou réappris ce qu'elle avait oublia. le grand précepte posé par la Révolution française, par la Constituante et la Convention, que <* la force armée est essentiellement obéissante »k qu'elle ne délibère en aucun cas, qu'elle n'a à faire ni les lois, ni les rois, que son bonneur est dans le silence, et sa vertu dans l'abnégation.
Ge qu'on disait de l'administration de l'Espagne, le mal qu'on en a dit, en tout temps fort exagéré, il serait par trop injuste de le dire maintenant encore. Le pire reproche qu'elle mérite, Tadministration ne le mérite-t-elle pas partout, à des degrés divers, dans l'Europe contemporaine? et c'est d'être plus nombreuse, plus lourde et plus chère qu'il ne faudrait. La situation financière n'est pas faite pour exciter l'admiration ni l'envie ; le budget se solde en déficit ou plutôt ne se solde pas, si ce n'est à coups
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d'emprunts, de plus en plus oaéreux et de moins en moins faciles : le passé pèse sur le présent, qui charge inconsidérément Tavenir. Mais quel est doue TEtat d'Europe qui ait géré, en bon père de famille, la fortune publique ? quel est celui dont le trésor soit plein, le crédit intact, le grand livre clos et les domaines sans hypothèques ? Tout au moins Timpot rentre-t-il avec une suffisante exactitude, dans les provinces basques et navarraises comme dans les autres provinces, et ne va-t-ilplus à d'autres caisses que celles de l'Etat.
Le commerce, en Espagne, souffre peut-être encore de quelque ataxie ou paralysie, mais ce n>st plus parce que l'argent se cache : il roule en Catalogne, et il roule en Biscaye pour de vastes entreprises, et il roule à Madrid pour les dépenses de luxe. Ce n'est pas davantage que les routes, à Tintérieur de la péninsule, ni les débouchés vers le continent soient interceptés par des bandes : les seules barrières qui les ferment et que les marchandises et l'argent ne peuvent forcer, sont les tarifs quasi-prohibitifs que les nations de TEurope s'opposent l'une à l'autre, pour protéger chacune d'elles, se condamnant ainsi à une sorte de régime cellulaire, comme si c'était se protéger que de s'isoler, et vivre que de regarder mourir son voisin.
fe.
l'aube, s'en va labourer ou faucher à plusieurs lieues de son hameau perdu se dit bien, quand il revient, après la nuit tombée, au pas tranquille de son âne, qu'il a peiné quinze heures et qu'il a gagné quinze sous, et que la terre de M. le duc est bien grande; mais le grisou qu'il monte est arrièrecousin de celui de Sancho Pança ; lui-même se contente de peu, mange une croûte de pain et boit un verre d'eau fraîche, et c'est pourquoi l'Espagne n'a pas à craindre une jacquerie, pourquoi le socialisme agraire, fruit naturel des latifundia^ n'y arrive point à maturité.
L'autre socialisme, le socialisme des villes, n'y exerce pas plus de ravages que chez les autres races, latines ou germaniques; l'anarchisme même, quoiqu'il semble avoir choisi Barcelone pour place de refuge, n'ose pas donner l'assaut à cette citadelle de Montjuich, qui ne rend pas ses prisonniers. En somme, la propriété et le travail sont garantis; on n'arrête plus ou presque plus les trains, sur les lignes les moins fréquentées : il sera bientôt superflu d'y faire monter les deux gendarmes réglementaires. On peut aller de Madrid à Séville sans craindre d'être dévalisé au défilé de Despefia- Perros, et de Burgos à Cadix, ou de Badajoz à Valence, traverser toute l'Espagne dans tous les
sens, sans payer de tribut qui ne soit légal. A plus
forte raison vers le centre : on ne vole plus, ou
presque plus, près du pont de Tolède, et personne
ne fait plus chez lui la guerre au roi d'Kspagne.
Vingt ans d'une paix complète et telle que ce
pays l'avait rarement connue, telle, en tout cas,
qu'il ne la connaissait plus : paix intérieure et
extérieure, paix civile et religieuse, paix des esprits
et des consciences. Une société qui s'est rassise et
où le classement nécessaire s'est refait. Tne nation
qui a ressaisi son àme et resserré son corps de
nation. Un État qui s'est réorganisé, au point de
se renouveler. Un gouvernement qui a figure, et
qui même, dans des circonstances critiques, a su
avoir grande figure de gouvernement. Un peuple
pour qui se sont rouvertes les portes du tombeau,
ol qui, aux prises, comme d'autres et plus que
d'autres peut-être, avec les difficultés de la vie,
ûe se sent pourtant plus écrasé sous l'impossibilité
de vivre.
Et non seulement, ces vingt ans écoulés, l'Espagne s'est pacifiée et réunifiée; elle s'est aussi modernisée ; non seulement elle a ressuscité, mais, depuis le jour de sa renaissance, elle est allée se rajeunissant. Charles IV, Ferdinand VII, la reine Christine, Isabelle elle-même ne reconnaîtraient
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plus leur Espagne, et Don Carlos, s'il est logique, ne la recevrait qu'à merci.
L'Espagne ! qui la reconnaîtrait et qui reconnaîtrait la vieille monarchie espagnole, l'une et l'autre drapées encore dans une cape antique, mais raccommodée, consolidée avec l'étoffe la plus forte dont les rois puissent se vôtir désormais, avec la liberté? Liberté de la presse, liberté de réunion, liberté d'association, toutes ces libertés, la Restauration les a cousues sur son manteau ; et elle y a cousu, en outre, d'autres institutions de liberté, le jugement public, le jury populaire, le mariage civil, enfin le suffrage universel. Certainement il reste beaucoup à faire, mais beaucoup plus aux mœurs qu'aux lois. Même dans les mœurs, la transformation, la rénovation est visible : la tolérance s'acclimate en cette terre classique de l'intolérance.
D'ailleurs, quelle que soit déjà la transformation dans les mœurs, c'est-à-dire la transformation de l'Espagne, la transformation dans les lois, c'est-àdire la transformation de la monarchie, est, par elle-même, décisive. On pense bien que ce phénomène ne s'est pas produit comme par enchantement ; que de vénérables machines à gouverner les hommes ne se démontent pas, et que des machines plus parfaites ne se remontent pas d'un
seul coup ; que ce n'est ni en un mois ni en un an que réussissent à se rendre actuelles^ répétons le mot propre, à se moderniser^ des choses qui ont lage de l'Espagne et de la monarchie espagnole; que ce n'est pas sans regarder derrière soi, devant soi et autour de soi que les ministres de la Restauration sont entrés dans les voies nouvelles; qu'ils n'ont pas tout offert de leur plein gré et qu'on leur a dû prendre ce qu'ils ne donnaient pas. Mais, à mesure qu'ils sont entrés, plus ou moins pressés et sollicités, dans ces voies nouvelles, à mesure qu'ils y ont fait avancer la Restauration, le sol s'est dérobé, en quelque sorte, sous les pieds des autres partis, et, jusqu'aux entrailles mômes de ce sol remué, le fixant comme les pins ont fixé les landes, la monarchie, tronc séculaire où de jeunes greffes avaient repris, a poussé de multiples el vivaces racines.
L\i-emi;f<enient de la monarchie restaurée et, s ;1 e>t {•»-r:vàs Je le dire, sa modernisation, son rv^Cv iî> e!!-: :ii» cl.«levait*nl aboutir, — etilsFontfail — il un c\i>>oaienl nouveau, dans le pays, des opittx r.> et, vîans le Parlement, des partis politiques, l^urai.t !-:> }remiors lemps, les premières aimées, îe> ri>;>!a::oe> avaient été très vives : et de la m. narvhio contre un»* Iîl»ertédont les excès étaient tr. p pr\*> on.", re p^^iir qu'elle ne risquât point de d;f lu rvr Ai^oaiont en désordre, et de Fopposition rv'j\;Muv»;ne cor.în? le seul principe et le seul nom do Ut nu^Uxxrvh'.e. Mais l'opposition républicaine uVîciit |vis la s<;:!o qu'il fallût soutenir, et la plus d.tn^vr\niso pvHîr la Restauration, même quand IXm^ C.<irloî^ eut rv^jassê la frontière, c'était l'oppoy(UvM\ mouarvhique, dune branche à l'autre Ur.uu Uo do la ma;>ou royale. Le vrai danger était
VINGT A>i DC Wy% i3*Zllli M» Qffii M ^rT
là, d'autant plu» reJo'^iLi.- î i»* »* tî;- . iii» ii* représentait pas seuI-aiT-: ^i -.^» ill-'l...;.* u* la dynastie de B'>arLi :i. JrC . i : n:iir--:i»* .» j-:.» féminine, mais qoe I-f •rArL-Kn.-* •. a -oit :.t • : • i nîtion, iinmaxim»ntA. r: 1 i : :l o *'2ii* 1 1 de monarchîe.
Entre ces feux crcl-irrr. I.-* ».a.' .-.— :
les républicains d^ V^ti't-^, -^ ;♦ - . -i * plus embarrassantes, eî [I £1. .u: *» ci-' .* pli par pli. Un pas à ^•^•:::- ^. \ - .i.: v : ;»- . monarchie pour les •.•arllr*^:* : ,1. ;;i* t : était trop pour les n^j. ..î.. v».r.*, • .• .i r --*t .'ttionne pouvait réus-îrqi'et :- \.:.\:r. :".:: f- >• partis et de lautre. ^l ^a ri^'î r.'-i: i -..r. :< : se laisserait finalement a^^Isc.l-^r.
A ses débuts, elle n'était r.Vrn -7 i --- !.*%r.T^ :. : r*, un compromis, une **jlijt::n îr/.frrrn'.i.iîr^r. S:;r quelles bases se ferait l'amn^-ai'er.t ^-l qi»:' -♦•r<iit la monarchie^ revenue d'An;:!-f«^rre apn-^ six ans d'exil? Serait-elle surtout monarchique, ou seraitelle plutôt démocratique? Serait-elle de ce siècle ou d un autre ?
Le manifeste que le prince avait, de Sandhursl, adressé à TEspagne, affirmait que le remède était dans le rétablissement de la monarchie « héréditaire et représentative » ; et, du commencement à
la (in (ic ce document, les deux épithètes étaient accouplées comme deux sœurs jumelles. Jusque dans celte conjonction d'adjectifs perçait la préoccupation de la monarchie restaurée. « Héréditaire » visait les royalistes, et « représentative » visait les libéraux. Comment s'opérerait le partage et selon quelle formule? dans quelles proportions combinerait-on « l'hérédité » et « la représentation » ?
11 semble que, d'abord, ce soit aux royalistes, aux carlistes, qu on ait songé, que ce soit sur eux, sur les plus raisonnables ou les moins exaltés d'entre eux, que le nouveau régime ait voulu éprouver sa force d'attraction, et il n'est guère contestable qu'il ne fui, en cela, guidé par un très sûr instinct. Des deux principes qu'il alliait en lui l'un, du moins, l'hérédité, même s'il impliquait une certaine réaction, un certain retour aux traditions, n'était pas fait pour effrayer l'Espagne de 1874. Principe d'hérédité, principe d'autorité; et de quoi, si ce n'est d'autorité, ont besoin les nations, au sortir d'une pareille crise ? Mais, d'autre part, les carlistes et les alphonsistes n'étaient divisés que sur un fait, non point sur une doctrine, sur le monarque, non sur la monarchie. Dans la conception qu'ils s'en formaient, on peut dire que les
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issue d'un crime militaire et se réclamant euxmêmes des Cortès constituantes, et, par les bouches les plus éloquentes de l'Espagne, soufflant des appels do bataille. Ce fut, alors, un de ces duels au couteau, tels qu'on ne les voit que là-bas, qui finissent par la mort, et où le vainqueur s'acharne parfois sur le cadavre du vaincu, mais qui néanmoins se poursuivent sans injures, avec les formes courtoises et cérémonieuses qui conviennent aux choses graves. Mais ici le tragique est dans la première passe, et vers la fin on s'humanise.
Pour commencer, on refuse le serment que la Constitution exige des députés ; puis on le prête du bout des lèvres, et immédiatement après l'avoir prêté, on jure qu'on ne le prête point; et puis on le prête, du bout des lèvres encore, avec des restriclions mentales ; et puis on le prête tout bonnement, machinalement, par habitude. Pour commencer, on recourt à la fameuse tactique des partis espagnols, qui paraît bien avoir été celle des démocraties latines, depuis que le peuple de Rome était allé camper sur TAventin, à l'abstention systématique, au refraimienio. On ne siège pas, on ne vote pas, on se met à l'écart, on s'exile à l'intérieur, on fait le vide dans le régime établi;
du sommet de la montagne où Ton s'est retiré, on guette le gouvernement qui passe, et il y a, en ce silence de désert endormi, une confuse et pesante menace.
11 faut prendre garde, en effet, dans un pays où Ton parle beaucoup, à un parti qui ne parle pas , c'est ou ce sera un parti qui conspire. Le ramener de la conspiration à la discussion n'est que la plus élémentaire, la moins inutile des précautions, et ce n'est jamais impossible, si l'on se décide à gravir, au-devant de lui, les basses pentes et si Ton monte tant que l'on peut monter, agitant à ses yeux des images qui l'excitent ou qu'il aime, et s'y prenant de façon à ce qu'il lui en reste quelques-unes en otage. Le retraimiento^ c'est la position de combat, les troupes front contre front, fusils et canons chargés. Quand on ne discute pas, on cherche à détruire; quand on discute, on est conduit à négocier ; quand on se résout à négocier, on n'est plus irréconciliable. La Restauration l'a fort bien compris et, l'ayant compris, aussitôt qu'elle a pu le faire, elle a poussé audevant des républicains, costumées peut-être en habits de cour, mais rcconnaissables encore et capables de les attirer, la plupart des idées qui leur étaient chères : liberté do réunion, d'asso-
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ciation, d'enseignement, liberté de la presse, mariage civil, jugement public et jury.
Irrésistiblement, ils sont sortis à leur rencontre; ils ont voulu les enlever de haute lutte : la monarchie les a retenues, ou elle a feint de les retenir ; un jour, elle en a laissé tomber une, un autre jour, une autre aux mains de leurs adorateurs; elle les a obligés ainsi à redescendre de TAventin ; battant, battus, ne conspirant plus, discutant, négociant et peu à peu et nialgré eux se réconciliant, elle les a ramenés au Parlement, à la tribune, dans la légalité, à ses portes, à elle, monarchie : au-dedans de la légalité, — car, n'ayant plus de prétextes à invoquer, ayant une fois rompu avec leur système d'abstention et de prétendue indifférence, ils ont dû pour toujours renoncer à ce système, sous peine de se déclarer inconséquents, ce qui ne pouvait avancer leurs affaires ; aux portes de la monarchie, — car discuter avec la monarchie, c'était, implicitement, la reconnaître, se condamner à perdre le droit de lui dire : Non novi hominem^ puisqu'on ne saurait discuter sur quelque chose que Ton ne veut pas reconnaître avec quelqu'un qu'on professe ne pas exister.
La Restauration plaçait ses adversaires dans cette alternative : ou de la suivre sur le terrain
constitutionnel et de faire, en ce cas, la distinction fondamentale entre la législation et la forme du gouvernement, mais d'accepter celle-ci par là même qu'ils se mêlaient à celle-là, ne fût-ce que pour la combattre; ou, comme elle leur empruntait successivement tout ce qu'il y avait de solide et de bon dans leur programme, de passer, au regard de l'opinion publique, soit pour des hommes de désordre, que le pays repoussait par lassitude, soit pour des doctrinaires ou des idéologues, qu'il repousse par tempérament.
Non, l'Espagne n'est pas doctrinaire, ni, en dépit de don Quichotte, puérilement idéologue ; elle ne se nourrit pas de chimères, ne s'amourache pas de fantômes, ne part pas en guerre contre les moulins ; ou, si elle se laisse un instant griser, si d'aventure, au grand soleil et au grand vent, la tête lui tourne, elle revient vite de ces équipées folles. Il y a, au fond du caractère national, quelque chose de très positif, qu'avaient bien vu les Italiens du xv° et du xvi*' siècles, ces ambassadeurs florentins qui étaient de prodigieux observateurs et qui voyaient tout. On ne voudrait sans doute pas prendre trop au pied de la lettre tout ce que dit Guichardin dans sa Relation d'Espagne^ écrite au retour de la mission qu'il remplit près de Fer-
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dinand le Catholique, en 1512 et 1513 *. Mais ce que Guichardin a bien vu et ce qu'il a bien noté, c'est, par exemple, ce mi'^lange de magnificence et de parcimonie, qui fait que l'Espagnol dépense, hors de chez lui, sans compter, et vit, chez lui, de si peu que c'est merveille; que, très économe et très frugal, vivant d'un rien, il a pourtant l'ardeur passionnée de gagner : ses découvreurs de mondes sont des chercheurs d'or.
De môme dans l'ordre politique. Poésie et prose, coups d'aile et terre-à-terre : un rôve qui part d'une réalité et qui y retourne. L'Espagnol, ce n'est pas le bon chevalier de la Manche, et ce n'est pas non plus son compagnon ; c'est don Quichotte et Sancho réunis et à jamais inséparables, et chacun d'eux, à part, n'est qu'une moitié de l'Espagnol. Le berger lui-même, en Espagne, ne déteste pas que sa chaumière se couronne d'un beau panache de fumée ; mais sa pauvre pensée ne se perd pas avec cette fumée, ne s'évanouit pas dans les airs : elle descend et il se dit qu'il n'y a pas de fumée sans feu et que sur ce feu cuit son dîner, qui est maigre, mais dont il dîne. La souveraineté du peuple, on lui raconte qu'elle le ferait sem-
' Francesco (luicciardini, Relazione di Spagna^ Opère inédite, VI, 271-291.
blable à un prince : il la veut bien si Ton veut, mais ce n'est pour lui que le panache de fuméo ; ne lui donnera-l-on rien de plus substantiel? Une république oîi tout le monde serait roi le séduit médiocrement ; accoutumé qu'il est aux formes anciennes et comme façonné par la tradition, il n'est pas éloigné de croire qu'il ne faut qu'un roi par royaume, et que, dans un pays où tout le monde serait roi, personne ne serait sûr de son bien.
On lui promet l'égalité, mais quelle égalité? N'a-t-il pas la meilleure? et le président du Conseil des ministres rougirait-il de lui tendre la main? On lui promet les droits de l'homme, mais quels droits? Il lui suffit qu'un homme vaille un homme et que, pour un Espagnol, si haut qu'il soit, il n'y ait en Espagne que des hidalgos. On lui promet la liberté religieuse, mais quelle liberté, et de quelle religion? Il n'y a, selon lui, qu'une seule religion, la religion catholique, apostolique, romaine : l'Inquisition l'a appris à ses pères, et il s'en souvient. Toute autre religion est fausse ; or, étant fausse, comment serait-elle libre? — Ainsi, de tous les articles portés aux tables de la loi républicaine, certains ne peuvent que laisser l'Espagnol insensible, et cer-
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tains môme le choquent ou Tindignent : il y en a dont il ne se soucie pas ; il y en a qu'il ne peut pas comprendre ; il y en a qui le feraient se révolter. On ne s*est pas rappelé, quand on a tenté de traduire en espagnol notre catéchisme révolutionnaire, que des mots n'abattent pas des montagnes et qu'il y a encore des Pyrénées.
Ni M. Salmeron, ni M. Pi y Margall, ni M. Ruiz Zorrilla ne se Tétaient, à propos, rappelé : ni l'un ni l'autre, ni le troisième, n'avaient assez milrement réfléchi que l'Espagne ne s'habituerait jamais, si encore elle s'y habituait, qu'à une république réellement espagnole; qu'il n'y a pas de vérité absolue qui ne doive, lorsqu'elle veut se traduire en actes et vivre, se pljer aux circonstances locales ; et que c'était un jeu où l'on perdrait d'avance la partie que d'essayer de faire raisonner l'Espagne comme Rousseau, citoyen de Genève.
Ils avaient eu la vision et comme la révélation d'on ne sait quelle république éternelle et universelle, se mouvant hors et au-dessus du temps et de l'espace, étant parce qu'elle est et n'étant pas si elle n'était pas ce qu'elle est, dégageant assez de lumière pour, en inonder tous les peuples, aussi sereine que la Sagesse et aussi nécessaire