RÈGNE DE CHARLES IL
L'avénement de Charles II fut accueilli par les Espagnols avec un empressement intéressé. Toutes leurs espérances reposaient désormais sur ce jeune prince, dernier gage du repos et de l'unité de la monarchie. Mais Charles II était plus incapable encore de régner que Philippe IIl et Philippe IV. Soit qu'on prît des précautions excessives, soit qu'il fût impossible de lui donner une autre nourriture, il n'avait eu pour tout aliment que le lait de la nourrice jusqu'à rage de quatre ans. Il avait de la peine à marcher sur ses pieds. A l'âge de cinq ans encore, sa gouvernante le tenait dans ses bras, et lorsqu'il faisait quelques pas, il prenait sa main pour s'appuyer. Issu d'un sang épuisé , il était presque u, 1
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toujours malade. C'étaient tantôt de violentes éruptions, tantôt des attaques de fièvre telles que les médecins désespéraient de ses jours. Aussi ne fut-il jamais en état de s'occuper sérieusement des affaires publiques. Â l'âge de trente ans, il crut faire un grand effort en lisant l'histoire une heure tous les jours; mais lorsque le duc de Médina-Cœli l'entretenait des intérêts de l'État ^ il regardait à chaque instant sa montre et attendait avec impatience le moment de se livrer au repos ^
Par son testament, Philippe IV avait déclaré la reine régente de tous les États dont se composait la monarchie espagnole, jusqu'à l'époque où Charles II, son fils unique, aurait atteint l'âge de quatorze ans. n avait établi un conseil de régence composé de six membres, ayant voix consultative, mais ne pouvant limiter son autorité. Ces conseillers étaient le président de Castille, le vice-chancelier d'Aragon, rinquisiteur général, l'archevêque de Tolède, le marquis d'Âyetone, comme représentant la grandesse d'Espagne, et le comte de Pegnaranda, comme membre du conseil d'État '.
1« Dépêche du marquia de La VauguioD, da 30 septembre 1683. Archifes dn Ministère des a£EUres étrangères.
3. Mignet, JYégoeiationê relaHv9s à la êueceuion d^ Espagne, 1. 1, p. 382.
Le pouvoir de la régente n'excita ni mécontentement, ni contestation. La veuve de Philippe IV trouva partout une obéissance sans bornes.
« C'était, dit M. Mignet, une princesse fort peu habile^ mais très ferme. Elle avait beaucoup moins d'esprit, mais infiniment plus de caractère que son mari. Née en Allemagne et sortie de la maison d'Autriche, elle était dévouée à son pays et à sa famille» Elle n'aimait pas et elle redoutait la France; aussi^ l'une de ses premières pensées fut d'accomplir le mariage qui avait été projeté entre Tinfante Margue* rite et l'empereur Léopold, et qu'avait indéfiniment retardé la prévoyance craintive de Philippe IV. Elle était entretenue dans ces sentiments et ces dispositions par son confesseur, le père Nithard, qui jouissait de toute sa confiance et qui exerçait un empire absolu sur elle. Ce religieux, qui l'avait accompagnée depuis son mariage et sa venue en Espagne, entretenait une correspondance suivie avec la cour de Vienne. La régente disait, en parlant de l'État et de lui, que les affaires lui pesaient, et qu'elle ne pouvait s'en reposer que sur son confesseur \ »
Pendant quelque temps, elle se contenta de se laisser diriger par lui. Mais bientôt elle le nomma