Ibid
également pour faire le commerce de contrebande ' • Quant aux autres nations, il leur était expressé— ment défendu devenir, sous aucun prétexte, trafiquer dans les colonies. Les Espagnols, sur le plus léger soupçon de contrebande, confisquaient tous les vaisseaux dont ils pouvaient se rendre maîtres, soit qu'ils les trouvassent mouillés sur leurs côtes» soit qu'ils les rencontrassent loin du rivage. Tout bâtiment chargé d'articles manufacturés en pays étranger, ou d'argent provenant des colonies d'Espagne, était réputé contrebandier ^. Il y avait cependant deux moyens d'éluder la loi.
Lorsqu'un vaisseau français voulait entrer dans quelque port du Mexique ou du Pérou pour y faire le commerce , le capitaine prétextait le manque dé vivres, un mât brisé, une voie d'eau que l'on ne pouvait boucher. Il envoyait un plaeet au gouverneur, et, moyennant un présent considérable, obtenait la permission d'entrer pour décharger le bâtiment et pour le remettre en état de continuer le voyage. Toutes les formalités étaient observées minutieusement. On avait soin d'enfermer les mar-
I • Voyez le rapport adressé à Philippe III par Alonso de Cianca. 2. Labbat, Nouveau voyage aux îles de V Amérique, t. V, p. 217.
Paris, 1722.
chandises et d'apposer le sceau à la porte du magasin. Mais il s'ea trouvait toujours une autre qui n'était pas scellée et par laquelle on les emportait pendant la nuit, après y avoir substitué des caisses d'indigo^ de cochenille, de vanille, des lingots d*or ou de l'argent monnayé ^ Sitôt que le commerce était achevé, la voie d'eau se trouvait bouchée, le mât relevé, et le bâtiment mettait à la voile pour se diriger vers le Havre ou vers quelque autre port de France '.
Ainsi se débitaient les fortes cargaisons. Pour les cargaisons moins considérables, on abordait dans les lieux écartés et, le plus souvent^ aux embouchures des grands fleuves. On avertissait par un coup de canon les habitants qui venaient en canot, pendant la nuit, acheter les objets de contrebande. La plupart étaient déguisés et portaient leur argent dans des pots de mantègue. Le marché conclu, les payements se faisaient presque toujours en piastres neuves, sur lesquelles on pouvait distraire dix sous
1. La meilleare marchandise que l'on pât porter dans les ports près desquels se trouvaient des mines, était le mercure. Les rois d'Espagne s'étaient réservé le monopole de ce commerce, qui leur procurait de grands bénéfices. Lorsque les contrebandiers en apportaient en Ainérique, le prix ne se disputait point. On donnait une livre d'argent «pour une livre de mercure. Ibid,i p. 222.