Ibid
3 Voyez la seconde partie dn rapport du comte de Rébenac*
et les Allemands fabriquent avec toute sorte d'atrtention pour contrefaire les nôtres^ pussent leur apporter beaucoup de préjudice, ces toiles n'ayant ni la beauté ni les bonnes qualités qui font rechercher les françaises, cependant il est certain que la grande consommation qui s'en fait dans les Indes et dans le pays en retranche d'autant le débit qui s'en ferait des nôtres y ce que j'estime très considérable, et très préjudiciable au bien de notre commerce ^ mais je ne sais quel remède on y peut apporter *. »
Les Hollandais expédiaient par l'intermédiaire des négociants de Cadix et de Séville des toiles du Brabant qui servaient à l'habillement des pauvres. Les galions en prenaient pour environ 300,000 livres. Les Hollandais expédiaient encore des toiles de coton des Indes, qui avaient été teintes dans leur pays et dont on se servait pour doubler les justaucorps. On en chargeait sur les galions pour 200,000 livres, sur la flotte pour 120,000, et l'on en consommait pour environ 60,000 dans le pays. Les étoffes de Leyde dont les Espagnols faisaient des mantes trouvaient partout un débit assuré. Il en passait aux Indes pour 100,000 livres par les ga-
I . Extrait de la seconde partie da rapport da comte de Rébenac.
lions, pour 90,000 par la flotte, et Ton en consommait en Espagne pour une somme à peu près égale. Les draps de Hollande n'étaient pas moins recherchés. Les galions en prenaient pour plus de 450,000 livres, et la flotte pour 300,000. Les Hollandais approvisionnaient les colonies espagnoles de serges et de chapeaux de Bréda. Ils vendaient des camelots de toutes sortes pour plus de 900,000 livres; du fil blanc pour 200,000; des ustensiles de cuivre pour environ 300,000; des épiceries et surtout de la canelle et des clous de girofle pour 750,000 livres par les galions, et pour 200,000 par la flotte; des brocards d*or et d'argent pour plus d un million. Ils fournissaient le Mexique et le Pérou de planches , de mâtures et de toutes sortes de bois de construction qu'ils tiraient de la Norwège et du* Canada ; de cordages, de goudron, et même de certaines provisions de bouche telles que le beurre et le fromage. Les Anglais expédiaient principalement des étoffes connues sous le nom de bayetles. Ils en vendaient une quantité prodigieuse, parce que les Espagnols en faisaient des vêtements pendant Tété et qu'ils en confectionnaient presque toujours leurs manteaux. Il en passait en Amérique pour environ 1,400,000 livres par les galions, pour 340,000 par la flotte, et Ion en
consommait dans le pays pour 280,000. Leurs étamines, qu'ils étaient parvenus à substituer aux serges d'Amiens et aux étoffes de Montauban, servaient à faire des habillements pour les classes moyennes. Les * galions en prenaient pour 420^ 000 ^ la flotte pour 350,000, et Ton en consommait en Espagne pour environ 400,000. Ils vendaient des bas de soie pour plus de 110,000. Les galions prenaient pour 240,000 livres de bas de laine, la flotte pour 1 80,000 , etles Anglais en débitaient en Espagne pour 40,000. Ils vendaient de grandes quantités d'étoffes de laine connues sous le nom de sempiiernes. Les galions en expédiaient pour 200,000 livres, la flotte pour 1 50,000, et il s'en débitait dans le pays pour 80,000. Leurs étoffes de laine moins fines que l'on appelait sempiternilles étaient également recherchées. Les galions en prenaient pour 150,000 livres, la flotte pour 75,000, et les Espagnols en consommaient pour 80,000. Les négociants anglais réalisaient de grands bénéfices sur les draps fabriqués dans leur pays. Les galions en expédiaient en Amérique pour 200,000 livres, la flotte pour 130,000. Us débitaient une quantité considérable de toiles de coton des Indes, qui avaient été teintes en Angleterre. Les galions en prenaient pour 1 50,000 livres.
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la flotte pour 100,000, et il s'en consommait en Espagne pour 50,000. Ils expédiaient enfin de la cire blanche pour plus de deux millions de livres. Les Espagnols en faisaient une immense consommation pour illuminer leurs églises pendant les nombreux jours de fête qu'ils célébraient tous les ans. Aussi les Français et les Hollandais leur vendaientils une quantité de cire au moins égale à celle qu'ils achetaient des Anglais.
Le commerce des Hambourgeois consistait principalement en toiles connues sous le nom de platilles. Elles étaient confectionnées à Hambourg et ressemblaient à celles de Saint - Quentin , mais elles étaient inférieures en qualité. Les galions en prenaient ordinairement pour 900,000 livres , la flotte pour 600,000, et Ton en consommait pour 300,000 en Espagne. Les Hambourgeois expédiaient encore des toiles dites bocadilles pour 300,000 livres, de grosses toiles de Westphalie et de Silésie, des crées d'Allemagne qui avaient la même lice que celles de Bretagne, mais qui étaient moins belles et d'une qualité inférieure, des toiles blanches et bleues que l'on appelait Ustars et dont on faisait des matelas et des habillements pour les pauvres, des nappes et des serviettes ouvrées , des ustensiles de cuivre et une
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foule d autres articles qui faisaient concurrence à ceux de Hollande, de France et d'Angleterre.
Le commerce des Génois consistait surtout en étof* fes d or, d'argent et de soie, dont la consommation s'élevait à quatre millions de livres par an. Us expédiaient en outre des étofTes de velours pour 300,000 livres; des dentelles d'or et d'argent pour la même somme; du fil d'or et d'argent pour 100,000 livres; des soies torses de Gênes, de Naples et de Calabre pour 800^000; des rubans de toutes couleurs pour t, 500,000; des bas de soie fabriqués à Gènes, à Milan, à Messine, à Kaples, pour 900,000; du papier fabriqué à Gênes, pour 500,000 ; des taffetas de Pise pour 200,000.
Outre ce commerce, les Génois en pratiquaient un autre qui leur donnait également de grands bénéfices. Ils prêtaient à usure aux officiers généraux et aux capitaines des galions , et même aux négociants de Cadix qui approvisionnaient les colonies. Â chaqm départ de la flotte et des galions, ils fournissaient jusqu'à trois et quatre millions de livres, qui leur rapportaient de trente à cinquante pour cent d'intérêt.
Le commerce des Flamands soumis à la domination da roi d'Espagne consistait principalement
eo dentelles de fil blanc. Les galions en prenaient tous les ans pour 1,200^000 livres» la flotte pour 600,000, et il s'en consommait pour 250,000 en Espagne. Les Flamands expédiaient encore des camelots de Bruges et de Bruxelles pour 450^000 livres; des bas de laine de Tournay; des toiles du Brabant aussi fines et aussi belles que celles de Rouen, et surtout des hollanê ou batistes supérieurs à ceux de Gambray, et dont ils vendaient tous les ans pour 400,000 livres tant en Espagne que dans les colonies.
Il n'y avait pas jusqu'à la Chine qui ne fournît son contingent à Fapprovisionnement de rAmérique. Le port d'Acapulco, dans le Mexique, servait de débouché à ses marchandises. Les Espagnols établis aux îles Philippines avaient construit deux vaisseaux, qui venaient presque tous les ans débarquer dans ce port une grande quantité de toiles de coton et d'étoffes de soie, fabriquées en Chine, des porcelaines chinoises, de la cire et des épiceries. La ville de Guayaquil, située dans la Nouvelle Espagne, servait également d'entrepôt au commerce de contrebande avec la Chine. Pour mieux dissimuler la fraude, on débarquait les marchandises prohibées dans les petits ports de Manta, d'Atacames et de Puerto-
Viejo, et on les transportait de là sur des bateaux^ à Guayaquil. Les négociants américains qui achetaient de première main ces articles de contrebande^ faisaient jusqu'à deux cents pour cent de bénéfice ' • Ce commerce s'élevait à plus de deux millions d^écus.
Plaçons en regard de ce tableau celui des articles manufacturés en Espagne, que les négociants de Cadix envoyaient dans les colonies.
Sous le règne de Charles II, l'Espagne avait encore quelques manufactures de soieries et de lainage. On fabriquait à Séville, à Grenade, à Tolède et à Cordoue des velours, des taffetas doubles et quelques étoffes de soie* Le débit de ces articles s'élevait à onze ou douze cent mille livres. On fabriquait encore à Ségovie quelques draps d'une qualité supérieure, mais on n'en consommait en Espagne et dans les Indes que pour quarante à cinquante mille. Les Espagnols chargeaient principalement sur les galions et sur les flottes des vins, de l'eau-de-vie, des raisins secs et de l'huile qu'ils tiraient de leur pays. Ils envoyaient aussi en Amérique des fers de Biscaye. Le commerce de ces deux derniers articles s'élevait à environ 1,200,000 livres.