‹ L'Espagne depuis le règne de Philippe IIChapitre 140 sur 202 · l7«oa,2«part.,p · texte numérisé non relu

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2. La plupart des détails qui suivent sont empruntés an rapport en* cote manuserit du comte de Rébenac.

3. On taillait alors daus le marc d'argent 32 livres 2 sols (année

de fleurites et de blanquardes étaient achetées avec empressement aux foires de Porto-Bello^ de Carthagène et de VérarCruz. Les galions en apportaient pour environ 2,400,000 livres, et la flotte pour 1 ,800,000. On en consommait en Espagne pour 1 50,000 livres» Les toiles ordinaires de Saint- Quentin et de Pontivy étaient fort estimées des Espagnols. Les galions en exportaient environ quatre cent mille pièces de cinq aunes chacune, du prix de 16 à 25 sousTaune; et la flotte , jusqu'à deux cent mille pièces. On en consommait cinquante à soixante mille en Espagne. Le débit de cet article s'élevait à trois millions de livres. Les galions et la flotte n'emportaient pas beaucoup de toiles de Laval, dites basse lice y mais on en consommait environ huit cents ballots en Espagne. Le ballotin contenait six à huit cents vares du prix de 1 2 à 4 4 livres. Dans beaucoup de villes, et surtout à Cadix, à Séville et à Madrid, les pauvres se servaient de ces toiles pour en faire des chemises. On en débitait pour environ 400,000 livres. Mais les toiles de Laval, dites haute lice, étaient recherchées dans le Mexique et dans le Pérou. Les galions et la flotte en prenaient tous les ans pour environ 750,000 livres. On ven-

moyenne). Ainsi la livre tournois de cette époque vaut 1 franc 71 cent. Valeur relallve : 3 francs 41 centimes.

dait en Espagne des toiles de Morlaix appelées eriesi communes, pour plus d'un million de livres. Les galions emballaient environ cent cinquante mille aunes de toiles de Coutances, la flotte en prenait autant y et Ton en consommait en Espagne de quarante à cinquante mille. D'immenses quantités de toiles étaient expédiées de Dinans , de Vitré , de Fougères, de Rennes, pour les mêmes destinations. Celles de Cambrai , connues sous le nom de batisteSy étaient renonunées pour leur finesse , et elles trouvaient un débit assuré en Espagne et dans les Indes. On en vendait pour environ 475,000 livres. Les négociants de Marseille et de Lyon achetaient des toiles de Saint-Gall pour les revendre aux Espagnols. Les galions en prenaient de sept à huit mille pièces, la flotte de deux à trois mille, et l'on en consommait environ mille dans le pays. Le débit de cet article pouvait monter à 120,000 livres. Les Espagnols emportaient en Amérique des chaussettes de Vitré, des bas de Châlons, des serges d'Amiens, et surtout des chapeaux de fabrique française dont la consommation s'élevait dans le Pérou à 4 ou 500,000 livres. Les galions prenaient des dentelles d'or et d'argent fin pour environ 495,000 livres, et la flotte pour 132,000. On vendait à la Nouvelle Espagne et au Pérou des den-

telles d'or et d argent faux pour 48,000 livres; des boutons d'or et d'argent fin pour 70,000. Les galions prenaient des dentelles noires de Paris pour 70,000 livres, et la flotte pour 30 ou 40,000. On vendait en Amérique des gros-de-Naples fabriqués à Tours et à Lyon , des brocards d'or et d'argent fabriqués dans les mêmes villes. Le débit de ce dernier article s'élevait, sous le règne de Philippe IV, à 500^000 livres. Les galions prenaient des moires d'or et d'argent pour 300,000 livres , et la flotte pour 80,000. Les deux escadres apportaient des taffetas imprimés à Avignon et à Castres pour 100,000 livres, des merceries et des quincailleries pour la même somme. Les galions prenaient des picottes de laine fabriquées à Lille pour environ 900,000 livres, et la flotte pour environ 1,200,000. On s'en servait dans les colonies pour faire des habits. Les deux escadres apportaient des draps du Languedoc dont on faisait également des habits pour les pauvres. Cet article montait à 75,000 livres ^ Il est à remarquer qu'en réalité les Français ne fai-

1 . Dans le rapport dn comte de Rébenac tous ces chi^h^ sont donnés conformément au prix des marchandises en France, et non point sur le pied de la vente qui s'en faisait à Cadix et dans les Indes.

saient pas plus des deux tiers de ce commerce pour leur propre compte. Les étrangers s'associaient avec nos négociants au moins pour lautre tiers , dont les retours passaient en Ar^leterre , en Hollande et dans les villes de Gènes et de Hambourg, où l'argent était à plus haut prix qu'en France , et dont les capitalistes les plus riches entretenaient des agents dans nos ports pour obtenir des commandes lucratives. Aussi le commerce français diminuait-il d'année en année au profit de celui des étrangers. Il déclina surtout après la conquête de la Jamaïque par les Anglais et rétablissement des Hollandais dans Tîle de Curaçao. Assurés d'une protection plus efficace , les négociants de ces deux nations ne songèrent plus qu'à débiter directement leurs marchandises en Amérique , et cette nouvelle contrebande ne porta pas moins de préjudice à la France qu'à l'Espagne elle-même*. Les Français les imitèrent , il est vrai , mais ils trouvèrent eux-mêmes le secret de nuire à leur commerce, en important ces mêmes marchandises en trop grande quantité , et en les donnant à bas prix à Tenvi les uns des autres. Les Anglais et les Hollandais se montrèrent mieux avisés : ils surent

1 . Voyez la dépêche de Farchevêque dT.mhrun, dn 5 mai I6C7. Archives du Ministère des affaires étrangères.

se contenir , ne point se faire concurrence les uns aux autres et entretenir toujours le commerce sur le même pied * . Ils furent surtout assez habiles pour savoir perdre sur des articles de première nécessité, et gagner d'autant plus sur des objets de luxe que les Américains achetaient par ostentation^. Peu à peu ils parvinrent à dominer sur les marchés de Carthagène et de Porto-Bello , et à en exclure la plupart des articles manufacturés en France. Sous le règne de Charles II, les étamines d'Angleterre remplacèrent les serges d'Amiens ; les Hollandais substituèrent leurs brocards de soie, d'or et d'argent à ceux qu'on fabriquait à Tours et à Lyon et qui rapportaient autrefois à nos négociants plus de 500,000 livres. Les toiles du Brabant l'emportèrent sur celles de Rouen, celles de Hollande sur celles de Coutances, celles de Hambourg et d'Allemagne sur celles de Morlaix , de Laval et de Saint-Quentin '.

Le comte de Rébenac signala le danger à Louis XIY :

« Quoique les négociants de Saint-Malo m'aient

dit qu'ils n'estimaient pas que ces sortes de toiles

que les Hollandais, les Flamands, les Hambourgeois

i. Labbat, t.V,p. 216.

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