‹ L'Espagne depuis le règne de Philippe IIChapitre 143 sur 202 · IL LE PRÉJUGÉ CONTRE LES MARCHANDS · texte numérisé non relu

IL LE PRÉJUGÉ CONTRE LES MARCHANDS

Parmi les causes secondaires de la ruine du commerce, on doit citer en première ligne le préjugé des nobles contre les marchands. L'honneur d'un commerçant, disait un adage espagnol ^ est plus fragile que celui d'une vierge, el honor de un corner" ciante e$ mas delicado que no el de una doncella. L'opinion publique était^ on le voit^ peu favorable au

1 . Mignet, JVigoeiationt relatives à la succession d'Espagne. IntroducliOD, p. XXX.

commerce. Les moyens que mettait en usage Thabileté commerciale répugnaientaupointd'honneurcastillany comme ils répugnaient autrefois à la fierté romaine. Le gentilhomme qui trafiquait encourait ladéchéance. Un grand d'Espagne qui avait vendu les laines de ses troupeaux fut méprisé par ses égaux et flétri du surnom de mereador ^ . Aussi les gentilshommes ruinés aimaient-ils mieux entrer en service comme domestiques, car ils pensaient que , dans la domesticité Us noblesse sommeille^ mais que dans le œmmerce elle périt, u En Espagne , dit Lope de Vega^ tout le monde est si bien né que la nécessité de servir distingue seule le pauvre du riche *. »

Le préjugé contre le commerce avait la même origine que le préjugé contre l'industrie. Les descendants des vieux chrétiens des montagnes dédai-

I . Deir Honore siranaiurato di Spagna, et délia UgadUciolta do gli Olandesi DUeorei Voomio 1688. Manascrits français de la Bibliothèque do roi, supplément français, n» 63, fol. &8, verso.

3. On lit dans VMnirairo descriptif àif l'Espagne, par M. Delaborde : « Le comte de Froberg, avec lequel J*ai Yoyagé en Espagne, ayant en besoin d'un domestique, il se présenta pour entrer ches lui un homme des montagnes de Santander, auquel il dit d'aller chercher ses certificats, et qu'il se déciderait s'ils étaient en règle. Cet homme ne comprenant pas ce qu'on lui demandait, rapporta les titres les plus authentiques de noblesse depuis le roi Ordogno H. » Introduction, p. 154. Un cuisinier, menacé par son maître, lui dit : « No puedo padecer la riiia, siendo christiano viejo, hidalgo como el rey y poco mas. » Relation du voyage d'Espagne fait en 1670, t. II, p. 6S.

gnèrent les usages des Juifs et des Maures. C'est ainsi que pendant longtemps ils ne souffrirent pas de bains à Madrid, par aversion pour les ablutions ordonnées par la religion de Mahomet. Os avaient surtout en horreur leurs occupations mercantiles, et comme les pecheros suivirent l'exemple des hidalgos, le commerce fut bientôt frappé d'une réprobation générale. Au xvi*' et au xnf siècles, nous voyons à Madrid les marchands étrangers habiter dans les quartiers de leurs ambassadeurs, (t ce qui^ écrivait le maréchal de Villars, les garantit de mille insultes en leurs personnes et en leurs biens, même en temps de paix*.»

Le gouvernement aurait dû s'efforcer d'inspirer à la nation des idées plus saines, mais il faillit à sa mission. Tandis que Louis XIV anoblissait les principaux commerçants de son royaume et rendait cette . ordonnance célèbre par laquelle il déclare que le eommeree maritime ne déroge pasàla noblesse, essayant ainsi de détruire le préjugé féodal qui faisait regarder le négoce et les spéculations commerciales comme

lapanage des gens de petit itat ', le roi d'Espagne,

1. Dépèche da maréchal de Villan, dn 10 février 16S0. Arrives da Miûistère des affaires étrangères.

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