Voyez son édit de 1CC
Charles 11^ signifiait aux marchands français, génois^ vénitiens, hollandais, flamands et portugais, qui résidaient dans la capitale^ de changer de demeure et d aller loger à l'avenir dans la grande rue d'Atocha. L'ordonnance infligeait à tous ceux qui n'obéiraient pas dans le délai d'un mois la confiscation de leurs biens. Cette mesure était une insulte adressée à toutes les nations de l'Europe. L'ambassadeur de Venise réclama sans pouvoir obtenir satisfaction* Celui de Hollande ferma les yeux sur cette injure. Le comte de LaVauguyon protesta vainement au nom de la France. Il eut de la peine à obtenir pour ses nationaux une proloujgatioû de deux mois au-delà du terme fixé \ Ainsi, le gouvernement de Charles H reléguait les marchands dans un quartier à pal't, comme.si leur^ contact eût eu quelque chose d'impur. Dès lors ils furent plus méprisés que jamais. Le peuple les traita comme il avait traité les Juifs au moyen âge. Sous le plus léger prétexte ils étaient expulsés, rançonnés ou mis à mort. Quelquefois il suffisait d'une calomnie pour les perdre. En 1685, des malveillants répandirent le bruit que le roi venait d'être empoisonné par
I . Voyez le Mémoire de M. le comte de La Vaoguyon, sm ce qui s'est passé pendant son ambassade en Espagne, en 1682 et 1683. Manuscrits français de la Bibliothèque du roi, supplément fran^is, n« 137.
lareine^ à l'instigation de l'ambassadeur de Louis XIV. Aussitôt la populace se porta dans la rue d'Atocha pour massacrer les marchands français. Tous ceux qui étaient habillés à la française^ tous ceux dont Taccent trahissait Torigine furent égorgés sans pitié \
En présence de tels faits, faut-il s'étonner s'il n'y avait à Madrid que trois ou quatre banquiers espagnols ^, et si presque tout le commerce était entre les mains des Génois et des Flamands?