‹ L'Espagne depuis le règne de Philippe IIChapitre 15 sur 202 · Sismondiyt. V,p. 33J · texte numérisé non relu

Sismondiyt. V,p. 33J

çais débarquèrent , et Viyonne reçut au nom de Louis XIV le serment de fidélité des Messinois '. Le 7 août 1675, il s'empara de la ville d'Agosta, d'où il pouvait facilement pénétrer dans l'intérieur de l'île et faire de nouvelles conquêtes '. Les Espagnols craignirent que toute la Sicile ne se soumît aux Français. Ils supplièrent les Hollandais , de les soutenir dans leur détresse. Le prince d'Orange envoya Ruyter dans les parages de la Sicile et lui ordonna de mettre ses forces navales à la disposition des Espagnols. Louis XIV chargea Duquesne de combattre l'amiral hollandais, qui passait pour le plus habile marin de son siècle. Duquesne piU'tit de Toulon avec vingt vaisseaux et six brûlots, et se dirigea vers Messine, décidé, s'il le fallait, à s'ouvrir un passage à travers la flotte ennemie. Les deux escadres se rencontrèrent à la hauteur des îles Lipari. Celle de Ruyter était composée de vingt-quatre vaisseaux de guerre, quatre bricks et neuf galères d'Espagne, armées de petits canons et de pierriers. Le combat s'engagea le 7 janvier 1676, vers dix heures du matin, et dura jusqu'à l'entrée de la nuit avec un acharnement sans exemple. Un

I. Gazette de France, numéro da 25 mars 1675. 2 . Ibid,, numéro da 10 octobre 1675.

vent d'ouest très violent avait forcé les galères espagnoles à chercher un lieu de refuge derrière une des îles Lipari. Elles ne prirent aucune part au combat; enfin, vers le déclin du jour^ elles parvinrent à quitter leur asile et à remorquer les navires endommagés. La victoire était restée indécise ^ mais Duquesne ayant reçu le lendemain des renforts, les alliés refusèrent la bataille et se retirèrent à Melazzo. L'amiral français ne voulut pas compromettre le suecès qu'il venait d obtenir, en attaquant de nouveau la flotte ennemie. Il remit à la voile, passa devant Palerme, et, après avoir fait le tour de la Sicile^ entra dans le port de Messine avec le convoi de vivres et les munitions de guerre qu'il avait amenés de Provence ^ Les deux escadres se hâtèrent de réparer leurs pertes. Les Hollandais envoyèrent des renforts à Ruyter, qui venait de faire sa jonction avec une flottille espagnole, commandée par don Francisco Freyre de la Cerda. Une seconde bataille, plus longue et plus sanglante que la première, fut livrée en vue de l'Etna. Cette fois encore, les Hollandais soutinrent presque seuls les efforts des Français. Le combat durait depuis plusieurs heures, lors-

1. Oaxette de France, Daméro du 26 février 1676. Cf. SismoDdi, l. XXV, p. 334.

que Tamiral espagnol se porta tout à coup en avant pour seconder ses alliés. Quelques-uns de ses officiers s'écrièrent , dit-on , avec jactance : w Si la puissance de Dieu peut s'acquérir avec Fépée, nous l'aurons bientôt acquise. » Mais ils justifièrent mal ces paroles altières, et les Hollandais leur reprochèrent dans la suite, avec raison, de n'avoir pas élevé leur courage à la hauteur de leur blasphème. Le seul service qu'ils leur rendirent fut de remorquer leurs vaisseaux démâtés par l'artillerie française, et qui allaient tomber aux mains de l'ennemi *.

Les deux partis s'attribuèrent l'avantage, mais la mort de Ruyter équivalait pour la France à la plus éclatante victoire. Ce grand homme mourut à Syracuse des blessures qu'il avait reçues dans le dernier combat (22 avril 1676). Les Espagnols et les Hollandais ne tardèrent pas à se ressentir de la perte cruelle qu'ils avaient essuyée. Leur flotte était entrée dans le port de Palerme pour réparer ses avaries. Le maréchal de Vivonne et Duquesne, après avoir reçu des renforts de Marseille et de Toulon, vinrent l'y attaquer. Secondés par un vent impétueux, ils poussèrent leurs brûlots dans le port et

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