Y. — DES MOYENS EMPLOYÉS POUR RANIMER LE COMMERCE
Il n'y avait que deux moyens vraiment efficaces de remédier à la décadence du commerce : la création d'une marine militaire qui soutînt la marine marchande, et le prompt rétablissement des manufactures nationales qui devaient mettre le royaume en état de suffire à ses propres besoins et à ceux de ses colonies. Mais TEspagne était trop afiTàiblie par ses guerres continentales pour songer à rétablir sa marine détruite. Quant à Tindustrie, la ruine en était consommée. Il eût fallu toute une révolution dans le caractère national et dans la politique de la dynastie régnante, pour la faire refleurir. On essaya de la ranimer par des moyens artificiels.
Le gouvernement recourut d'abord aux lois restrictives. Il défendit successivement l'importation d'un grand nombre d'articles fabriqués à Félranger, et même celle de plusieurs matières premières qui ne se trouvaient pas en Espagne. Une loi spéciale interdit Tintroduction des marchandises provenant des États barbaresques. Mais, comme les Espagnols ne pouvaient se passer des cuirs, du cordouan et des drogueries que l'on tirait de cette contrée^ les étrangers
s'emparèrent bientôt de ce commerce, et introduisis rent en fraude les articles prohibés qu'ils vendirent à des prix exorbitants *• En 1623, Philippe IV défendit l'importation de presque tous les articles de luxe manufacturés à l'étranger, sous peine de confiscation et d'une amende de 30,000 maravédis à partager entre le roi, le juge et le dénonciateur ^» Cette loi somptuaire, renouvelée du règne précédent, ne put être exécutée, parce qu'il n'y avait plus assez de manufactures en Espagne où l'on travaillât l'or et l'argent. En 1626, il fut enjoint à tous ceux qui faisaient venir des marchandises par terre ou par mer d'employer le profit qu'ils en tireraient à acheter des articles fabriqués dans le pays, pour les donner en retour aux marchands étrangers'. En même temps, on défendit aux Flamands, sous peine de confiscation, de faire usage des soies teintes et façonnées qui ne proviendraient pas des villes de Florence, de Gènes, de Lucques ou de Milan. Le gouvernement espérait exclure ainsi les soies de France, qui étaient teintes et manufactu-