‹ L'Espagne depuis le règne de Philippe IIChapitre 174 sur 202 · j^pendice à la Educaeionpopular, t. V, p. 224. Note · texte numérisé non relu

j^pendice à la Educaeionpopular, t. V, p. 224. Note

3. Archives da Ministère des affaires étrangères, Espagne, i625 et 1626, fol. 307 et 308.

rées à Tours, à Marseille et à Lyon^ Un peu plus tard, il interdit aux Espagnols les étoffes de laine ou de soie de fabrique étrangère. Toutes ces dé-^ fenses demeurèrent sans effet. Elles ne servirent point à relever l'industrie , et ne firent qu'entraver le commerce.

Des lois semblables furent publiées pour protéger, en le réglant, le commerce intérieur. Les cortès demandaient avec instance que, lorsqu'un marchand se présentait dans un village pour acheter de la laine dont il voulait trafiquer, le drapier de ce village fût autorisé à réclamer la moitié de la marchandise au prix d'achat. Elles voulaient que personne ne pût acheter du pastel et de la garance, sinon le drapier lui-même ^. Cette manie de soumettre à de minutieux règlements toutes les transactions commerciales^ cette tutelle permanente et sévère imposée aux négociants, et la nécessité qui en résultait de faire et de défaire sans cesse des lois inutiles ou funestes, exercèrent une influence désastreuse sur le commerce de l'Espagne.

L'institution des monts-de-piété fut un autre moyen

1. Archives du Ministère des affaires étrangère». Espagne, 1625 et 1626, fol. 307 et 308.

2. Cortès de 1560, Pettc. XXXIV. Cf. les Hémoires de TAcadémie de Vjiistoire de Madrid, t. VI, p. 296-297.

proposé au gouvernement pour ranimer le commerce. Campanella^ le premier, conseilla cette mesure à Philippe II. « Le roi , dit-il, doit envoyer dans chaque ville un commissaire accompagné d'un prêtre, pour découvrir les usuriers, leur enlever la moitié des sommes qu'ils ont extorquées à leurs débiteurs et fonder avec cet argent des monts-de-piété. 11 doit prêter sur gage aux pauvres, et rester en possession du gage qui n'est pas racheté dans le délai fixé * • » Louis Yalle de la Gerda, ministre des finances pendant les dernières années de Philippe It et sous le règne de son successeur, entreprit de réaliser le projet de Campanella. Il proposa d'établir des monts-de-piété dans les principales villes d'Espagne, à l'exemple de ceux que l'on venait de créer à Rome, à Padoue, à Turin, à Vérone, et dans les villes les plus commerçantes de l'Allemagne et de la Flandre. Il écrivit même un traité dans lequel il faisait ressortir les avantages de cette institution nouvelle^. Sa proposition fut soumise aux certes, qui furent unanimes pour l'approuver. Elles nommèrent une commission chargée de seconder le ministre, et cependant

K Campanella, p. 131.

2. Desempeno del patrimonio de S, M. y de los reitios, por mcdio <3ie los erarios publicos y montes de piedad, Madrid^ 1600.

son projet ne fut pas exécuté * . Philippe IV le reprit un peu plus tard; mais, au milieu des embarras suscités par la guerre extérieure et par les soulèvements de la Catalogne et du Portugal, l'argent manqua et l'ordonnance publiée par ce prince ne reçut pas même un commencement d'exécution *. Ce ne fut qu'après l'avènement de la dynastie française que l'Espagne fut enfin dotée de monts-de-piété.

Une mesure d'une bien plus haute portée fut le blocus continental commencé par Philippe II contre TAngleterre. L'ambassadeur de France à Londres, Bertrand de Saiignac de la Mothe-Fénelon, raconte dans une de ses dépèches adressées à Catherine de Médicis, que l'envoyé d'Espagne vint le trouver un jour pour lui proposer un blocus continental contre le commerce des Anglais.

« La seconde particularité est que, si Vos Majestés très chrétienne et catholique vous accordez de remontrer vivement à cette reine une conjointe résolution d'interdire à ses sujets tout trafic et commerce

1 . Hémoires de rAcadémie d'histoire de Madrid, t. VI, p. 267. Cf. Jovellanos, Colleccion de varicu obras^ 1. 1, p. 370.

2 . Despuei de aver (con el studio que lamateria requiria) tenido va^ rias conferenciaSf se avia resuelto, que en ninguno, eomo en los mon'les de piedad o en los erarios, concurrian los ealidades referidas,.. (pour diminuer les maux qui affligeaient la monarchie). Cespedes y Meneses, Felipe quarto, lib. IV, chap. V.

COMMERCB. 313

en France, Flandres et Espagne, s'ils ne reviennent à la religion catholique et à Tobéissance de Téglise romaine, la dite dame sera contrainte d'y réduire elle et son royaume, d'autant que tous les deniers de son État sont pris sur les entrées et issues des marchandises de ce royaume, et le principal revenu des seigneurs et gentilshommes est en choses qui se transportent dehors , et celui du peuple en manufactures et trafics, quoi cessant, sera impossible à ses sujets de se maintenir ; donc étant les catholiques encore en plus grand nombre dans le pays que les autres, ils contraindront, par la force de cette nécessité, tout le royaume de retourner à la religion catholique ^•.. »

La religion n'était évidemment qu'un prétexte dans cette négociation. Le véritable but de Philippe II était de ruiner le commerce de TÂngleterre, au profit de celui de TEspagne, qu'il aurait délivré d'une concurrence redoutable. Catherine de Médicis ne fut pas dupe de ces protestations hypocrites. Elle refusa d'accéder à sa demande et les ports de la France res-

i . Lettre secrète adressée à la reine par l'ambassadeur de France à

Londres, le 28 décembre 1568. Voyei la correspondance diplomatique

de Bertrand deSalignac de La Mothe-Fénelon , ambassadeur de France

en Angleterre, de 1568 à 1575 , publiée par M. Cooper, 1. 1 , p. 70. Pa-

: ris et Londres, 1838*

tèrent ouverts aux vaisseaux marchands de l'Angleterre. Hais le Portugal, entraîné par l'ascendant de son redoutable voisin, ferma ses ports, aux sujets d'Elisabeth. Bientôt un malaise général se fit sentir en Angleterre. Un grand nombre d'ouvriers en laines se mutinèrent; car depuis la suspension de tout trafic avec le Portugal, l'Espagne, la Flandre et les autres provinces qui dépendaient de la monarchie de Philippe H, ils manquaient de travail, et prévoyaient leur ruine complète. Elisabeth, pour se venger, soutint les révoltés des Pays-Bas et lança de hardis aventuriers sur toutes les mers. La Molhe- Fénelon eut lieu, plus d'une fois, d'être satisfait, lorsqu'il apprit les tentatives d'Hawkins en Amérique, ou que Winter amenait dans la Tamise les galions capturés. Si Philippe II avait réussi dans ses projets de domination en France, s'il était parvenu à étouffer l'insurrection de Flandre, l'Angleterre aurait été menacée sérieusement. Mais les désastres qu'il essuya vers la fin de son règne ruinèrent toutes ses espérances, et le blocus continental décrété contre ce royaume fut levé, sans que le commerce de l'Espagne en eût tiré un avantage réel.

Philippe II essaya aussi vainement de ruiner le commerce de la Hollande par un moyen semblable.

Il avait résolu , dans ce but , de s'alUer étroitement avec le roi de Pologne et avec les villes d'Allemagne qui faisaient partie de la ligue hanséatique. Pendant plus de soixante ans, les rois d'Espagne poursuivirent ce projet chimérique , en offrant tantôt à la Pologne 9 tantôt aux villes de la Hanse des avantagescommerciaux , à condition qu'elles renonceraient à tout trafic avec la Hollande. Les pièces diplomatiques relatives à ces négociations mystérieuses sont restées ensevelies jusqu'à ce jour dans la poussière des archives* On pourra juger de leur portée par la dépèche suivante, adressée à Richelieu par le consul de France à Dantzick :

(c Pendant le règne d'Etienne Bathori, vint un ambassadeur du roi d'Espagne Philippe H, pour exposer à ce prince et aux États de Pologne la nécessité du blé où se trouvait le roi son maître , et le conjurer par la bonne intelligence qui avait toujours été entre les deux couronnes, de permettre que les commissaires de Sa Majesté catholique achetassent tous les grains de Pologne , offrant d'en donner autant sur le pays que les marchands étrangers en baillaient à Danteiek. Sur quoi le roi Etienne ayant mûrement pensé, ne put accorder -à l'ambassadeur ce qu'il demandait , concevant bien que le roi ne de-

mandait pas du blé par nécessité qu'il en eût, mais seulement pour incommoder les Hollandais. •• L'ambassadeur n'ayant rien pu obtenir de Bathori , les Espagnols espérèrent de mieux faire leurs affaires à Dantzick. Celui qu'ils y envoyèrent quelque temps après fit une longue harangue au sénat, lui offrit l'amitié du roi son maître , et pour conclusion le pria de lui permettre d'acheter tous les grains qui étaient dans les magasins de la ville , promettant d'en donner davantage que les marchands étrangers. Les Dantziquois , bien que clairvoyants , eurent peine à se défaire honnêtement de ces demandes. Mais comme un jour , dans le conseil, l'ambassadeur d'Espagne eut répondu à un des principaux de la ville ( qui lui avait demandé ce qu'il ferait d'une si grande quantité de blé) : que leur importait, pourvu qu'il fût payé, quand il le jetterait à la mer; làdessus le sénat dit unanimement qu'il n'accorderait jamais cet achat, de peur d'être, en quelque façon, cause d'un si énorme péché. ••

« Ils ont remué ciel et terre pour avoir le feu roi Sigismond de Pologne à leur parti. Ils le gagnèrent d'abord par le mariage d'Anne d'Autriche, sœur de Ferdinand dernier mort, laquelle étant décédée, bien qu'elle lui eût laissé le prince Ladislas, après roi, de

peur qu'il ue s'alliât à quelque autre puissance qui ne leur fût pas favorable, sans avoir égard à la proximité du sang, foulant aux pieds les commandements divins, lui firent épouser Constance, sœur germaine de sa défunte femme, afin qu'il leur fût joint par des liens indissolubles, bien qu'extraordinaires et impies. Et ce sont ces alliances qui portèrent quasi le roi Sigismond à se rendre comme procureur du roi d'Espagne, s'étant mis en état d'acheter pour lui tous les salpêtres de la Prusse, afin d'en priver les Hollandais, si ceux de Dantzick n'eussent obvié au dessein de leur roi par des remontrances. •• Le dernier ambassadeur d'Espagne en Pologne donna, l'an 1637, à la diète de Varsovie un cahier d'articles qui devaient être adoptés, pour établir le commerce entre les sujets des deux couronnes de Pologne et d'Espagne, lesquels, entre autres choses, portent qu'il ne partira point de navire de Dantzick pour l'Espagne, sans être chargé de toiles, de cordages, de salpêtres et de cires, afin d'en garnir l'Espagne et d'en priver les Hollandais ; qu'il y aura toujours un résident d'Espagne à Dantzick, et que les Dantziquois ne se serviront point de navires bâtis en Hollande, de peur que directement ou indirectement leurs ennemis ne profitassent de leurs ventes... Le roi de Po-

esprit de recherche et dHnyestigation sérieuse. Elles demeurèrent étrangères aux progrès des sciences et ne songèrent plus qu'à veiller au maintien des anciens abus et d'un enseignement suranné qu'elles regardaient comme un patrimoine précieux. L'inquisition favorisait l'ignorance; elle osait la regarder comme une sauvegarde de la religion. Elle exerçait sa censure non seulement sur les livres de théologie , mais encore sur les livres de droite de philosophie, de politique, et même sur les romans de mœurs qui frondaient l'avarice et la rapacité des prêtres, leurs dérèglements et leur hypocrisie. C'est ainsi qu'elle proscrivit le Lazarille de Tormis , par Hurtado de Mendoza , et lorsque plus tard elle en autorisa la lecture, ce ne fut qu'après l'avoir mutilé*. Elle s'opposa de même à la lecture des livres de mathématiques , d'astronomie et de physique , qui avaient été publiés en France , en Angleterre et en Allemagne, sous prétexte qu'ils favorisaient la tendance du siècle au matérialisme. Elle ordonna aux professeurs de langues orientales de livrer à ses commissaires les bibles hébraïques et les bibles

1 . Hurtado de Mendoza lai-même, malgré se hante naissance, n'échappa qu'à la faveur de l'anonyme aux haines implacables que son livre avait soulevées.

grecques qui étaient entre leurs mains ' . Elle proscrivit sans distinction tous les livres hébreux et tous les livres arabes qui traitaient de la religion juive et de la religion mahométane. Elle défendit la lectore des ouvrages composés^ traduits ou annotés par des hérétiques. Les œuvres de Du Moulin , lun des premiers jurisconsultes du xvi* siècle, ne furent plus étudiées en Espagne , parce que Fauteur était protestant. Cette défense s'étendit jusqu'aux livres composés ou traduits par des catholiques dont l'orthodoxie paraissait suspecte. Certaines parties de Y Imitation de Jésus-Christ, traduite par Luis de Grenade^ furent défendues par Tinquisition. Elle proscrivit les Traités de la prière, de la méditation, de la dévotion, qui avaient été composés par le même écrivain , et surtout son Guide des pécheurs ^. Les réclamations de Luis de Grenade restèrent sans réponse ; aucune explication ne lui fut donnée ni par l'inquisiteur général Yaldès , ni par Quiroga son successeur. Les traductions de la Bible en langue vulgaire furent pareillement interdites'. Cette défense qui s'étendit encore à un grand nombre de livres de piété, composés par des

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