‹ L'Espagne depuis le règne de Philippe IIChapitre 201 sur 202 · AgusUn de Blas^ p<usim · texte numérisé non relu

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Colbert, contribua puissamment à diminuer la répugnance de beaucoup d'Espagnols pour le commerce^ en même temps qu'elle diminuait le préjugé contre les arts mécaniques.

La littérature prit également un élan nouveau sous le gouvernement des Bourbons. Louis XIV avait étendu sa royale protection sur les écrivains du grand siècle : son petit-fils encouragea comme lui les lettrea elles arts. En 1713, il créa l'Académie du Langage et lui donna la mission de « xer eê d'èrpurer la langue eaUillane èlrangement dinalurie par le tMUvais gaùt et par Vignùranee^ de distinguer le$ motSy les phraeeê et le$ eonstruetions itrangèree de eellee qui lui iont propres y eelle$ qui sont lambiei en dieuitude de celles que Vueage autorise ^ de marquer quelles expressions sont êridaks ou grossières ^ et quelles doivent être regardées comme de bon goût, de distinguer enfin les exprès^ sions badines des expressions sérieuses et les mots propres des mois figurés. » En 1738, il créa TÂcadémie de l'Histoire. Les membres de ces deux Académies reçurent les mêmes honneurs elles mêmes prérogatives que les personnes attachées à la cour. Peu à peu le goût des lettrea se ranima dans la capitale^ grâce à l'influence qu'exercèrent ces deux Académies, et de la capitale il se répandit dans les provinces. Une société

médicale fut organisée à Séville, une académie de belles-lettres à Barcelonne^ une académie de géographie et d'histoire à Yalladolid^ une académie de mathématiques à Grenade.

La renaissance littéraire de l'Espagne remonte aux dernières années du règne de Philippe Y. Après les longs déchirements de la guerre de la succession, lorsque la dynastie française fut affermie sur le trône, le travail de la pensée , interrompu depuis près d'un demi-siècle, recommença de toutesparts. Sous le règne pacifique de Ferdinand YI^ Tinstruction publique fît des progrès rapides. On étudia les langues orientales, on traduisit les auteurs classiques de l'antiquité. Le règne libéral de Charles III fut plus favorable encore aux lettres. L'affaiblissement du pouvoir de l'inquisition^ l'exil des jésuites, qui s'étaient opposés à toute investigation sérieuse en histoire et en philosophie , une première réforme des universités de Salamanque, d'Alcala, de Grenade et de Yalence, l'ordonnance qui défendit aux évèques de publier les brefs de Rome sur la condamnation des livres, sans le consentement de l'autorité civile, la défense de censurer les écrits d'auteurs vivants qui n'auraient pas été préalablement entendus : toutes ces mesures provoquèrent l'esprit de recherché et

eontribuèrent à la renaissance littéraire de TEspagne. Le bénédictin Feyjoo fut le véritable restaurateur de la prose espagnole. Formé à l'école de Bacon, de Descartes et de Bayle, il attaqua toutes les erreurs accréditées par Vimposture et Tignorance, couvrit de ridicule les faux prodiges dont se nourrissait la crédulité populaire, la fausse dévotion et les prétentions surannées des scolastiques qui dominaient dans les universités. Son livre contre les préjugés (Tealro crilico universal o discursos varias en todo gênera de maierias y para desengaho de errares cammunes) exerça sur les Espagnols l'influence la plus heureuse. Il remit en honneur l'esprit d'examen que Ton avait d'abord jugé criminel, et que l'on regarda, depuis, comme un devoir commandé par la raison. En même temps, le Père Isla s'élevait dans son Gerundia contre les étranges aberrations de l'éloquence de la chaire, et obtenait sur les prédicateurs de son temps un triomphe semblable à celui que Cervantes avait remporté sur les romanciers. Grâce à lui, l'éloquence religieuse rentra dans les voies qu'elle avait abandonnées depuis un siècle. Aux hyperboles ampoulées, aux jeux de mots qui dépravaient le goût et dégradaient la langue, succédèrent le naturel, la vraisemblance et une élégante simplicité.

Pendant que ces deux écrivains réformaient la prose, Luzan réformait la poésie. Sa poétique et quelques exemples de bon goût qu'il joignit à ses préceptes firent revivre les saines traditions du siècle d'or de la littérature espagnole. Débarrassée de la funeste enflure de Técole de Gongora, la poésie reprit l'usage de son bel idiome , si malheureusement dénaturé. Le comte de Torre Palma, MontianO; LaHuerta, Iglesias, rappelèrent dans leurs œuvres diverses la noblesse de Garcilaso, la vivacité de Yillegas et la fougue d'Herrera. Cadalso qui publia de charmantes poésies fugitives; Melendez, son élève et son ami, dans les écrits duquel la poésie castillane retrouva ses grâces naturelles et le^ richesses de l'imagination la plus brillante; Iriarte, écrivain si remarquable par la pureté du goût et la correction du style, surpassèrent leurs devanciers et répandirent l'éclat le plus vif sur le règne de Charles III.

En même temps, Campomanès et Jovellanos offraient à leur pays les premiers modèles de l'économie politique, tandis que Fernandez et LeandroMoratin ranimaient l'art dramatique et frayaient la voie à Ramon de la Cruz , à Cienfuegos, à Quintana, à Martinez de la Rosa.

La renaissance de Tart suivit de près la renaissance des lettres. L'académie de San Fernando, fondée par Philippe V et organisée complètement par Ferdinand Yt, contribua puissamment à faire revivre la peinture^ la sculpture et Tarchitecture. Vers le milieu du xviu* siècle, le célèbre Mengs rdieva la peinture et parvint à former une école d où sortirent Joseph de Yergara, Bayeux de Saragosse , Maëlla, Estéve et Âcunha. En même temps, AlvareK et Philippe de Castro ranimaient la sculpture, tandis que Vierna, Fernandez, Villanueva, Ventura Rodriguez ornaient les villes de Madrid, de Valence, de Barcelonne et de Séville des plus beaux monuments d'architecture.

Un esprit plus libéral, une politique plus sage et plus conforme aux véritables intérêts de la nation, la réorganisation des armées de terre et de mer, de puissants encouragements donnés à Tagriculture, à l'industrie, au commerce, la renaissance de la littérature et de Tart, voilà ce que TEspagnedoit aux Bourbons. Toutefois les changements dus à leur influence ne furent pas complets. Bien des améliorations, bien des réformes se sont arrêtées à la surface du pays et n'ont pas pénétré dans ses entrailles. La dynastie française a rencontré des obstacles trop puis*

sants^ des préjugés trop enracinés. Il fallait les affaiblir, avant de les attaquer de front, pour les vaincre et pour les détruire. Une œuvre si difficile ne pouvait être accomplie dans l'espace d'un siècle; mais ce sera toujours un titre de gloire pour la France de Tavoir entreprise. Il appartient au peuple espagnol de la poursuivre. Engagé désormais dans la voie du progrès, éclairé par ses malheurs sur ses intérêts véritables, il n'a pas besoin de la tutelle de l'étranger • Qu'il rompe sans retour avec les idées du moyen âge auxquelles il est resté trop longtemps fidèle ! qu'il détruise les ' derniers abus qui s'opposent à sa régénération ! Qu'il achève surtout de constituer son unité nationale qui sera la garantie la plus sûre de son bonheur ! Qu'il cesse enfin de regarder les Français comme des rivaux jaloux de sa grandeur. Depuis que les Anglais , établis à Gibraltar, ont paru destiner à la Péninsule entière le sort du Portugal , la nation française est devenue l'alliée naturelle du peuple espagnol. Elle ne peut qu'applaudir à ses efforts et appeler de ses vœux le jour qui lui rendra la puissance et la prospérité.

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