‹ L'Espagne depuis le règne de Philippe IIChapitre 29 sur 202 · Ibid.,U \, p · texte numérisé non relu

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ÀGRICULTURCr. 61

Tagriculteur et l'ouvrier se découragent et se dé* goûtent de leur travail. Mais l'acte le plus désas* treux que provoqua Tinquisition fut l'expulsion des Maures. Sous prétexte qu'ils entretenaient des in« telligences avec leurs frères d'Afrique , et qu'ils favorisaient les descentes des Barbaresques sur les côtes de l'Andalousie et des royaumes de Grenade ^ de Murcie et de Valence, Philippe HT signale fatal édit qui les condamnait à un exil éternel. On n'a jamais su le nombre exact des Maures qui furent chassés d'Espagne. Mais si l'on ajoute aux 800,000 juifs qui sortirent de ce royaume, en 1492, Tinnombrable foule de Maures qui périrent dans les insurrections du XVI® siècle , et le nombre plus considérable encore de ceux que l'Espagne rejeta de son sein, sous le règne de Philippe III, on reconnaîtra que ce royaume perdit , dans l'espace de cent vingt ans, environ trois millions de ses habitants les plus laborieux *. La race infortunée des Maures ne laissa dans le pays conquis jadis par ses ancêtres que la tradition de la plus belle agriculture du monde , et d'une industrie qu'aucun peuple n'avait encore

1 . Voyez Nayarréte, Conservaeion de Monarquias, p. 50. Madrid, 1626. Cf. Mignet, iDtroduetion, p. XXVIII. Cf. Delaborde, Itinéraire descriptif de C Espagne, Introduction, p. xxivji.

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lée. L'année même qui Buivit leur expulsion^ Philippe ni accorda par un édit les honneurs de la noblesse, avec exemption du service militaire, à tous les Espagnols qui s'adonneraient à la culture des terres ; mais tant d'autres causes contribuaient à dépeupler le pays que cet édit demeura sans résultat ^

À l'extérieur , les rois d'Espagne soutinrent une lutte gigantesque pour défendre la foi catholique et la suprématie de la maison d'Autriche ; mais cette lutte était au-dessus des forces de la monarchie. Des milliers d'Espagnols perdirent la vie sur les champs de bataille, en France, en Allemagne, en Flandre, en Irlande, en Afrique et sur mer, lorsque leurs bras auraient été nécessaires pour défricher tant de champs restés incultes depuis l'expulsion des Mauresques. Cette guerre qui se prolongea jusqu'à la fin du xvii« siècle, fut d'autant plus funeste à l'Espagne, qu'elle était forcée de disperser ses soldats dans toutes les parties du monde, pour garder d'innombrables provinces, séparées les unes des autres par des États hostiles ou par l'immensité des

1 • Navarréte conseillait à Philippe III de chasser les Gitanes et les Irlandais catholiques, réfugiés en Espagne, et qui vivaient d'aumônes aa lieu de travailler à la terre. Navarréte, p. &7.

mers. Les villes du Mexique et du Pérou , les forteresses du Milanais , du royaume de Naples , de la Sicile , de la Sardaigne , celles de Flandre et de la Franche-Comté ne pouvaient , sans de nombreuses garnisons ^ contenir dans Tobéissance tant de peupied différents de langage , de mœurs et de coutumes, ou les défendre contre les attaques des ennemis du dehors. Les anciennes colonies portugaises, conquises par l'Espagne, sous le règne de Philippe II , étaient occupées par des troupes qui veillaient sans cesse au maintien de la sécurité publique. Ces troupes étaient échelonnées sur toutes les côtes du Brésil, sur les points les plus menacés du littoral de Test et de Touest de l'Afrique, et dans les principaux ports de mer de Tancienne Inde portugaise. La plupart des soldats que Ton envoyait ainsi loin du pays natal, se mariaient et mouraient à l'étranger. En Sicile , en Sardaigne , dans le royaume de Naples, en Flandre, une grande partie de la population actuelle est espagnole d'origine ; mais c'était en Amérique que les Espagnols s'établissaient de préférence , et ils en revenaient rarement.Un grand nombre succombaient aux maladies produites par le changement de climat, principalement à Porto-Bello et à Lima. Ceux qui survivaient et qui parvenaient à s'enrichir se livraient

à Findolence et à la débauche*, qui leur faisaient perdre souvent jusqu'au souvenir de la patrie. Leurs enfants, peu nombreux et débiles, ne propageaient à leur tour qu'une race abâtardie. Le nombre de ceux qui retournaient en Espagne était fort limité. Quoique beaucoup d'entre eux fussent tout disposés à s'établir dans le pays de leurs pères, l'appauvrissement de cette contrée les en éloignait à jamais ^

On a calculé qu'au -iyif siècle plus de quarante mille hommes sortaient tous les ans de l'Espagne, soit pour se fixer en Amérique , soit pour défendre les provinces des Pays-Bas, de l'Italie et de l'Afrique qui faisaient partie de la monarchie ^. C'étaient pour la plupart des hommes robustes , accoutumés au travail et à la fatigue : pauvres dans leur pays natal ^ ils cherchaient fortune à l'étranger. Les émigrations en Amérique devinrent de plus en plus fréquentes, à mesure que l'État éprouvait plus de revers. Un décret de Philippe IV s'opposa inutilement à cette manie d'émigration qui entraînait les Espagnols, et principalement les Biscayens et les Navarrais, vers

1 . Mémoire du comte de Rébenac sur son ambassade d'Espagne, du 20 mai 1689. Apud manuscrits français de la Bibliothèque du roi, supplément français, n° 63, fol. 225.

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