‹ L'Espagne depuis le règne de Philippe IIChapitre 28 sur 202 · I. LA DÉPOPULATION DU ROYAUME · texte numérisé non relu

I. LA DÉPOPULATION DU ROYAUME

Les principales causes de la décadoDce de l'agriculture sont : la diminution toujours croissante de la population espagnole, depuis le règne de Philippe II jusqu'à ravénement de la dynastie des Bourbons, le droit de main-morte attribué aux terres du clergé, les majorats de la noblesse et les dévastations annuelles des troupeaux voyageurs.

Nous allons examiner d'abord par quel fatal enchaînement de circonstances ce royaume perdit, dans l'espace d'un siècle , près de la moitié de ses habitants.

Pour éviter une nouvelle effusion de sang et pour consolider la victoire du christianisme en Espagne , les rois catholiques entreprirent , après la conquête

de Grenade , de donner à leur royaume l'unité religieuse la plus complète. Ferdinand et Isabelle commencèrent cette œuvre. Charles-Quint et Philippe II, témoins des luttes acharnées dont la France , TAUemagne et l'Angleterre étaient devenues le théâtre, depuis que la réforme avait pénétré dans ces États, résolurent d'épargner des discordes semblables à l'Espagne, en resserrant encore cette unité religieuse qu'ils voyaient menacée par de nouveaux ennemis. Ils enveloppèrent dans une même haine et le culte des juifs, et les fureurs iconoclastes des calvinistes, et l'opiniâtre attachement des pauvres Mauresques à la religion , à la langue et au costume de leurs ancêtres.

On raconte que Philippe II , informé du soulèvement des réformés en Flandre et de 1^ profanation de plus de quatre cents églises , jura de donner un exemple dans la personne de ses ennemis de manière à faire tinter les oreilles de la chrétienté, dUt-ril mettre en péril tous ses États ^ La pensée de Philippe II est contenue tout entière dans ces paroles menaçantes. Ce prince et ses successeurs ne tinrent aucun compte

1 . Lettre de l'envoyé d*E8pagne à Paris» adressée à la duchesse de Parme, gouTernaute des Pays-Bas, citée par Schiller, dans son Histoire de VlnturrecHon des Pays-BjiS,

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des idées nouvelles, et adoptèrent une série de me* sures dont l'effet immédiat fut la diminution de la population espagnole.

Ferdinand le Catholique avait le premier mis en pratique ce système de répression. En 1492 , il avait condamné à lexil tous les juifs qui refusaient de recevoir le baptême. Mariana porte à 800,000 le nom* bre de ceux qui préférèrent leur religion à leur patrie ^ En même temps ce prince avait institué le tribunal de l'inquisition, pour surveiller et poursuivre les nouveaux ekrilienêy que l'on accusait de pratiquer secrètement le culte de Moïse. Dirigée à Torigine contre les chriliem judaisants , l'inquisition reçut bientôt la mission de surveiller la conduite des Maures nouvellement convertis. Plus tard , elle fut chargée d'empêcher les doctrines du protestantisme de se répandre en Espagne. L'inquisition accomplit cette triple mission, et pendant trois siècles elle maintint l'unité religieuse , mais elle n'y parvint qu'en employant des moyens d'une extrême violence. Dans une seule année, le tribunal du saint-office, établi à Séville, jBit brûler 2,000 hérétiques; 2,000 autres furent

1. Mariana, anno 1492. Suivant Agustin de Blas il n'y «ut que 30,000 familles Jui?es, c'est-à-dire environ 150,000 personnes qui partirent pour l'exil. V. Agustin de Blas, Origen Progresoêy Limités de la Poblaeion de Eepana, p. 163. Madrid, 1833.

brûlés en effigie, et 16,000 condamnés à diverses pénitences*. Suivant Llorente, l'inquisition, depuis son origine jusqu'à son abolition en 1 808, a fait brûler 3i ,912 Espagnols, 17,659 en effigie , et elle a condamné à des peines rigoureuses 291 ,450 personnes, ce qui donne un total de 341 ,021 Espagnols, condamnés les uns à mort , les autres à des peines qui entraînaient toutes une flétrissure morale et la confiscation des biens ^. Ainsi l'inquisition ruina et avilit plus de 340,000 personnes, dont la honte rejaillissait sur leurs familles, et qui ne transmettaient à leurs enfants que lopprobre et la misère. Qu'on ajoute plus de cent mille familles > qui émigrèrent pour échapper aux poursuites de ce tribunal de sang *, et l'on reconnaîtra que l'inquisition a été l'instrument le plus actif de la ruine de l'Espagne. Il faut remarquer encore qu'en menaçant incessamment des tortures et de la mort tant de milliers de citoyens, qui pratiquaient secrètement un autre culte que celui de l'État, le saint- office paralysait leurs bras et détruisait cette confiance en l'avenir et cette sécurité sans lesquelles

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