Sismondi> Histoire des Français, t. XXVI, p
lions maritimes a\rec les colonies ^ Il n'y avait pas vingt mille hommes de tronpes disponibles dans toute la Péninsule. Les régiments n'étaient complets que lorsque le roi les passait en revue à Madrid. Le comte de Rebenac transmit des renseignements curieux à Louis XIV sur la manière dont se faisaient les levées :
« Madrid est plein d'un grand nombre de fainéants et de pauvres qui demandent l'aumône. On les prend de toute taille et de tout âge. Il y en a de soixante ans et de treize. On leur donne des souliers et un justaucorps, et jusqu'au jour que le régiment est complet, ils ont à dépenser dans Madrid dix sous et demi par jour. Ils passent complets en revue devant le roi, mais comme il y a impunité pour les déserteurs, ces mêmes gens s'enrôlent quatre et cinq fois par an, sans sortir de Madrid. Ge-
I. En 1663 le goayemement avait été obligé de s'entendre avec un Génois nommé Faconde, pour qu'il frétât une petite escadre qui était indispensable pour maintenir les communications maritimes entre l'Espagne et ses colonies, et aller au-devant des galions des Indes, qui formaient le revenu le plus net du roi et des particuliers. (Mignet, 1. 1, p. 316.)
En 1665 le gouvernement fit un traité avec un Génois nommé Ippolito Centurione, pour qu'il frétât huit vaisseaux de guerre. Ces vaisseaux devaient être, en avril, dans la rade de Cadix, pour se rendre devant Lisbonne, pendant que le marquis de Caracen a attaquerait cette ville par mer. Mais le gouvernement génois, prétextant la défense de la république, interdit cet armement et l'expédition échoua. {Ibid., p. 365.)
pendant le colonel n'est obligé qu'à rendre son régiment complet pour cette revue^ et son propre intérêt le porte à laisser dépérir son régiment^ parce qu'il est toujours payé complet pour toute la campagne, c'est-à-dire payé conime on paye en Espagne ^ »
Telle était la situation de TEspagne au commencement du règne de Charles If. La guerre de Portugal, que Philippe lY avait léguée à son successeur, ajoutait encore à la détresse publique. La cour de Madrid s'obstinait à traiter de rebelle l'ancien duc de Bragance^ quoiqu'elle fût hors d'état de le réduire par la force des armes. En 1 665^ elle disposait contre lui de toutes les forces de la monarchie, et non seulement elle ne pouvait prendre l'offensive, mais elle n'avait pas même assez de troupes pour faire respecter son propre territoire. Au mois de novembre 1665, les Portugais pénétrèrent jusqu'aux environs d'Alcantara, brûlèrent et saccagèrent un grand nombre de villages, et n'épargnèrent pas même les terres du duc de Médina-Sidonia, beau -frère de Jean lY. Ils se seraient avancés jusqu'aux portes de Séville, sans trouver de résistance, si on ne les avait rappelés de Portugal^. En 1666, ils continuèrent leurs dévasta-
1. Dépêche do comte de Rebenac> do 5 février 1689. Archives da Ministère des affaires étrangères.
2. Extrait d'une lettre adressée de Badajoz à Tarehevèque d'Embmn,
lions sur la frontière de l'Espagne, qu'ils trouvèrent plus dégarnie que jamais. La régente avait envoyé des troupes en Flandre et en Catalogne, pour mettre ces deux provinces en état de résister aux armées de Louis XIV, qui se préparait à les envahir. Elle n'avait laissé que cinq mille hommes d'infanterie et trois mille huit cents chevaux, pour occuper les places fortes de Gerumena, de Badajoz, d'Orihuela^ d'Albuquerque et de Moraleja, qui couvraient la frontière étendue de la Vieille Castille et de l'Estramadure *. Les Portugais trompèrent sans peine la surveillance de ces garnisons dispersées. Us s'avancèrent dans le comté de Niebla jusqu'à douze lieues de Séville^ et pendant que les Espagnols accouraient au secours de TAndalousie, ils entrèrent en Castille avec mille chevaux et quatre mille fantassins, dévastèrent pendant six jours douze lieues de pays, et se retirèrent avec un immense butin ^. La régente paraissait résignée à leur laisser faire des courses, enlever du bétail et piller des villes ouvertes, sachant bien qu'ils ne pourraient réussir à s'emparer d'une place importante, parce qu'ils n'avaient
et datée du 20 novembre 1665* Archives du Ministère des affaires étrangères.