‹ L'Espagne depuis le règne de Philippe IIChapitre 69 sur 202 · Navarrête, p · texte numérisé non relu

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Le gouvernement fut obligé d'intervenir pour réprimer ce luxe extravagant. Il remit en vigueur les anciennes loissomptuaires tombées en désuétude. Sous le règne de Charles II, il n'était permis qu'aux ambassadeurs et aux étrangers de distinction de sortir accompagnés de leurs pages et suivis d'une brillante escorte. Les grands ne pouvaient plus me* ner à leur suite que deux laquais^ quoiqu'ils en nourrissent jusqu'à quatre et cinq cents, dans leurs palais. Il leur était défendu de porter des habits brodés d'or. On ne les voyait plus en public qu'avec des manteaux de drap vert doublé de velours bleu. Les manches étaient de velours, de satin ou de damas. Les pages étaient habillés de noir dans toutes les saisons de l'année ^ Mais le luxe qu'ils déployaient dans l'intérieur de leurs palais resta le même qu'autrefois. On peut en juger par le fait suivant, cité dans plusieurs relations de voyage de la fin du xvii® siècle : « Le duc d'Albuquerque est mort il y a déjà quelque temps. L'on m'a dit que l'on avait employé six semaines à écrire sa vaisselle d'or et d'argent et à la peser. Pendant ce temps^ Ton y passait chaque jour deux heures entières; cela ne se faisait qu'à gros frais. Il y avait

1. Relation du voyage d' Espagne fait en 1679; t. II, p. il9.

entre autres choses quatorze cents douzaines d'assiettes, cinq cents grands plats et sept cents petits ; tout le reste à proportion ; et quarante échelles d'argent pour monter jusqu'en haut de son huffet, qui était par gradins, comme un autel placé dans une grande salle. Quand on me dit cette opulence d'un particulier, je crus que l'on se moquait de moi; j'en demandais la confirmation à don Antoine de Tolède^ fils du duc d'Âlbe^ qui était au logis. Il m'assura que c'était une vérité , et que son père , qui ne s'estimait pas riche en vaisselle d'argent^ avait six cents douzaines d'assiettes d'argent et huit cents plats \ »

La plupart des grands avaient si peu d'économie qu'ils gardaient dans leurs coffres les richesses amassées dans les provinces dont ils étaient les gouverneurs. Lorsqu'un père de famille venait à mourir, laissant des enfanta en bas âge, les tuteurs enfermaient son argent dans des cofFres-forts, et personne ne songeait à le faire valoir. C'est ainsi qu'à la mort d'un duc de Prias, qui laissait .trois filles et six cent mille ' écus comptant, on mit cet argent dans trois coffres, dont les tuteurs gardèrent les clefs,

1 . Relation duvoyage d'E»pagnefait en 1679, t. II, p. 173-174.

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