Voyage d'Espagne fait en 1655, p
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Il eût été facile aux Galiciens de fabriquer à bon marché des cuirs corroyés. La chaux se trouvait en abondance dans leur province, et les vaisseaux marchands pouvaient apporter à peu de frais à la Corogne les cuirs qui encombraient les marchés de Porto- Belle. Mais cette industrie était si mé-prisée que les plus pauvres la dédaignaient. Si le fils d un artisan se faisait corroyeur, sa honte retombait sur toute sa famille. Il ne pouvait plus exercer aucune fonction publique ni remplir un ministère religieux. Les ordres monastiques, institués pour enseigner Thumilité et pour en donner lexemple, se seraient crus avilis en recevant le parent le plus éloigné d'un corroyeur. Le fait suivant peut donner une idée de la ténacité de ce préjugé. Le fils d'un gentilhomme de Galice avait hérité d'un majorât de quatre ou cinq cents ducats. Il épousa la fille d'un riche corroyeur. Son frère marié depuis longtemps et qui convoitait l'héritage avait fait d'inutiles efforts pour s'opposer à cette union. Il s'avisa de réclamer le majorât, sous prétexte que son frère avait dérogé en contractant alliance avec la fille d'un vil artisan. Ce fut pour les nouveaux mariés un grand sujet de douleur. Le procès intenté avec éclat et porté successivement
devant plusieurs tribunaux les couvrit d'opprobre aux yeux de leurs concitoyens. L'époux tomba dans un abattement profond et mourut avant la fin des débats. Son frère ne renonça point au projet de spolier sa belle-sœur et parvint au moins à déshonorer une famille entourée naguère de l'estime publique*.
Dès le milieu du xvi* siècle , il n'y eut plus d'ingénieurs en Espagne. On les faisait venir de Flandre, d'Allemagne ou d'Italie. Les fortifications de la citadelle d'Anvers furent élevées^ en 1568, sous la direction de Tltalien Paciotto. Un autre Italien , Baptiste Antoneli, fut chargé, en 1 586^ de réparer les fortifications de Saint-Domingue, de Nombrededios, de Porto-Bico, de Garthagène et de Panama ^. Le même ingénieur avait entrepris, en 1 581 , de rendre le Tage navigable depuis Lisbonne jusqu'à Tolède. Lorsque l'archiduc Albert commença le siège d'Ostende, il appela des ingénieurs d'Italie. Philippe III s'aida longtemps des conseils de l'Italien Pignatelli. En 1 626^ Philippe IV manda des ingénieurs de Flan* dre pour étudier le cours du Guadalquivir, qu'il voulait rendre navigable depuis Séville jusqu'à Cor-
J . Mémoires de la Société économiqae de Madrid, t. IV, p. 5 et 6. 2, Hcrrera, Uistoria gênerai,^. 16.
doue *. Il chargea deux Italiens, Louis Carduchi et Jules Marleii , de continuer les travaux commencés par Antoneli pour resserrer le lit du Tage *. La régente Anne d'Autriche, qui gouverna l'Espagne pendant la minorité de Charles II, fit venir de Flafidre les frères Charles et Ferdinand de Grunemberg, pour joindre le Tage et le Douro par l'intermédiaire du Mançanarèset du Jarama ^.
Faute d'ouvriers habiles on ne construisit plus de vaisseaux dans les ports de l'Espagne et Ton ne fabriqua plus les objets nécessaire» à leur équipement. Dans l'espace de cinq ans ^, Philippe lY dépensa^ dit-on, pour l'armement et l'entretien de ses flottes soixante-six millions quatre-vingt-cinq mille ducats^ et l'étranger seul en profitai
Les mines de la Nouvelle Espagne, du Chili, des îles de Cuba et de Porto-Rico fournissaient le cuivre en si grande abondance^ que les vaisseaux en prenaient pour lest à leur retour; et cependant les Espagnols n'employaient pas les cuivres de TAmérique à la fonte de l'artillerie, car ils manquaient