CHAPITRE CINQUIÈME
Finances.
« Le tableau des revenus d'un souverain, disait M. de Laborde en commençant le chapitre sur les finances de l'Espagne (1), ne peut jamais être bien exact ; il n'est pas
(4) Itinéraire descriptif de l'Eipagne. Paris, 1808; toi. IV.
possible de se procurer des notions certaines sur chacun des objets qui en font partie. » Les temps ont bien changé depuis, et actuellement, grâce au système constitutionnel, aucune statistique ne fournit des chiffres aussi certains et aussi exacts que celle des finances On ne saurait plus appliquer non plus au trésor d'un Etat les paroles du re-* nard au lion malade ;
Je vois fort bien comme l'on entre Et ne vois pas comme on en sort.
C'est là certainement une amélioration importante. Non pas que les budgets en soient devenus moins gros, les impôts ont partout suivi la marche ascensionnelle des populations et de leurs richesses ; mais les charges sont réparties d'une manière plus équitable, leur perception est moins vexatoire, et, tout calculé, le fardeau est plus supportable. D'un autre côté, les dépenses sont mieux réglées et plus fructueuses, et le gaspillage des deniers publics est devenu impossible.
Entrée l'une des dernières dans cette voie, l'Espagne y avance maintenant d'un pas aussi rapide qu'assuré. Naguère le pays des déficit monstrueux, sans crédit, insolvable même, elle a rétabli l'équilibre rompu depuis des siècles entre ses dépenses et ses recettes, et bientôt elle aura mis de Tordre dans sa dette, écrasante»
Si le mérite d'une action est proportionnel à la somme des difficultés vaincues, celui de l'Espagne est très-grand. Pendant longtemps elle avait à lutter pour obtenir d'abord la paix intérieure *, mais cette époque de guerre et d'anarchie, qui entravait la réalisation de tout progrès, a, du moins, été employée par les Espagnols à étudier la législation existante et à élaborer des projets d'amélioration. Nous savons déjà que leurs efforts n'ont pas été stériles; mais, pour bien apprécier l'étendue de la tâche accomplie, il faut connaître l'ancien système des impôts et ce-
lui qui l'a remplacé à partir de 1845. Le premier, extrêmement compliqué, était composé de 120 à 130 impôts différents, dont les uns étaient généraux, c'est-à-dire perçus dans tout le royaume, et les autres particuliers à telle oo telle province, à telle ou telle classe d'habitants. Le ( système de 1845 est infiniment plus simple et se rappro- 1 che de celui de la France; il n'exigera donc que très-peu l > d'explications. Nous essayerons de faire comprendre les I changements introduits, en donnant successivement deux budgets, dont l'un pourrait être pris presque indifféremment sur l'une des années antérieures à 1845, et Tau- 4re après. Plusieurs ouvrages français ont déjà communiqué des chiffres sur le budget espagnol; Bourgoing (Tableau de l'Espagne moderne) et Alexandre de Laborde (Itinéraire descriptif) ont fourni des renseignements sur les revenus de l'Espagne dans le siècle dernier ; M. Moreau de Jonnès (Statistique de l'Espagne) en a ajouté pour 1822 et 1827 ; M. de Marliani (Histoire politique de l'Espagne moderne) est allé jusqu'en 1840. Nous choisirons donc, parmi les années les plus récentes, 1842 pour l'époque antérieure, et 1850 pour celle postérieure à 1845. Nous extrayons le premier du Bulletin des lois espagnol (Colcccion de las leyes, etc.), et le second du Diario de las sessiones de Cortès (1).
Budget de 1842.
Ce budget, ne devant être que le cadre de notre exposé, ne sera pas transcrit du document espagnol tel qu'il s'y trouve; nous en classerons, au contraire, les chapitres dans l'ordre qui nous parait être le plus propre à faire ressortir les différences qu'il y avait entre les diverses provinces. Nous n'avons négligé aucune recherche qui pouvait rendre cette classification plus exacte.
(1) Supplément du n°-30.
A. Impôts généraux perçus dans tout le royaume