I. Enseignement primaire
Jusqu'à une époque assez récente, l'instruction primaire était en Espagne dans un triste état. Le Gouvernement s'en occupait peu. Elle était, pour ainsi dire, abandonnée à la bienfaisance publique et soutenue en grande partie avec les produits de fondations pieuses. Enfin, elle était à la merci des municipalités qui faisaient peu ou rien pour elle, sauf quand les maires étaient stimulés par quelque conseiller éclairé et influent. Il en résulte que l'enseignement, devenu un objet d'industrie privée, tomba souvent entre les mains d'hommes peu instruits, qui l'exploitaient faute de mieux. Les instituteurs ou professeursdistingués s'établissaient naturellement de préférence dans les villes qui les rétribuaient convenablement, et les bourgs et villages étaient forcés d'admettre ceux qui voulaient bien se présenter.
Les efforts isolés tentés par quelques hommes influent*
ne pouvaient avoir ud grand effet. Il fallait une réforme radicale, entreprise par les soins du Gouvernement. En > 1825, ce dernier publia enfin un règlement général pour | organiser l'instruction publique dans tout le royaume. Ce règlement imposait des examens aux instituteurs ; il ordonnait l'établissement de commissions communales pour encourager les progrès de l'instruction, et une commission centrale, siégeant à Madrid, devait donner l'impul- , sion à toutes.
Dans le moment où ce règlement parut, il était certes à la hauteur de ce qu'avaient fait les nations les plus avancées; autant que nous sachions , il n'y avait alors que la Prusse, par exemple , qui exigeait des examens pour l'admission des instituteurs primaires. Mal heureusement ce règlement ne fut presque pas exécuté. Les commissions ne s'établirent pas, les examens n'étaient pas rigoureusement exigés et Ton se montrait très-indulgent dans les épreuves.
Néanmoins, en 1835, l'instruction primaire semblait avoir progressé. Il résulte d une statistique générale faite à cette époque, que le nombre des écoles, dans tout le royaume, aurait atteint le nombre de 16,000, ce qui faisait une école sur 750 habitants. D'après la même source, le nombre des élèves équivalait au dix-septième de la population; le nombre des instituteurs et institutrices diplômés était de 5,500 ; celui des non diplômés de 10,500. Mais quel degré de confiance accorder à ces chiffres? Comment croire qu'on ait pu obtenir alors une statistique exacte, quand de nos jours on a tant de peine à y arriver ? Et puis, outre l'exagération des nombres, quel était l'état de ces écoles? « Cette profusion d'écoles, disait le gouvernement lui-même dans un projet de loi présenté aux corlès, n'est qu'une apparence trompeuse. La plupart en sont mesquinement dotées. Il est difficile de les améliorer, et .en ne stimule les instituteurs pour procurer aux élèves l'instruction même indispensable. Beaucoup de parents en retirent les enfants de bonne heure pour profiter de leur travail, et les instituteurs eux-mêmes, dans la nécessité de se procurer de quoi vivre, s'occupent simultanément
d'autres professions, de sorte que l'existence de l'école est souvent purement nominale. Qu'espérer d'hommes que leur profession ne nourrit point? Qu'y a-t-il d'étonnant que les deux tiers ne se soient pas présentés aux examens? et qu'espérer d'eux sinon la propagation d'erreurs et un enseignement si superficiel, qu'il ne sert qu'à employer stérilement un temps précieux ? L'enfant qui, en sortant de l'école, sait seulement réunir avec peine les lettres de l'alphabet ou tracer laborieusement quelques caractères sur le papier, tire peu ou point de fruit de l'instruction reçue, et c'est pourtant là toute celle qu'obtient la généralité des classes pauvres. »
Noos venons de voir que le gouvernement ne se laissait pas tromper par des illusions ; nous allons le trouver s'occupant activement des mesures à prendre, et mettant, pour ainsi dire, la main à l'œuvre.
Les chiffres que nous avons cités montrent que le défaut de l'enseignement ne consistait pas précisément daDs le petit nombre des écoles, maïs bien dans la valeur de» instituteurs. Ce qu'il y avait de plus urgent à faire était donc d'en améliorer le personnel.
On commença par réformer le règlement de 1825, ou plutôt pour le mettre en exécution. Des commissions provinciales furent nommées, et on établit une commission centrale qui travailla avec ardeur, de sorte qu'on put bientôt présenter aux cortès un projet suffisamment élaboré sur l'instruction primaire. Ce projet, un peu modifié, fut converti en loi provisoire le 21 juillet 1838. Ainsi armé de pleins pouvoirs, le gouvernement put agir avec plus de liberté et d'après un plan bien médité et coordonné, car il s'agissait d'une œuvre qui demande du temps, d'une amélioration qui ne saurait être exécutée que par degrés. On s'empressa d'envoyer en France et en Angleterre des gens choisis avec soin pour y étudier les méthodes en usage dans les meilleures écoles. A leur retour, on créa une école normale centrale à Madrid , où chaque province fut obligée d'entretenir des élèves destinés à former le personnel d'écoles normales provinciales.
L'école centrale fut inaugurée en avril 1839; mais ce n'est qu'avec de grands efforts qu'on lui procura des élèves. Les provinces se montrèrent d'abord peu empressées pour voter les fonds, et souvent on eut des difficultés pour trouver des jeunes gens disposés à suivre cette carrière. Depuis, mieux inspirées, les provinces rivalisent de zèle, et on ne manque même plus d'élèves. On a donc pu rendre les examens de plus en plus sévères, et maintenant on ne donne les places qu'au concours.
Ces mesures ont amélioré notablement le personnel enseignant. Nous avons vu qu'en 1835, les deux tiers des instituteurs n'avaient point de diplôme. Aujourd'hui (1848) les proportions sont plus favorables) il y a
5,937 instituteurs sans diplôme; 1 , 264 institutrices xd. ;
Et 6,847 instituteurs diplômés ; 1,241 institutrices id.
Les premiers dirigent principalement les écoles incomplètes et mal dotées.
Quant au nombre des écoles, si l'on compare les chiffres de 1835 à ceux d'aujourd'hui, il parait qu'au lieu d'augmenter ils ont diminué : on en accuse 16,000 pour 1835, on n'en compte que 15,640 aujourd'hui. Cependant il est notoire que beaucoup d'écoles ont été fondées dans cet intervalle; et comme la dernière statistique présente toutes les garanties d'exactitude, il devient évident que la première ne mérite aucune confiance.
Les 15,640 écoles que nous venons de mentionner se subdivisent ainsi qu'il suit :
Nombre Nombre dos écoles, de* élève».