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CHAPITRE XII

Les relations franco-espagnoles

Comme on vient de lo voir dans nos précédents chapitres, non seulement l'étude de la. langue française est très répandue en Espagne* mais encore les idées, les modes, les coutumesfrançaises sont chaque jour davantage vulgarisées et propagées dans ce pays par la presse espagnole.

Depuis presque un siècle en paix, la France et l'Espagne ont vu leurs relations commerciales et financières devenir plus grandes et plus intimes chaque jour; l'échange constant des produits du sol et de l'industrie a é!é suivi d'un échange de visites et de bons procédés qui ont fait naître entre nos deux peuples non seulement de sérieuses sympathies, mais une cordiale et franche amitié.

Et cette amitié est d'autant plus significative et remarquable qu'elle n'a jamais été provoquée par une arrière-pensée politique : l'Espagne, isolée à une extrémité de l'Europe, s'est trouvée pendant presque tout ce siècle à l'écart et en dehors des luttes des puissances européennes, étrangère aux compétitions, aux ambitions, aux jalousies des nations du centre du continent. Entre les Espagnols et les Français, la voix du sang seule a parlé ; nos compatriotes ont reconnu chez les Espagnols les qualités et les défauts de notre race, ils ont appris, en fréquentant les Espagnols, à les considérer comme des frères latins et non comme des étrangers. L'admiration, que leurs riches campagnes, que les superbes monuments de l'art arabe, gothique et moderne si nombreux dans les grandes villes d'Espagne ont suscitée chez les voyageurs français, a été accrue encore par les qualités morales que nous avons pu observer chez ce peuple ; les Espagnols ont mérité l'estime de tous ceux qui les ont approchés, qui ont eu avec eux des relations d'affaires ou de pure courtoisie. Nos voyageurs de commerce, nos négociants et industriels sont unanimes à vanter l'honnêteté "scrupuleuse des négociants et marchands espagnols, leur bonne foi, la valeur de leur parole, leur fidélité aux engagements pris. Ceux d'entre nous, que leurs plaisirs ou des besoins de voyager ou de s'instruire ont amené

en Espagne comme touristes sont toujours revenus charmés de l'accueil cordial des Espagnols de toutes les classes de la population, de la politesse sans aîïectation et si franche de tous ceux qu'ils ont eu l'occasion de connaître.

Beaucoup sont revenus d'Espagne avec le seul regret de quitter de sincères amis qu'ils s'étaient faits pendant leur séjour au pays si vivant, si bruyant, si enchanteur que les Pyrénées font aujourd'hui impuissantes à séparer de nous.

lH relations franco-espagnoles, j'ehtends les relations politiques, ont suivi la même voie que les relations privées des deux peuples : elles sont devenues de plus en plus cordiales et on peut dire qu'elles n'ont jamais été meilleures qu'aujourd'hui.

Il faut nous en féliciter et en féliciter aussi les hommes distingués qui président de chaque côté des Pyrénées aux relations diplomatiques des deux pays.

Le ministre d'Etat ou des Affaires Etrangères d'Espagne, le duc de Tétuan, est un diplomate accompli, connaissant à fond toutes les questions qui s'agitent entre les nombreuses nations du globe ; c'est un des chefs incontestés (lu parti conservateur > un intime ami du maréchal Martinez Gampos et son influence est très grande dans le monde politique.

J'ai l'honneur de connaître le duc de Tétuan ;

c'est un grand seigneur aux manières affables ; . il parle avec une grande pureté la langue française. Il est considéré comme un 4e$ bons orateurs de son -pays qui est la terre classique de l'éloquence. Tout le corps diplomatique à , Madrid est unanime à citer le duc de Tétuan comice un modèle de correction et de cour-. toisïa.

Le duc do Mandas est , lui aussi , un des prohumbres du parti conservateur.; f amoassa-. deur d'Espagne à Paris est trop "bien connu et trop aimé chez nous pour qu'il soit nécesJiire d'insister sur la précieuse collaboration qu'il n'a cessé de donner au duc de Tétuan pour maintenir les bonnes relations qui existaient en^re nos deux pays et les améliorer sans cesse.

C'est au duc de Mandas que l'Espagne et la France sont redevables du traité de commerce réciproquement le plus avantageux établi au mois de Mai 1892.

Le duc de Mandas est membre de l'Académie, des sciences morales et politiques de Madrid et a publié des ouvrages très appréciés sur l'histoire de l'Espagne. C'est un orateur de grande valeur, souvent applaudi aux Cortès.

Brièvement, je résumerai les principaux faits de la vie de cet homme d'Etat appelé certainement à jouer encore un grand rôle dai\s la politique de son pays.

M. Firmin de Lasala, duc de Mandas, après

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avoir fait son droit à l'Université de Madrid, entra très jeune aux Cortès comme député dé Saint-Sébastien, ville que son père et plusieurs membres do sa famille avaient déjà représentée.

Elu vice-président dô la Chambre, il y siégea de 1856 à 1876 et devint ensuite sénateur; Il a été ministre de Fomento et, en 1891, fut nommé ambassadeur à Paris pour la première fois ; il y resta jusqu'en 1893 et y revint en 1895.

Le duc de Mandas est un diplomate dont je n'ai plus à faire l'éloge. On ne saurait trop applaudir au choix heureux qu'a toujours su faire le gouvernement espagnol quand il s'est agi de nommer les représentants de cette* grande nation en France : le duc de Mandas a su se concilier toutes les sympathies et il est entouré à Paris du respect et de l'estime de tout le monde.

Il était un des plus intimes amis de M* Canovag del Gastillo, qui était heureux d'être son hôte chaque. fois qu'il venait à Saint-Sébastien, où le duc de Mandas le recevait dans son magnifique palais. Le duc de Mandas entourait M. Canovas del Castillo de la plus grande sollicitude ï pendant les séjours que M. Canovas faisait chezlui, il avait organisé une police secrète qui surveillait sans cesse les immenses jardins où M. Canovas aimait à se promener; Il avait toujours caché ce fait à M, Canovas qui était très insouciant pour lui-même, .-. . . i

Cette intime amitié de M. Canovas del Castillo pour le duc de Mandas est une des choses dont le duc de Mandas s'est toujours montré le plus fier ■; et il avait parfaitement raison, car M. Canovas n'était pas prodigue de son amitié ; il n'accordait ses sympathies qu'à bon escient et il fallait qu'il ait reconnu toutes les grandes qualités de diplomate du duc de Mandas pour l'honorer d'une aussi complète et absolue confiance et pour l'avoir appelé à deux reprises au poste le plus envié de la diplomatie espagnole.

M, le duc de Mandas est très habilement secondé à Paris, pour toutes les affaires intérieures de l'Ambassade par le premier secrétaire, M. le marquis de Novallas, qui appartient, lui aussi, à une grande famille de la noblesse de son pays et qui ne compte à Paris que des amitiés. Le marquis de Novallas appartient à l'Ambassade d'Espagne à Paris depuis 1886 ; il a succédé dans les fonctions de premier secrétaire au due d'Âlmenara-AUa et à M. Silva. Je ne puis m'empêcher ici de donner un souvenir ému à M, le duc d'Almenara-Alta, dont j'avais l'honneur d'être l'ami ; c'était un gentilhomme de race, écrivain et orateur distingué, doué d'une âme de poète un peu mélancolique ; le duc d'Almenara-Alta avait quitté la diplomatie en 1891 pour se consacrer à la politique, il était député aux Cortès et tout lui présageait le plus bel avenir, lorsque la mort Ta brusquement emporté,

Il n'a laissé que des regrets et le souvenir d'un homme de bien et dian noble coeur,

Le marquis dp Novallas, qui est depuis si longtemps parmi nous, est un vrai parisien, capable par ses nombreuses relations de rendre beaucoup de services à son pays et dont tout le monde, au Ministère des affaires étrangères et dans le corps diplomatique à Paris, apprécie très-hautement le caractère et le talent.

Je ne dirai que peu de mots de notre Ministre des affaires étrangères M. Gabriel Hanotaux. : tout le monde se plaît à reconnaître en lui le premier ministre des affaires étrangères de la République française ; nous lui devons Mada* gascar, l'alliance franco-russe, san^ compter nombre d'autres succès diplomatiques moins bruyants, mais très importants.

M. Gabriel Hanotaux est jeune,- étant né en 1853; il est entré aux affaires étrangères comme archiviste-paléographe. Ses très fortes études historiques, sa belle histoire de Richelieu, qui est un monument dont les deux premiers volumes font l'admiration des écrivains et des penseurs, ont mené M. Gabriel Hanotaux à l'Académie française, après l'avoir rendu digne de diriger la politique étrangère de notre nation.

Un de nos plus grands hommes d'État, celui auquel l'histoire rendra une justice aussi éclatante que fut aveugle et inique l'opposition de

ses. contemporains, Jules Ferry, avait su discerner toutes les grandes qualités d'homme d'État de M. Gabriel Hanotaux et en fit son chef de cabinet : ce fut le début de l'influence heureuse de M. Hanotaux sur la politique étrangère de la France, influence qui,, nous l'espérons, durera encore longtemps !

La France a toujours été dignement représentée à Madrid : au moment où ce livre s'imprime, j'apprends que le marquis de Reverseaux de Rouvray, notre ambassadeur à Madrid, vient d'être nommé à Vienne. M. ie marquis de Reverseaux s'était conquis toutes les amitiés à Madrid; il s'était montré dans ce. poste élevé aussi habile diplomate, aussi parfait gentilhomme que pendant son séjour au Caire, où il a rendu de grands services à notre pays.

Le marquis de Reverseaux est un diplomate de carrière qui ne peut manquer de se faire très apprécier à Vienne : c'est un esprit très élevé et d'une clairvoyance absolue.

II a beaucoup fait pour rendre plus étroites les relations franco-espagnoles et son séjour à Madrid a été très profitable à notre pays. A Vienne, il sera sur un autre terrain, il aura besoin de toute son habileté, de toute sa science diplomatique : il réussira certainement à seconder très activement les desseins de la politique française et il comptera des succès de plus.

Son successeur a Madfid est aussi un diplo-

mate de carrière M. Patenôtre, qui a fait ses preuves et laissé d'excellents souvenirs partout où il a passé. Comme M. Roustan, M. Patenôtre vient à Madrid, après avoir occupé le poste de représentant de la France à Washington. Dans les circonstances présentes, son choix ne peut être que très heureux, car M. Patenôtre connait à fond la politique américaine et il pourra être mieux que personne en état de rendre des services à Madrid.

Les intérêts français sont donc en bonnes mains et nous sommes sûrs que les relations diplomatiques de la France et de l'Espagne ne feront qu'y gagner.

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