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CHAPITRE XI

Quelques mots sur la presse espagnole

Parler d'un pays et ne pas parler de la presse de ce pays, c'est-à-dire de ceux qui' le représentent intellectuellement, de ceux qui font son opinion publique, qui reflètent et traduisent ses pensées, ce serait une insigne folie. Je ne la commettrai pas et c'est avec un réel sentiment de plaisir que je dirai ici tout le bien que je pense de la presse espagnole, où je ne compte que des amis.

La presse espagnole est digne du respect et de l'estime de tous ; elle s'accorde à merveille avec le caractère même du peuple espagnol. Elle en a toutes les qualités et tous les défauts.

Ses qualités sont une grande honnêteté, un profond sérieux, le dédain des grivoiseries et

dos histoires légères, la préoccupation d'instruire les masses des lecteurs, de leur donner de saines lectures.

Ses défauts sont nombreux aussi : c'est une extraordinaire nervosité, une impatience sans pareille, un abus de l'information sous toutes ses formes et des informations même oiseuses et insignifiantes.

Mais, si les défauts sont visibles, ils ne sont pas bien graves, et les qualités sont de premier ordre. Et ce qu'il faut admirer aussi dans la presse espagnole, c'est la conscience avec laquelle tous, du plus grand au plus petit rédacteur, s'efforcent d'accomplir leur tâche. A la tête de tous les grands journaux se trouvent des hommes du plus haut mérite, écrivains distingués, hommes politiques en vue, orateurs éloquents ; et ils sont secondés, aidés, renseignés par une légion de jeunes et vaillants confrères, toujours prêts à courir aux nouvelles.

Les polémiques dans la presse espagnole qui se respecte — c'est-à-dire la grande presse de Madrid et des provinces — sont toujours aussi courtoises que vives et animées. Dans la chaleur de la lutte politique, les journalistes espagnols restent polis et ne se laissent point aller à s'invectiver mutuellement ou à se dire des sottises. Certes, en Espagne comme ailleurs, les partis politiques se servent un peu de tous les arguments pour se combattre ; il me semble

pourtant qu'en4 Espagne la calomnie est moins en usage qu'ailleurs et qu'un journal qui a avancé des propos inexacts s'empresse toujours cle les rétracter et de faire son mea culpa.

Les agences de renseignements , comme r Agence Ravas, sont nombreuses à Madrid : il en est deux de premier ordre qui rivalisent de zèle , L'une est dirigée par Don Nilo Maria Fabra, écrivain et journaliste très connu et très distingué ; l'autre par mon excellent ami Don Francisco Péris Mencheta, le roi des reporters espagnols, l'activité en personne, qui a su se créer une grande place dans la presse et qui dirige et possède, en outre, de son agence, El Noticiero Universal, à Barcelone, la Correspondencia, à Valence, sa ville natale, El Noticiero Sevillano, à Séville, journaux quotidiens importants. Don Salvador Mencheta, son frère, dirige l'agence de Madrid avec beaucoup de talent et une activité comparable à celle de son célèbre frère.

L'agence Almodobar est aussi, quoique plus jeune , une agence très populaire et très bien dirigée par Don José Miguel Almodobar , .secondé par une pléiade" d'écrivains et de reporters de talent.

Les grands journaux sont très nombreux: le plus ancien quotidien est la Corresponclencia de Espana, qui fut fondée par le marquis de Santa- Ana et qui est dirigée par son fils le

vicomte de los. Asilos, secrétaire du Sénat et homme politique très influent.

Le rédacteur en chef de la Correspondencia de Espana est un des plus célèbres écrivains espagnols, Don Andrès Mellado, député, ancien vice-président- des Gortès, un des chefs les plus écoutés du parti libéral et un des hommes de gouvernement de demain. Les articles de M. Mellado font toujours sensation, car ils sont absolument remarquables par leur clarté, leur bon sens et leur style correct et éloquent.

Sous la direction de cet homme de valeur, la Correspondencia compte une élite de journalistes et de reporters ; je ne peux les citer tous, mais je ne puis cependant omettre de dire un mot de mon ami Ricardo Blasco, le dévoué secrétaire du journal, dont les correspondances parisiennes étaient autrefois si remarquées et qui depuis son retour à Madrid consacre tous ses efforts à la prospérité de la Correspondencia. Ses efforts, ceux de tous les rédacteurs, do MM. Jenaro-Alas, Don Blas Aguilar, Don José Faraldo, Don Moisès Garcia Munoz, Don José Luis. Torrès, etc., sont d'ailleurs couronnés de succès, car la Correspondencia voit son tirage qui est énorme s'accroître chaque jour.

. Les deux journaux du matin les plus lus sont : ïlmparcial, dirigé par Don Eduardo Gasset y Chinchilla, dont le tirage atteint 123.000 exemplaires et dont l'influence est grande : c'est ce

journal qui, toujours prêt a se signaler par son patriotisme, a pris l'initiative d'une souscription en faveur des soldats blessés de Cuba qui s'est élevée à plus d'un million de pesetas ; le Libéral. journal qui a la plus grande circulation en Espagne, organe du parti libéral, très bien fait, très bien dirigé par un journaliste et homme politique très sympathique, Don Miguel Moya Ojenguren, sénateur.

Ces deux journaux ont une rédaction anonyme de premier ordre et comptent comme collaborateurs en vedette la plupart des hommes éminents de la politique espagnole.

Un journal du matin qui prend une grande importance et une grande circulation, c'est le National, organe du parti conservateur et monarchique, dirigé par Don Adolfo Suarez de Figueroa et qui est inspiré, dit-on, par M. Romero Robledo.

Le journal du soir qui se compare à notre grand journal Le Temps, c'est La Fpoca, un des plus anciens journaux de l'Espagne, très considéré à cause de la sûreté do ses informations prises aux meilleures sources. La Epoca a une excellente rédaction ; c'est un journal très littéraire en. même temps que politique des plus influents, surtout quand le parti, conservateur est au pouvoir, car il est l'organe officieux de ce parti. Son directeur est un homme du grand monde, célèbre comme écrivain, le marquis de

Valdeiglesias, une des plus intéressantes figures de l'Espagne contemporaine.

Mais ha Ej>oca est un journal aristocratique et cher ; comme en France, en Espagne, l'avenir et le présent appartiennent aux journaux à un sou et lo-soir on n'entend crier dans les rues de Madrid que la Correspondencia et le Heraldo de Madrid : ce dernier journal, tout nouvellement créé, a obtenu un immense succès, son tirage est aussi considérable que celui de ses devanciers et sous la direction éclairée de Don Augusto Suarez de Pigueroa et l'administration habile de Don Ramon Mandly, il a su se faire une belle place dans la presse madrilène. C'est l'organe d'un des chefs les plus connus du parti libéral, de Don José Ganalejas y Mondez, ancien ministre, avocat renommé et homme politique d'avenir.

Un grand, journal des plus importants, c'est aussi El Tiempo, très bien renseigné et dirigé par un excellent journaliste Don F. Rancès : c'est l'organe de M. Francisco Silvela, le chef fameux d'une fraction importante du parti conservateur et qui est appelé à jouer un très grand rôle en Espagne. *•

Il me faut citer aussi El Globo, l'ancien journal de Gastelar, dirigé avec succès par Don José Francisco Rodriguez ; El Corrso Espanol^ dirigé par Don Juan Volasquez de Mella ; la Correspondencia Militar, dirigée parDori Diego

Fcrnandès Àriàs, député ; El Siglo, dirigé par Don Juan Nido y Segalerva ; l'important journal carliste El Correo, dirigé par le sénateur Don José Ferreras Toro et inspiré par le marquis de Cérralbo ; les journal républicains El Faïs et La Justicia. D'autres journaux quotidiens, El Dia, El Ejercito Espanol, El Es tanddr te ,' etc., méritent une mention.

Mais je ne puis me souvenir de tous et je demande pardon pour ma mémoire incomplète : je me bornerai à citer pour finir les journaux illustrés et comiques les plus connus. D'abord la Illustration Espanola y Americana, excellent journal qui peut se comparer k Y Illustration et au Monde Illustré de Paris : le BlancoyNegro et El Nuevo Mundo, dont la vente et la circulation sont très grandes.Puis les feuilles amusantes, El Gedeon, le charivari espagnol, dont les crieurs vous brisent les oreilles sur la Puerta del Sol, Madrid Cornico, El Toreo Comico, etc.

N'oublions pas le journal sportif le plus spécial et le plus franchement espagnol : El Enano, organe des toréadors et des courses de taureaux, qui fait autorité pour les affïcionados.

Il existe à Madrid une infinité d'autres j ournaux et revues périodiques politiques, scientifiques* littéraires, religieuses : les provinces no sont pas moins bien partagées et, si on juge du mouvement intellectuel en Espagne par le nombre et la valeur des journaux et revues, on

vpeut affirmer que le peuple espagnol ne reste pas indifférent aux choses de l'esprit.

Un journaliste de valeur, Don Francisco Santome a entrepris de doter l'Espagne d'un Annuaire de la Presse espagnole et on ne peut reprocher à l'édition de 1897 qu'un peu de confusion et un manque de classification. Son œuvre est très intéressante et digne d'encouragement. Elle gagnera d'année en année et obtiendra certainement beaucoup de succès: je suis heureux d'en féliciter M. Santomé,

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