CHAPITRE I
Précis géographique de Fîle de Cuba
Tout le monde connaît l'île de Cuba et je n'ai point l'intention de faire ici un cours de géographie physique; il est cependant utile de résumer brièvement les connaissances géographiques que nous possédons actuellement sur cette grande île et qui feront mieux ressortir encore son importance économique et son immense valeur pour l'Espagne.
Entre les deux Amériques, nous dit mon excellent collègue M. A, Crescent, dans le Bulletin de la Société de Géographie de Lyon, sont jetés les divers archipels désignés sous le nom d'Antilles, détendant du golfe de Paria au sud, jusqu'à la Floride au nord, et au Yutacan à l'ouest, archipels admirablement placés pour le commerce, baignés par des mers tièdes et pro-
fondes, desquelles s'échappe le Gulf Stream. Parmi ces îles, qui toutes appartiennent' aux Européens, Cuba est la plus considérable et la plus riche ; ce fut la première terre importante de l'Amérique découverte par Christophe Colomb, qui y aborda le 27 octobre 1492. Depuis ce jour elle n'a jamais cessé d'appartenir à l'Espagne.
Vaste de 118.000 à 119.000 kilomètres carrés, elle est située à 145 kilomètres du Guatemala, à 80 kilomètres d'Haïti, dont elle est séparée par le canal du Vent, tandis que les canaux ou détroits de la Floride, de Santarem et de Bahama la séparent des Etats-Unis et des îles Lucayes. Elle décrit une courbe de 1.450 kilomètres du cap Maisy au cap Saint-Antoine; sa largeur moyenne vari§ de 75 à 160 kilomètres; ses côtep ont un développement de 3.500 kilomètres, c'est-à-dire la distance qui sépare en ligne droite Paris de Bakou. L'intérieur est accidenté, doucement ondulé, traversé par une ligne de hauteurs presque continue ; mais ces hauteurs i^e se dessinent en véritables montagnes que dans la partie orientale. La Chaîne maîtresse (Sierra Maestro) commence au cap de Crux, atteint vite 1.000 'm. â la Source au Taureau, présente une suite de sommets granitiques et âpres, est escarpé© du côté de la mer et s'appuie à l'intérieur sur un large plaieau raviné ; la partie la plus élevée est la Sierra du Cuivre (del Cobré)
où le pic de Torquino (la montagne bleue) atteint 2.582 mètres et le Grand Piedra, 1.580 mètres ; cette partie de File est sujette à de violents tremblements de terre. A l'extrémité' orientale, à partir du cap Maysi, est un massif distinct, découpé par des rivières en groupes secondaires formant en maints endroits des taillantes (Cuchillas) et où Y Enclume de Barracoa s'élève à 1.000 mètres. Dans la région centrale, vers Trinidad et le district des Cinq Villes, la chaîne atteint 908 mètres au Potrerillo. A l'ouest, entre Matanzas et La Havane, les collines n'ont que de 390 à 587 mètres, malgré leur nom de Sierra los Organos . Ces montagnes, couvertes de belles forêts* renferment de nombreuses grottes calcaires, dont les labyrinthes s'étendent sur des lieues, et qui ne sont pas encore toutes connues. Les lacs y sont assez nombreux, mais, n'ont pas une très grande surface,
Les fleuves, d'un faible cours et d'un bassin étroit, sont relativement abondants ; on en compte environ 150 remarquables par leurs cascades et leurs cours souterrains, beaucoup se perdent dans des marécages pestilentiels, sur le long de la rive méridionale et sont souvent infestés de caïmans ; en général, ils promènent leurs sinuosités dans de riches prairies qu'ils agayent et fécondent. Le plus considérable est le rio Cauto, long de 212 kilomètres, finissant dans la baie de Man^aniiio et
navigable pour les petites embarcations (jusqu'à 50 tonneaux). Les côtes, comme sous toutes les latitudes tropicales, sont coupées de marais sur lesquels s'élève ■ une vapeur d'eau chargée de germes fiévreux ; elles sont basses, formées de roches de coraux, couvertes de manguiers, d'îles et d'îlots qui rendent très difficiles leurs abords et sont les ouvrages avancés de ces fortifications naturelles ; ce n'est qu'à une certaine distance du rivage qu'elles forment des éminences couvertes de palmiers, de cocotiers, de tamarins et d'orangers. Sur certains points, ces cayos constituent une zone médiane eritre la terre et la mer, mais s'ouvrant en maints endroits et présentant un grand nombre de baies et d'excellents ports. Parmi ces baies, il en est d'une étendue et d'une sûreté telles, qu'elles peuvent être comparées aux plus belles et aux meilleures du globe, surtout les baies de la Havane, de Nipe, de Nuévitas, de Guantànarno, de Jaquu.... Les rochers et îlots qui entourent l'île (plus de 1,300) s'étendent principalement le long de la partie convexe que tracent les côtes méridionales. La plupart sont habités, couverts de jardins fleuris et odorants (d'où leur nom dejardinillos), embellis encore par des nuées d'oiseaux au brillant plumage, % surtout les jardins du Roi, entre Nuévitas et Rémédios, les jardins de la Reine et Y île des Pins, dont la surface excède quatre fois celle
de la Martinique et est remarquable par sa fertilité', l'abondance de ses mines, de ses bois précieux, ses pêcheries, son climat bienfaisant; son altitude est de 4 à 500 mètres.
Climat, Flore, Faune. — Cuba, située à l'extrémité de la zone torride, a un climat généralement peu favorable à l'homme, beaucoup à la végétation ; elle a trois saisons qui durent chacune quatre mois ; la température moyenne est de 20 degrés ; les extrêmes oscillent entre 17 et 32 degrés. Le climat est sain et agréable à l'intérieur, mais sur les bords des cours d'eau, dans le bas pays et les savanes règne souvent la fièvre intermittente, le vomitô nêgro et les villes du littoral sont souvent désolées par la fièvre jaune ; les mois d'août et de septembre sont les plus malsains de Tannée ; ceux de décembre à mars, sont, au contraire, les plus agréables. En somme, le climat, sec et chaud par la position de l'île, est tempéré par les brî$es de mer qui la traversent dans toute sa largeur, et la chaleur est inégalement répartie entre les saisons ; les vents du nord soufflent surtout pendant l'hiver et les pluies tombent en plus grande abondance pendant la saison d'été ou hivernage ; les orages sont fréquents, moins violents cependant que dans les autres Antilles. Ordinairement la rosée suffit pour entretenir rhumidité nécessaire à la végétation. LeS- Espagnols s'y sont parfaitement acclimatés.
La perle des Antilles, Vile de VEden (d'après Longfellow), mérite ce nom par la richesse, la beauté', la variété de sa végétation. La partie la plus riche est la région orientale où la nature déploie toutes ses richesses et ses contrastes, où se trouvent les mines, où coulent les eaux les plus abondantes, où l'on rencontre les paysages les plus ravissants et les plus frais, des forêts immenses, des vallées ombreuses à travers des monts superbes, où l'air est pur et salubrè. On .trouve à Cuba plus de trente espèces de palmiers, le ca&ba (acajou), le ceïba un des colosses de la flore tropicale, tous les grands arbres de la côte mexicaine, remarquables par la majesté de leur port, la beauté de leur feuillage, l'éclat ou le parfum de leurs fleurs, tous les bois d'ébénisterie et de construction des régions tropicales, sans compter le bois jaune et le latanier, plus de 3,350 espèces de phanérogames.-Mais les forêts du centre ont été dévastées et sont remplacées par des fourrés de plantes basses, de lianes et d'épines devenus impraticables et formant la manigua, la brousse ou la prairie. Cuba comprend donc toutes les espèces végétales de la mer des Antilles et des tropiques, depuis le majestueux palmier, le puissant ceïba au feuillage épais, l'élégant jdbo, l'aguacate verdoyante, le manici pyramidal, jusqu'à la tendre yaya et l'humble rose des savanes qui e'maiile les prairies de l'ouest, jusqu'à la frêle
lobelée penchée au bord des ruisseaux, qui cache sous un air de candeur l'âcreté d'un suc vénéneux, et les arbres de notre zone, tels que les pins. Le littoral nord est d'une extrême, d'une exceptionnelle fertilité, grâce à une couche de terreau inépuisable ; là sont les champs de canne qui font la renommée de l'île, les plantations de tabac, d'admirables jardins, des bouquets de palmiers, de bois d'orangers et de citronniers ; la région marécageuse du sud est peu fertile, la culture du cocotier y domine.
Malgré la richesse du sol, l'agriculture a été longtemps, négligée à Cuba ; elle n'a fait de réels progrès qu'à partir du commencement du xixc siècle, et aujourd'hui encore un quart seulement du sol est en culture. D'après Louis Rousselet, on compte 10 pour 100 de la superficie en cultures, 7 pour 100 en terrains vagues, 4 pour 100 en forêts, le reste n'est pas exploré. Dans les terrains vagues, c'est-à-dire les savanes ou prairies naturelles, vivent de grands troupeaux de bêtes à cornes et de chevaux.
Actuellement, on évalue à cinq milliards de francs l'ensemble de la richesse agricole. La principale culture est celle de la canne à sucre, dont les plantations (plus de 2,000) couvrent 3,400 kilomètres carrés, principalement dans les provinces de Matanzas, Cardenas, Cinq Villes, Guantanamo. Les planteurs ont su s'assimiler avec une rapidité surprenante tous les
progrès accomplis dans cette industrie et ont fait de leur île le premier centre producteur du monde. Les sucreries, admirablement outillées, pourvues des machines les plus perfectionnées, sont concentrées à Guantanamo, Manzanillo, Santiago, Gibara ; elles ont donné, dans la campagne de 1892, 1,054,214 tonnes de sucre dont 1,023,719 ont été exportées (965,524 tonnes aux Etats-Unis). Aux revenus du sucre s'ajoutent ceux de la mélasse, du tafia, du rhum (9,308 barils dont 2,756 ont été envoyés dans l'Amérique méridionale et centrale). C'est à la disparition de Saint-Domingue que Cuba dut de sortir de sa léthargie séculaire ; le vide que laissa^ dans les marchés de l'Europe notre opulente colonie lui révéla qu'elle était appelée à prendre .cette place vacante, et, depuis, sa prospérité, malgré les crises économiques, malgré les révolutions et les guerres civiles, ne s'est plus ar- » rêtée. •
Après la culture de la canne à sucre, la plus importante est celle du tabac dont Cuba ensei: gna l'usage aux Espagnols et aux; Européens. Cette culture sest également considérablement accrue depuis un siècle. Sous ce rapport l'île se partage en deux parties inégales, la Vuelta de Ariba et la Vuelta de Âbajo, l'une à l'ouest et l'autre à, l'est de la Havane, division correspondant exactement aux deux grandes qualités que la culture a développées. Le tabac de la section
orientale est noir, brûle bien et donne une cendre blanche, on en fait peu d'estime à la Havane où les connaisseurs lui reprochent de manquer de goût et de finesse. On le récolte aux environs de Santiago et de Yara ; il s'exporte aux Etats-Unis et vaut rarement plus de 20 piastres, tandis que l'autre qualité se vend de 50 à 100 francs le tercio. #Les tabacs fins et recherches, les vrais tabacs de la Havane proviennent <fê 30 à 40 lieues de cette tille, d'une contrée montagneuse, coupée de petites vallées dont le sol, généralement sablonneux, fertilisé par l'inondation des rivières, est éminemment propre à cette culture. Entr$ ces deux variétés principales se place un tabac intermédiaire cultivé dans le rayon de la Havane, connu sous le nom de tabaco de partido ; c'est une feuille médiocre et dédaignée dont une forte partie se convertit en cigares et se débite en France à un prix passablement élevé. Il faut d'ailleurs pour apprécier la nature d'un tabac havanais plus de tact qu'on ne le croit généralement. Les types , de cigares les plus appréciés sont les rég alias, les panatellas, les millarès, cigares qui sont l'idéal des fumeurs de tous les pays. L'exportation du tabac a été de 227,865 balles en 1893, celle des cigares qui atteignait 259 millions en 1889 est tombée à 135^millions en 1894, le prix moyen est de 120 francs le mille ; celle des cigarettes est montée à 39,581,000 paquets. Les
habitants de File sont des fumeurs effrénés qui consomment de 1,800 à 1,850 millions de cigares par an.
Le café, qui fut un instant la deuxième culture, ne rapporte guère aujourd'hui, que de 8 à 9,000 tonnes, mais de qualité supérieure; puis viennent le cacao, de 2 a 3,000 tonnes et, consommés dans llle, l'ananas, le manioc, Vindigo, le chanvre, le riz, le maïs, le sagou, la patate douce, le yucca, les fruits et les légumes, car le sol se prête admirablement au jardinage et est propre à recevoir presque tous les genres de culture des Antilles. Semez-y des cailloux, dit un proverbe espagnol, et vous y récolterez de l'or !
Le bétail est nombreux ; l'île compte environ 585,000 chevaux d'origine andalouse, sobres et vifs; 2,*500,Û00 Ijêtes à cornes; beaucoup d'oiseaux (129 espèces), 78,000 moutons, 571,000 chèvres; dos tortues, chevreuils, chiens havanais, porcs et chiens sauvages; V apiculture y est très importante; les ruches sont enlevées tous les mois et donnent près de 3,000 tonnes de cire blanche; beaucoup de poules et de pintades. Il n'y a point d'animaux féroces ni de serpents venimeux; mais un grand nombre' d'insectes malfaisants, à la piqûre souvent dangereuse (moustiques, mille-pieds, ravois, •fourmis, chique, scorpions, araignée velue, scarabées phosphorescents). Les poissons, mol-
lusques , crabes et huîtres des manguiers y abondent.
Les mines sont assez nombreuses, appartiennent en général à de grands spéculateurs nationaux ou étrangers (Anglais surtout), mais sont peu exploitées. On en compte 296, seulement dans le province de Santiago, 138 mines de fer, 88 de manganèse, 53 de cuivre. Les plus productives sont les mines de cuivre à! El Cabre; les mines de fer de Juraguay (donnant 231, 00£ tonnes de minerai) ; celles de bitume de Puerto- Padre et de Guanabacoa; sables aurifères de Sagua-la-Grande, guanos des Cayos très recherchés par les Etats-Unis. On y trouve aussi de l'aimant, de l'alun, du quartz, du fofdspath, des marbres, des jaspes, des gisements houillers. Les eaux minérales sont nombreuses : eaux hydrosulfureuses de San Diego, de Madruga, de Guanabacon, de Gamujiro, etc. Quant aux mines d'or qui furent exploitées au xvie siècle on ignore même où elles étaient situées ; importantes salines.
L'industrie manufacturière n'existe pas à Cuba ; presque tous les objets manufacturés nécessaires à la consommation des habitants ou à l'agrément de la vie lui viennent de l'étranger. Le commerce y a au contraire une grande importance. En 1893, le mouvement des différents ports a été de 3.181 navires jaugeant 3.538.539 tonnes . Les exportations en 1894 se
sont élevées à 448.263.070 francs, dont 425 pour les produits végétaux ; l'importation s'est élevée à 281,325.000 francs, dont près de 92 millions pour l'Espagne, 81.231.009 pour les Etats-Unis, 61.255.000 pour l'Angleterre.
Malgré les révolutions, les guerres et les épidémies, la population s'accroît régulièrement; elle était de 171.622 habitants en 1774, de 1.368.752 en 1846, actuellement elle dépasse 1.700.000 habitants; L'émigration forcée a cessé; l'accroissement provient aujourd'hui de l'émigration* libre que le Gouvernement encourage par des concessions de terres et de l'excédent des naissances. Les premiers émigrants furent des Castillans et des Andalous; de nos jours/ surtout des Biscayens, des Catalans, des Galiciens^ des Asturiens,des Chinois (depuis 1847) des Canariens, des Açoriens. Les Blancs sont au nombre de 946.000 dont 850.000 créoles. Le reste est formé de mulâtres et de nègres dont l'importation commencée en 1521 n'a cessé que ces dernières années . Pendant cette longue période de la servitude, les Noirs* furent moins durement opprimés à Cuba que partout ailleurs. La législation espagnole leur avait garanti les1 quatre droits (quatre consolations), qui étaient autant d'adoucissements à leurs peines et que
* L'esclavage est aboli à Cuba depuis la loi du 13 février ; 1880, d'une manière complète et définitive. (Note de l'auteur).
la politique étrangère leur a constamment reftx— ses : droit de se marier à leur convenance, de se chercher un nouveau maître quand le pre- < mier était trop dur, de racheter leur liberté par le travail et d'acquérir une propriété leur permettant, au cas échéant, de libérer leur famille.: La loterie leur est à ce point de vue très favora- , ble ; de là le nombre considérable de nègres libres qu'il y a toujours eu dans cette île: en. 1876, on comptait 220.000 noirs libres contre 235.000 nègres esclaves. Mais l'esclavage, ici; comme ailleurs, produit les mêmes résultats : l'oisiveté de la race blanche, le prix inabordable; de la main d'oeuvre, l'abondance excessive des; bras pour l'agriculture, le manque d'artisans et d'industrie, le besoin des produits étrangers. En somme, population insuffisante pour activer, le développement des ressources multiples de . cette île qui pourrait nourrir de 12 à 15 millions d'habitants; actuellement, l'intérieur est peu, habité ; les populations sont installées de préférence le long des côtes, dans le- voisinage des « ports.
Les principales villes sont : La Havane (c'est*", à-dire la Savane), la Gapoue du nouveau monde,, dont les premiers colons avaient "fait une nou-r velle Gythère, qui avec sa banlieue compte, 250.000 habitants; ville admirablement placée pour le commerce, port vaste et bien abrité att milieu de la grande Méditerranée américaine i
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au point de départ du courant Golfier, de la, route naturelle des Antilles à l'Europe, au lieu de convergence de toutes les lignes de navigation du golfe, en face des Etats-Unis, sentinelle avancée du continent latin, véritable clef des archipels qui s'étendent entre les deux Arhériques, aujourd'hui fortifiée par les ordres du général Marcel Azcarraga, de telle sorte qu'elle est imprenable.
Son aspect pourtant n'a rien d'imposant, ses rues sont étroites, ses maisons sont basses, peintes de couleurs vives, avec des toits plats en terrasses à la manière de l'Orient ; mais elle a des quais magnifiques, de vastes places ornées de palmiers, de belles promenades comme le Paseo de Isabel, voie de 3 kilomètres bordée de somptueux édifices, le cours klameda où avant le coucher du soleil les dames vont se promener en Volantes, voitures spéciales qui sont une des curiosités de la ville; la place d'Armes, avec la statue de Ferdinand VII et le palais du Gouverneur général, d'aspect vraiment royal, entouré de palmiers et d'arbres à pain magnifiques, sous lesquels le beau monde, le soir, se donne rendez-vous pour jouir de l'haleine embaumée des brises et de la vue dos splendeurs du ciel. La cathédrale, d'une architecture simple, mais grandiose, renferme les restes de Christophe Colomb. Sa rade, vaste et bien abritée,, peut contenir plus de 1,000 navires;
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trois lignes de chemin de fer vont chercher les produits agricoles et répartir les marchandises étrangères dans toute l'île ; des câbles l'unissent à Key-West (Etats-Unis), à l'Europe et à la Vera-Cruz. En somme, le premier port de cornmorco et la première ville d'industrie des Antilles (cigares et chocolats), siège des autorités et place forte, bien pourvue d'eau potable; mais ville malsaine et ville de plaisirs où pullulent les marchands d'oranges et lés marchands . de billets de loterie.
Dans la banlieue, sont Guanabacoa rempli© de villas et de parcs et 30,000 habitants (son nom indien signifie ville des eaux), Guanajay entourée de belles cafétfcrles, A l'ouest, Pinar del Rio, 23,000 habitants, dont les environs donnent le café le plus renommé du monde entier; los Organos qui a des eaux minérales réputées. A l'Est, Cienfuegos, 70,000 habitants, dont le havre n'a pas son pareil dans le monde après celui de la Havane, ville toute américaine et un des centres lés plus importants du commerce de l'île ; elle s'est développée surtout à partir dé 1819 par l'arrivée d'une quarantaine de familles françaises venues de Louisiane. Puerio^Prineipe, 47,000 habitants, siège de la haute cour de justice et grande fabrique de cigarettes, elle a pour débouché Nuevitas, port de 148 kilomètres carrés, Trinidad, 30,000 habitants, qui fut ravagée en 1642 par les Hollandais, en 1654-75
et 1702, parles corsaires anglais John Springer et Ch. Gay. Santo-Spiritu, 35,000 habitants,* prise par les Anglais en 1667. Matanzas, (c'està-dire les tueries), 90,000 habitants, datant de 1695, ville exclusivement vouée au commerce, résidence de l'aristocratie et des grandes familles, cité cosmopolite où toutes les races de l'ancien monde et da nouveau se coudoient dans un mélange où dominent cependant les Allemands et les Yankees; là fut fusillé le poète Placido pour avoir voulu soulever lés nègres en 1844. De Matanzas à Cardenas, s'étend la partie la plus fertile de l'île, les sucreries et les raffineries les plus importantes, qui appartiennentsurtout à des Américains, à Cardenas, 17,000 habitants, qui exporte les sucres et les mélasses; à Santa- Clara, 23,000 habitants; à Santo* Morena, à Sagur- la- Grande, sur la rivière de ce nom qui y est navigable.
Dans la partie orientale, Santiago de Cuba, 95,000 habitants, défendue, comme la Havane, par des forts avancés, une des blus belles cités des Antilles, mais insalubre, où les Français dominent et descendent de planteurs de Saint- Domingue ; merveilleuse rade qui pourrait abriter toutes les flottes de guerre de l'Europe ; archevêché dont la cathédrale est une des plus riches de l'Amérique ; c'est à la Philarmonica de cette ville que la Patti enfant s'est fait ntendre pour la première fois. Xagua, remat
quable par son immense baie au fend de laquelle jaillissent des sources d'eau chaude. Barracoar, 15,000 habitants, qui après avoir joué le premier rôle fut entièrement oubliée jusqu'au jour où sa position en fit un port d'asile pour les réfugiés, d'Haïti (1791-1803), elle expédie aujourd'hui beaucoup de bananes/fcacaos, fruits* Bayamoy Guaimaro, où la République, fut proclamée en 1869 ; Manzanillo, 25,000 habitants, qui exporte du tabac, du sucre, de la cire et du miel,, où en 1792 une escadre française brûla 14 bâtiments espagnols ; le 8 octobre 1819, des insurgés de l'Amérique espagnole y débarquèrent en vain pour pousser Cuba à la révolte ; Holguin, 40,000 habitants, Guantanamo, 20,000 habitants.
« Ainsi Cuba, dit M. Elisée Reclus, remplace pour l'Espagne les trésors du Mexique et du Pérou; cette, reine, cette Perle des Antilles, est devenue un des grands centres de commerce du monde; tous les pavillons flottent dans ses ports et chaque année 3.000 bâtiments y abordent, venant de tous les points du globe apporter les produits manufacturés en échange des siens. . L'importance de Cuba, disait déjà Humboldt en 1826, n'est pas seulement fondée sur l'étendue de la surface, sur l'admirable fertilité de son sol, sur ses établissements militaires et la nature de sa population, mais encore sur les avantages de sa position géographique. Ses revenus,
dès à présent, la mettent au-dessus delà Suéde, du Portugal, du Danemark, de la Suisse. On peut dire que nul pays n'a fait aussi vite fortune -dans le commerce que Cuba. Du jour où elle est entrée dans la voie du progrès, sa marche a été rapide; depuis 1809, époque ou la liberté du commerce y a été proclamée, tous les éléments de richesse et de prospérité y ont suivi une progression ascendante, Plusieurs causes se sont réunies pour cela. Il y a cent ans, Cuba était une pauvre ferme qui n'avait à exporter que du cuir et des bois ; aujourd'hui, elle répand son sucre et son tabac, elle forme laplus opulente colonie qu'il y ait jamais eue dans le monde. »