‹ L'Espagne en 1897Chapitre 19 sur 52 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Guba sous le régime espagnol

On pourrait croire à lire les articles et les e'crits des partisans des rebelles cubains, que cette grande île a toujours été pour le gouvernement espagnol une possession peuplée d'esclaves et devant, bon an mal an, fournir au trésor espagnol et aux fonctionnaires affamés qu'y envoyait la métropole, d'énormes revenus. D'après les Cubains rebelles, Cuba n'aurait jamais été qu'une colonie d'exploitation, une source de recettes de tous genres, obtenues par tous les moyens, grâce à la tyrannie barbare et implacable des Espagnols. Il suffît de lire l'histoire pour se convaincre de la fausseté de ces allégations, pour reconnaître que le gouvernement des Espagnols à Cuba est, depuis plus de trente ans/ devenu de plus en plus libéral et

que les Cubains jouissaient en ces dernières années, non d'un régime d'exception, mais du régime commun à tous les Espagnols, qu'ils étaient protégés par les lois et pouvaient se livrer sans crainte à l'agriculture et accroître chaque jour leurs fortunes.

Il y a bien longtemps que les fameuses lois des Indes, édictées jadis pour régir $es populations encore dans l'enfance et primitives, ont été transformées ; la capitulation de Zanjon en 1878, accorda à Cuba le même régime libéral qu'à Porto-Rico et la .seule condition qui fut imposée aux autonomistes Cubains, fut le respect de la souveraineté de l'Espagne. Peu de temps après, le gouvernement espagnol proclama l'abolition de l'esclavage , donna à I'îIq une organisation politique, aux Cubains des droits électoraux ; les Cubains purent, comme les habitants de là métropole, envoyer des députés et des sénateurs les représenter aux Cortès et au Sénat de Madrid. On leur accorda encore le droit de réunion et d'association, la liberté de la presse.

Sous le titre : Espana y Cuba, il a été publié l'an dernier à Madrid un ouvrage des plus intéressants qui réfute admirablement tous les détracteurs de la politique espagnole à Cuba; et ce livre n'est point une œuvre de rhétorique, il ne fait pas de phrases, il.se borne à donner des chiffres officiels, des documents irréfutables,

à citer les textes des lois. Cette éloquence des faits est plus grande que celle des plus admirables écrivains et la lecture de ce livre convaincra les plus incrédules, comme deux et deux font quatre.

Dans l'épilogue de cet ouvrage, je trouve les lignes suivantes que je traduis littéralement : '« De la sincérité avec laquelle le gouvernement espagaol et l'illustre soldat qui commandait nos armées (Martinez Gampos) ont procédé durant vingt ans de tranquillité inaltérable dans l'île de Cuba, sont témoins ceux-là mêmes qpi, 'violant aujourd'hui des promesses solennelles, n'ont pu formuler une plainte bien définie contre la métropole ni alléguer un seul grief contre les Pouvoirs publics, car ces derniers, loin d'étouffer leur personnalité, les ont entourés de toutes sortes de protections et de stimulants pour les élever progressivement jusqu'au niveau des races les plus prospères et les plus civilisées.

« La tyrannie et le despotisme de l'Espagne les ont dotés des libertés politiques, d'une aussi large manière que tous les autres citoyens espagnols, sans aucune difficulté ni entrave ; des libertés civiles, quileur assurent le commode et facile exercice de tous les droits; des libertés économiques, à l'abri desquelles naissent et se développent les sources de richesse dans ce pays privilégié par la fécondité de ses campagnes et son commerce universel.

« L'absorbant égoïsme de l'Espagne a confié la vie locale des Antilles au zèle et à l'initiative de ses propres fils et leur a ouvert largement les portes de tous les emplois de F Administration de l'Etat ; en arborant enfin sur son sol le glorieux pavillon national, tant de fois victorieux dans le Vieux et dans le Nouveau Monde, le seul dessein égoïste de l'Espagne a été de protéger les intérêt^ des Cubains, de veiller sur leurs vies et de leur indiquer les voies les plus sûres pour accroître les bienfaits d'une paix, pour la consolidation définitive de laquelle elle n'a jamais épargné et n'épargnera jamais toutes les concessions légitimes qui prouvent son amour gour Cuba ni tou^ les sacrifices de sang et d'argent que l'obligent à faire ceux qui se lèvent en armes contre Ja mère-patrie, « sans lien ni discipline, sans misérable hameau ni humble bourgade pour les abriter, portant leur tente flottante de monts en monts et de t allées en vallées, comme les campements errants des tribus sauvages, sans autre doctrine que le pillage et le vol, sans autre gouvernement que l'incompatibilité des volontés de ses cabecillas improvisés, en lutte perpétuelle avec les lois de la morale, de la loyauté et de l'honneur ».

Ainsi s'exprimait en Juin 1870, le Président Grant dans son Message au Parlement des Etats-Unis ; l'insurrection actuelle ne mérite pas d'être autrement appréciée que l'était celle

do 1868 par le Président des Etats-Unis et on ne peut qu'approuver le raisonnement très logique de Don Antonio Canovas del Castillô, déclarant à un journaliste américain :

« Nous ne pouvons admettre qu'il existe le moindre fondement pour reconnaître la belligérance des insurgés, dont le soi-disant Président et les autres membres de l'Exécutif sont des nomades, toujours en mouvement, comme les bandes des révoltés... »

Les chiffres ci-dessous prouvent la prospérité croissante de l'île de Cuba sous le régime de paix que lui a donné le gouvernement espagnol de 1878 à 1894.

Années Tonnes

Production du J J«|5 630.414

sucre \ 1887 610.171

La production du tabac qui monte en .1889'' à la somme de 17.560.009 pesos, s'est élevée en 1894 à celle de .20.820,000.

Page 1