LE TROCADERO
Le pont d'Iéna^ la ferme japonaise, le quartier tunisien. — Le pont d'Iéna est élargi au moyen de poutres métalliques placées en travers et appuyées sur des socles qui reposent sur l'ancien tablier; entre les deux tabliers courent trois énormes conduits qui amènent au Champ de Mars l'eau de la grande cascade du Trocadéro.
Sur la gauche, en montant la pente du Trocadéro, on voit le Japon agricole représenté par une maison de ferme exactement semblable à celles qu'on rencontre dans l'intérieur des îles japonaises; on y pénètre par une porte cochère très- travaillée, sur le sommet de laquelle se dressent, avec une véritable verve, un coq et une poule sculptés ; à droite et à gauche^ des branches pleines d'épines sont travaillées avec art. On se trouve alors dans un jardinet plein de plantes du pays; l'habitation, basse et ouverte à tous vents, laisse voir des meubles pittoresques ; à côté, une fontaine où Ton peut boire ; le poulailler, rempli de jolies poules blanches à crêtes rouges ; le parasol, à l'ombre duquel la famille peutvenir se reposer; les faïences d'usage quotidien, les bronzes, etc., etc. Le Japonais en costume du pays qui vous reçoit, parle très- bien le français. On
fait le tour de la barrière en bambou, et Ton voit successivement : les Tunisiens avec leurs jolis bibelots ciselés, leursparfums pénétrants et leur musique monotone; la maison aux armes de Lion et Soleil, qui a reçu le Schah de Perse, mystérieuse avec ses vitraux de couleurs ; plus loin, un village norwégiensuédois, au centre duquel une tour en bois s'élève, ayant à son sommet une horloge de Stockholm; l'Egypte, aussi représentée par une bâtisse originale, ainsi que le Maroc, qui a son musée et son café.
Partout, des oasis de verdure et de fleurs ornent ce paysage unique, dessiné par tous les peuples du monde.
L'habitation chinoise^ les forêts^ l'aquarium. — La Chine offre le spécimen très-curieux et absolument authentique d'une maison des environs de Pékin; elle est riche en ciselures dorées des plus fines, qui se détachent sur fond rouge. Dans la cour intérieure se dresseunkiosquetrès-découpéquiofîreun abri contre les chaleurs du jour. Un certain nombre de Chinois en costume national, avec leurs grandes robes en soie et leurs cheveux tressés en longues queues, vendent des porcelaines et des curiosités du Céleste Empire.
A droite, voici le pavillon de l'administration des Forêts, qui n'est qu'une dentelle de bois sculpté; puis, la blanche façade du palais algérien, de forme rectangulaire, flanquée à ses angles de quatre tours couronnées de créneaux. La façade principale se fait
surtout remarquer par une porte richement encadrée de faïences et émaillée d'arabesques. C'est la reproduction de celle de la célèbre mosquée de Sidi- Bou-Médin ; de chaque côté, sont deux petites tours aux dômes très-bas surmontés d'un croissant d'or ; dâDs un des angles se dresse la haute tour carrée d'un minaret qui rappelle celui des ruines de la mosquée d'El-Man-Souka. Une frise polychrome décore la muraille blanchie à la chaux, rendue éblouissante au soleil ; l'intérieur est riche et gracieux comme toutes les constructions mauresques; sa cour est formée par quatre galeries à arcades supportées par des colonnes torses, dont les parois à jour varient les effets de lumière et d'ombre. Une fontaine jaillissante, encadrée des arbustes et des fleurs les plus caractéristiques du climat et de la flore de l'Algérie, et provenant du Hamma d'Alger, forme le milieu de cette magnifique construction.
L'aquarium d'eau de mer est établi sur la berge du quai d'Orsay, et celui d'eau douce sur la pente duTrocadéro.
Le palais et la salle des fêtes, — Le palais du Trocadéro se compose d'une immense rotonde exhaussée de deux tours ; elle a, à son sommet, une Renommée en bronze doré, du sculpteur Mercié^ et se complète par deux ailes en demi-cercle. Tout l'extérieur du monument est à jour; c'est un promenoir dont les colonnes de pierre blanche se détachent
sur fond rouge. La grande rotonde a trois étages, ornés de trente statues allégoriques représentant : la Peinture, l'Agriculture, la Géographie, la Médecine, la Navigation, etc.; six grands groupes en fonte de fer dorée symbolisent les cinq parties dn monde. Ils sortent de mains de maîtres, tels que : MM. Falguière, Mathurin Moreau, Millet, Schoenewerck et Delaplanche. Entre ces figures jaillit une cascade qui tombe avec fracas, et va s'affaiblissant sur des degrés de marbre du Jura; de ci^ de là sort un jetécumant, et quatre types colossaux d'animaux en fonte dorée se dressent de chaque côté.
Dans la rotonde centrale se trouve la grande salle des fêtes; Tamphithéâtre à lui seul ne contient pas moins de 4,000 spectateurs. La scène est construite de telle sorte que 400 musiciens y jouent à l'aise, en temps ordinaire; l'adaptation d'un plancher mobile, qui, partant de l'extrémité de la scène va s'abattre sur les premiers rangs des fauteuils, permet en outre de donner des concerts exceptionnels, auxquels peuvent prendre part 1,200 exécutants. L'orgue qui s'élève au fond de la scène, est d'une hauteur de douze mètres, et d'une puissance telle que les soufflets sont desservis par une machine à vapeur. L'éclairage de cette* salle splendide, de MM. DavioudetBourdais, dont la hauteur intérieure n'a pas moins de trente-deux mètres, est entretenu par 4,000 becs de gaz qui éclairent a giorno l'immense coupole.
Dans les deux pavillons adjacents à la rotonde centrale se tiennent les conférences et les congrès, dans lesquels sont traitées les questions qui se rattachent à l'origine, à la production, à l'exécution, aux progrès, à la législation, à la protection légale des œavres et des produits de toute nature, réunis dans l'enceinte de l'Exposition.
Les galeries des ailes sont destinées à l'art rétrospectif sous toutes ses formes, et encore à l'exposition spéciale des sciences anthropologiques, et enfin, de chaque côté de la rotonde surgissent, au-dessus derédifice, les deux grandes tours latérales, sveltes et élégantes, q.ui donnent tant de légèreté au monument et dans l'intérieur desquelles fonctionnent des ascenseurs menant le public an sommet; de ce point élevé, on plane à vol d'oiseau sur le panorama d'ensemble.
Le palais de l'Exposition de 4867 ne couvrait qu'une surface de 146,000 mètres carrés; celui de 1878 en occupe 200,000. En dehors du palais, en 1867, il y avait une surface de 7,000 mètres répartie entre tous les pavillons; en 1878, en dehors du palais, on a couvert 20,000 mètres dans le Champ de Mars seulement.
Le succès toujours croissant de l'exposition de 1878 ne tient pas seulement aux dimensions vastes de ses deux palais; mais aussi, au concours si empressé qu'y ont apporté tous les peuples, et au nombre des exposants, qui s'élève à 35,000.
Le deuxième mois depuis l'ouverture de l'Exposition universelle n'e'tait pas écoulé et les souverains d'Espagne n'avaient pu encore venir à Paris pour affirmer par leur présence la part qu'ils y prenaient, quand, le 25 juin 1878, après cinq mois de mariage à peine, la reine Mercedes succombait tout à coup aux attaques d'un mal imprévu. La France, à qui elle tenait par des liens de famille, s'est associée au deuil de l'Espagne entière, et donne de sincères regrets à cette jeune reine qui, si elle est morte trop tôt pour faire tout le bien qu'elle eût voulu, a vécu assez cependant pour faire apprécier les hautes qualités de son cœur et de son esprit.