‹ L'Espagne et l'Exposition de 1878Chapitre 21 sur 36 · SECTION ESPAGNOLE · texte numérisé non relu

SECTION ESPAGNOLE

L'iDstallation espagnole occupe dans le palais du Champ de Mars la cinquième place à partir du pont dléna. Entrez par la grande porte, engagez-vous droit devant vous dans l'allée des façades, appelée aussi la rue des Nations-, dépassez successivement les cottages anglais, le pavillon américain, les deux chalets jumeaux de Suède et de Norwége, le portique italien, le temple japonais, la maison chinoise, tout à coup un monument d'une richesse et d'une élégance inouïes, resplendissant de couleurs vives, arrête vos regards : c'est la façade espagnole, l'une des mieux réussies à coup sûr, avec celles de la Belgique et de la Russie. Elle se compose d'une grosse tour carrée, coiffée d'un large toit doré, sculpté et peint, qui s'avance en auvent; adroite et à gauche, deux autres tours également carrées, mais plus petites, crénelées et réunies à la tour centrale par un mur droit, crénelé, un peu en recul. La tour du milieu, largement ouverte, repose par devant sur un faisceau de syeltes colonnes blanches, imitant l'albâtre, accouplées ou isolées; de légers pendentifs de stue,

comme autant de stalactites, peints de vermillon, d'azur et d'or, forment la voûte et s'arrondissent en arc au-dessus de l'entrée. Deux grandes portes en fer à cheval s'ouvrent dans les tours d'angle; celle de gauche, à moitié murée, circonscrit dans sa courbe un autre arc plus petit et à plein cintre; elle donne sur un escalier par où' l'on monte à l'étage supérieur magnifiquement meublé et réservé aux grands personnages officiels pendant leurs visites à l'Exposition ; celle de droite mène directement dans l'intérieur du palais, par l'allée intermédiaire qui sépare l'Espagne de la Chine. Des deux côtés de la tour centrale, percées dans le mur, sont deux larges fenêtres fermées d'un treillis de bois aux bizarres entrelacs; à l'étage supérieur court une enfilade de longues fenêtres en ogive, prolongées à leur extrémité, portant sur de fines colonnettes. Tous les murs au dedans et au dehors sont revêtus jusqu'à une certaine hauteur de ces carreaux de faïence émaillée, aux couleurs tranchantes, qui sont depuis longtemps une des spécialités de l'industrie de nos voisins ; le reste de la surface est entièrement couvert d'enluminures, de moulures et de cisilures, creusées dans le stuc, où se retrouvent tout le caprice et la fantaisie de l'imagination arabe. L'habile architecte, M. Villajos, pour nous donner une idée complète de l'architecture hispano-arabe, s'est plu à combiner les traits principaux des monuments les plus curieux que les Maures ont laissés dans la

Péninsule. C'est ainsi que les colonnes blanches et les stalactites dorés de la tour centrale, rappelleraient rAlhambra, et plus spécialement les deux petits pavillons extérieurs qui se font face dans la cour des Lions; les fenêtres treillagées se retrouvent également dans la salle des Ambassadeurs; les deux portes en fer à cheval, les créneaux en pointe et dentelés rappellent au contraire la a Puerta del Sol» à Tolède; enfin quelques-unes des peliles fenêtres du haut semblent copiées de celles qu'on voit sur le mur extérieur de la mosquée de Cordoue. La variété de ces motifs, scrupuleusement choisis, forme un ensemble d'une originalité et d'une bizarrerie charmantes.

Cinq grandes salles, se succédant en lar^^eup et nettement coupées par la disposition des travées, sont consacrées dans le bâtiment de la section étrangère, aux divers produits de l'industrie espagnole. La première comprend le matériel et les procédés d'enseignement, l'imprimerie, la librairie, les instruments de musique, les meubles, l'orfèvrerie, les faïences ; la seconde, les tissus, et en général tout ce qui se rapporte au vêtement; la troisième, les produits des mines et de la métallurgie, l'exposition particulière du ministère de la guerre; la quatrième, les eaux minérales, les produits chimiques, les cuirs et peaux, les machines; la cinquième, les huiles fines, les vins de liqueur, les

chocolats, les cigares. Primitivement l'Espagne possédait sur la même ligne, mais en dehors du bâtiment, un grand espace vide destiné à la construction d'un pavillon spécial pour Tagriculture ; plus tard, on s'aperçut que le sous-sol, tout fait de remblais, ne permettait point d'y creuser des caves dont on avait besoin pour loger convenablement les vins. Le terrain fut donc cédé à l'Autriche, — c'est celui où existe aujourd'hui la czarda des Tziganes, — et ITiSpagne reçut en échange un autre espace, tout à côté de la principauté de Monaco, à droite, entre la Seine et la façade du Palais. Le pavillon de l'Agriculture, d'une simplicité charmante, étale à l'extérieur lesproduits bruts des exploitations forestières de l'Espagne et des colonies espagnoles; au dedans se trouvent des minerais de toute sorte et de toute provenance, puis en avançant, les céréales, les légumes et les fruits secs, les conserves alimentaires ; dans le fond, les liqueurs et les vins; toutes ces bouteilles, aux mille couleurs, symétriquement rangées en forme de voûte et de colonnades, et se leflétant dans les glaces qui tapissent le parquet, font un décor vraiment féerique qui aurait du succès sur la scène^ au tableau de la gourmandise; non loin de là, un kiosque élégant, annexe du pavillon, offre aux amateurs la fine fleur des tabacs de la Havane.

A la section des beaux-arts, les peintres espagnols occupent la place intermédiaire entre l'Autriche et

la Belgique ; quant aux œuvres de sculpture, peu nombreuses, elles ont été distribuées dans les différentes salles de l'industrie. Enfin, au Palais du Trocadéro, dans l'aile droite, deux autres salles avoisinées par la Belgique et la Suède, suffisent à peine à loger les magnifiques collections archéologiques de l'Espagne.

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