‹ L'Espagne et le Maroc en 1860Chapitre 1 sur 7 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

La guerre que TEspagne fait au Maroc ne saurait passer inaperçue : c est un des grands faits de Thistoire contemporaine.

Le Maroc étant peu connu', le livre que nous publions offrira peut-être quelque intérêt.

Grâce à sa position géographique^ Tempire du Maroc est de plus en plus entraîné dans le mouvement européen et lié à la destinée coloniale de la France. Or, et

pour ne parler que de ces dernières années, plus d'une fois, depuis la bataille d'Isly, TEurope, et la France en particulier, ont eu des démêlés avec Abd-Er-Rhamann.

— Qu'on nous permette de rappeler quelques faits. En 1849, un courrier du consul français fut arrêté, puis assassiné dans sa prison. Le consul insista pour que les meurtriers fussent punis : on ne tint aucun compte de ses réclamations et on méprisa ses menaces. Un sujet des Etats du pape, placé sous la protection de la France, fut é^>alement assassiné. Un attaché à la mission française fut indignement volé, sans que notre gouvernement pût obtenir le châtiment des coupables. Enfin, en avril 18S1, un brick français échoué devant Salé fut pillé sous les yeux des autorités du pays, et avec leur adhésion. Le cabinet de Paris n'hésita plus : une expé-

dilion contre Salé fat résolue. Une division^ sous les ordres du contre -amiral Dubourdieu, se présenta devant la ville (25 novembre 1851) et la bombarda.

En 1854, un négociant français, M. Paul Rey, fat assassiné à Tanger par un Chérif marocain. Pour obtenir l'exécution du Chérif, le chargé d'affaires de France fat obligé de déclarer que si justice n'était point faite, il romprait officiellement ses relations avec le gouvernement impérial.

Les consuls européens lui écrivirent à ce sujet une lettre collective par laquelle ils le félicitaient « d'avoir atteint un succès tout-à-fait inespéré; » car, disaient-ils, « l'expérience nous a appris que le supplice d'un musulman en expiation d'un meurtre par lui commis sur la personne d'un chrétien est un fait qui n'a pas de précédent au Maroc. »

viir

Au mois d'août 1856, la corvette prussienne le Dantzic, ayant à son bord le prince Adalbert, longeait la côte du Riff.

Le prince voulut descendre à terre : il fut reçu par une décharge de mousqueterie.

Aussitôt il débarqua à la tête de soixantecinq hommes; mais assailli par des forces supérieures, il dut battre en retraite après avoir subi des pertes sensibles. Le 9 septembre de la même année, les troupes espagnoles cantonnées à Mélilla furent vigoureusement attaquées par les Maures et durent livrer un combat acharné. Enfin, en 1859, sont arrivés les événements qui nous occupent.

Toutes les nations de TEurope, — une seule exceptée, — ont vu avec satisfaction le gouvernement de la reine Isabelle prendre en ses mains la cause de la civilisation.

Pour expliquer l'attitude malveillante de

la Grande-Bretagne^ quelques mots suffiront : — Les Chérifs tiennent à honneur de n'avoir aucune relation avec les chrétiens; en cela, ils suivent les prescriptions du Koran. Mais au Maroc, aussi bien qu'ailleurs, il n'est point de règle sans exception, et, là où les autres puissances ont échoué, l'Angleterre a réussi.

Exemple :

Ijes conditions auxquelles était soumis le commerce européen dans les ports de l'empire étaient devenues intolérables.

Abd-Er-Rhamann modifiait suivant son intérêt les droits de douane, créait ou abolissait des monopoles, et violait comme à plaisir les traités précédemment conclus avec les puissances étrangères.

L'Angleterre protesta énergiquement contre cet état de choses, et son consul général, M. Drummond-Hay, fut assez heu-

reux pour obtenir (1856) un nouveau traité dont voici les principales dispositions : Il y aura désormais liberté réciproque de commerce entre les deux pays. Les sujets anglais pourront résider et trafiquer dans tous les ports du Maroc ouverts aux étrangers; il leur sera permis de louer et de bâtir des maisons^ des magasins^ etc.^ d'acheter et de vendre tous les articles non prohibés. — Le sultan du Maroc s'engage à abolir tous monopoles et toutes prohibitions sur les marchandises importées, excepté les pipes à fumer, Topium, le soufre, la poudre, le salpêtre, le plomb, les armes et munitions; il supprimera de même tous les monopoles qui concernent les produits agricoles, sauf le quinquina, les sangsues, le tabac et les autres plantes employées pour fumer. — 11 ne sera perçu aucune taxe, péage, droit

ou charge quelconque sur les produits du Maroc achetés par les Anglais; ces produits ne seront soumis qu'au droit d'exportation stipulé par le traité. — Les Anglais seront libres d'administrer leurs propres affaires et de choisir leurs mandataires, facteurs ou courtiers. — Les droits à percevoir sur tous les articles importés n'excéderont pas 10 pour 100 de la valeur au port de débarquement; et un tarif spécial est fixé pour les principaux articles d'exportation. — Un article assimile le pavillon anglais au pavillon ma* rocain pour le paiement des droits d'ancrage, de tonnage, etc., et il fixe divers taux maxima au-dessus desquels ces droits ne pourront jamais être élevés (1).

L'Angleterre, on le voit, était singuliè-

(4) Annuaire des Deux-Mondes (1856-1857).

rement favorisée. Mais FËspagne fera sans doute au Maroc ce que la France a fait en Algérie. Le cas échéant, le commerce anglais n'aura plus de privilèges, — et c'en est assez pour que le cabinet britannique entrave de tout son pouvoir l'expédition.

J'ai dit que le Maroc est peu connu : il a, cependant, ses historiens et ses géographes. Parmi les auteurs contemporains il faut citer ; MM. L. Sédillot, Pélissier, Renou, Drummond-Hay, Hafer, Paul Rey, Léon Godard et Lacroix. J'ai puisé dans tous leurs ouvrages; je me suis aidé, surtout, des recherches savantes et consciencieuses de MM. E. de Pontevès et V. Rihet, dont je m'honore d'être l'ami. — Suum cuique.

Page 1