‹ L'Espagne et Napoléon (volume 2)Chapitre 43 sur 78 · LE BOI • INTRUS · texte numérisé non relu

LE BOI • INTRUS

DOtre escadre en rade, l'offre de leurs services se présenta si prompte que le seul soucî des Espagnols fut d'écarter l'empressement de ces obligeants amis. — Depuis, l'union s'affermit chaque jour, comme une logique qui s'impose, troublée seulement par le formalisme anglais et la forfanterie castillane faite pour déconcerter les plus persévérants secours. La Junte des Asluries avait précipitamment envoyé à Londres deux députés, don Andrès Angel de la Vega et le vicomte de Matarosa, depuis célèbre sous le nom de comte dcToreno; embarqués à Grjon le 13 mai, ils abordèrent à Falsmouth I& 6 juin, accueillis avec étonnement (I). Bientôt la Junte de Séville dépécha à son tour le maréchal de camp Adrien Jacome et don Juan Ruiz de Apodaca, afin d'obtenir un appui moral et matériel (2). Le cabinet de Saint-James n'eut d'abord d'autre idée que l'offre de quelques bataillons; l'enthousiasme populaire le poussa à mieux faire et le Parlement retentit, au milieu des plus chaudes adhésions, d'accents vraiment prophétiques (3) ; aux subsides officiels (3 millions de piastres fortes à répartir entre la Galice, les Asturies et Séville) (i), les sympathies privées voulurent ajouter leurs offrandes : les dames de Londres recueillirent aussitôt 200,000 francs pour les veuves et les orphelins

de gnerre onglaii devant Mahon (vol. 674, fol, t~6], — E^alemcnl, notre coniul de Cadii anaonçaît le débarquement i TëtjaD de rounitiona de guerre, et l'entrée de 48 TOilet anglaitei à Gibraltar.

(i) TOHEHO, Mistoire de la révolatiou d'Etpagne, t. I, p. 183.

{%) Arcbivei de Simanca*, Ettado, 8STI, douicr 1.

(3) I Jamaïa circoQilance cl plui opportune ne a'offril ï la Grande-Bretagne pour frapper un coup hardi et dc<]îvrer le monde. Juiqu'icl Bonaparte D reœportd dei victoiret parce qu'il ■ eu affaire k dca prince« aani digoili, à dea fuioiitrel aani prévoyance ou è dca peuplea aana palriotitme i il n'a paa encore appria ce que c'était que de cowtialtre dea popuUtiona animée* d'un eapril boitile. > Diuoun de Shéridan, juin 1808.

DébaU parhmcntairtt de la Grande-Bretagne, t. XI, p. 880.

(ï) Dipécbe de Juan Ruiz de Apodaca, S8 juillet ISOti. — Archivei de SimancM, Eatado, 8171, doiaier 3.

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espagnols (I). Ce fut une émolioD unanime ; tous les adversaires de Napoléon qui se trouvaient lA s'agitèrent, le comte d'Artois, le duc d'Angoulême, le duc de Berry demandèrent à aller guerroyer en Espagne, ne fitl-ce que comme volontaires et simples soldats (2); le vieux Dumouriez, à la rancune toujours en éveil, rédigea des plans militaires dont il poursuivit les ambassadeurs espagnols (3). Avant la fin de juillet, 9,000 Anglais s'embarquaient, prêts A marcher.

En touchant le continent, leur commandant le général Wellesley éprouvait deux profondes surprises : il apprenait la capitulation de Baylen qui le réjouissait, et il essuyait de la part des Espagnols le refus de sa coopération, ce qui le plongeait dans la stupeur (i). — Mais c'était ud homme de bon sens et de résolution : sans se troubler il descendit en Portugal et fît de celle terre • anglomanisée i> la base de ses opérations. Il y trouvait un adversaire déjà arrivé : Junol et sou corps d'armée. Un double choc à Rorissa le 17 août, à Vimeiro le 21 août lui amena la victoire, et la confiance ébranlée revint sous le drapeau des troupes de la vieille Albion, La conclusion en fut la Convention de Cintra, dont chacun s'attribua en secret le mérite et tout haut critiqua les clauses; somme toute, elle demeurait un avantage pour nos adversaires, car si notre armée était sauve, le Portugal était perdu. Sur ce rivage que nos étendards ne devaient plus jamais revoir, libéré désormais de notre présence, le flot britannique a fait déferler ses premières lames, peu è peu la marée montera,

(t) Vol. 6T6, Soi. tlt. — Gaieta de Madrid. X leplembre 1808.

(2) Diïpèche de Juan Ruli de Apodtca, 13 juîllel 1808. Simancu, Ettado, S17i, douicra.

(3) Dépècbea de RuU Apodaca dei 18 août et XS décembre 1808. Btted», 8171, n°- 3 el k.

(4) Au Dord à la Corogne, m lud k Cidii, lei autorilé* cipagnole* o'aulbritérem pat le d^barquemMit dea tronpea briUDDitjuei par orgueil DatioMl. GouGZ DK Arteche, De la cboperalioa de lot tngletel en ^ guena Je la In deprndtncia .

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tombaQl dans les vallées d'Andalousie, glissant sur les plateaux des CasUlles, s'écoulant par les Bssures des Sierras, jetant son écume jusqu'aux flancs des Pyrénées, pour élendre en6a, au bout de cinq années, sa nappe dormante dans les plaines du Languedoc et battre au pied les murs de Toulouse.

Si l'orgueil castillan prétendait s'afFranchir des compagnons étrangers, la gloire ne se partageant avec personne, il acceptait les subsides matériels, choses de peu, qui font bien de l'honneur à qui les offre. C'est ainsi que les soixanteneuf transports anglais escortés de trois vaisseaux de ligne, qui n'eurent pas licence de débarquer leurs troupes, ne passèrent cependant pas si vite devant la Gorogne qu'ils ne pussent laisser à terre de l'argent, des habillements, des vivres et des munitions. A Cadix également, le 16 août, arrivait de Londres un million de piastres; et à la fin de septembre, on était en droit d'établir ce calcul : le Royaume- Uni, tant en Portugal qu'en Espagne, depuis le commencement du mouvement de résislance, avait rapatrié, babillé, équipé 4,000 Espagnols, ses anciens prisonniers, et fait passer dans la péninsule 35 millions, 80,000 fusils avec leurs munitions, 20,000 paires de souliers, autant d'uniformes, et enfin, — peuple pratique qui songe à tout, — . 200,000 livres de fromage pour la troupe. En assez d'autres circonstances il faut biftmer cette nation mercantile, pour reconnaître son élan à livrer des marchandises dont la facture ne serait vraisemblablement jamais acquittée. Elle prodigua ■es « commis» afin de soutenir l'honneur de la raison sociale : une nuée d'agents vint s'abattre en Espagne (I).

D'abord, des agents civils : Charles Stuart à la Corogne,

. (1) AF IV, teiO, pièce 18S.

avec deux gous-ordres : M. Hunter à Gijon pour toute la région des Asturles, M. DufF à Cadix. — Surtout des eorofés militaires : sir Thomas Dyer, qui ne 6t que passer; le major Boche, attaché au général La Cuesta; le capitaine Patrick près de la Junte d'Oviedo; les capitaines CaroU et Kennedj, le colonel Brown à Oporlo ; et en Catalogne le major Green. II y avait encore un escadron volant d'officiers employés par les généraux anglais auprès des généraux espagnols, comme mentors, correspondants et quelque peu espions sans doute : chez Castanos, où hientâl il fit autorité, le capitaine Whintingham; à l'armée de l'Ëbre le colonel Graham; auprès de la Junte de Séville le major Coxe; auprès de la Junte suprême d'Arsnjuez lord William Bentinck, qui organisa et garda dans sa main tout un service de relations. Trois majors généraux Leilh, Broderick et Sontag parcoururent les Asturies, la Galice et le nord du Portugal. A Oporto, sir Bobert Wilson formait, avec des chefs anglais, un corps de partisans portugais : la légion lusitanienne. — L'officier qui avait rapatrié les prisonniers espagnols et jouissait pour cela d'une naturelle popularité, le colonel Doyle, vint à Madrid; il eut toute influence sur le duc de l'Infantado; il leva un régiment d'infanterie n très brillant et très bien payé ■ . Manquaiton d'argent? Et Dieu sait combien de longue date le déficit régnait dans les caisses du royaume! Il tirait audacieusement au profit de la Junte pour 100,000 livres sterling de lettres de change sur la Banque d'Angleterre. Aussi n'était-ce pas trop reconnaître tous ses services par le grade de général espagnol. Arrivé à ce point, sa témérité le conduisit à l'étourderie : il poussa très fort au soulèvement de Bilbao qui devait, en cas de succès, nous couper les communications avec les Pyrénées; mais l'échec fît paraître la légèreté de ce donneur de bons conseils. — Au reste, toute déception s'oubliait en face des secours monnayés : quand le 19 octobre l'envoyé offi-

ciel du roi Georges, Beajamin Frère (1), se présenta en face des quais de la Corogne, apportant 20 millions de réaux, sa frégate la Sémïramis était entourée avec acclamations des barques de tout le port, et l'enthousiasme dételait les mules de sa voiture où s'asseyait, il est vrai à ses côtés, un personnage capable d'exciter par sa seule présence la plus bruyante ovation : La Romana.

En ce temps-là ce n'étaient point des ovations qui saluaient ■ le roi d'Espagne » dans ses résidences successives : Bui^os (9 août), Miranda del Ebro (17 août), Vittoria (22 septembre). Et les mesures que les circonstances le contrai gnaîent de prendre ne ressemblaient guère à des dons de joyeux avènement- Pour remplir ses caisses vides, Joseph frappe une taxe extraordinaire sur les provinces que les troupes françaises occupent encore (2). Les propriétaires les plus riches ce sont les couvents; leurs biens sont plus faciles à atteindre que d'autres et la mainmise, qui restera odieuse aux fidèles, sera moins onéreuse, partant mieux acceptée pour les indifférents; c'est à un homme d'église que l'on confie la besogne délicate de poursuivre la perception de cet « emprunt ■ pour l'entretien de l'armée : l'ex'chanoine LIorenle devient le grand collecteur d'impôts. Nécessaire peut-être, désespéré à coup sur, le procédé est 1res cerlaineraent destiné à enlever les plus tenaces sympathies ; Joseph en a fait l'aveu plus lard (3).

(1) Son &ère John avait itk aTaol lai Brobaa>Bd«nr d'Ângleterra en Eipagne juiqn'li la ruplimi de 1804. Benjamin lui auccéda ; loua deui échouèrent deriDt le preitige de l'alliance française. M. Frère remplit une nonvelle million, d'octobre ISOS k août 1809; u correipondance a été publiée par ordre du Parlement anglaii aoui le titre de Seeueil de pUcei relativei h l'Etpagne.

(S) Vol. 676, fol. 57 à 60, — Mémoire* Hh roi Joteph, t. IV, p. 462.

(3) • Privée de magatin*, l'armée vivait par ta voie dei réquiailiona, ce qui l'obligeait d'étendre te* cantonnement*. Cette métbode de pourvoir i la aiibai*tance de» tronpea, entraînant loujoura de» dé»ordre» et dea vexation*,

11 laisse carte blanche au maréchal Jourdao; el le là septembre, du camp de Vittorîa, le vieux vainqueur de Fleuras, se souvenant des guerres sans merci de la République, fait aC6cber les ordres suivants : — Quiconque sera pris les armes & la main, « sans autre formalité ■> sera pendu; les communes seront responsables de la mort de tout Français sur leur territoire; une contribution pécuniaire Frappera chaque habitant et l'on saisira dix notables susceptibles de servir d'otages. L'ordre s'exécuta « avec rigueur et activité * ; mais il n'arrêta pas les assassinats ni les embuscades de grandes routes. — Gomme pour faire écho à ces procédés d'intimidation et de représailles, deux décrets de l'Empereur placèrent sous le séquestre tous les biens des Espagnols, meubles et immeubles, situés en France; aucun sujet espagnol ne pourra voyager ou résider dans l'empire sans un passeport délivré par le gouvernemenl de Joseph, sous peine d'incarcération immédiate (1).

En dépit de ces animosités irréductibles, aucuns, et le Roi tout le premier, gardaient un optimisme systématique en des moyens pacifiques; ils entretenaient, comme ils pouvaient, des relations avec les ■ insurgés o . Ces tentatives épistolaîres des Espagnols joséphïstes auprès de leurs compatriotes peuvent se résumer dans la longue lettre que, de Paris, le 8 septembre M. d'Urquijo, convenablement stylé, adressa à l'évéque d'Orenze (2) : « Le tendre respect que m'a toujours inspiré un pontife digne des premiers âges de l'Église... » Il s'explique : tes Bourbons ont perdu le pouvoir «parleur lAcbe défection « ; 70,000 » hommes effectifs ■ occupent les bords de r£bre,ilsBeronl 150,000 avant la fin du mois, «ils vont exercer

augmenta le méconle Die ment dei populationa el donna un nouveau degré d'tnergie i leur haine contre le« Frani^iii. t Mémoirtt, t. V, p. B. (1) Décreu de .Metz, 23 leplemkre 1808; toI. 676, fol. ÎM, 350, (î) Elle eit reproduite dan* le* Mimotm du roi Joieph, t. V, p. 59.

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l'épouvantable droit de conquête <• ; en faoe d'une réiislance malheureuse et impuiisante, que l'on compare n la sagesse, 1» droiture, les qualités aimables de Joseph ». Sans lui, entre les maioB d'une ■ secte impie qui renouvellera le délire atroce de Maral et de Robespierre, l'anarchie inondera de sang les débris du trône et de l'autet > . Que la voix puissante de l'évéque se hsse entendre » au nom de ce Dieu de paix dont il est le digne ministre, au nom de la religion, de la patrie et de l'humanité >> .Pour être datée et envoyée de Paris, cette adjuration perdait beaucoup de sa force probante. La rumeur publique la porta peut-être à Mgrde Quevedo ; autant en soulève le vent.

Le dédain des Espagnols s'accentue et leur vanité se cabre en présence de ces instances doucereuses, en même temps que la fierté de l'Empereur s'impatiente à voir employer ces armes rouillées et que sa colère grandit en face des difficultés; il s'indigne et il raille : « L'armée parait commandée non par des généraux qui ont fait la guerre, mais par des inspecteurs des postes. Comment peut-on évacuer l'Espagne sans raison, sans même savoir ce que fait l'ennemi? « (I) — Alors, Joseph prend peur, veut répondre à ces semonces fraternelles qu'il craint plus que tout et pense se disculper en les appliquant à la lettre, c'est-à>dire à rebours : par une volte-face belliqueuse, il s'avise d'un mouvement offensif, invente soudain un retour impétueux en arrière.

Je suis convaincu, écrivait-il k l'Empereur [Miranda, 14 septembre), que si jequittaisla ligne de l'Ebre, je dissiperais l'ennetni.., Je serais en Espagne comme vous étiez en E^pte... Je battrai les masse» et je jetterai l'épouvante dans l'âme des projettistesf'fù^ de Madrid. Les armes tomberont de la main des uns et la plume de la main des autres... Jusqu'à l'arrivée de la Grande Armée, vous n'aurez pas de nouvellesde nouset je n'en aurai pas de vous...

(l) L'Emperear an roi J<Msph, S«iBt-C3mid, 19 toAt 1808.

3&i l'espacne èt napoléon

Napoléon, saDs répondre aux enfantillages de son frère, lui fil envoyer (22 septembre) des « Observations i> qui concluaient : • Le général qui entreprendrait une telle opération serait criminel. ■ D'eux-mêmes, les maréchaux Bessîères et Ney ont présenté leurs objections au Roi qui, très surpris, a cependant contremandé la manoeuvre préparée (I). Mais ces à>coupE augmentent la confusion ; les contremarches épuisent le soldat, le découragent et l'irritent. Joseph reste à Vittoria s presque seul, dans une position en l'air ■ (2).

L'Empereurqui en face des hésitations des généraux espagnols professait un grand mépris pour leurs talents militaires, s'agitait à voir les Anglais entrer en scène, et afin de tout finir d'un seul coup préparait de grands moyens : il avait convoqué le Sénat pour voler l'appel anticipé d'une conscription nouvelle. Le message impérial parlait net : a Je suis résolu & pousser les affaires d'Espagne avec la plut grande activité et à détruire les armées que l'Angleterre a débarquées dans ce pays. Je ne veux ni ne dois dépendre des calculs des autres Cours. <> Le rapport annexe du ministre des relations extérieures faisait une déclaration de principes : b II faut qu'un prince ami de la France règne en Espagne : c'est l'ouvrage de Louis XIV qu'il faut recommencer. Ce que la politique conseille, la justice t autorise (3). «

Les Espagnols recueillaient ces paroles solennelles comme des aveux et les brandissaient comme des preuves justificatives de leur bonne cause. La Gazeta de Madrid, en étalant tous ces documents, ne manquait pas de souligner ta n maxime» de Champagny pour la livrer à l'attention des » souverains de l'Europe ■ .

(1) La Foreil à Champagny, 18 leptembre ISOS, vol. 676, fol. 3S5. (S) Le maréchal Beuièrei au maréchal Jounlan, 26 aeptembre 1B08. (3) • L'eDaemble de cei piècei nom rejette, aoui le rapport de* phrai« <lu ttyle, ea 1795. t Mm^uiicH, Mémoirm, t. II, p. SSO.

LE ROI < tNTKDS * 8»

La résistaDce à l'étranger monte au diapasoD le plus aigu el toute occasion est bonne pour manifester la haine nationale ; le lendemain du jour où a paru la Gazeta du 14 octobre, le duc de l'Infantado donnait un grand repas pour l'anniversaire de la naissance de Ferdinand Vil; les acclamations de la foule se changeant bientôt en vociférations, son enthousiasme cherche des victimes; le bruit court que le ministre de Russie a conserré deux domestiques français; on se porte à grands cris devant son bâtel, l'écusson est brisé, les portes sont enfoncées, les escaliers envahis, les appartements pillés; au milieu du désordre, des cris el des ténèbres, deux malheureux se trouvent saisis; sont-ce bien des Français? La populace les frappe, les étouffe et les brûle! (1) — Au jour, Slrogonoff proteste de haut et pendant que la troupe garde sa demeure insultée, il écrit de bonne encre à Florida Blanca. Il en reçoit force excuses, mais u un séjour plus prolongé en Espagne ne lui convenant point n, il réclame ses passeports, une escorte pour gagner Alicante ou Carihagène, et un vaisseau qui le ramènera dans l'Adriatique. Une démarche tout émue de rinfanlado, une lettre très humble de la Junte suprême ne le désarment pas et il réitère sa demande avec sécheresse. Sur la route de Madrid à Cadix on lui prodigue des honneurs affectés, et la frégate Proserpine le débarque & la fin de décembre à Trîeste (!2), comme il l'a voulu.

Cet épisode tragique montre la Révolution sous son costume d'anarchie. En face du drame se joue la comédie : à Vittoria dans l'hôtel du marquis de Montehermoso (3) que Joseph loue 300,000 francs au mari, mais où !a marquise lui offre une hospitalité moins banale sinon moins coûteuse, la a Cour*

(1) Lettre origioale laiiie, AF IV, 131Ï, n* 73.

(t) Dépèche de SlrogonofT bu coidM de RoDmiaDtzof, Tienne, 29 décembre 1808, Eipagne, vol. 67S, fol. 13.

(3) Il fut nommé grand d'Eipagne par Joieph, qui * ■ voulu l'acquitMr «Tec une munilicence royale >, écrivait, lani lourire, La Forait.

«66 L'ESPAONB ET NAPOLÉON

endormie chaque sotr dans les alarmes est réveillée chaque matin par une alerte. Elle veut se sentir protégée eu avant par Ney à la Gusrdia , par Bessières au détilé de Faocorbo ; À gauche par Moncey remparé derrière l'Ebre, l'Arga et l'Âragon; à droite, par Merlin qui de la hauteur de Durango tient libre la route vers Bayonoe. — Si le prince fugitif espère encore la conquête des provinces soulevées, il lui est permis sans doute de poursuivre celte aventure, mais pour le ■ Itoi Intrus i , songer à gouverner en cette poslure guerrière n'est plus qu'une chimère du royaume d'Utopie.

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