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naît, subrepticemenl, une terre conquise, dont l'empereur des Français disposait à son gré. Il résolut de rejoindre, à travers la distance, coûte que coûte, ses amis menacés. Pour s'échapper des serres de l'aigle, son loyalisme fut condamné & emprunter ta peau du renard.
. Les Anglais croisaient par là. Sur les côtes du Julland et des iles, le contact avec eux devenait facile; l'escadre de l'amiral Keats bloquait l'entrée de la Baltique ; tout naturellement, ît devina que l'envahissement de l'Espagne devait transformer ces Espagnols en alliés du roi d'Angleterre. Avec mille précautions, un passager de son vaisseau, James Roberlson, prêtre catholique, descendit & terre pour aller sonder les intentions de son coreligionnaire la Romana. Il eut bientôt fait de connaître son irritation et son embarras; sa mission n'était pas de les calmer; il le quitta assuré de son désir de s'enfuir du Danemark et de ramener ses troupes au service de la patrie (I). — M. Mackensie, un agent britannique qui dans l'ilc d'Héligoland se tenait à l'affût des événements du continent, aussitôt averti, fut à Londres l'intermédiaire de celte espérance inattendue.
Cependant Bernadotte, d'ordre de l'Empereur, demandait aux troupes espagnoles le serment au nouveau souverain.
Il avisait directement et à la fois le maréchal de camp don Juan Kindelan, à la tète du contingent cantonné dans le Juttand et le marquis de La Romana resté, avec l'autre moitié de ses troupes, dans les iles. Kindelan, d'origine irlandaise bien que né en Galice, élevé au collège français de Sorèze, avait dans les veines moins de sang et dans la télé moins d'esprit espagnol que ses soldats; l'abdication de Charles IV et l'avènement de Joseph I" lui parurent sans
(1) Narrative of a ucrtt miuion M the DanuK Illandi m 1808, bj the Re». Jataei Bobtrlion, publié *ur le maiiuicfit de l'tuieur pir loii neveu Aleiandre Ci.iKTo:r Fnim. Londr«(, 1M3.
33fi L'ESPAGKE ET NAPOLÉON
doute également acceptables ; peut-éire étaît-il ambitieux, la puissance de Napoléon semblait irrésistible ; il se dit qu'avant tout, recevant un ordre du maréchal, son devoir militaire était de l'exécuter. Ses troupes (régiments de Zamora, du Roi et de l'Infante) ne firent pas de difficultés apparentes et prêtèrent un serment qu'on leur demandait sans leur en bien expliquer la portée.
Les choses se passèrent moins facilement dans la Fionie : fort embarrassé vis-à-vis de ses soldats, de ses alliés et de lui-même, La Bomaoa avait besoin de gagner du temps : s'il rompait avec Bernadette il se trouvait matériellement prisonnier au milieu de l'armée française à plus de 400 lieues de son pays, avec la responsabilité d'une action qui allait directement contre son but : garder des troupes à l'Espagne. Il tenta la chance d'obtenir l'adhésion de ses hommes en rendant les termes du serment aussi équivoques que possible. Mais les têtes s'étaient échauffées, et tandis que les uns par point d'honneur s'attachaient avec d'autant plus de passion à Ferdinand qu'ils le connaissaient moins, tes autres allaientjusqu'à croire que leurs vieux étendards leurseraient enlevés. Les grenadiers du comte de San fîoman promirent de jurer i> ce que jurera le colonel « , qui se taisait. Les dragons d'Almanza crièrent « Vive Ferdinand! ■ Un grand tumulte s'ensuivit. Leur colonel Gaballero s'étant oublié à dire : u Tout s'apaisera si on en fusille quelques-uns ■ , une voix partie des rangs riposta : ■ Prenez garde que vous ne tombiez le premier (I) «. Le bataillon de la Princesse se forma en carré, mit au milieu le drapeau et présenta les armes dans un silence plus éloquent que les protestations les plus chaudes (2) .
Ému et perplexe, La Bomana, sans entrer dans les détails,
(l) Comte DE CLOtiiiiD, Mitloria M ref/imitnto ifÀtntanta. [t) G<!n«ral de Autecok, t. III, p. 169.
écrml à Bernadotte qu'ua pareil serment demeurait încompris de set régiments. Le plus dur était de jurer lui-même :
puoitiOD, un crêpe à l'épée, ne s'imaginait pas sans doute être beaucoup obéi. La rupture se trouvait consommée, car la toile se déchirait.
Un jeune sous-lieu tenant espagnol, Fabreguez, audacieux comme on l'est à vingt ans, força la barque d'un pécheur danois à le conduire en pleine mer à bord du Superbe, auprès de l'amiral Keats. Là une heureuse surprise l'attendait ; sur le même vaisseau venait d'aborder un de ses compatriotes, Raphaël Lobo, of6cier de marine envoyé de Londres par les députés des Asturiès, précisément pour comploter avec La Romana une évasion (I).
Le général ainsi prévenu bâta ses préparatih secrets pour quitter le Danemark, envoyant à Kindelan l'ordre de se conformer à son mouvement et de le rejoindre. Mais Kindelan se faisait sur son devoir des idées différentes et 11 monta à cheval pour prévenir Bernadotle. Le maréchal traversant aussitôt le détroit arriva à temps pour couper la retraite aux cavaliers du régiment d'Algarve qui attendaient impatiemment sur le rivage l'approche des bateaux de transport (2). La scène devint tragique : le colonel était un gentilhomme du Roussillon, M, de Lacoste, qui en émigration avait servi aux gardes du corps de Charles IV, Il s'avança et dit : « Je demeure seul responsable, ces hommes m'ont suivi; > et se tournant vers son régiment : » Je suis né français, mais je dois de la reconnaissance à l'Espagne. Je ne veux ni'combattre mes compatriotes ni paraître ingrat pour ma nouvelle patrie. Je vais mourir, h Et d'un coup de pistolet le malheureux se cassa la tête en face des deux armées.
Cependant La Romana avait ouvert à l'amiral Keats le
(1) ArchiTei de Simauc**, Ettado, BlTl, doMier 3.
(S) Pir une exagération éTJdenle, le général de Ârlechs (III, 193) parle * de quinie eacadroni de cavalerie le* ptui brillaou et le* plu* nambreux de I armée Françaiie ■ ; en réalité le major Âmeil condui**it un e*cadron de «kevau-légen belge* el an autre de dragon* danoï*.
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port de Nyborg, il encloua les canons et passant dans la petite île de Langueland, groupa comme des naufragés plus de 9,000 hommes (I) attendant avec une impatience qui se derine les transports anglais d'un tonnage suffisant pour emmener ses troupes. Après huit jours d'anxiélë, le 21 août, ils purent mettre à ta voile; la semaine suivante ils atterrissaient à Goeteborg, en (erriloire suédois, et le 5 septembre, 27 vaisseaux les venaient chercher pour les conduire en Espagne, avec une allégresse qui tourna aiî délire en touchant la Gorogne et Santander : les illuminations et les vivats traduisaient la flamme et l'élan des cœurs. — La fêle fut bientôt changée en pompe funèbre, car ces régiments, joyeusement enrôlés dans l'armée de Btafce, s'allèrent perdre avec lui dans les défilés d'Espinosa et après deux jours de lutte, écrasés à coups de baïonnettes, roulèrent comme des épaves dans les eaux du torrent. Ils avaient donc supporté le froid du Nord, les tristesses de l'exil, les hasards d'une évasion, les intempéries de la mer, pour tomber en un jour de désastre sur le sol tant désiré de la patrie. Ainsi La Romana ne les avait ramenés en Espagne que pour y mourir.
C'était cependant à l'heure où les patriotes croyaient le plus fermement en la vitalité de l'Espagne, ils escomptaient déjà dans ses veines appauvries l'infusion d'un sang nouveau.
(1) D'ipréi le* reotei^emenu du comte de San Bomm, La Bomao* emmeD«it3d9orGcimct8,8«t hommeijil luitail MS oflîcien, &,9») honmei et 2,080 ckevaiu. Ce lecond contingent, conduit k Altona, fui intenté par petit* gronpea daiu quelquea place* forte* du oord et de l'eat de la France.
Faisant bon marché des « vieux Rois » tombée par leur fail)lesaes, leurs fautes et leurs vices, gardant de la monarchie sa force secrète de l'hérédité, il» cachaient le velours usé et sali du trône sous la soie brillante des couleurs nationales, et avec un cri de raUientent qui les unissait, ils ne craignaient plus de laisser à chaque province la libre expansion de son élaa et de sa foi. A la vérité, enivrés depuis Baylen au point de croire naïvement que ce coup de fortune terminait tout, sans plan, sans liaison et sans but, les belligérants espagnols s'épnisaîenten contremarches- Leurs positions pouvaient se résumer ainsi : L'armée de Valence (12,000 hommes), avec LIamas, était entrée k Madrid (là août) . L'armée d'Andalousie avec Caslanos, fèléeà Séville, arrivée seulement par divisions (23 août et 10 septembre) dans la capitale, avait ses 30,000 hommes disséminés entre Cordoue et Ségovie. En Estramadure, de nouvelles levées, concentrées à Badajoz, recevaient des Anglais vêtements et fusils. L'armée de Murcie avec Saint-March, au nombre de 16,000 hommes, rejoignait près de Saragosse le comte de Mootijo et le général O'Neill, qui occupaient, perdaient, reprenaient Tudèle au maréchal Moncey (19-31 août, 23 septembre). Réfugiée dans les montagnes de Léon, avant de s'avancer vers la Biscaye, l'armée de Galice (30,000 hommes) était commandée par Blake; l'armée de Castille, aux ordres de la Guesta (12,000 hommes), se retirait vers Salamanque et les deux généraux restaient en querelle pour ou contre la Junte de Séville. Les troupes de Catalogne guerroyaient au hasard contre les Français, à peu près bloqués dans Barcelone.
Une telle anarchie militaire effraya les plus optimistes et, au commencement de septembre, les généraux vinrent tenir un conseil de guerre à Madrid. Ils n'imaginèrent rien de mieux que de recommencer un mouvement tournant qui eut
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contraint l'armée française à une capitulation nouTelle; comme on avait acculé Dupont entre le Guadalquivir et la Sierra, on envelopperait Joseph sur la ligne de l'Ebre en le poussant en face par les (rois corps de LIamas, la Pena et la Cuesta; — Palafox remonterait le long des Pyrénées pour le prendre à revers à droite; — Blake descendrait le long des monts Gantabriqueg pour le prendre à revers à gauche.
Mutuellement satisfaits de cette stratégie simpliste, ils par< tirent convaincus que la concevoir c'était la réaliser, et chacun regagna son camp, en rêvant à ce qu'il ferait au lendemain de la victoire. L'entente des généraux avait été unanime à ne pas désigner de généralissime. Une semblable jalousie paralysait la Junte de Séville tout ft fait omnipotente après les succès d'Andalousie, et tout à coup discréditée par ses querelles intestines et pour ses prétentions extérieures. La suspicion, par conséquent la division, sont souvent la pierre d'achoppementdes plus beaux soulèvements nationaux. Chacun voulait représenter le pouvoir et chacun en cherchait pour lui seul une représentation qui fût indiscutable. L'envie aussi en prit au Conseil de Castîlle, se souvenant d'avoir été le premier tribunal du royaume. Mais il manquait de résolution, avait perdu son prestige, se sentait obligé de justifier sa conduite (I), et son président don Arias Mon, en établissant la nécessité d'un gouvememeat central, avouait sa crainte de lui donner, s'il le personnifiait dans sa compagnie, une trop faible base. Il écrivit aux juntes provinciales : il faut une autorité suprême, envoyez ici des députés qui la
(1) Ce Manifeilo de loi procedimientoi del Comtje Keal ta lot gravfiiimoi 4uceioi occurridoi dtide octukre del ana proximo pattado, paroi lo !7 loûl tS08. Sci 116 paget reaferment l'hiitorique documenlé d» actet du COOMil Ae Caalille, luivi d'uns leHre du préùdsot dOD ArÏM Mon, Mh«M>nl k tODIM lei JuBiei un appel k la concorde.
Le général de Arleche remarque que ce mémoire • ne eauM pa* At woaadon chez le peuple, enRammé d'ii)lr«ni>g«ane« •(
S49 L'ESPAGNE ET NAPOLItON
coDStitueront. C'était remettre le pouvoir exécutif à un pou< TOir législatif; l'histoire n'a guère enregistré d'autre succès d'uue semblable couception politique que celui de notre GoBTentiou ; obtenu on sait A quel prix.
Les uns parlaient des Cortès; mais la convocation, l 'élection, la réunion des membres d'une telle assemblée eussent -été des conditions impossibles à réaliser sur ud territoire sillonné de belligérants. La pensée d'une Régence vint à d'autres, et les hommes d'épée y trouvaient du penchant, car à Tins-. tant où Ferdinand VII fut vraiment prisonnier, Castaiios et Palafox songèrent à pressentir la Cour d'Autriche et à lui demander l'archiduc Charles. C'était remonter d'un siècle jusqu'avant l'arrivée des Bourbons et reprendre la vieille lutte de succession dont avait tant souffert la péninsule. Le précédant était malheureux et n'offrait d'autre avantage que l'analogie historique d'une résistance à Louis XIV. Le cabinet de Vienne eut bientôt fait de souffler sur ce rêve. Deux noms étaient encore mis en avant : celui du petit-fîls de Charles III le prince Léopold de Bourbon (I), fils du roi de Sicile; celui du petit-fils de Charles IV l'Infant de Portugal dom Pedro, d'Alcanlara (2). — La Cour de Palerme se montra très chaude et tout aussitôt fit agir son représentant à Londres, le prince de Caslcl-Cicala; mais les Anglais demeurèrent très &oids. — Le prince Léopold, dans le plus grand secret, était parti de sa personne (26 juillet) jusqu'à Gibraltar (8 août) afin de s'aboucher avec le général Dalrymple, lequel l'écon-
(1) Joieph Michel l^opoId de Bourbon, prince de Saltrne (1790-1851), «econd Bli deFerdinaoïl IV et de l'archiducheue Marie-Caroline de lorraine. Il ëponia en 1816 Marie CUmeniiDe d'Autriche.
(S) Dom P«dro d'Alcanlara, prince dt Beira (IT98-1834), til* du prince régent, depuii Jean VI roi de Portugal et de l'inhate Charlotte de Bourbon. Il avait éii emmené en 180T an Brésil dont il Fui proclamé Empereur con«titulionnel (1822). Luî-m(me derenu roi de Portugal (182A), il abdiqua en taveurde la hlle doiia Maria soni la régence de «on frètt: dom Miguel. Chaiié du Brëail (1831), il reconquit contre dom Miguel le Portugal (1833).
duisit après avoir reavoyé plus brusquement un agent napolitain le chevalier de Itobertone arrivé en avant-coureur. — Le prince tenta de réunir quelques partisans en Andalousie; Técbec fut absolu auprès des juntes et il lui fallut regagner Palerme (1), où vers le même temps débarquait, non moins, déçu, cberchant également fortune, son futur beau-frère Louis-Philîppe d'Orléans. Celui-ci, sentant la nécessité de rendre quelque lustre au nom brillant que son père avait terni, pensait, au milieu de ce trouble universel, se (ailler un royaume dans les colonies espagnoles d'Amérique; dès le mois de mai il faisait adresser au cabinet anglais un mémoire sur SOD projet, et les avantages qu'en recueillerait aussi la Grande-Brelagne (2). Ils ne parurent pas évidents. Au mois de juillet il renouvelait ses instances, prenant |.Kîur y réussir des précautions jusqu'à solliciter l'agrément du comte de Provence (3); mais le cabinet de Londres, qui lui servait une pension, maintint son veto, et ce ne sera que deux ans plus tard que le prince viendra jouer un rôle, d'ailleurs momentané, à Cadix.
Dans cette confusion, l'idée d'un gouvernement parlementaire, pivot sur lequel tournerait l'axe de l'Espagne, souriait il beaucoup d'esprits (4), Le Conseil de Gaslille avait ouvert la voie : une assemblée élective représenterait le Roi absent et prisonnier. Un peu de tous les côtés les ■ députés » arrivaient des provinces dans la capitale; et leur premier souci comme leur première dispute fut le cboix de leur lieu de réunion. Enfin le palais d'Aranjuez, voisin de Madrid et d'un
(t) Cbimpagnj ï La Foreil, 3>eplembre tBOS, toI. 07it, fol. SIS. De Aktecuk, Gutrra de la Indeptndencia t. III, p. 118-119. — NiPiSH, Guerre dt la péniniule, t. 1", lir. Il, chap. m, e( (. Il, appendice 8. (S) Baron dk Gdilbckhï, Papieri d'un émigré', p. 196,
(3) CuBTUietn-JoLT, Louii-Philippe etrorléaaiime, t. I, p. 260.
(4) La Junte de Murcie Kmble aTOir été la premitre (SS juin) k exprimer pabliquement ce détir.
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bon renom populaire depuis te tnotin du 18 mare, fut adopté; U 24 septembre, la cérémonie d'ouverture s'y déroula. — Dans la chapelle, l'un des membres, l'archevêque de Laodicëe, coadjuteur de Séville, célébra une messe solennelle et itçut de tous un serment émouvant (ridiculemeut fanatique, disait La Forest.) En voici le texte orifjinal, qu'il ne faut pas aCNiiblir par une traduction :
Jurais à Dio» y à tut santos evangelios y a Jesu Crîslo crucificado, cuya sagrada imagen leneis présente, que promovereà y defiihdereis la conservacton y aumento de nuestra sanla retigùm CÊtêhtttf upastofica, romana, la de/ènta y Jidelidad a nuestro ùMgiuto sobtrano Fernando VII, la de nu derechos y toberanta, la et/nservacbn de nuestros dereckos, faero», leyet, y costumbres, y etpeetahmente tas de sucesion en ta/amilia reinante; guardando secreto en lo que fuere de guardar, apartando de e/los todo mal, y pei'sigittendo a sus enem^osa coUa de vueslra misma persona, saktd y bùnes? — Sijuro. — Si asi lo hiciereis, Dios os ayude; y si no, ot h demande en mal, como qvien jura, tu saïuo nombre en vano. Amen!
Après le Te Deum chanté par les moines de San Pascual, les députés, au milieu de la baie formée par les bataillons de Valence, proclamèrent une fois de plus Ferdinand, et en redisant ce nom du haut du grand balcon extérieur, soulevèrent les transporisde la foule qui se pressait sur la vaste esplanade du palais. Cesvingt-quatredépulésavaienif&il choix pour les présider de Florida Blanca, personnage considérable autrefois, depuis seize ans vivant dans la retraite, octogénaire frappé de cette double maladie : l'ignorance du présent et l'entélemeot du passé. Pouyait-il de bonne foi croire que l'Espagiie, pour être heureuse, avait autre chose à faire que de retourner au temps de son consulat? — Mais, en 1808, les circonstanceil différaient terriblement de 1792. — Le 8«critairc de l'Assemblée, dans la vigueur de l'Age, jeune de caractère, ardent d'opinions, don Martin de Garay oS^it
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tout contraste avec Florida Blanca ; porte-parole attitré de la Junte centrale, il se servirait volontiers des mots les plus vifs pour traduire ses pensées, et les patriotes les plus purs pouvaient garder confiance en ce diplomate improvisé qui désignait sans ambages aux cbancelleries européennes Joseph Bonaparte, comme un ■ roitelet subalterne placé à notre tête pour nous communiquer les ordres du tyran <• .
Le député des Asturiens était fort en vue : don Gaspar Melcbior de Jorellanos, savant dans le cabinet, éloquent & la tribune, connaissant les affaires, mais porté aux spéculations, aux nouveautés, aux aphorismes d'école. Ses collègues paraissaient de Fort braves gens, tous remplis de sincérité et ^e bons désirs; peu offraient des capacités supérieures, aucun ne s'imposait véritablement par sa naissance, des services éclatants ou une popularité justifiée (I) . L'Espagne possédait un cœur qui battait d'une façon agitée, mais pas de tête pour diriger, ni de main pour se faire obéir. Le choix de ses ministres montrait la banalité de ses volontés et la pauvreté de ses moyens (2). — Mais il est un Dieu pour les gouvernements nouveaux comme pour les jeunes hyménées : l'espé-
(1) f ... EicepUi M. de Florida Blanca et M. de JoTellaooa, ton* le* autre* peraonna^ei *onl de* geoi médiocre*, lui* crédit, tan* coDiidératioD, (an* priie queiconqae tur l'opinion, et dont quelquet-nn*, le comte de Tîllf par exemple, laTenl i peine écrire une lettre, Pai un homme tiré de* grande* place*, du Conieit d'Étal, du Cooieil de Caaiillc, du Conacîl de* Inde*, pu on membre de l'ordre judiciaire. — Don Franciico Pnlafoi et le comte de Contamina, l'un frire, l'autre beau-Frère de PaliFox. lont lea senli individu* tenant aux grand* d'Etpagne. t
DëpAche k Champagoy, Vittoria, 11 octobrt IBOB, vol. 677, fol. M.
A la vérité Fran^oi* Palafoi n'était pa* t grand , ; et la Junte d'Ëapagoe comptait au contraire parmi la Grandeiae ; le marquis de Villel (Catalogne) ; l« marqui* de la Paebta (Cordoue); le comte d'Altamira (Madrid) j le prince PIo (Valence).
(2) 11* furent nommé» te 14 octobre : «ecréutre d'État, Cevalloi; — 2i I* juitice, Hermida; — k la guerre, le lieotenanl général Cornell ; — k la marine, le lieutenant général Eacano', — aux finance*, SaBVedra, — L'éT&|iie d'Orenie fut déaigné comme inqui*ileur général. — Vol. 877, fol. 104.
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rance du lendemain tait crédit aux inexpériences et les premières gaucheries ont du charme. Les agents diplomatiques de l'Europe s'étaient empressés d'offrir et d'entretenir des relations pur estime de la cause plus que par confiance en ses soutiens (1).
La Junte suprême perdit un temps précieux à des détails, parfois h des puérilités : elle s'allribua le titre de * Majesté >, et décerna à son président, celui d' « Altesse » , donnant de ■ l'Excellence o à ses membres avec 120,000 réaux de traitement. Confisquer les propriétés du prince de la Paix et de sa famille c'était satisfaire des- haines sans apaiser des appétits. Elle excita les passions par des mesures violentes, flattant le bas peuple de mots sonores et le clergé de promesses creuses.
Une force dont on parlait moins, mais sur laquelle on s'appuyait plus, c'était l'Angleterre. Dès ta rupture matérielle avec Napoléon, les nœuds s'élaieol renoues ft Londres sans qu'il fût besoin i'j mettre la main et du même mouvement les Espagnols, s'arracbant de l'alliance française, se jetaient inslinctivement dans l'alliance britannique. Les Anglais avaient déjà un pied posé sur le sol de la péninsule, en Portugal; ils virent s'ouvrir avec une joie non dissimulée la porte toute grande; payant au reste largement leur écot en guinées, fusils, habillements etvaisseaux; l'imprévu les trouva prêts (2) ; et à Cadix, le jour même où l'émeute vînt bloquer
(1) ■ Let amljBHadeura d'Aulriche et de Ruiiie dirigent par la Junic lupréme U corrcipondance diplomatique qu'ila ont ivec leun coun. Une felouque lei porte du port de Grao au vice-amiral Msrtia, ca croiiîère dam cette partie de la MddilerraDée, et celui-ci ta fait parvenir à Tricile d'où ellet ■ont remitea i l'ambaïaade de Ruiiie h Vienne qui lei envoie k t» cour. On peut inférer de U l'étal dci relatiooï entre l'Autriche, la Rutaie et la France quand lifi niinialrea de Vienne et de Piiterabonrg préfèrent contier leur correapoodince aux Ânglaii anxqueli il« ont déclart la guerre platât que de l'expoier i paater par lei maîna dea Fraooia, leura alliëa. >
L« Foreil à Champagn;, S4 leptembre 1808, vol. 676, fol, 357.
(S) Notre conanl >ui ilei Baléaica donnait dc( TEnseigneDieDl* détaillé* aur CCI mouvement* dèa le moi* d'avril et *ignalai( la croiiiére de 9 v