‹ L'Espagne et Napoléon (volume 2)Chapitre 45 sur 78 · VI. Hey · texte numérisé non relu

VI. Hey

Il y ajoutait une réserve de 34,000 fantassins et cavaliers. Le 8 septembre 1808, le Sénat approuvait une levée extraordinaire de 160,000 soldats : les exonérés des classes de 1807 à 1809 et la conscription anticipée de I8I01 — Le 12 octobre

UQ décret supprimait ■ la Grande Armée d'Allemagne ti,la réduisait à 100,000 combaltante, aux ordres de Davoul, sous le nom d' ■ armée du Rhin » ; et trois jours après, le IV* corps avec le maréchal Lefebvre entrait en Espagne comme avant-garde de la nouvelle ■ Grande Armée « .

Napoléon courait à toute vitesse aut Pyrénées; mais déjà les circonslaDces jetaient de l'ombre sur l'éclatde sa volonté : les chemins s'étaient rencontrés mauvais; il s'impatientait des cahots, des retards sur les routes de France ; il avait dû laisser ses berlines et prendre des chevaux de selle pour traverser au galop les Landes (1); à franc élrîer, seul avec Duroc, il arrivait à Bayonne le 3 novembre. Le prince de Neuchètel l'y attendait et aussi le général belliard envoyé par le roi Joseph. Il était deux heures du matin quand S. M. entrait au château de Marrac; avant de se mettre au lit elle écrivait une première lettre à son frère et, levée avant le jour, dictait ses ordres : à Jourdan, d'envoyer l'état de ses troupes, à Ney de donner des détails sur l'ennemi, à Moncey de préciser ses renseignements, à Bessières de se porter vers Bui^os, au général Marchand d'aller de suite à Tolosa, i Soult d'arriver immédiatement afin de prendre le commandement du II* corps, au général Walther d'oi^aniser la revue de la garde pour le jour même; enfin on avertissait Joseph des dispositions prises.

Cette activité était éperonnée par le mécontentement : à Bordeaux, les magasins incomplets lui avaient révélé des négligences, des marchés frauduleux; à Bayonne il ne trouvait point tous les régiments qu'il attendait, ni surtout les approvisionnements qui devaient y être accumulés; autant de moyens qui glissaient de ses doigts; fort en colère, il écrivit au directeur de l'administration de la guerre, le

(1) Berthier avait dû (aire pluncnr* poite» Irainj par dei bœufi.

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général DejeaD, dont « les rapports ne sont que du papier » , qu'il se trouvait « indignement servi « , que l'armée * était nue ■, que l'on jetait l'argent dans l'eau, et il criait au voleur, parlait de fripons, de friponneries.

C'est donc l'esprit amer, les nerfs excités, l'œil soucieux, la bouche disposée au blAme, qu'il franchit la Bîdassoa. Fouler la terre étrangère apportait à ce conquérant un sentiment de détente; la première impression fut douce, et cette journée d'automne, avec ses vapeurs matinales, un soleil chaud sans ardeur, une soirée dans la buée rougeAlre du couchant, l'enveloppa, au milieu du calme de la montagne, d'une sensation de bien-être; la brise, venue de Bonccvaux, lui apporta avec l'écho du cor de Roland le nom vainqueur de Charlemagne; en levant les yeux vers le ciel constellé, sans doute qu'il y vit briller son étoile. Il arriva, à la lueur des torches, à Tolosa, tout dispos. Le 5 novembre il prit la roule de Vittoria trouvant à son choix des relais de chevaux de selle et d'attelage pour franchir les gorges les plus pittoresques. Il tomba, comme il l'avait voulu, à l'improviste, dans le cercle du roi Joseph et tout de suite entama un monologue; devant les « courtisans ■ espagnols et français, il parla longtemps, fut écouté, on peut le croire, avec une attention soutenue, mais chacun sortit troublé, le cerveau un peu las, de cette leçon de haute politique donnée au milieu de la nuit. Le lendemain matin, soixante coups de canon annonçaient officiellement l'arrivée du maitre.

II reprit, sans repos, son discours : il prêcha l'union étroite entre la France et l'Espagne, la nécessité pour celle-ci de suivre pas à pas le système de celle-là; O'Farrill, Gabarrus, Mazarredo paraissaient déconcertés (1); et comme l'Empe-

{1) D<!pèclie d« La Pareil, 8 noTembre 1808, roi. 877, fol. 187, 189.

Napoléon en espagnb isi

reur, s'éponchant but te clergé et leB moines en parliculier (car lorsqu'il parlait de l'Espagne c'était chez lui un lieu commun), comme il annonçait la suppression des couvents, Cabarrus eut l'audace d'avancer qu'il serait à craindre que ces paroles ne donnassent 100,000 hommes de plus à la résistance populaire et catholique. Napoléon n'écouta pas la remarque ; à la réception des «autorités n de Villoria, il épuisa son thème d'intimidation, mais parce que sa véhémence s'exprima soil en français, soit en italien, elle demeura perdue pour la plupart des auditeurs qui n'entendaient que l'espagnol (1). L'impression générale était de l'émoi et corroborait bien la mercuriale adressée la veille aixx capucins de Tolosa venus pour le saluer : ■ Messieurs les moines, si vous vous avisez de vous mêler de nos «fhiires militaires, je vous promets de vous faire couper les oreilles (2) s — Le moyen de propagande pouvait sembler inefficace, le procédé manquait d'aménité. Tout ce branle-bas de paroles annonçait la bataille. Au fond, l'irritation de l'Empereur l'avait ressaisi, l'imprudence de ses généraux ayant compromis ce qu'il appelait son a vaste plan ». Ce dessein était de se diriger droit, vite elen forces sur Burgos, où il trouvait un débouché offensif de premier ordre permettant d'inonder de cavalerie les plaines de Castille, de se portera son gré dans toutes les directions et alors, en rase campagne, contre des troupes inhabiles une fois sorties des embuscades de leurs montagnes, de ■ terminer la guerre d'un seul coup par une manceuvre babilemenl combinée • avec les premiers soldais de l'Europe. Cette grande rencontre au centre serait heureusement complétée par la prise de Saragosse ô gauche et l'écrasement de Blakc à droite; l'Espagne se trouverait envahie sans qu'on laissât aucun danger du côté des Pyrénées, derrière l'armée impé-

(1) MiOT DR Mei.iTO, Mémeirei, t. III, p. SS. (1) Gtaini BiOLMi, id-, p. m.

tn L'ESPAGNE ET NAPOLÉON

riale. Malheureusement, d'une part, l'Empereur trouvait loua les corps rangés en une vaste demi-circonférence de Bilbao à Pampelune, sur une ligne assez mïnce, sans masses de réserve, et mélanges les uns dans les autres; d'autre part, Mooccy venait à peine de quitter )a Navarre pour se diriger surl'Aragon et Neynesetrouvaitpaseacore maître deTti^bre, au pont de Tudèle. Mais surtout à notre droite, le maréchal LcfcLivre, emporté par son audace, le désir d'une victoire personnelle, avait attaqué l'armée de Galice; il lui avait sans doute infligé un échec, toutefois par cette intempestive manœuvre il foisaÎL échapper Blake à l'enveloppement général prévu par l'Empereur (1).

Celte campagne de Lefebvre dans le pays de Biscaye domina la marche de Napoléon lui-même. Lefebvre avait eu devant lui, appuyée à la mer et aux montagnes cantabriquee, l'armée de Blake, « très belles troupes parfaitement tenues et habillées « (2) qui venaient d'attaquer le général Merlin à Zornoza les S4 et 25 octobre. Le duc de Danizig, soucieux d'un beau fait d'armes afin de saluer dignement la venue de l'Empereur, prit donc prétexte de quelques fusillades d'avantpostcs pour laisser s'engager une affaire sérieuse, le 31 octobre, à Durango. Il abîma certainement son adversaire, bien qu'il soit malaisé de tirer au clair l'étendue du désastre entre les écarts d'appréciations exagérées des deux cotés en sens inverse ; 6,000 tués espagnols affirme Lefebvre, 743 avoue Blake. Le soir même te maréchal entrait à Bilbao, mais tergiversait.— Aquelques kilomètres de là, au lieu de le soutenir avec le l*'corps, Victor, très probablement par jalousie,

(1) " Voire MajeiU peoiera camme noua qne l'enoemî peut Tolcr dei aclioni de grSce i l'iDcoritidéraltoD du duc de DanUig ■ . — Berthier au roi Joieph, i- noTembre 1808.

(2) lefebvre i Benhier, S6 octobre, • Ceux qui dîienl ï V. M. que ce* Çent-ci %e ganveot quand ili noua voient, ae trompeal; lea généraux et moi étioua obligea de tûn le* loltigeun. > LefebTre i l'Empereur, 31 octobre.

NAPOLÉON EN ESPAGNR 863

s'éloignait de son ■ collègue « et à son tour se perdait en récriminations, parlait des mauvais chenains, du besoin de repos, du manque de vivres; cependant que Blake se retirait précipitamment à Valmageda, y recevait un renfort de La Romana et groupait les paysans armés. Très égratigné, il s'était échappé des griffes du lion.

De ce mouvement engagé par le maréchal Lefebvre il fallait maintenant sortir avec honneur. Le duc de Dantzig, vigoureusement blâmé de son impatience et très ému de ce bi&me (I), reçut l'ordre de pousser sa pointe; il délogea Blake des hauteurs de Guénès (7 novembre), le serra de si près qu'il faillit le saisir avec ses voltigeurs, ne laissant pas aux Espagnols le temps de se reconnaitre, sans toutefois faire de prisonniers car c'étaient des fuyards très agiles. Les deux maréchaux, après une entrevue peu cordiale, s'isolèrent de nouveau (2). Blake, ignorant leurs dissentiments, avait lieu de craindre d'être pris entre deux feux et accélérait sa retraite : ■1 s'établit le 9 novembre à Espinosa avec une armée épuisée et déjà décimée par la désertion. Il ne trouva plus un habitant dans le bourg. — Espinosa de los Mooteros est plantée, en effet, comme une épine aiguë, dans les derniers contreforts de la chaîne Gantabrique; couronnée de hauteurs boisées, elle resserre ses maisons sur la rire gauche de la Trueba qui, s'échappant des gorges, coule mugissante entre deux

(1) • Avoir déplu à idod Empereur et mon mailre, me tuej... puisque le Dieu de la guerre dil que j'ai tort, je l'ai, je dois l'avoir;... je *ai> lui prouver que périr eit'un plaiair pour moi. • Lefebvre à Berlbier, 7 novembre 1808.

(1) ■ ... Son procédé ne m'a pat paru d'un bon camarade... J'stlendi avec impali«Dce qu'où me retire de la riluation pénible où je me trouve de Banquer une armée de 25,000 hommes commandée par Moniicnr Victor. ■ Lefebvre ï Bertbier, 9 noveiobre 1808.

• ... Comme j'aime mon Empereur et uia patrie plu* que vous, pour le bien du service, je me mets aou* vos ordres... Envoyei-moi donc votre chef d'élal-major pour se concerter avec moi, puisque vous ne voulei paa me' fmn tant d'honneur, ■ Lefebvre i Victor, 10 novembre 1808.

M4 L'ESPAGNE ET NArOLtOM

berges escarpées; un pont étroit, des gués profonds demeurent la seule communication dans cette vallée sauvage el ombreuse. -~ Lorsque la division Villatte qui marchait à l'avant-garde déboucha par les sentiers, elle trouva, face au torrent, les Espagnols rangés en bataille le long des maisons, des rochers et des bouquets de bois. Le maréchal Victor attaqua immédiatement. Tout le jour il y eut des combats acharnés et des retours offeneih, très meurtriers aux officiers espagnols; la nuit seule les arrêta : elle fut cruelle pour eux avec des blessés sans chirurgiens, des soldats sans pain; les désertions se multiplièrent; les paysans s'esquivaient dans les ténèbres; A l'aube, la lutte reprit, les généraux, frappés au premier rang(t);quaa{l nous eûmes enfoncé leur gauche, ce fut alors une retraite éperdue, un écrasement au pont de la Trueba encombré de cadavres, aux gués de la rivière. Par ta montagne, on fuyait dans toutes les directions vers Santander, Villarcayo, fteinosa. Nous avions 1,100 blessés et IM morU. Les Espagnols, 250 tués, 600 blessés, 100 prisonniers, plus de 4,000 dUparusl — Blake, ne pouvant emmener ni canons ni caissons, suivi d'un petit nombre de fidèles, atteignit Reinosa, le 13 novembre. Â peine ravitaillé il repartit, rencontra La Boniana avec qui il n'eut b échanger que d'amères confidences, et se rabattit sur la ville de Léon. Il n'avait plus d'armée (i).

Pendant la seconde journée d'Espiaosa, au bruit du canon, une réserve de 3,000 Espagnols avec Malespina était accourue, et de son côté Sébastiani et le IV' corps s'avançaient; ces

(1) Le frinérsl Hiquelme, Cvyeuno Vald^i, le oomte de Sao Ronua, ÂccTcdo furent blen^. les deux dernier* mortelle ment.

(2) Une Note ofHciclle publiée i Piri* repré«cDla la '.<<.faite d'EipiooM comme une punition du ciel contre lei aoldali échappé* de* ile* du Danemark. Elle ajoutait «et détail* : • En te «autant, lea fuyard* jetaient leur* armes et leur* habil* rouge*, funette préieni de l'Angleterre, et >e couTiaieat de leur* babil* de bure, coulear de capucin, 4]ui ««t l'habit etpagnol. •

>APOLâON BN BSPA6NE H»

deux soutiens se cboquèreot, Sébastieni dispersa Malespina vers Médina et lui prit son artillerie. Ce fut la 6n de celte dure campagne de trois semaiaes entre 31)000 Français et S3,000 Espagnols.

Napoléon admettait mal ces difficultés et voulait ignorer ces lenteurs. Du moment où, le 6 novembre, on eut rois à l'ordre : ■ L'Empereur commande son armée en personne» , ce fut comme un coup de fouet général et tout prit de l'allure. En bomme qui connait la guerre, sa première précaution fut de faire évacuer tous les hôpitaux, entre Tolosa et Vittoria (I], afin de ■ réserver de la place aux blessés qui seront le résultat des batailles qui vont avoir lieu t . Il appela Soult à venir remplacer à la tête du II* corps Bessières qui prenait le commandement de toute la cavalerie de la Grande Armée, et il commença le mouvement en avant, précédé des cbasseurs de Lasaile, Ceux-ci se heurtèrent bientôt aux fantassins espagnols sur la lisière des forêts. A cette nouvelle, regrettant seulement l'occasion perdue o d'étriller ces i ou 5,000 hommes «, Napoléon se prépara à une bataille plus importante et pressa le duc de Dalmatie de se mettre en mesure.

Le maréchal avait en face de lui l'armée d'Eslramadure, celle qui, entrée à Madrid à la fin de septembre manquant de tout, en sortait à la fin d'octobre guère mieux équipée Son chef, le général Saluzzo, avait réclamé contre cette incurie avec àpreté; on l'avait destitué et remplacé par un jeune ofBcier sans expérience, le marquis de Belveder, que sa témérité fanfaronne faisait acclamer de la fouie. Pour servir de lien entre Blake et Castanos il arriva à Burgos le 7 novembre, possédant 11,500 fusils, 1,500 sabres et 30 canons.

^1) Lea hdpiuiu coDlenaieDt d£jà 4,000 maladei : 100 à MIranda, 050 k Vitloria, S50 à ToIom, 3S0 k Sainl-Sébaitien, 2,S00 & Parapeluae,

•M L'ESPAGNE ET NAPOt^OK

Au premier contact avec les éclaireurs de Lasalle, le jeune et bouillant Belveder, trop jeune et trop bouillant, s'en vint escarmoucher dans la plaine et canonna des patrouilles de cavalerie. Ileiit mieux foitde profiter des heures pour mettre en défense le château d'une ville où déjà régnait la panique et qu'abandonnaient les habitants, les magistrats et une partie de la garnison.

Le 10 novembre, dès 6 heures du matin, Belveder plein d'ardeur fit sortir ses tirailleurs du bois deGamonal et ouvrit le feu. Alors la division Mouton, en colonne serrée, l'arme au bras, prit le pas de charge et, sans brûler une amorce, traversa la ligne espagnole, enfonçant à la baïonnette les gens remparés dans les lourrés. L'idée de cette poussée à découvert était téméraire, l'effet moral fut foudroyant; les régiments se débandèrent, seul un bataillon des gardes wallonnes tint bon un long moment, son chef don Vicente Genaro de Queseda, couvert de blessures, tomba sur le sol; porté & l'ambulance on lui rendit son épée en le félicitant de sa valeur (1). Ce fut U le » simulacre de résistance que l'on décora du nom de combat ■ , dit un témoin (2). — Pendant ce temps, Lasalle s'étendait dans la plaine : il passe au pied de la Chartreuse de Mirafiorès, envahit la vallée de l'Arlançon, déborde à gauche le bois deGamonal, sabre les hussards de Grenade et poursuit les fuyards jusque sur la route de Madrid. — Bessières débouche à droite par le col de Quintanapalla, traverse les faubourgs, le pont de las Huelgas, et lance ses chevaux à fond de train sur la route de Lerma. — Belveder ayant voulu rallier quelques débris est entraîné par ses hommes qui lui crient : « Nous n'avons pas de cartouches! a ou : « Nous sommes trahis ■ (3] ! D'autres jettent

(1) Géoin] DK Artecbe, Guerra de la Indtpeiultntia, t. III.

(î) Cotonel BE GoiiSKviu^, Souvenirt militairel.

(3) C'e*i toujoun l'eiciue dei homaiei qui fuient; voici de* eilndt* de

leurs armes en blasphémant : » Que l'Ame de ceux qui nous ont menés ici soit dans les griffes du diable! n Nos cavaliers atteignent des fuyards de toute sorte, bourgeois et soldats, ramassent fusils, sabres, voitures, vêtements, jusqu'à des caisses d'ai^enterie abandonnées sur le chemin (I).

L'Espagne — tués, blessés, prisonniers, — perdait plus de 3,000 hommes, 20 canons, 12 drapeaux. Ces étendards furent envoyés à Paris et offerts, en grande pompe, au Corps législatif. Nous n'avions que 150 blessés et 50 morts atteints par le boulet, preuve qu'après la canonnade du début la résistance avait été nulle. Vainqueurs et vaincus, personne ne se piqua d'une grande exactitude : dans un style qui rappelle la dépêche du prince de Soubise à Louis XV après Rosbach, la lettre de Belvederà la Junte suprême prétendait avoir soutenu le feu pendant treize heures, parlait de <■ retraite glorieuse a et se terminait par cette niaiserie : » de crainte que reunemi ne me poursuive demain, je vais partir de suite (2). ■ — Quant à Napoléon, dans sa note datée du quartier général deCubo, 10 novembre 1808, il grossissait d'un quart les effectifs de l'adversaire (3), ajoutait un zéro au chiffre de prisonniers que lui annonçait Soult : 8,000 au lieu de 800; puis apprenant ce détail que l'armée d'EsIramadure était habillée d'uniformes rouges, il ordonnait de tirer le canon, de sonner les cloches pour annoncer, non une victoire sur

leltre* île loldau eipagnoli mtercepUe*. • ... Le général, qui éuil un trailre, ordonnai! de poinler trop haut; alora l'artilleur ne voulut point faire feu et dit su général lie poinler la pièce luî-niêiue. Cette réponie fut agréable i tout le monde. > — ■ Il y a beaucoup de traitrei parmi nou«; noua en avona reconnu un hier aur le pont d'Arauda de ENiero et noua l'avoDa criblé de coup* de poignard... ■

(1) DtiTTiscounT, Notice hhlori^u* tur le régiment de chevau-légers -pot/)-

(S) DépAt de la guerre à Madrid.

(3) Dana deux lettrea écritea ï la même (au maréchal Lefebrrc), S5,000 hommea (eu

SM L'BSPAONE BT NAPOLÉON

les EapagDols » lofAme oanaîUe fanfaronne ■, mais « un

triomphe >ur le parti anglais» (1).

Do sa personne il arrivait promptement & Burgos et faisait continuer la poursuite avec tout ce qui restait de cavalerie. Contre l'armée de Galice (sa crainte était de la voir échappera Victor) il s'apprêtait à envoyer sur l'heure le corps du maréchal Soult, ce ménie jour où la victoire d'Espînosa réalisait, sans qu'il le sût encore, l'impatience de son désir. Il trouvait dans la ville des magasins de vivres de toute espèce, si bien qu'il déclarait n'avoir « jamais vu l'armée si bien nourrie >• (2) Situation heureuse qui enlève toute excuse à l'injustifiable ravage qu'un de ceux qui le virent de leurs yeux décrit ainsi :

Les maisons presque toutes désertes et pillées, les meubles brisés et épars en morceaux dans la fanf;c; un quartier en (eu; une soldatesque effrénée enfonçant les portes, les fenêtres, brisant tout, consommant peu, détruisant beaucoup; les églises dépouillées; les rues encombrées de morts et de mourants; toutes les horreurs d'un assaut, quoique la ville ne se soit pas défendue! La cathédrale, un des plus beaux monuments de l 'arcliitccture gothique, ne fut épar|;née que par la précaution de tenir les portes fermées. Mais, la Chartreuse et les principaux couvents avaientété saccagés. Le monastère de las Uuelgas, le plus riche et le plus noble couvent de femmes de la vieille Costille, était converti en écuries; les tombeaux que renfermaient l'église et le cluitre avaient été ouverts, pour découvrir les trésors que l'avidité y supposait cachés, et les cadavres des femmes qu'ils renfermaient, traînés dans la poussière, étaient abandonnés sur le pavé couvert d'ossements et de lambeaux de linceuls (3).

{1) ■ Il est odceiuirc de ueure beaucoup d'afFecution dsA> le* réjoui»- MDcei, UdI pour noi troupe* que pour l'Anglelerrc e( lei Gtpagnoli même. i Berlhier ï GoiiTioD Sainl-Cyr, SI noveiobre 1808.

(S) L'Empereur au général Dejeao, tl norembre. — ■ Je n'ai point beioio de vÎTrca : je luia dam l'abondance de lout. • Idem, 11 norembre,

(3) MiOT Di Mbuto, Mèmeirei, I. 111, p. 36. — On trouve un tablsan identique dan* le Jaumal dtt campagnti du baron Psaci, p. M7.

NAPOLEON RN RSPICNK S69

Joseph qui suivait à distance, ulcéré a de se traîner comme un roi fainéaot d dans les fourgons de l'armée, « sans avoir l'autorité d'un sous-lieuteuaal» , arrivé ntélancoliquement au milieu du désordre, refusa de se prêter aux vues de l'Empereur qui prétendait lui imposer upe entrée triomphale.

Se sentant ou voulant avoir les coudées franches, celui-ci affecta dès lors de faire payer par le buUa les a frais de la guerre i> . Il en donna un premier et éclatant exemple : un décret impérial déclara HtraKresauxdeuxcQurannes» lesducs de l'infanlado, de Hijar, de Médina Cteli, d'OBSuna, le marquis de Santa Cruz, les comtes de Fernan Nunez et d'Altamira, le prince de Castel Franco, don Pedro de Gevallos et l'évéque de Santander. S'ils sont pris, on les fusillerai leurs biens demeurent séquestrés en France, en Espagne, en Hollande, en Italie, â Naples.dani les États de l'Église. Et comme application immédiate, les cargaisons de laine de leurs troupeaux trouvées à fiurgos sont saisies. Dix à douze millions de ces laines confisquées partirent pour Bayonne, où désormais une commission fonctionnera régulièrement pour la vente de semblables prises.

L'Empereur demeura pendant dix jours occupé avec vigi< lance des moindres détails, veillant jusqu'au dépouillement des 4,000 lettres privées que Soult avait interceptées et envoyées au major général. Son esprit d'ordre souffrait des rapports quotidiens qui lui étaient faits sur l'indiscipline impudente des vainqueurs et les méfaits du pillage (I); il aurait voulu qu'après avoir excité l'émoi, le passage de son

(1) > Miranda, ville k peu pré* 4^icrle, pillée le 11; H» lor* le pillage n'a pre«)ue pai diaconlînuéj tréa peu d'babilaati ont rejoint leun fayrn. > (Céoéral Lacoilo à l'Empereur, 15 Dovembre 111118.) — • Lagroita, pillé; la dëiertion de* habiunb a prolongé le pillage où l'on a perdu de grandes reuourcei de •ubaitiance. ■ {Idtm, 17 noTcinbre.) — ■ Bilorado, habiunia bien diapoaéi; il> oui touSert du paaiage dei iroupei, maii n'ont pat éiâ pillëi. > (Général Dnroanel li fiertbier, 18 nOTembre.)

S19 L'KSPACNE ET NAPOLÉON

armée inspirât auesitdt la confiance : il multipliait les défenses et punissait les maraudeurs (I), quoique dans la praUque il sût fermer assez volontiers les yeux sur les peccadilles du soldat; il alimentait ainsi l'enthousiasme et ne dédaignait pas d'y rencontrer la popularité. Il réservait la dureté pour les chefs qu'il voulait toujours tenir en baleine plus haut il les avait placés; il demeure avare d'éloges à ce point de ne trouver rien de plus chaleureux à écrire'au maréchal Lannes qui vient de culbuter 30,000 Espagnols, que : ■ Je vous en fais mon compliment. ■ Au contraire îl est tout démonstratif quand il annonce aux autres maréchaux ce fait d'armes propre à exciter l'émulation.

Si la correspondance de l'Empereur révèle bien l'étendue, la vivacité et la sécheresse de son génie, les lettres des généraux, à leur tour, demeurent, dans leurs tons si variés, révélatrices des caractères cl des talents : Bertbier, calme, imperturbable, gourmé, garde l'assurance un peu hautaine de porte-parole du mailre infaillible; — Soult apparaît comme le premier de ces hommes de guerre, fort au-dessus de tous ses collègues, avec des idées, de la précision, des plans, une tétc organisée, sachant voir, vouloir, pouvoir; — de Ijessières les billets sont courts, froids, un peu ternes, sans verbiage; — Lefebvre demeure dans les banalités vulgaires, bonhomme discoureur etplaignard; — Victor est bref, réservé,

(1) • L'Empereur ut trè* mécontent de la conduite f)e la diviaion Beaumont et de la dimion Lalour-Maubourg, loui le rapport lie la diiciplioe et du pillage... S. H. ayant parti cul ièremeot i le plaindre du giïn^ral Canibacërèa, lui Aie le commandement de aa brigade. • (BeKhier ï Beaiièrea, 17 novembre 1808.) — « Il ftiut mettre le aëqueitre à Sanlander pour jcitcr le pillage et le déiordre, i {Bertbier à Soult, 17 novembre.) — Ordre au comroandanl de Miranda > de faire fuailler aur place le premier loldal qui pille. • {L'Empereur i Bertbier, 17 novembre.) — • Voua m^nagerei le paya et lei Iiabitanta ei voua emptcberei toute eapèce de pillage. S. M. roua rend reaponsable de la moindre indiicipline. • (Bertbier au général Dijeon, 19 no-

NAPOLÉON EH ESPARNE STl

De se perd pas en paroles el ne répond pas aux choses qui l'embarrassent. — Ney, clair, précis, sans montrer son ardeur secrète, discute avec calme, même les reproches, et parle sans émoi. — Moncey est lourd, il récrimine, gémit, et ce gendarme larmoyant comprend peu s'il promet beaucoup. — Lasalle ne possède pas seulement la Tivacité d'un officier jeune, audacieux, il apporte des bits, sa précision est correcte, son coup d'œil prompt, et il agit. — Au contraire son collègue de la cavalerie, Milhaud, trop verbeux, trop long, explique des inutilités, dit compendicusement tout ce qu'il fera d'admirable, et le lendemain demeure en retard. — Le général Lacoste envoie des rapports courts, méthodiques, exempts de phrases.

Et Napoléon aime cela, il est avide de renseignements bien nets, car il guette les nouvelles, demeurant plein d'incertitudesur les positions exactes de l'ennemi. La présence éventuelle des Anglais l'attire et l'inquiète, il ne veut pas s'enfoncer dans la péninsule, où cependant il bràle d'avancer, avant d'avoir nettoyé toute fait le nord de l'Espagne, la vallée de l'Ebre el le bord de l'Océan. C'est pour cela, qu'avant de connaître la victoire d'Espinosa, il a fait partir, à la rencontre de Blake, le duc de Dalmatie, comme son meilleur lieutenant. Soult a trouvé évacuée la ville de Reinosa où il s'empare d'approvisionnements nombreux : 35 canons, 1,500 fusils de fabrication anglaise, des munitions, du plomb, des draps, des toiles, du blé, des fromages, de l'eau-de-vie ; il arrive à Santandcr d'où l'évéque, les couvents, les riches habitants ont fui, plusieurs embarqués pour l'Amérique; et dans le port il capture un brick anglais qu'il va utiliser pour ses communications par mer avec Bayonne et Saint-Jean-de-Luz. — Enfin, le 19 novembre, la brigade Sarrut, tête de la division Mouton, en avant de San Vicenle de la Braguera, rencontre l'ennemi : débris débandés de l'armée de Btake, qui avec

tll L'BRPieNB BT N&POLftON

Isa Àstnrieni éa général Llano-Ponte forment encore une troupe de 10,000 baïonnettes; ils sont refoulés dans une gorge, culbutés sur le pont, et 6 leur poursuite s'acharnent les caraliera du colonel Tssoher de la Pagerie. Les Espagnols errent vert Oriedo, sans ressources dans leur propre pays ; la Junte suprême destitue LIano et le remplace p«r Balesleros; BlakedéniisaionneetLa Romana lui succède. C'est ce dernier qui, il la tin de novembre, autour de la petite ville de Léon, rassembler» ces bataillons désemparés. Pendant ce même temps, le maréchal Soult, parfaitement ravitaillé par son propre butin, ne se contente pas d'envoyer ces bonnes nouvelles à l'Empereur, il propose d'agir dans les Asiuries et la Galice, quinze jours lui sufflront pour achever cette conquête qui le conduira dans le paya de Léon; ainsi il fermera la Corogne aux vaisseaux des Anglais et rejettera leurs troupes de terre sur le Portugal. > il supplie S- M. de l'honorer de ses ordres et de pardonner la digression peut-être indiscrète mais qu'un aèle ardent pour son glorieux service a dictée (!).<•

Avant que tout ceci lui soit connu, — ft cause des distances, — Napoléon, qui veut des renseignements à tout prii (î), épie l'occasion de la manœuvre savante qui lui permettra d'obtenir d'un seul coup de grands résultats. 11 peut mettre en ligne 120,000 combattants, mais il ne saurait en réunir plus de 40,000 i la Foia, diapersés qu'ils sont sur un territoire énorme; avec un théâtre d'opérations aussi vaste, les corps marchent un peu dans l'inconnu. Il agit donc avec circonspection; il songe beaucoup aux Anglais et envoie une grosse cavalerie en reconnaissance, très loin, bien au delà de

(1) Soult k l'EiDpereur, ti ooTembre 1S08.

(S) < Donoei iroia napol^ona ai toi expréa Font deux lieue* à l'heure; doonei-eD dix, t'ilt eu fout troi*. Voua aérez rembound de tout l'argent que voua êlea autorieé & débouncr. > — Berihier su général Ouroaa«l, 19 no- Tembfe.

HAPOLÉOH EN EfiPAORE gît

ValUdolid; il se préoccupe de m gauche, où Gagtanot ett immobile depuis plusieurs seineinei, «t il Toudrait l'einpéchtr do filer sur Madrid. Daas ce but, qui demnt son objectif principal, il a mis Monoey et Ney sous le commandemeut de Laones, pour envelopper et anéantir cette armée d'Andalousie. La rencontre va être glorieuse pour nos armes ;cep«)daot elle n'obtiendra pas cet écrasament que l'Empereur avait eouhaité. Le choc eut lieu paraurpriie, le 23 novembre, «ux bords de l'Ebre, A Tudèle. Nos généraux Maurice- Matbïeu» Horlot, Musnier attaquèrent en coIoudcs eerrées par divisions, précédées de compagnies de voltigeurs en ordre dispersé dans des plantations d'oliviers (I) ; les Aragonais de San Harch résistèrent avec énergie et leur (léfenae fiit rigoureuse, maie vers le milieu de l'après-midi la droite eapa* gnole fut enfoncée et les chasseurs de Lefebvre-DeanDuëttes changèrent le fléchissement en déroula; les Andalous de la Pena, sans énergie malgré leurs eouvenire d« Baylen, furent repoussés par le général Logrange; cette seconde phase du combat décida de la pleine défeitc, sans qu'on ait ru apparaître la cavalerie espagnole et qu'avant, pendant, après 1« bataille personne ail pu dire où elle se trouvait I — Gastanos avait été amené à cette catastrophe presque malgré lui. Pendant C|u'îl voulait élargir le mouvement de résistance et attaquer le maréchal Moocey, il demeurait depuis un mois en désaccord avec José Palafox, qui, soucieux exclusivement de défendre l'Aragoo pour protéger Saragosse» s'entétaît à «on plan puéril de couper le retraite à l'armée française du côté de Pampeluna (S). De là, entre les différentes unités espagnoles des déplaoemtnta, dea marches, des hésitations, des

(1) Journal du colonel Graham.

(2) La confulion l'augmnHtlt de ca ^il« 1* repriaenlant d* k Janle MiprinM avfiri* da OaMaAiM ta lr«uvul ètra rion FrancHoo Pahfal, l'dinë de don José, ^OMTcrMur gte^tal d'Âttfoo, et (|a'il ipootMl tof faaiiaiiat t'opinioD de toD Frère.

lenteurs, la désd^aaisation, l'iacohéreDce. José Palafox était jaloux des vieux généraux, en particulier de l'état-major de Castanos, qu'il appelait : u les beaux messieurs de notre armée « ; et pour leur bien manifester son mécontente ment il les avait quittés avec un à-propos douteux le matin de la bataille de Tudèle.

Trois mille hommes tués ou blessés, autant de prisonniers, 2 diapeaux, 26 canons pris, indiquent l'étendue d'un désastre qui impressionnait le maréchal Lannes lui-même : » Depuis que j'ai fait la guerre, je n'ai pas vu une déroute aussi complète (I). <i Dans cette fuite, il y eut un affolement qui fait songer aux moulins & vent de don Quichotte, puisque la chapelle de Taragona, pleine de poudre, ayant sauté, les carabiniers royaux, au milieu de la nuit, attaquèrent l'épée à la main le bâtiment en flammes, croyant lutter contre des arlilleurs français. Au bout de quarante-huit heures, Castaiios put à Galatayud reformer un peu ses fuyards; tous ces gens criaient à la trahison et il lui fallut passer une revue en personne pour leur démontrer par sa présence qu'il n'avait pas déserté. La Junte suprême était obligée de sacrifier les généraux malheureux; elle infligea au vaincu de Tudèle une destitution déguisée en le rappelant, avec des honneurs, à Aranjuez (2) . A la même heure le vainqueur, malade au point de ne pouvoir se tenir à cheval, transmettait son commandement au maréchal Moncey; celui-ci avait pour objectif de prendre Saragosse et recevait de l'Empereur les bases conciliantes de cette capture désirée : ■ Pardon et oubli du passé, respect des propriétés particulières, des biens d'Église (3). ■ Son collègue, le maréchal Ney, que Lannes avait oublié de

(1) LfDDat il l'Empereur, 13 novembre 1808,

(Z) La PeSa lui aucc^da, et Venegat, ayaDI arrête à Bubierca {29 novembre) la pounnile du général Lagrange, redeBCendail k Guadalaxan. (3) Berthier j> Honcpy, S7 novembrr 1808.

prévenir de sa victoire, et qui se morfondait à Soria, allait ■ poursuivre vivement l'épée dans les reins, toile direction (ju'SI puisse prendre », Gastafios, à qui deux jours d'avance permirent d'échapper et de se cantonner à Guadalaxara, proche Madrid. — Ainsi s'évadait de la vallée de l'Ebre celte armée d'Andalousie qui avait préoccupé Napoléon, mais en trompant son dessein (I).

Maintenaat que les troupes espagnoles avaient disparu loin dans le sud, il ne larda plus à courir vers la capitale, fiurgos lui demeura comme une place d'armes, centre de ravitaillement sur la route de France; il laissa le général Mathieu Dumas présider à cette oi^antsation, il nomma gou< verneur le général Darmagnac, afin d'y préparer éventuellement la résistance de 3 ou 4,000 hommes pendant trois ou quatre mois; d'un geste il convia son frère Joseph à le suivre, sans lui permettre toutefois de rapprocher les distances; et prenant en maio les 6,000 soldats de sa garde, encadré des 20,000 combattants du corps entier de Victor descendu de la Biscaye, il décida le départ sur deux routes parallèles : celle de Ségovie et de Somo Sierra; par la première marcherait Lefebvre, précédé de tous les dragons de Milhaud; par la seconde, l'Empereur s'avancerait en personne. Il quitta donc Burgoe le matin du 23 novembre. Le soir il établissait le grand quartier impérial à Aranda.

Dans cette petite ville aux maisons mal bâties sur des rues tortueuses, il demeura une semaine. LA, il calcula les effets

(1) • Le bat du monvemeDi de l'Empereur e>t d'emptcher Ceitafioi de pouvoir le replier »ur Madrid, n Bcrtbier i Gouvïon Ssinl-Cyr, S5 Doveiubre .

37e t'eSPAGNfe ET NAPOLèoN

de la victoire de Tudèle, regretta la maladie et la fatigue de Lanncs, précisa à Moncey ses intentions sur Saragoese, s'impatienta de ce que Ney n'exécutait par ses ordres ayant de les avoir reçus. Il apprit comment les Espagnols, avec la garnison de Madrid, des régiments en formation et les débris des troupes de Belveder, aggloméraient tant bien que mat, Eoug le nom « d'Année de réserve entre Madrid et les cols 1 , une vingtaine de mille hommes répartis : la moitié è Somo Sierra, 3,000 A Ségovie, 4,000 à Madrid même; il se réjouit de savoir qu'ils seraient dirigés, A distance, par un triumvirat militaire : Castelflr, Morla, Eguia, car cette preuve d'anarchie dans le commandement lui donnait beau jeu.

Alors il confia A Savary deux régiments de fusiliers de la garde et quelques canons pour pousser une reconnaissance. Celui-ci s'approcha au pied de la montagne, jusqu'au boui^ de Sepulveda. 11 y avait là des troupes régulières, des paysans armés, six bouches à feu et un parti de cavalerie. Savary se flatta d'enlever ta nuit un cantonnement ■ mal gardé t, et dès te lendemain d'occuper Somo Sierra; il croyait A la facilité du passage, selon l'opinion accréditée autour de l'Empereur. Une surprise, une escalade, les ténèbres, le duc de flovigo se sentait dans son élément, mais l'assaut d'une position militaire n'est pas une opération de gendarmerie. La fusillade des Espagnols embusqués l'accueillit avant le petit jour; troublé, il se contenta de capturer quelques isolés, de ramener ses propres blessés (I) et h renonça très sagement à enlever la ville » . Humilié cependant d'avoir été obligé de reculer avec des troupes de la garde impériale, ce qui faisait pousser des hourras aux Espagnols, il demanda au général Lapisse de le rejoindre avec toute sa division pour

(J) Une Irentainc, Mmoirri <le Laney, i, III, p. SW.

nai>ol£oi( En ssp&cnë iti

une reTSDche contre ces întoleott, et en même temps il écrivait des fanfaronnades au major général ()). L'Empereur, qui sans doute avait Youtu donner A bon compte un peu de lustre guerrier au blason de ce nouveau duc, ne pensa pas conduire plus loin t'aventure : il lui fit dire par Berthier que ■ sa reconnaissance avait rem|^i le but qu'il désirait « et qu'il le priait de remettre l'épée au fourreau, « l'intention de S. M. n'étant pas que les soldats de la garde fassent l'avant* garde. (2).

C'est resté un problème (et cbacun des historiens des deux camps l'a voulu résoudre 6 son avantage} de savoir si Savary s'arrêta ou fut arrêté : 3,000 hommes qu'il commandait et l'engagement qui dura quatre heures sont bien du monde et beaucoup de temps pour appeler une simple escarmouche ce véritable combat. Par contre, le régiment d'Àlcantara, qui accusa une perte de 60 hommes et de 6 officiers, aurait vraiment à peu de frais payé l'honneur d'arrêter l'armée française. Enfin il demeure A la fois avéré et incompréhensible que le lendemain soir, dans la nuit du 29 au 30, les Espagnols, les « vainqueurs », délogèrent en silence, précipitamment, sans cause, sans une action nouvelle de notre part, pour aller, non à Somo Sierra où leur présence était olilej mais è Ségovie oiH ils n'avaient que faire; ce départ en mauvais ordre n'est pas le fait de gens victorieux, ni l'indice de ce mâle courage ayant assuré le succès de la veille et illustré de sî récents lauriers. Les patrouilleurs de Lasalle s'aperçurent de cet abandon inopiné de Sepulveda, et l'on courut avertir l'Empet^ur. Son monde s'était reposé pendant la journée, il ordonna de partir sur Somo Sierra. Lui-même

(I) • le nganlt Mite op4ntioli eoranic infitIlUbh ■ , tS itoTembM, 1 h«ur«i

(t) Lti aSémoiret Ju duc de Rovigo, avec une diMrétion intsmpeltive, ne ditcnl mol de l'affoirv de Sepulveda,

SfS I.'ESPAGKE BT NAPOLÉON

de très bonne heure le 30 novembre, avec ses escadrooB de suite, était ea selle.

Il réveille, en traversant les premiers cantonnements, les officiers endormis dans leurs manteaux, et se mêle aux bataillonsqui marclicnt bon pas vers la montagne.- — Celte chaîne, sorte d'épine dorsale de l'Espagne, s'élève entre les plateaux des deux Casiilles ot sépare le Tage du Duero; le puerio, le passage, esta 1,500 mètres d'altitude; on y accède par une route carrossalile bien entretenue, à travers un pays stérile et désert, au milieu de croupes arides et pierreuses; la montée commence à la KertfudeJuaniUa;le versant nord est un défilé de cinq kilomètres où coule, dans la direction de Sepulveda, le ruisseau du Duraton, resserré entre deux collines de rochers : le Barrancal et la Gebollera. Des piliers de maçonnerie jalonnent le chemin tournant au bord du torrent que l'on traverse sur uu petit pont vers le milieu du parcours. Par ces lacets on parvient en haut du col qui s'ouvre moins étroit sur l'autre versant en une pente plus douce, celle qui descend vers Madrid. A. la coupure de la gorge un ermitage, et dans l'enfoncement du plateau une centaine de maisons d'un méchant village de bergers.

Les Espagnols estimaient la position inexpugnable : ils avaientréuni U Sa 9,000 hommes avec un soldat de cœurdon Benilo San Juan, maréchal de camp et inspecteur général de cavalerie ; les bataillons étaient placés en échelons sur les deux flancs de la montagne; à chacun des trois coudes de la route, barrant la chaussée, quatre pièces de canon qui battaient le terrain sur toute la longueur de ces positions successives, et en haut, enfilant la dernière montée, près de la chapelle crénelée, une batterie protégée par des parapets et des embrasures. A droite et à gauche, au-dessous des crêtes, des tirailleurs surveillaient l'entonnoir qu'il s'agissait pwUr nous de gravir contre des feu.<c de face et de flancs par des

circuits qui ramènent quatre fois sou8 la plongée des défenseurs.

Le temps était nébuleux, des couches de brouillard emplissaient la vallée, enveloppaient le pied de la montagne, voilaient la pâle lueur d'un soleil de novembre. Le commandant Lejeiine, parti en éclaireur dans cette brume, n'avait rien pu distinguerdes positions de l'ennemi bien qu'il s'en fût rapproché si près qu'il entendait les voix de leurs senUnelleg(l). — Notre mouvement s'exécutait par toute la division Rufdn en trois colonnes parallèles : à droite et à gauche, gravissaient les escarpements du Barrancal et de la Cebollera, le 9* d'inftinterie légère d'un côté, de l'autre le 24' de ligue; — au centre, marchant sur la chaussée, le 96*. Ce dernier corps, rencontrant un terraiïi plus aisé, devança les troupes qui auraient dû le précéder au contraire. 11 s'en aperçut, s'arrêta au fond de la vallée, à la hauteur du petit pont où le général Sénarmont accompagna de quelques boulets la fusillade qui crépitait sur les collines. La force du soleil de midi perçait le brouillard et le ciel s'éclaircissait. — L'Empereur, qui regardait passersou monde assis sous un arbre près d'un feu de sarments, avec sa lorgnette examina longuement cette gorge inaccessible, et s'impatientant de la lenteur des attaques des crêtes, songea à tout brusquer en fonçant par la route delà vallée. Il envoya le colonel Pire pour reconnaître ; celuici, accueilli par la mitraille dès qu'il fut en vue, laissa à l'abri d'un mamelon les chasseurs qui l'accompagnaient et revint bientôt avec > une figure un peu trop efhrée ■ et une moue significative : « Impossible, Sire. — Je ne connais pas ce mol-lA! " cria l'Empereur, coupant l'air de sa cravache et

(1) Dt Valmy à Wagram, p. 106 k 110. — Cet eicellent témoin a hiï mieoi que de dom rBConler la bataille, il dou* a laiitë va tableaa (an miiaie de Venaille») qoi repr^tenle l'action de Somo Sierra avec une réalili ■aîiiisante.

■SO L'BgPAGNB ET M&POLÉON

foudro)^nt du regard le maUvicé i]ui iixtiiicliTemeDt faisait UQ mouvement de recul. Puis, par bravade de la fortune, pour détruire la chance de l'intuccè* en nisat l'éTidence même, demandant l'imposiible afin que persoono n'os&l dieculer l'invraiiemblable, il Toulut commo ajouter à la difficultii qui l'irrileit et faire exécuter par des caraliere cette ascension que des fanlassint ne lemblaient pas en mesure d'entreprendre. Se tournant ver* son escorte : ■ EnleveE^moi ça au galopl ■ -^ 11 avait auprès de lui, comme escadron de service, les chevau-légert polonais. Il les avait recrutés parmi la jeune noblesse de Varsovie et leur donnait rang dans sa garde. Sous le haut plumet de leur schepska cramoisi, dans leur veste bleue auxai);uilletles blancbes.ils présentaient un coup d'ceil élégant. Ce sont cependant des recrues qui è travers toute l'Europe, des rives de la Vistule au bord du Duero, ont Suivi, en chevaliers fidèles, le héros qui a promis la délivrance de leur patrie. Cavaliers megnifiques depuis l'enfance, il y a trois mois à peine qu'on les a mis pour la première fois aux mannuTres réglementaires; beaucoup n'ont jamais vu l'eanemî; mais voici l'heure du baptême du feu. Le commandant Kozietulskî a dégainé. « Au trotl n — Et avant que la raison ait permis A la discipline de scruter l'ordre insensé, l'escadron est parti, le eabre haut, la léle sur l'encolure, bien en selle par quatre de front; la chevauchée s'élance et c'est un tourbillon da mort.

Au premier détour ils reçoivent le salut de Tartillerie e^agnole; Koûetulski s'affaisse; iU sautent le fossé, traversent la batterie ; è le suivaale, trois lieutenants tombent raidc* morts; sous la mitimille, des d«nx oMés do cbemin étroit, chevaux et cavaliers s'égrènent et jonchent les talus; dans la poussée, Us rangs «e serrent; les trompettes perdent l'haleine, mais les voix hurlent : n Vive l'Empereur! ■ La pente raide qui coupe les jarrets, les pierres qui rouleat sous

MAPOLIÏON KN IIPiflNI 3tl

les saboU, les boulela qui •ifflent sur les têtes, le torrent, les fossés, les palissades, les canons, rien n'émeut, rien n'arrête, el dans uu hourra triomphal paieaut comme une trombe, ils sabrent les artiUeura, percent les senranis, culbutent les caissons, arrachent les étendards : * Vive l'Empereur! ■ — Ils ont couvert â,5O0 mètres; la charge a duré sept minutes.

Arrivés au sommet du coi, un seul oFfîcier demeure indemne, le lieutenant Nie^towski, collet, giberne, schapska troués par les balles; aveo le tronçon de sa lame, il s'élance sur cette dernière batterie, un boulet abat son cheval et lui casse la cuisse, il tombe désarçonné, entouré d'Espagnols, deux coups de (eu l'atteignent à la tète, huit coupe de bafounette au corps. A. bon droit, il pourra dire plus lard : « peu d'hommes ont vu la mort de plus près ■ . — La poussée a été si rapide, si inattendue, si eEFrayante, l'effet communîcalif de la démoralisation si profond, que les Espagnols retranchés derrière leurs pièces s'enfuient en jetant des cris de détresse, oubliant leur nombre, leur position, leur devoir. Les vo< lontaires de Madrid se oroiant tournés et Uohent pied; en face du centre qui ploie, les ailes s'effondrent; sur le plateau les Polonais courent en vainqueurs. — Derrière eux, le long de cette roule encombrée de débris, mais sans recevoir une balle, le reste de leurs camarades, puis les chasseurs de la garde gravissent lentement les pentes que l'éclair de l'héroïsme a traversées comme la foudre. —Le maréchal Bessières luunte, s'approche de Niegolowski étendu : ■ Monseigneur, je me meurs (I); mais voici les canons que j'ai pris; dites cela A l'Kmpereurl ■ —L'Empereur en personne arrive, l'œil en fête, il se penche et donne la croix d'honneur à celui

(1) Il lurrécut à iri bleuum, Ë( plui Urd la campagne de Buuïe el devlnl coloBal. Il SOI toujour* k onor da rectiiier le* détail) de oeua ckarge de Sam« SierM, noumasot oontre la rfcU fuiUiaiile, «elon lui, qu'en donnait M. Thîen dani la 83* livra du Coanial M l'hmfir^.

qui le premier et le plus jeune du régiment recevait cette distinction rêvée (1).

Ces braves ont laissé sur leur exploit un rayon immortel. Formé à l'école de l'honneur, le dévouement magnifique de ces fils de la vieille chevalerie polonaise brisa la résistance d'une armëe entière dans un poste réputé imprenable. Us ont montré une fois de plus ce que peut une troupe qui a de la race, des traditions etie feu sacré. De cette poignée d'hommes — ils n'étaient pas plus de 150, — 83 tombèrent, tués ou blessés i tous les officiers furent atteints, quatre sur huit mou- Furent. Un Français, Philippe de Ségur, officier d'ordonnance de l'Empereur, avait, à côté d'eux, chargé k en amateur n ; il reçut cinq blessures, c'est justice de le nommer comme ce fut justice, après l'avoir fait colonel, de l'envoyer, encore tout chancelant, porter à l'Impératrice les drapeaux conquis.

Cependant nos bataillons arrivaient à leur tour et débouchaient sur les deux flancs; ils avaient perdu moins de cent hommes avec cinq officiers seulement blessés; ils ramassaient canons, fourgons, 200 caissons, le trésor et cinq étendards. — En vain le général San Juan, en désespéré, se bat entouré de son état-major; blessé, il est enlrainé vers Ségovie, roulé par le Ilot de ses soldats affolés dans la fuite honteuse, la fuga mas vergoniosa. Et ces misérables, comme pour feire oublier la lâcheté par la barbarie, tournant leurs armes contre leur chef, l'attachent à un arbre, l'asaassiDenl brutalement.

Sur le revers de la Sierra la poursuite continue, le second escadron des chevau-légers, les chasseurs de Lefebvre-Desnouëtles dévalent dans la plaine et leur course vertigineuse les conduit, à la tombée du jour, dans les maisons de Bui-

(1) • Puiiteni beaucoup de jeunea geoe avoir un pareil jour de fïle ! • écrivait quarante-ciuq aoi plu* tard, daoa un juate orgueil, André Niegolowaki encore tout ëmu de cea louTeain du 30 novembre 1808.

NAPOLEON BN ESPAGNE 3S8

trago où les habitants, en stupeur, voient entrer au plein galop ces Français dont les ombres gigantesques, comme une vision fantastique, se profilent au clair de la lune. L'Empereur y coucha dès te soir même. Le lendemain, il fait rassembler le régiment des Polonais, se porte sur le front des escadrons, annonce qu'il accorde seize étoiles de la Légion, huit à la troupe; et après que les trompettes ont sonné à l'étendard, se découvrant : ■ Vous êtes dignes de ma vieille garde ; je vous reconnais pour ma plus brave cavalerie! v — Quand les troupes en marche du duc de Bcliune rencontrèrent les chevau-légers, les officiers firent présenter les armes à ces vaillants camarades; les hourras éclatèrent des rangs : * Honneur aux braves !» — Et ceus-là s'y connaissaient.

La route de Madrid était ouverte. Sagement, l'Empereur voulait encore qu'elle fût assurée. Il n'avait aucune nouvelle précise des Anglais ni des Espagnols et les uns ou les autres pouvaient venir barrer le chemin; supposition vraisemblable puisque le jour de Somo Sierra, comme l'armée française descendait la montagne par la pente du midi, les Anglais la traversaient par la pente du nord au passage de Guadarrama, sans se douter de leur voisinage en cet étrange chassé-croisé. — Napoléon se fit précéder de Bessières au village de San- Augustin afin de pouvoir, suivant l'occurrence, pousser droit sur la capitale, ou tourner à gauche sur Guadalaxara contre Castanos, à droite contre le général Hope, vers l'Escurial; dans ces diverses directions partirent ■ de forts détachements commandés par des officiers intelligents b . Puis, comme arrivaient très à propos les rapports des maréchaux Moncey cl Ney sur leurs dernières opérations, tranquillisée, à l'abri d'un immense parti de cavaliers qui allèrent sabrer jusqu'aux portes de Madrid, S. M., parut, le 2 décembre, dans l'après-midi, sur les hauteurs de Chamartin d'où l'on

Hit L-EtPASNl: BT VAPOLtON

découvrait la ville. C'était un imniversaire heurem : le sacre et Aualerliu. l-ea Polonais en témoigoèrenl \eve enthousiasme par des cris de : Vival Cé$ar'. (1)

On envoya soninier l'ennenù; ce parlementaire, le commandanlde Soulages, faillit y laiuer la via : à grand' peine un poste des gardes wallonnes parvint à le dégager de la populace dont l'irritation voulait massacrer non seulement tout Français, mais tout Espagnol qui parlerait de se rendre; dans leur virulence ces gens en guenilles trouvaient méroe trop mince le rang de ce cavalier chamarré d'or, ils prétendaient recevoir la visite du maréchal Bessières en personne. -^ Kt cependant la résistance était-elle possible?

La Junle cenlrale avait quitté la capitale le 30 novembre et accepté un gite h Aranjuee, avant de courir chercher son abn plus loin encore & Badajoz. Un « conseil de défense a, présidé par le duc de l'infanlado, aiégait à l'hôtel des Postes, au centre de cette agitation de la Plaxa del Soly la véritable maîtresse de Madrid. Le marquis de Caslelar, Thomas de Maria y représentaient l'élément militaire; le gouverneur don Fernando Vera, le oorrégidor don Pedro de Mora, des atoades, des intendants, plusieurs conseillera de Caslille, l'élément civil; celle multitude de personnages ne donnait pas & la réunion une grande cohésion. La populatioos'échauFfait elle-même aux nouvelles du péril : dès le malin, dans les églises, le soir encore dans les théâtres, les colères s'exoi< (aient : ici une prédication belliqueuse suivie de Utanies suppliantes, là une scène patriotique couronnée de couplets provoquants; dans les salles del Principe ou de la Crux les timides atteignaient le diapason des plus militants à écouler le Bomiea lie Zaragoea ou les Patriotes tf Aragon; les plus moroses se déridaient à ouïr la Fin de NapoladroH, a sermon

(1) NotioM hiitoriqOM du ^aini DanUnooiiTl.

prêché dans la cathédrale de Logrono par le ooureau prédicateur Joseph ex-roi de Naples, roi d'Espagne en rêve •* ; ou encore à entendre le Napoléon rabiande, n tragédie burlesque ■ dont la scène, disait l'auteur, ■ devrait être aux enfers, mais pour le moment est située dans le cabinet du palais de Bayonne n . De main en main on se passait lei numéros du Semanario patriotico; jamais telle affluence duns la rue des Coquillos et sur la petite place Santo Domingo, au seuil des boutiques des libraires oit péroraient les généraux en chambre. Pas une senora qui eût osé refuser son nom à la nouvelle confrérie Congregacion de lavado y cosido (du laré et du cousu), sorte d'ouvroir pour coudre le linge des soldats et préparer de la charpie.

On savait bien qu'on n'était protégé que par des murs crénelés à la hâte et aux principales portes (Reeoittos, Santa Barbara, Alcala) des levées de terre garnies de canons, une trentaine en tout. Mais on s'animait à se heurter aux barricades, dans les rues, au travers des places, en face des églises, des couvents transformés en bastions. Trois ou quatre cents hommes de troupes régulières, venus de l'armée du Centre ou restés de celle d'Andalousie, se renforçaient des volontaires de l'enrôlement du 7 août et de la conscription toute récente du 23 novembre (I). Autour d'eux des bandes de paysans ayant fui leurs foyers, toute la population exaltée des fauboui^, des bourgeois en armes, des religieux en prières, des femmes qui montaient sur leurs balcons des pavés pour les jeter à la tête des envahisseurs, exaspérant leurs sentiments de leurs propres paroles et du danger prochain de ceux qu'elles aimaient. Plus de bonne volonté que de force,

(1) Ella devait comprendre Im citoyen) de leiie à quaraDte aoe, lei hidalgot de Madrid, le* toniuré* *ani urrice eccl^tiatiqae, le* chsDoinc* non prêtre*, le* noTÎce* de« ordre* religieux, le* docteur* et licenciA* • hd* chaire • , le* loldals retraite, le* fil* unique* de lahooreun.

Sse L-K3PA«KE ET NAPOLÉON

beaucoup de bruit surtout, car le tocsin résoDDait dans lea 133 clochers de Madrid et portait au loin, sur la campagne, l'auDOnce d'un péril qui obligerait bientôt à transformer la sonnerie d'alarme en glas des funérailles.

La foule, par là même qu'elle est la foule et privée de raisonnement, n'est jamais intelligente, rarement elle est juste, souvent elle devient cntelle. Une fois de plus te manifestait cet état d'ftme. Au Prado, on distribuait assez confusément piques, fusils et munitions, transportés au risque des imprudents qui les maniaient, comme il advint à ceux qui furent mutilés en déchargeanllescaissonsd'artillerie. Des cartouches se trouvèrent pleines de sable et non de poudre. Qui soupçonner? Les moines qui travaillaient à l'Arsenal? Leur robe non moins que leur intransigeance les mettait au-dessus de la suspicion; mais le cri de " trahison « circulait; le nom d'un des officiers municipaux fut prononcé : le marquis de Péralès; — on dit qu'une femme abandonnée satisfaisait ainsi cruellement sa jalousie et sa vengeance; — plus l'accusation est vague mieux elle est acceptée ; on se précipite à la demeure de Péralès; le bruit couvre le reste; percé de coups de poignards, le malheureux est rageusement promené dans les rues par des énergumènes qui ne connaissaient pas l'homme et peut élre se trouvaient oublieux déjà du prétexte de leur forfait.

Napoléon, entouré des dragons de la Uoussaye et de la Tour Mauboui^, établit sa tente à gauche de la porte d'Alcala où s'ouvrait la fusillade- Il attendait l'infanterie. Dans un large cercle de factionnaires l'arme chaînée, il arpentait le sol, lea bras croisés, le front soucieux, « paraissant enfoncé dans de profondes réflexions (!)■ et même «de fort méchante humeurn (2). Lee troupes ennemies ne pouvaient le préoc-

(1) Souvenirt du colonel de Gonhktuxb.

(S) Colonel Vioo-RopHiLLOH, tn^eatt d« Jiémeirti. (Semie dm ifeux Mond«i, Ko6t 1801.)

cuper longtemps, maia une prise de vive force l'irritail; il s'étail Qattë d'entrer dans cette capitale ouverte au moins aussi aiiëment que dans Hilan, Vienne ou Berlin. Les barricades de ces fanatiques, fussent-elles médiocres et cbétïves, arrêtaient la volonté impériale^ elles accusaient publiquement la ténacité de l'opposition faite à Joseph Bonaparte. Il lui parut nécessaire de frapper vite et fort. C'est dans cette disposition d'esprit qu'il reçut la réponse à sa sommation : "Madrid s'ensevelira sous ses ruines avant que de se rendre." On a dit que le général espa^rnol (son nom ne nous esl pas parvenu) désigné pour apporter une déclaration si conforme à l'eialtation des âmes, s'était trouvé accompagné d'une troupe d'hommes du peuple chargée tout autant de confirmer sa parole que de surveiller sa conduite. Un soldat eût hésité à avancer devant d'autres soldats, à propos d'une ville sans remparts, une proposition si peu capable d'être longtemps soutenue ; elle ne pouvait être proférée que par un orgueil patriotique, inconscient des possibilités, aveugle dans son entêtement.

Napoléon demeurait vraiment résolu à épuiser tous les moyens d'apaisement, à éviter une résistance désespérée; il renouvela sa démarche : pendant la nuit du â au 3 décembre il fit passer dans la ville un colonel d'artillerie espagnole prisonnier à Somo Sierra, porteur d'une lettre du prince de Neucbftlel ; il parlait d'épargner les horreurs de l'assaut à tant d'habitants paisibles. Le marquis de Castelar, avant de B répondre catégoriquement " , prélendit u consulter les autorités constituées et connaître les dispositions du peuple ■ . 11 voyait clair et demandait seulement à gagner du temps. Mais les minutes comptaient double. Dès l'arrivée du 1" corps, la veille à six heures du soir, une division d'inhnterie avait enlevé le petit cimetière crénelé du foubourg de Cbambéri. Pendant tonte la nuit, profilant d'un éclatant clair de lune,

Ml L'ESPAGEIR ET MAPOLtOK

le général Sécarmoat amenait te* batteries en face du Retiro, la seule enceinte fortifiée qui put compter; à l'aube, il mêlait les lueurs de ses canons aux rayons d'un soleil étincelant sur la gelée blanche ; la brèche ne tarda guère à s'ouvrir dans la muraille en briques ; la fusillade des défenseurs se prolongeait, courageuse, par la rue d'Alcala, mais infructueuse, en face des Feux de pelotons qui balayaient le Prado. La trouée était si décisive qu'à onze heures du matin, l'Empereur arrêta l'action, malgré l'insuccès rencontré au nord de la ville eu 6tce de la caserne des gardes du corps, masse énorme de pierre sur laquelle les boulets n'avaient pas de prise. Contre ■on aide de camp le général de Lauriston, porteur de la mauvaise nouvelle, Napoléon eut beau se mettre «dans une colère épouvantable (I) », après une fusillade terrible de vingt et une heures, le général Maison blessé au pied dut se retirer (2).

La troisième sommation parvenait à la Junte militaire; on tergiversa un moment; les circonstances devenaient pressantes : le drapeau blanc flotta et vers le quartier impérial se dirigèrent Thomas de Morla, don Bernardo Yriarte. L'audience donna toute liberté & Napoléon pour ces apostrophes qu'il affectionnait; Morla avait joué à Cadix un râle équivoque, un r6le brutal à Andujar, à Séville un rôle arrogant, il offrait prise à la tempête ; elle éclata : reproches pour les massacres, ironie pour les fanfaronnades, insultes pour les intentions : B Vous employez en vain le nom du peuple, vous l'ëgarez par des mensonges 1 ■> Puis un flot de paroles, une injure au général Dupont, les Espagnols comparés aux « Bédouins du désert n ; en revanche les Anglais, chaque jour publiquement traités de fourbes devant toute rEuro|>e, tout & coup offerts en exemple pour leur respect des conventions militaires.

(1) OiaénX BioïkRÉ, Mémoirt$, p. 381.

^) Bappon do gteé(«l Lapine, — Vieo-|tovuuu>ir, Mémoire.

L'Empereur proféra ainsi arec véhémence beaucoup de sentences; quelques-unes se trouvaient justes; il eu dît qui l'étaient moins lorsqu'il invectiva comme * l&ches et barbares n les officiers espagnols pour se barricader contre lui dans la ville et se défendre derrière des murs au lieu- de * s'aller mettre en bataille eu milieu de la plaine ■ (1). — La conclusion fut : ■ Partez sur-le-champ ! si vers les 3 heures après-midi je ne vois point des étendards tout en haut des clochers comme signal de votre soumission, je donnerai l'ordre de tout passer demain au fil de l'ëpée. ■

Conscient de sa force, l'Empereur employait ici au moins pour autant l'in^midation ; il appliquait ce procédé que les Anglais ont depuis fait passer dans l'usage courant du jargon moderne : le bluff; il se fût trouvé fort déçu d'une résistance prolongée; éprouvant de légitimes incertitudes sur cette armée de Gastanos se reformant sur son flanc à quelques lieues de lui, et qui pouvait prendre à revers le 1" corps occupé à l'attaque de Madrid; un simple coup d'audace de ces médiocres adversaires suffisait à compromettre tout son plan; quelques jours plus tard il avouait s'être trouvé un moment dans une ■ situation sérieuse d ; et son premier soin, dès qu'il le put, fut d'écarter ce cauchemar en faisant manœuvrer sur Guadalaxara les divisions du maréchal Victor, rendues disponibles par la reddition de la capitale (2).

(1) Bapport du fuirai Bitllitird, 4 décembre 1808. Archivt» de la Gutrrt.

(S) • On peat cooceroir du» quelEe ntaation embarrMMote l'EmpeMar ■e Krait trooTé n lei défenieon de Madrid, refuiant d'éooDter lei «onuM* tiODi, avaÎBDt GODttEilli 11 r^iiter avec videur peodant que l'année da Centre le lerait dirigée an lecourt de la capitale en veDanl prendre k rêvera •et aaiùllantii rien ne pooTait empêcher ce mouTemenl, car le martehal Nej (e trOD*ait k cinq marchea derrière et ne pouvait eolraver aa manœuTre, elle pouvait librement marcker aur Madrid par AJcala. L'Empereur aurait M obK|4 d'abandonner lei attaqnea déjk commencée* aur Madrid et l'on peut prévoir l'entliouiiaame qu'anrait produit aur la population da la eapilale, comme anr le reite de l'Eipagne, cette retraite j et loraqne rSmperenr. •pria avoir rapomei l'aim<« da Centre, mtmI revenu aur Madrid, il anml

Les talents et l'émotion de Morla oe lui permettaient pas de deviner les chances suprêmes de la position ni la pensée secrète de son interlocuteur; il ne comprit que la menace et sortit tout chancelant de l'entrevue; le soldat se trouva moins ferme ici, ayant la conscience moins nette, que le pacifique Trisrte qui n'avait point baissé les yeux devant le vainqueur.

L'etFroi gagna la Junte; la résistance paraissait impossible. Mais pour elle le premier danger à écarter c'était la fureur de la populace; ensuite il faudrait éloigner les patriotes assez compromis pour se fier médiocrement à l'aménité du triomphateur. L'Infantado avait pns les devants : dès la nuit précédente sous le prétexte, plausible d'ailleurs, d'aller chercher du secours, déguisé, il sortait, de la ville, avec la mission de ramener ces troupes de GastaAos qui précisément souciaient l'Empereur. — Il était arrivé jusqu'à Mcala, Franchissait à gué le Henarès, et, à l'heure où parlementait Napoléon, trouvait à Guadalaxara les débris lamentables de cette armée du Centre, en retraite depuis Tudèle, fondue sous la mitraille, la désertion et la débandade, comme les boues du chemin sous le soleil d'hiver (1).

peut-être trouvé 1» faibiUnti réaolai, comme ceux de SaragoMe, k l'anwrelir (OUI le> ruines de la TJIIe, Lei coDséquencei d'un pareiE événement lenienl devenue! encore p1u> gravea li l'année anglaïae i'£talt trouvée k proiimit^ de Madrid, comme cela avait failli te produire, • Commandaot BiuoitT, Campagne de Napoléon en Eipagne, t. III, p. IW.

(1) 1 Madridejoi, 7 décembre ISOS. — J'écrii en tonte héle ï mon père -, je vaii ven l'ândâlouiie en retraite. J'ai laiué l'armée ï Guadalaxara et k Âlcala. J'ai fait 36 liene* en deux joura d'AIctkIa juiqu'ici, teul et n'ayant qna l'aide de Dieu, par lei montagne* et à travera champ* lana m'arrêler juxjn'k c« que je me toii vu en lieu de lûreté... Toutea lei troupe* qui étaient h Madrid l'enfuient la queue entre lea jambe* ven l'Andalouaie par ordre da général Llamaa ; ce aont dea perdreaux ! ! — Louia Bie». i

• Âlcaiar, 9 décembre 1808. — Le dimanche t du courant notre gouverneur eat sorti à cheval précédé du crieur et du tambour de ville et a procltiné iur la place an nom de notre Dieu, noire rai et notre patrie, que Madrid était attaquée par une nombreuae armée franfaiae et que tout cetii qui

De son côté, le marquis de Castelar estima qu'il avait le temps de faire évader les quelques bataillons de troupes régulières; et à leur télé, suivi de toute l'artillerie attelée, accompagné d'une foule de paysans, d'un grand nombre de citadins en étal de craindre et de fuir, il gagna la campagne au pont de Ségovie, sur la rive droite du Manzanarès ; il était protégé par les ténèbres et peut-être la connivence tacite de Napoléon (1), car nos patrouilles de cavalerie entouraient la ville sans fermer celte issue de la souricière. Quand, au jour, l'aruUerie se mît en position pour reprendre le feu contre la caserne des gardes de corps, elle trouva ce grand bAliment vide : la garnison avait décampé (2). Morla retournait à ce moment auprès de l'Empereur : il était autorisé à signer toute capitulation. Elle ne faisait aucune mention du roi Joseph; c'était un acte entre une population vaincue et son conquérant. — Dès midi, le général Betliard occupa fortement les postes des différentes portes et traversa la ville tambours battant, clairons sonnant, musique en tète. Tout ensemble la prudence politique, le désir d'eu finir vite et sans carnage, l'attrait d'un beau geste animaient Napoléon; des témoins intimes de sa conduite, con6dents autorisés de ta pensée, ont relaté ces marques de sentiments dignes

pouTaîeat porter lei armea deraienl >lUr lecourir la capitale et l'aider b détruire le* Françaii. EfFectÎTenteat dam lea jùuméea àa luodi cl du mardi tODs lea jeanei gcni lont parti* d'ici, maii il> n'ont pai ili au deik de Madridejo» et tont d^jà de retour. Dan* toute la journée d'hier et celle d'aujourd'hui Dou* n'eTOni cené de voir pauer lei soldEti de Doi armëea qui, voyant lea trahiiOD» de* géoénui. et ne TOuliDt pu mourir entre le) maiD* de* ennemi*, te lont relirii pour *e réunir bientôt aBn de noua défendre tuui... — Antonio MoKji. •

AP IV, 1615, doHÎer 4. Lettre* interceptée* à Hadrid^oa, décemhre 1808.

(i) > Plnaieura auteur* ont affirmé, arec Traiiemblaoce d'ailleur*, que c'était k deaaein que l'Empereur avait laiiaé une iiaue à la gsmiaoD, aSn de ne pa* la mettre dan* l'obligation de faire une réaiatance déte*pérée et de Tenir aion plua vite à bout de la capitale privée de forcea régulièrea, ■ Commandant BlLUJRT, t. Il, p. 484.

{*) Général Boulut, Uimoirêt, p. MW.

SM L-BSPAGME ET K&POLtON

d'éloget; j'en veux pour garant, sans oublier oaturellemenl que c'est un courlisan qui écrit A ud minislre, cell« lettre de HédouriUe :

... Hier, de 4 à 6 h. du matin, j'ai été appelé dans la tente de l'Empereur, auprès de laquelle j'avais passé la nuit, — pour traduire i Sa Majesté la capitulation que proposaient les défenseurs de Madrid. C'est li que j'ai vu l'Empereur vraiment grand et sublime. Loin de garderie moindre souvenirdeB invectives atroces que ces peuples, dans leur délire, n'avaient cessé de vomir contre lui, il n'avait d'autre sollicitude que de sauver cette ville des calamités de la guerre et des horreurs du pillage. Accordant aux députés plus qu'ils n'osaient demander, c'est dans ce moment qu'il a déployé tout ce que la clémence a de plus touchant et de plus auguste. Je regarde comme le plus beau jour de ma vie celui où S. M. m'a permis d'être témoin de cette discussion qui décidait du sort d'un pays où j'ai été accueilli quand j'étais dans l'infortune. La capitulation prouvera à V. Exe. la modération du vainqueur. J'ai passé la journée & en reconnaître les heureux effets, dans la tranquillité, dans le bonheur dont jouissent les habitants de cette capitale. Je n'ai pas été peu surpris, en visitant le palais du Roi, d'y reconnaître les mêmes richesses en tableaux et ameublements'que j'y avais admirées il y a dix ans (I).

Par ordre, l'érénement fut présenté à tous les yeux sous les couleurs les plus douces; el autant que les horreurs de la guerre peuvent prêter à l'idylle, les historiographes eurent mission d'enguirlander leur plume. L'exemple leur était donné dans ce 14*£u//e(indelaGrande Armée(â) qui parle de «doux souvenirs n, «d'hommes honnêtes «, de » citoyens paisibles » et, avec le ton de la bonhomie, trouve te loisir de vanter pour ce mois de décembre les charmes d'une température

(t) TbéodoK Cbarle* de HédooTille au duc de Cadan, vol. 677, fol. M6. — Le comte de HédoDVÎIIe était a)or* miiiMtre pléDJpolentiaire prêt da prince Primat; i) avait été le «nxlitoiple de Bonaparte à Brienoe. Il était Irère du ginéral de HédooTille, ténateat.

(2) 5 décembre 1808, Correspondance de SapoUon, (. XVIII. • Doenmeol qui relève plulAl du genre anecdotiqu» • , dit le commandant Balagny.

NAPOLAON eh ESPAGNE S9S

H semblable à celle dont on jouit en France dans les plus belles journées du mois de mai • (1) . — La gravure popularisa un épisode tout à hit digne des ■ ànsea sensibles « : une troupe française force dans la rue d'Âlcala le « palais >> d'un général espagnol octogénaire; le h respectable vieillard ■ s'avance, tenant par la main une jeune iille belle comme le jour mais pudiquement voilée, il s'approche de l'officier : * Camarade, voilà ma 611e, je lui donne 900,000 francs de dot; sauvez'lui l'honneur et soyez son époux (2) ! i C'est an conte de fées, que traduisit aussitôt l'imagerie d'Épînal; et pour correspondre mieux à la mode de l'époque, le vieux général est figuré en pourpoint de troubadour avec une fraise à la Henri IV (3).

Plus réellement émotionnant, parce que vrai et naturel, le trait de l'Empereur eu faveur de M. de Saint-Simon. — Claude de Saint-Simon, marquis de Montbiéru, né en France et jadis député de la noblesse d'Angoumois aux États généraux, était depuis vingt-huit ans au service de l'Espagne. Sous Charles IV, il avait, comme lieutenant général, fait la guerre en Roussillon et en Portugal; il venait de contribuer à la défense de Madrid, et bien qu'il y ait été blessé, on peut se demander si c'était de très bon cœur (4). Non moins qu'à tous les autres officiers, la vie et la liberté lui étaient garanties par l'article 3 de la capitulation. L'Empereur s'avisa que ce devait être un > émigré ■ et un conseil de guerre le condamna à mort. Mlle de Saint-Simon, conduite par le général Sébastiani, s'alla jeter aux pieds de Napoléon, se traînant à genoux malgré les gendarmes de Savary (5). Après quelques

(1) Préciiémeot le colonel Tigo-Bouuillon, diDi tel Aniueniri, note an contraire <|u« le froid éuii vif «t qo'aa bivouac on manqaait de boli.

(2) Qnaioriiènie bulletin de la Grande Armée.

(3) Bibliothéqae nalionale, Eilampei. Collection HenoÏD.

(4) Ed eFfel, peu de joon Buparavanl, la populace loupi^aiieuM l'avait fttdi 11 vue daoa ton hAlel. La Poreit k Cbampagny, 18 octobre 1808.

' (5) JounuU du maréchat de Catttltan; I. 1, p. 89.

phrases seDtimentalea de circonstance l'Empereur néanmoins changea, pour la fille, la peine capitale du père en prison perpétuelle. H. de Saint-Simon, gardé à vue dans ses appartements, y put cependant recevoir des visiteurs, entre autres le chef de sa famille, que le hasard de la guerre amenait là, son cousin le duc de Saint-Simon, aide de camp du maréchal Ney (I). Avant d'être transféré, menottes aux mains, à Bayonne, il dut remercier, et les expressions de sa lettre ne ménagèrent pas les élans de la gratitude (2). Les courtisans s'émurent et ne parlèrent plus que d'Auguste et de Cînna,

Napoléon était resté installé aux environs, dans la villa du duc de l'Infantado, à Ghamartin, où jadis séjournait Muret. Joseph, arrivé comme avec les bagages, à l'écart par ordre, par dépit et par dignité, se confinait à deux lieues de là au rendez-vous de chasse du Pardo. H avait même, a la honte au front ■ , renoncé à ses droits au trône d'Espagne attendant les instructions de l'Empereur * pour se rendre oit il plaira à S. M. de l'envoyer (3) ■ . Madrid demeurait donc toujours cité espagnole, respectée des princes étrangers; mais hien qu'on eût assez promptement démoli les harricades, remis les pavés et nettoyé les rues avec des « cor^ vées ■ de bourgeois enlevant les chevaux morts, l'ensemble conservait l'apparence d'une ville conquise. Les Ames se maintenaient encore plus forouches, ta haine et ta crainte

(1} Duc DE SiiNT-SiHotr, Carnet de Campayn».

(S) ■ Sire, Je Tou> doii la vie et la conincre toute et uniquement k la reconnaiiMnce, au déTouement qae dé* ce jour et k junai* je jure k T. M. Il n'eit plut «uciiiie circoottance qui puiue me diitralre ua (cuI instant de* devoirs que m'iDipireul la magDanimili et la fiaérùtiti de V. M. et c'eit arec entbouaiMme que j'offre k V. H. cet hommage d'admiration et de gratltude; et ce aérait avec douleur que je me verraii pnTf de la poitibiliti de lui prouTer [a linit^ilé de cei lentimentt. Je luit, avec le plu* profond reapect. Sire, de V. H. le trèi humble, trti oUiuaDt lerriteur et *ujet. ~~ SàlltT- SwoH. • - Madrid, 13 décembre 1808. • — AP IV, iSlS, n< 318.

(3) Joaeph k l'Empereur. Au Pardo, 8 décembra 1808. Publiée dan* le* Mémoirti du roi Joieph (t. VJ, cette lettre manque «lu ArvhiiMi n«tiùnaU$.

ne désarmaient pas. Dès le i décembre au soir, et les jours suireats, sur la tête des Espagnols tombaient comme la foudre des décrets impériaux :

Suppression des deux tiers des couvents;

Abolition du tribunal de l'Inquisition; des droits féodaux, des douanes provinciales; des justices seigneuriales;

Destitution du Conseil de Castille, arrestation des conseillers ■ comme Ucbes et indignes d'être tes magistrats d'une nation brave et courageuse • .

Peut-être, en d'autres temps, d'une autre main surtout, la généralité des Espagnols eût accepté avec satisfaction quelques-unes de ces graves mesures dont le moindre défaut était de trancher dans le vif sans laisser le moindre fil pour recoudre. Depuis la nuit du 4 ao&t on n'avait nulle part aboli plus vite tant d'antiques coutumes; des bienfaits a octroyés n par celui qui vous tient le pied sur la gorge empêchent de crier bien haut " merci « ; nul à Madrid ne s'en avisa, tout au contraire, et chacun s'émut de voir à la fois renversées de vieilles barrières qui semblaient une sauvegarde et détruites des garanties nouvelles solennellement promises. 11 était surtout inopportun, au point d'en devenir maladroit, de s'aliéner brutalement, en prenant leurs biens, en envahissant leurs maisons, en détruisant leurs règles, ces ■ moines ■ auxquels on reconnaissait une si grande influence sur les esprits. Ennemis déclarés hier, insoumis aujourd'hui, les voici, demain, transformés en persécutés irréductibles et intéressants; leur prestige grandit d'autant aux yeux de leur nombreuse clientèle (1).

(t) La propriété de maiDmorle, en effet contidirtble en Eipagne, pouvait k la 6d du dix-huitiâme liècle ■liircr lei critîqiiei de* écoDOmiitei et lea déiin de* homoiB* d'Étal; elle n'était pai l'objet de la jalontie on de feoTic dei population* : d'abord par«e qae beancoup de peraonoe* viTaient d'elle (anmdne*, (Blute*, penùona, bo*pilalit^, traTauv), et tuM> à cauie du grand nombre mïme de* gen* d'^i*e : aur tf millioD* d'habitaola, il* étaient

106 L'BSPAGHE ET MAPOLtON

L'Cnquisitîon, sans jouir auprès des EspagDola de la renommée terrible dont la gratifiaient de loio des personnes moins qualifiées qu'eux à la bien connaître, présentait cepeodaut assez d'imperfections et d'anachronismes pour compter de nombreux adversaires; le préjugé qui, par ignorance des moeurs locales, fil porter la main à pareille heure sur ce tribunal incommode plus que redoutable, lui valut un regain de popularité. Il devint une institution nationale. A.u lieu du chanoine LIorente, Napoléon aurait dû consulter l'auteur du Mariage de Figaro, Beaumarchais (I).

Des droits féodaux, ainsi que tout imp6t, semblent toujours lourds aux contribuables ; et des douaniers sur la frontière d'une province comme à la limite d'un royaume n'excitent jamais beaucoup de sympathies; néanmoins à l'annonce que ■ toute redevance personnelle " était supprimée, > toute justice seigneuriale « abolie, les moins prévoyants des Madrilènes n'éprouvèrent ni joie délirante ni gratitude démesurée, supputant déjà ce que leur coûteraient par contre les contributions de guerre et quelles libertés leur allaient procurer les commissions militaires. Ici encore déceptiou e( fureur chez tous ceux, fort nombreux, qui jouissaient de pensions, rentes, immunités ou avantages analogues dont l'ancien

184,000 ponr partager ST5 millioni BDoueli, ili poMédaient en moyeDue 1,400 traact par t£ie, cela ne paraiuait pat noe proportion exceraiTe, En France, il y avait 26 millioDi d'habitant», 130,000 membre* du clei^, XOO millioDide revenai; la moyenne donnait 1,540 franci par pertonne.

(1) Voici ia lettre an duc de la Trillière : > Madrid, SI décembre 1764.

* Cette terrible loquiaition, «ur la<iaelle on jette fan et flammei, loin d'eue nu tribunal deipotique et injuite. eai aa contraire le plu) modéré dei tribunaux par le* précantioni que Cbarlei III, à prêtent régnant, a priiei contre let afaut dont on pouiait avoir k •« plaindre : il ett compote non teolemeut de juge* eccl^uBBtiquet, maii aalii d'un conteil de técaliert dont le Boî ett le premier d«i oRicienj la pini grande modération rëaulte du combat perpétuel de> opinion* de tout cet jnge* dont let inlérêti tout diamétralement oppoaét,., Let Etpagnoli DOut reprocbeot avec raitoD no* lettre* de cadiet, dont l'abu* leur parait [a plut violente de* inqui*ition>. • — Lonii de LoM^ix, Btautnarehttû al ion tempi, I. I, notet.

napolAon en espaomb m

régime était prodigoe à l'excèa et qui tombaient pour faire cesser s un des plus grands abus introduits dans les finances d'Espagne ■ . — Enfin, le Conseil de Gaslille avait tait triste figure au cours des récents événements, son prestige était mort, son action nulle; on voulut cependant plaindre ses membres pour la brutalité du coup qui les frappait, s'apitoyer «ur l'âge de ces vieui magistrats, la situation pénible où ils laissaient leurs familles dont les biens élaient confisqués; et oo ressentit l'injure de voir traîner en prison les représentants amoindris du tribunal suprême du royaume.

Ces insultes gratuites au passé, ces craintes amères pour l'avenir se compliquaient d'un présent lamentable et douloureux : le capitulation garantissait la religion, la liberté, les propriétés, les emplois, tes grades, les lois, les coutumes, les tribunaux des Madrilènes; elle promettait de ne poursuivre personne pour ses opinions, de ne point loger la troupe chez les habitants. Aucune de ces conditions qui n'ait été immédiatement méconnue. On en eut conscience au camp impérial, puisqu'on fit arrêter l'impression du texte de la capitulation et arracher à la hAte les rares exemplaires déjà affichés avec trop de zèle (I). Il ne demeurait plus que la loi arbitraire du vainqueur. Plus tard on s'avisa de trouver un prétexte : la capitulation était considérée comme nulle parce que la garnison, sortie en effet de la ville avant la signature de la reddition, ne s'était pas constituée prisonnière. L'argument avait lieu d'étonner dans la bouche de Napoléon ; il avait tant blAmé le général Védel de s'être laissé comprendre dans la capitulation de Baylen, alors qu'il lui restait, disait-il, une issue dans la Sierra, comment pouvait-il reprocher aux Espagnols de s'être dérobés par l'issue de la plaine? Ils ne s'estimaient point captifs sans doute, puisqu'ils

(1) BenUer k BeUiird, 5 ddoenbra IBOS.

S9a L-ESPAGNE RT NAPOLÉON

avaient pu se retirer san* que peraonae fut devant eux qui les en empécbftt (I).

L'Empereur eut donc les coudées franches pour appliquer sans retard cette loi des suspects qu'il avait édictée à Bur^os contre l'Infaolado et quelques autres grands d'Espagne échappés de Bayonne (2). Deux cents officiers espagnols furent pris comme otages devant être conduits en France; on les parqua dans une cour du Retira et le soir on s'avisa seulement qu'on les laissait sans nourriture (-t). Leurs camarades, servant dans l'armée ■ insurgée n, eurent le délai d'un mois pour passer sous les drapeaux du roi Joseph, sous peine de la contiscation. Se créer des ressources pécuniaires sembla l'un des résultats les plus immédiats que l'Empereur voulait recueillir de ta prise de la capitale (4). Une commission de séquestre fut nommée avec l'ordre de saisir, inventorier et gérer cette masse énorme de fortunes

■ vacantes n . Avant de la voir à l'œuvre, dès maintenant l'on peut deviner l'immensité de la besogne (5). Napoléon, A sa

(1) Catte r*iwn ne fui |>oint iDvo4|n4« t«ai d'abord; aueuD reproche n'eii ■dreué k l'armée ou aui généraux e*pagnolii la capitalation »l nulle coanoe

■ n'a^fBDl pat éii leaue par le* habilantt. •

(S) Deiu d'entre eux, arrttia ï Madrid, probwtirenl en plaidant lear innocence : ■ V. M. ne peut ignorer que dani le« grand» ville* l'opinion de* pertonne* ileréei «l commandée par la néceitilé de con*erver la vie • , dtiait le marqui* de Santa Cnu, qui arec la jeune femme et tt* cinq petit* enfant* • *e jetait aux pied* du grand et trè* grand Empereur et Roi. ■ — Le prince de CaitelEraaco expliquait que, malade depui* deux moi*, il u'aTtil pu, «ou* peine de (ubir le tort du marqui* de Per«lè«, *e «onstraire aux injonctioD* du peuple et aux ordre* du duc de l'Infanudo.

(3) Bulletin de La Fore*t à l'Empereur, 17 décembre 1B08. Il y avait de* vieillard*, comme Gil de Lemo*, l'ancien miniairei il* furent exempté* du voyage en France,

(fr) ( Il ne a'accoutumait pa* k l'idée de porter ion argent en Espagne et de ne pa* vivre d'elle comme il avait vécu de l'Italie, de l'Allemagne et de la Pologne. ■ — Dr Pbidt, Mémoim tur U révolution d'Btpugne, p. SM.

(5) Décret do 18 décembre 1808, vol. 077, (bl. 310. U préNdenl Fat U. dcFréville, maître de» requête* an Con*eiI d'État ; le aecrélsire, l' auditeur Treilhard; le* membre* commiuaire* étaient : Delacroix, juriacnniulle; Bel-

coutume, est entré dans les moindres détails : il compte tirer 15 à 30 millioDE des laines confisquées à Burgos pour ta vente à l'enchère desquelles ■ tous les commerçants de France pourront concourir (I) ■ ; on enverra à Bordeaux les provisions de quinquina trouvées à Santander; on enlèvera à la Banque Saint<Gharles, ceci du moins est une prise de guerre, les dons patriotiques qui s'y trouvent encore déposés; parmi les biens séquestrés, on mettra à part l'argent comptant, diamants, bijoux, objets précieux; on enverra les cartes de géographie aux bureaux de l'état-major; à la remonte les chevaux et mulets (2). Dès que les membres du conseil de l'Inquisition, gens fort suspects, eurent été arrêtés (huit surquinze), on descendit chez le trésorier h dans le plus grand secret » , afin de saisir la caisse ; elle contenait l'excellente aubaine de 2 millions et demi de réaux, soit 613,193 francs (3). On souhaita pouvoir généraliser ce procédé, et l'Empereur, qui n'écrivait plus à son frère, retrouva sa plume afin que Joseph dépêchât des agents •• prendre les caisses dans les villages et dans les villes ■ , assuré ■ qu'il y a de l'argent partout (4) • .

Ëspérerque les recherches policières seraient menéesavec dextérité et poussées jusqu'à la dernière rigueur, on le pouvait sans hésitation, carSevary était chargé de l'affaire, lidresse une liste de suspects, fait fouiller les maisons, arrêter les domestiques et vendre à l'encan le vin, le linge, l'argenterie, les meubles. En face d'un pareil butin, il s'anime et craint seulement d'être arrêté à mi-besogne, a Ce serait dom-

lacq, interprèu de l'kmlxMKile; Romain et Defjoberi, codioU de France k CuthagioB et k Midrid. On négeait dan* l'hAial de la duchewe de l'Infànudo.

(1) Ordre de l'Empereur, 19 novembre 1808.

{X)U., 7 décembre.

(3) AP tV, iei5, Q* 30S. Gormpondane» dt FEmpereur, I. XVllI, n* 14563. Bellisrd k l'Empereur, Ik ddcambre 1808.

(i) i% dicembre 1808.

mage, écrit-U, que V- M. fit grflce, car il y a de bonaes capturei à faire (1). <• Cette iotrusion des troupes, ce logement forcé dans les maisons particulières et les couvents, constituaient une des plus lourdes charges, la plus impetiemment supportée par les Madrilènes, et la mieux faite pour entretenir leur opposition.

La curiosité même semblait avoir perdu son pouvoir. Aucune femme ne sortit pendant plusieurs jours, aucune même ne se fit voir aux fenêtres. Jamais le caractère inflexible des Castillans ne se montra plus entier et jamais de plus grand malbeur pour une capitale, celui de tomber au pouvoir de l'ennemi, ne fut supporté avec plus de dignité et de fierté (2).

Les réuDioDB demeuraient suspenduesj l'habitude mAme du spectacle ne se reprenait pas, bien que par ordre les ihéAtres fussent ouverts. Le corps diplomatique avait fui. Les gens de marque se cachaient, les bourgeois étaient dans la stupeur, le peuple méditait sa vengeance, les malandrins profitaient du désarroi pour multiplier impunément leurs larcins.

Dés la nuit tombante on ne voit plus qu'une vaste solitude. On ne rencontre presque dans les rues que des Français. La peur a fait fenner toutes les portes. Il y a constamment des désordres dons la journée et ils se renouvellent le soir sous d'autres formes. 11 ne hiut pour s'en convaincre que se promener déguisé sous un manteau et un chapeau espagnols (3).

Les paysans des environs n'osaient s'aventurer aux marchés; c'était la disette; plus de fourrage pour les chevaux; le vin manquait et à la porte des quatre-vingt-douze boulangers

. (1) Lettre! de Ssvuy k l'Emp«i«ur, T, 8, 11, IS, 18 M SO décembre 1808, AF IT, 1616, — Àppendieei, XT.

(1) MiOT DE Mbuto, Mimoitm, t. III, p. U.

(S) Rapport de L* Forut k l'Empereur, 20 dëcemlire 1808, vol. 877, fol. 8S0. Ce« BulUtiju <de* AEhirei ttnagtia «oui en double eai Archive) le», AF IV, 1611.

HAVOLÉOM ZV UPACflE W)

U foale avait peiaeè obtenir du pain {i). Des nitraùdeiUB eBrabuBtient les tnaiaoBB ; ai on envoyait une patrouille, elle pillait à son -tour; La Foreet demandait des gendarmes pour ■urreiller les palrouilleBt Des mes, dcB fureurs, des «icès donnaient la note quotidienne des relations; les généraux, les officiers supérieurs exigeaient de leurs botes des tables ^e douze, qutnse Oftuverts; la Femme d'Arîas Mon (son mari était arrêté), restée aeule avec dix enfants, eut sa maison pleine de soldats jusqu'au jour où Berthier, pris de compassion, la Gt évacuer.

Ces violences contrariaient le but de l'Empereur, son esprit net n'aimait point le désordre, il édicta contre les pillards des mesures sévères (2), ne craignant pas de iaire des exemples (3). Mais pouvait-il espérer, roulait-il obtenir la pacification des esprits quand il prodiguait publiquement les outrages aux Espagnole? C'est dans ses BaHetint imprimés, affichés, colportés qu'il les drape ainsi : les moines a ignares et crapuleux n sont des > garçons de boucherie s ; tes paysans,

(1) QuidJ il rcttoODlrait un obiucle I'Einper«iir ■ngmenuit «ei prtlendoDt an lieu de dimiouer «ei Biigeocei; l'ordonnaieBr en chef de î'irnide loi ayant rendu compte que lei bodaiigeil n'avalent plua que pour cinq & ■Il jonn de farinei, il écrivit en marge du rapport ; • Le* boulanger* Hront conilamment apprD*îiionaé* pour troia mciii. ■ IS dtJceinbre 1808.

(S) t Ordr» de l'armée. Cbamartin, IS décembre 1808. — L'Empereur epl mÂwntenI dea driiordret qui ae commettent. Le pillage anéantît loal. minw l'arma qui ]'ei«rce. Le* pajaao* déiertent... L'Empereur oïdpnne fc MM. Ici mar^chatu, génërani et officiera de prendre le* meiure* le* plu* ferme) pour mettre enRn nn terme h cei abni et i ce* eicii qui compromettent 1* lùreté de l'armée. £b cootiqueuce il eit ordonné :

I Que tout individu qui arrêtera ou maltraitera un habitant ou payun portant de* denréei pour ta ville de Madrid, lera lai^Ie-champ conduit I une cammÎMÎoD militaire et pani de mort. — NiFOLÉon, >

(3J On faiuît pijer aux officier* d'un bataillon lea dégAta commit cbet on particulier; it eit vrai que c'étaient de* étranger* du régiment de E4a**an. — < Le fanlior de la garde qui avait volé de* malelai a été jugé et condamné 4 mort; je l'«i flut bailler i de<u heurea de l'aprèa-midi ; il y «Tait un dtecbement de 60 homme* de chaque rigiment. > Belliard i Bartbier, 6 dé- Mnbr« 1906,

409 L'KSPAOHK ET RAPOLtON

des ■ fellahs d'Egypte n ; les soldats, des ■> Arabes ■ ; les officiers, des B ignorants crasseux •> ; Patafox et Florida Blanca, a des mannequins de moine ■ ; l'Infonlado, ■ aussi lAche que traître • ; Tilly, un • galérien » .

Aux injures, succèdent les menaces et réritablemeot on préfère cela. Ici Napoléon devient prolixe; son manifeste du 7 décembre ne laisse pas d'être pompeux; il est surtout comminatoire : c'est le bonheur imposé A coups de bftton :

Espagnols, Tous avez été ff^arés par des hommes perfides... La défaite de vos armées s été l'affeire de <{uelquea marches. Je suis entré dans Madrid... Aux droits qui m'ont été cédés par les princes de la dernière dynastie, vous avez voulu que j'ajoutasse le droit de conquête... Rejetez les poisons que les Anglais ont répandus parmi vous... Tout ce qui s'opposait à votre prospérité et à votre grandeur je l'ai détruit. Une constitution libérale vous donne, au lieu d'une monarchie absolue, une monarchie tempérée et contiitutionnelle. Si tous mes efforts sont inutiles, si vous ne répondez pas à ma confiance, il ne me restera qu'à vous traiter en provinces conquises. Je mettrai alors la couronne d'Espagne sur ma tête et je saurai la faire respecter des méchants, car Dieu m'a donné la force et la volonté nécessaires pour surmonter tous les obstacles.

Ces grandes phrases une fois placardées sur tous les murs de la ville, on convoqua une assemblée : les municipalités, les alcades, les notables, des députalions du clei^é, des corporations la composeraient ; on devine avec quelle spontanéité ces gens rédigèrent une adresse officielle : ■ Aux pieds de S. M. Impériale et Royale » ils portaient < les plus respectueuses actions de grAce, pour la clémence dans la conquête, de ses armées triomphantes ■ ; ils suppliaient qu'on leur accord&t la présence du roi Joseph afin que l'Espagne entière pût a jouir de la tranquillité et du bonheur qu'elle attend de la douceur de caractèrf dç Sr Majesté ■ . Entouré d'une

MAPOLitON EN ESPAGNE 408

quarantaine de députés, le corrég!dor de Madnd monta à Chamartin (15 décembre) présenter ce papier à l'Empereur. Celui-ci, dans une réponse longue, étudiée, fit une rérilable déclaration de principes.

• J'ai conservé les ordres religieux, en restreignent le nombre des moines... Du surplus des biens des couvents j'ai pourvu aux besoins des curés, cette classe la plus intéressante et la plus utile parmi le clergé... J'ai aboli ce tribunal contre lequel l'Europe et le siècle réclamaient... J'ai supprimé les droits usurpés par les seigneurs dans le temps des guerres civiles (?)... L'égoîsme, la ricbesse et la prospérité d'un petit nombre d'bommes nuisaient plus à voire agriculture que les chaleurs de la canicule (??). Comme il n'y a qu'un Dieu, il ne doit y avoir dans un Étal qu'une justice (???] .

« Les armées anglaises, je les chasserai de la péninsule. It n'est aucun obstacle capable de retarder longtemps l'exécution de mes volontés... Les Bourbons ne peuvent plus régner en Europe... Aucune puissance ne peut exister sur le continent, inBuencée par l'Anglelerre... Il me serait facile de gouverner l'Espagne en y établissant autant de vice-rois que de provinces. Cependant je ne refuse pas à céder mes droits de conquête au Roi lorsque les 30,000 citoyens de Madrid auront donné l'exemple aux provinces... »

Il concluait en prescrivant un serment de fidélité > sans restriction jésuitique > qui serait prêté dans les églises ■ devant le saint sacrement ■ . Il entendait que les principes qu'il renaît de proclamer fussent inculqués au peuple • par les prêtres au confessionnal et dans la chaire, par les négociants dans leurs correspondances, parles hommesde lois dans leurs discours et leurs écrits • . — Quant à l'opinion que ses auditeurs devaient concevoir de lui-même, il voulait bien l'indiquer sans ambages : ■ Vos neveux me béniront comme votre régénérateur. lU placeront au nombre des jours mémorables

4M L'<MAGN£ BT MAPOkiOK

ceux où j'ai paru pascmi vous, et de oe« jours datera la proapérilé de l'Espagne ! b

B VoilA, mouaieur le corrégidor, mu pensée tout entière a . — Ainsi dAmeot stylé, ce magistrat rega^iM Uadrid afin d'y préparer l'étrange cérénuMÙe du ■ serment ■ . l>a volonté de l'Empereur l'imposait, sa perspicacité aurait dû lui en montrer l'inanité. A quoi sert de parler quand l'auditoire a résolu de ne pas écouter votre discours? On peut estimer cérémonie puérile cette adhésion officielle des citoyens : de maison en juaisoo circulèrent des re^stresafin de recueillir les suffrages des Madi-ilènes; ils se couvrirent de signatures nombreuses (I) ; qui eût osé les dire sincèresî Le 33 décembre eut lieu te serment solennel de (ïdéliLé à Joseph; dans toutes les églises le saint sacrement demeurait exposé; la foule était énorme, grave, aniieuse, ■ on lisait sur les physionomies la conviction qu'il fallait se soumettre ■ ; il n'y eut pas de désordre ; des émissaires 4e la police surveillaient l'attitude et les troupes françaises étaient là pour stimuler le zèle.

L'Empereur affectait de présenter sa conquête dans un cadre religieux qui la rendait sacrée et intangible. Ses circulaires vont trouver jusqu'aux évéques d'Italie, auxquels il ordonne de chanter des Te Drum à propos des victoires de Burgos, d'Espînosa, de Somo Sierra, de Tudéle, ■ ils appelleront les peuples dans tes saintes églises pour des prières appropriées aux -circonstances. ■ — Certains prélats français manifestaient spontanément leur adulation ; l'évéque de Cahors, Mgr de dranville, ae haussait aux eomparaiaons iùstoriqnes :

Le sonç coule sur le territoire espagnol et semble venger les paisibW habitants du Pérou... (2). De toutes les oonquétee qui

(1) Ll«reiile dit qn'ellci aUeignireiit la ehiffn àe ISiMO.

llAPOl,C0N BN SSPAGIfE MB

ont imnortofiaé le règa» de napoléon, celle-ci evt k plaa ai^tfaiuntc pour son coaur. Parta^fcom de» sentÙMuta di^e» i'mn iiioiian]ue nui se glorifie- d'être le fil> aiaé de rËglùc (1).

Par sagesse, par politique, par lassituJe, ce fiU aîné de l'Église demeurait toujours iovisible aus sujets de <> Sa Majesté Catholique • ; on peut croire que ce n'était ni par crainte ni par discrétion. Installé au-dessus et assez loin de Ta capitale, il occupait modestement à Ghamartin la villa de l'Infantado. Aujourd'hui c'est une paisible maison d'éducalion des Dames du Sacré-Cœur; dans ce pensionnat de jeunes filles, au rez-de-chaussée, la petite chambre du conquérant est encore intacte, oarrant ses deux larges fenêtres sur une terrasse défendue par une grille, orientée vers Madrid, que cependant l'on ne voit pas; trois marches basses conduisent aus allées du parc dont les lignes de sapins donnaient, même en plein hiver, l'illusion de la verdure; et c'est dans ce décor de cimetière, à travers ces barreaux de fer que le regard de l'aigle devait passer pour mesurer ce sol étranger qui treroblail dans ses serres. En ses journées de quasi-solitude, que de choses mélancoliques, angoissantes, traversèrent ce cerveau de génie ! Vit-il la difficulté de l'entreprise? Son orgueil arriva-t-il à deviner les longueurs de ta résistance; les incendies, les ruines, le» morts passèrentils, comme une vision sanglante, sous son œil courroucé, croyait-il entendre la plainte des mourants quand craquaient sous ses pas les feuilles desséchées? Avec les frimas qui courbaient les branches des mélèae», un voile de tritteau sans doute alourdissait son 4me; mais le givre fond an premier rayon du soleil et l'astre de Napoléon était assez brillant pour dissiper cet grises vapeurs.

One fois seulement, et de grand matin, il descendit k

(1) HwdmMil da t- jutvitr ISM.

406 L'ESPAGNE BT NAPOLtOM

Madrid et entra au palais, par les huboargs et les jardips. Toute somptueuse que lui parût la résidence royale (I), ainsi que l'ont rapporté ceux qui l'accompagnaient, rien n'excita plus viTement son attention et sa curiosité que le portrait de Philippe il. C'était moins sans doute un hommage au pinceau de Pantojà qu'une impulsion secrète vers ce monarque dont le sceptre de fer avait pesé sur deux mondes.

Qu'aurait pu être avec ce prince indomptable, antagoniste en son temps des Anglais, la résistance de l'Espagne, quand elle se manifestait si hiroucbe encore sous ses pâles et débiles successeurs? L'Empereur eut-il un retour amer sur Trahlgar en évoquant le souTeoïr du monarque qui avait connu le désastre de l'invincible Armada? De tels adversaires sont pour flatter un victorieux comme Napoléon et sa rêverie le retenait en face de ce profil sévère, impassible et puissent, vêtu, dans son pourpoint noir, avec la même austérité souveraine que lui dans sa redingote grise. Lorsqu'il fut au bas du grand escalier, frappant du poing la léte de marbre des lions de Castille : ■ En vérité, mon frère, dit-il à Joseph dont il s'était fait accompagner, vous êtes mieux logé que moi 1 ■

Cependant il rentrait ulcéré A Gbamartin; son passage dans les rues n'avait produit aucune sensation, son cortège n'avait pas fait retourner les têtes (2) . L'abstention affectée des vaincus lui montrait combien peu avaient réussi ses efforts pour a former l'esprit public >> , et ta censure supé-

(1) • Aucun papier n't, 4ti •oaMrtit de* AciiUmiet d'Bûtoire, d«* Beaiizut», de JuriipradBDce, ni de la Trtiorerit. Le palaii du Hoi • été reni* à H. Expert (le colonel maréchal de* logii) en trèi bon étal. ■ — Alexindra DE LiaoM>B, Jtappùri à l'Empereur rur l'état da ta ville de Madrid, U 4 déceniAra dant ta nuit.

(S) • L'Empereur l'élaîl flauj que U célébrité de ton nom et le déùr àm voir nu bonnoe ai extraordinaire attireraient aaloor de lui le* foole* et qu'on ■e preiaerut inr •«* pai ; rieu ne répondit k cette attente. Il traveiM U TÏIle pour aller visiter le palaii dei roia d'Eapagnej penonne ne le *uiril ni ne «'arrCu *ur »oo pauege. • MtOT oa Hkuto, Mémmret, t. IH, p. U.

MAPOLÏON BM BSPAGNK 401

fieure confiée A M. de La Forest afin d'accommoder les domvellet, embellir les boones, supprimer les mauvaises (1), et les pamphlets, caiicalures, chansons, ■ noëls populaires ■ qu'on derait multiplier non seulement en Espagne, mais encore traduire «pour (es répandre jusqu'en Italie et en Allemagne ■ (2). Tout cela était vain par la première et excellente raison que cela n'était pas lu des intéressés.

Sa consolation se trouvait dans sa force militaire. Il veille avec sa sollicitude avisée à l'entretien minutieus des pièces de son échiquier. Comme un amateur touche avec un ardent amour de la propriété et un quasi-respect les objets rares de sa collection, il arrête un œil salishit sur ses soldats. U inspecte loua les corps de passage. Mais là encore, dans son orgueil, la fierté castillane a su l'atteindre : le sentiment patriotique, par un mot d'ordre, éloigne du spectacle tout Espagnol; nos bataillons défilèrent sans être regardés et Madrid demeura obstinément aveugle à ces parades guerrières qui, en des circonstances analogues, avaient charmé les bous Allemands de Vienne et le peuple de Berlin élevé à la prussienne.

Les revues avaient lieu sur le large plateau de Chamartia. Neppléon convoquait les régiments de Bade et de Nassau, le bataillon de Francfort, la division de Sébasiiani, le corps d'armée du maréchal Lefebvre, celui du maréchal Ney, groupant ainsi sous sa main une masse de plus de -10,000 hommes.

(1) • En DotTs ump imp&rid ds Chamwtiii, 10 déoeinbre 1808.

• St MaJBili ordonna i

• i* Qna U G^Mtte da Madrid partitn tout la* joun ;

« V Que H. Lftibreil lera chugi da tout lu déuili di ]■ rédaction,

• On y matira laa Bulleliai da l'armée, 1 meiure qu'iU arriTaront par la Monittur, en filant lea pauagei qui pouiraienl cboquar; lai nouvellca ëlrangèrea qui paraîtront dan* le Monittur, an y faiiant lei moditicationi propiea ao paya. — Aucune gaietta quelconque ne pourra £tre imprimie, que le gou- TarnameDl ne l'ail comuinniquée k U. Laforaat, •

{S) L'Empareur k PottcU, 1* jaonar IBOO.

4M LISPaGNE IT HAPOLtON

•— UarriTtit, ■oeonpagné d'ua bviUaal état-major, dewMclut À» dieval, parcourait Us- raogi, adretMÛt U parole «bi reMM officier* en aux lïeui cbevroiuiéi, faisait «lécutcr i ton comnandenent quelques rnooTeuMOts, remarqwaaC, sffeotant de renarquer les moiadresdélaik, jusqu'à la baïonnette cassée d'un voltigeur, ce qui lui faisait dire ea manière de leçon : ■ J'aime mieux Tmr bd soldat sans culotte que saut baïonnette (I) . <• — Le samedi Ift décembre vînt le tour de la garde. Sur deux ligne», à csot pa» de distance, elle fat déployée, toutes les troupes en gnade tenue, tes capotes roulées, le sac au dos et les cartoeelie*. L'nrlîtterie en bataille A cinquante mètres en avant. Les mameluckt, le* g«ndanaes d'élhe, les ehcvau- légers polonai», ceux ds grand-duc de Berg, les grenadiers fermaient la droite; au centre le 1" corps; à l'aile gaveite Han^and, !i(auriee Mathieu, Ney, et la cavalerie de Colbert. -~ C'était l'aprèsmidi, la brise péoétraDle et subtile de Madrid s'était élevée «4 faisait claquer les étendards, sur l'haraaonie lointaine des BBusiqaes se détachait le roulement soccenif des tambours battant aux champs. La figure de S. M. demeurait songeuse, la veille on avait reçu du général La Hoassaye trots Français éeba^^s aux Anglais, et ces gens rapportaient qu'un corps britannique très important devait »e trouver & Salamanque. L'Empereur s'avançait en des foulées de galopa quand le prince de Neuohfltel, à toute allure, vint le rendre, lui parla discrètement botte à botte. Napoléon s'arrêta net au premier mot et mettant pied à terre se précipita vers un sousofficier qu'on lui amenait, pour lui arracher des nains l'enveloppe que celui-ci tendait avec émotion ; écarrtant do geste son entourage, il lut fébrilement le message qu'envoyait de Burgos le général Mathieu Dumas : datée du 1 7, quatre heures

(1) BùUnijut du régtmttit J* JfiMMO.

HAPOi^ON BN aSPAMIE Ml

d» w«tio, cette Uufc tranamcttaît cteu dépAchca du m»< récbal SoiiU, datAst du 16, Mndaot ee«pt« que dan» kt Miit, au TtlUge de Rueda, trois eeats cavaliets aaglaig ■ eowkiiu par une mawe cousidérable de paysans bemaoes et fenmea, tenant des torches i> la main ■, avaient, au soa du tCKUÏB, altaqui à l'improTiste une araal^^rde du général France»obi, et l'avait détruite; que le lendemain un autre délAchentent français s'ëtait trouvé pourchassé par des escadrons angtaie appuyé* d'au moin» 5,000 hommes d'infaatene; enfin ■ il y avait une graade rumeur i VaUadelid ■ et le général Franceschi avait dA s'en retirer, •• repliant sov Mediaa de Rio Seco.

Quoil les An^ais que Napoléon repréaentak & Ney «se sauvant i toutes jambes ■ , qu'il croyait marcbaDt en retraite ver» le Portugal, tout au plus massés encore à SaleaMoque, les Anglais se trouvaient en force à sa droite, «tr la route de Madrid à Bu^os, coupant presque la communicatîou avec la France, et ils prenaient l'offensive par une pMnte hardie t Valladolid! Sur l'heure il interrompt la revue, cosgédic les treupea, rentre au grand trot à Cbamartin «t se penche sur ses cartel pour aviser aux moyens d'atteindre enfin set éternels ennemis ; contre eus il se mettra lui-même en marebe s'il voit la possibilité de leur u donner une bonne leçon •. — Dans la soirée, comme des fusées lumineuse», avec une merveilleuse activité les ordres partent en tous»ens(l]: àJunot, rechercher et envoyer l'état des régiments anglais qui étaient en Portugal « de son temps ». — A Ney, qu'il soit en route le lendemain à la pointe du jour. — Au général Tilly : faites cuire du pain à Ségovie ■ parce qu'il va y passer beaucoup de troupes ■ . — Au général La Houssaye : envoyez des reconnaissances sur Salaraanque et des ofSciers à Berthier ■ à (1) Tout MIDI da 19 décembre 1808, daU* de 4 heura* k 10 heorei da

tM L'ESPAGNE ET NAPOLÉOM

Au premier contact avec lea éclaireurs de Lasalle, le jeune et bouillant Belveder, trop jeune et trop bouillant, s'en vint escarmoucber dans la plaine et canonna des patrouilles de cavalerie. Il eût mieux tait de profiter des heures pour mettre en défense le château d'une ville o£i déjà régnait la panique et qu^abandonnaient les habitants, les magistrats et une partie de la gamisoD.

Le 10 novembre, dès 6 heures du matin, Belveder plein d'ardeur fit sortir ses tirailleurs du bois de Gamonal et ouvrit le feu. Alors la division Mouton, en colonne serrée, l'arme au bras, prit le pas de charge et, sans brûler une amorce, traversa la ligne espagnole, enfonçant & la baïonnette les gens remparés dans les fourrés. L'idée de cette poussée à découvert était téméraire, l'effet moral fut foudroyant; les régiments se débandèrent, seul un bataillon des gardes wallonnes tint bon un long moment, son chef don Vicente Genaro de Queseda, couvert de blessures, tomba sur le sol; porté & l'ambulance on lui rendit son épée en le félicitant de sa valeur (I). Ge fut là le » simulacre de résistance que l'on décora du nom de combat ■ , dit un témoin (2). — Pendant ce temps, Lasalle s'étendait dans la plaine : il passe au pied de la Chartreuse de Miraflorcs, envahit la vallée de l'Arlançon, déborde à gauche le bois de Gamonal, sabre les hussards de Grenade et poursuit les fuyards jusque sur la route de Madrid. — Bessières débouche à droite par le col de Quintanapalla, traverse les faubourgs, le pont de las Uuelgas, et lance ses chevaux A fond de train sur la route de Lerma. — Belveder ayant voulu rallier quelques débris est entraîné par ses hommes qui lui crient : ■ Nous n'avons pas de cartoucbesl • ou : a Ifous sommes trahis ■ (3) ! D'autres jettent

(1) Général de ârteche, Guerra de ta IndepenJentia, t. III.

(Z) Colonel DE GoBBETiLLE, Souiieiiiri militairet.

(3) C'en toujoun l'eicute de* komine* qui fuient; voicî de* «lUaiu de

Napoléon en eSpagne sel

leurs armes en blasphémant : n Que l'àme de ceux qui nous ont menés ici soit dans les grîEFes du diable ! <• Nos cavaliers atteignent des fuyards de toute sorte, bourgeois et soldats, ramassent fusils, sabres, voitures, vêtements, jusqu'à des caisses d'ai^enterie abandonnées sur le chemin (I).

L'Espagne — tués, blesses, prisonniers, — perdait plus de 3,000 hommes, 20 canons, 12 drapeaux. Ces étendards furent envoyés & Paris et offerts, en grande pompe, au Corps législatif. Nous n'avions que 150 blessés et 50 morts atteints par le boulet, preuve qu'après la canonnade du début la résistance avait été nulle. Vainqueurs et vaincus, personne ne se piqua d'uue grande exactitude : dans un style qui rappelle la dépêche du prince de Soubise à Louis XV après Rosbach, la lettre de Belvcder à la Junte suprême prétendait avoir soutenu le feu pendant treize heures, parlait de a retraite glorieuse ■ et se terminait par cette niaiserie : » de crainte que l'ennemi ne me poursuive demain, je vais partir de suite (2). a — Quant à Napoléon, dans sa note datée du quartier général de Gubo, 10 novembre 1808, il grossissait d'un quart les effectifs de l'adversaire (3), ajoutait un zéro au cbiffre de prisonniers que lui annonçait Soull : 8,000 au lieu de 800; puis apprenant ce détail que l'armée d'Estramadure était habillée d'uniformes rouges, il ordonnait de tirer le canon, de sonner Us cloches pour annoncer, non une victoire sur

letlrei lie loldau eipapiol* interceptée*. • ... Le général, qui ittit no iraitre, ordoDDaît de pointer trop haut; alon l'artilleur ne voulut point faire feu et dit au général de pointer la pièce lui-mèaie. Cette réponae fut agréable k tout le inoode. > — • Il y a beaucoup de trailr» panoï nouaj noui en avoni reconnu no hier aur le pont d'Araoda de Duero et doui l'aTOni criblé de coupa de poigoard. , . •

(1) Dactihcourt, Notice hiitoriijue tur te régiment de chevan-légert polo-

(S) DépAt de la guerre à Madrid.

(3) Dana deux leltrea écrite* à la même heure, il diaail 20,000 homme* (an maréchal Le&bTTe), S5,000 hommea (ao maréchal Victor).

410 L-BSPAGNB BT HAPOLtOH

meture que roui apprendrez quelque cboie » . — Au gëoéral Destollet : lerrex d'AlcaU sur Madrid ■ lans laÏMer penonae eu arrière ■ . — Au maréchal Victor, ae tenir pr£t à passer, dès le premier ordre, de Tolède à Taraocoo. — Au maréchal Lefehvre,ae porter, selon l'occurreoce sur Salamanque, sur Avila, sur Almanza, sur Guadalupe ou sur Uadrid. — A Lasalle : poussez des recouaaissances vert Plasencia. — Au général Laborde, qu'il se b&le pour proléger Burgos. — An général Lorge, qu'il se mette aux ordres du duc de Dalmatie. — Au maréchal Soull, les troupes de Bui^os passent & son commandement, donc : * manœuvrez et agissez ■ . — An général Mathieu Dumas : l'Empereur l'approuve ; qu'il envoie vers Saragosse prendre des nouvelles, et qu'il sache que le maréchal Ney • avec tout son monde ■ part k la recherche des Anglais ■ hien qu'on ait peine à penser qu'ils veuillent compromettre leur armée pour des choses éphémères • .

Et lui, Napoléon, peut-être un peu ému à la veille de cette rencontre fortuite souhaitée depuis longtemps, songe i ne pas faire mentir sa prédiction : ■ C'est un bienfait de la Providence, qui a constamment protégé nos armes, que les passions aient assez aveuglé tes conseils anglais pour qu'ils renoncent à U protection des mers et présentent enSn leur armée sur le continent. > Ayant mis, par ce tour adroit, le Ciel de son càté, maître de sa pensée, sûr de ses troupes, il va mener sans reUche la partie décisive, qu'il juge digne de son génie.

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