CHAPITRE VI
MAPOLÉOn BH ESPAGNE yuri anglais, — La diversion uutrickieniit. (Décembre IftOUaDvier 1809)
Sir Jobn Hoore eat mi) i la tCte dei force* briuoniquei dam U p^nintule.
— Il ae rend 1 Salamanque ; ion lieutenant Hnpe le rejoint par la chenin dn Gnadarnma. — Moore i'a*aDce ver* Soult dam U Léon, — Rencontre h Sahagun. — L'approcha de Napoléon décide le* Anglait à 1* retraite.
— Leur préiencB engage le duc de Dalmade i renforcer le II* corpi. L'Empereur marche en hite contre le* Auglaia. — Pauage pénible du Gu»-
darrama. — Manisuvrci dau> la vallée du Duero i la recherche dea Anglaii. — Napoléon l'élaoce eur leun Iracea. — III paateul l'Eila avant lui, — EacarmoDche malbeureuae de Lefebvre-Deanouïtie* k Benavente.
— Travenée difficile de l'Eala. — Pourauile lar Aitorga. — L'Empereur a'arrile et re*ieni lur lea pai.
Le maréchal Soult commande l'armée qui preM« lea Aogltii en pleine retnJte. — Mort du général Colbert à Cacabelloi. --~ Démoral itati on, ■ouf&tncei, pertea et pillafea de l'armée britannique. — Saccage île Tillafrtnca. — Halte dea deux arméea à La|0. — John Moore reprend m courte vert l'Océan, >e réhpe k la Corogne et prépare ion embarquement.
— Soult arrive k tonte vitesse. — Bataille indécise du 19 janvier. — Sir Jobn Moore est tué. — Bombardement de la flotte anglaise qui prend la mer et échappe. — La Con^e ouvre ses portes. — Attaque el prise du Ferrol.
— L'Emperenr charge Soolt victoiienx d'aller chasser dn Portugal les Anglaia qoi s'y trouvent encore.
Armemeoli de rAulHche en 1808. — Après Erfurih manœuvres de Talley< rand à Sainl<Pétersbou^ et k Vienne. — Politique de M. de Mettemich.
— UaDifeale de la Junte espagnole k l'Europe. — Échec des pourparlers de la France el de la Bnssie avec l'Angleterre. — Concession* pacihqnet de l'Empereur; sa colère de leur insnocé*. — Traité d'alliance entre Londres el la Junte de Séville.
Napoléon averti des intrigues de Paris quitte l'armée. — Séjour k Valladolid.
— Réception des député* de Madrid. — Retour précipité en France. — . Disgrécede Talleyrand. — Menacée k l'Autriche; réserve de la Russie. —
Hnderv envoyé k Joseph. — L'Empereur se taume oontre Vianne.
La première rencontre des Anglais et des Français, les armes à la main, dans la péninsule, avait eu lieu en Portugal, au mois d'août. L'insuccès de Junot, contraint à voir ses troupes embarquées pour la France, te trouva consacré par cette convention de Cintra, dont la modération cependant souleva en Angleterre une indignation assez peu réfléchie. Comme les Athéniens après le combat des iles Argînuses, le peuple de Londres eût volontiers condamné ses généraux pour avoir remporté la victoire. Contre Wellesley et Dalryraple, obligés de venir se justifier devant un conseil d'enquête, l'orgueil britannique, aussi mal inspiré que l'orgueil impérial, se déchaina avec une violence, une exagération, une injustice en tout semblables à celles de Napoléon contre Dupont et Marescot. Le sens utilitaire des Anglais fit plus vite bon marché de la gloriole; revenu des aj^arencet, dès qu'il eut bien compris que son intérêt avait été de se trouver, au meilleur compte, débarrassé de notre arnée, il lui subitement ses doléances, endormit ses sosceplibililés et prépara en silence l'envoi de nouveaux renforts sur le continent. Us possédaient 30,000 baïonnettes dans le Portugal; 5,000 hommes de plus débarqueraient & la Corogne avec sir David Etaird. Le commandant en chef serait nr Jobn Moore, qui r«çnl ses ordres à Lisbonne, le 6 octobre (1).
(1) Jobo Moore (1791-1809; 6lt d'un oMtma ëco««ii. Il Et >■ pMm d'An^rîque ; combatlil en Cône, aiu l>dei, ^ Irlande, en BffpW ; bl«M4 t AbouJdr. Major ffaèni. Envoya sd Snide ■aprii in roi GoMare IV; commandant CD cbcf l'annia angJaiaa en Portugal «t ea BfpagiM (180S); ^oricn- Kmenttui k la Co>«fD«.
SAmiJÉiOV BN XSVAOWK «tl
C'était UD Mtldat mélbodïqoe, calme etfrmd, d'une Bcicnce militaire éprouvée pour l'avMr accfoise contre tes adversaira les plus divers ; bon taotioteo ponédant de la fermeté et du courage. L'hésitation était la lacuoe de son esprit. Elle lui deveiiail une qualité pour appliquer en Espagne la politique militaire de son pays : eatreteoir le feu de la résistance et s'y brAler le moins possible les ailes, apporter aux Espagnols un appui moral, un appoint matériel à la dernière extrémité seulement ; pas de gestes chevaleresques ai de coups de tête belliqueuK : des actes utiles, produolïh et le moins coûteux qu'il se puisse. Les oompatnotes de Gulttrer s'entendaient pas s'épuiser en des espéditione > lillipulieoaes ■ , mais agir par messes, comme à coup aâr, au moment opportun; tirer, en un mot, contre la Franoe, par l'Espagne, tous les avantages possibles pour l'Angleterre-
Notre voisinage, dos aftinîtés, nos alliances, surtout députa Philippe V et le pacte de famille, nous firent longtemps des amis chez ces Espagnols, comme nous de raoe latine, que nous avions abordés en alliés, en camarades, que noue combattions même encore avec une traditionnelle bonne humeur, «t qui ne nous devenaient tout A coup furieusement hostiles que pour défendre leur indépendance.
L'Angleterre au contraire n'avait jamais vu en ces provinces qu'un riche compKùr européen à prendre, une rivale coloniale i épuiser; embusquée, «ur le rocher de Gibraltar, l'Espagne Jui devemût une arme de rechange, un btiiertout neuf que le cabinet de Saint-James poussait en pleine poitrine de l'Empereur. Nous avons entendu Shéridan le proclamer au Parlement : ■ Jusqu'ici Bonaparte a remporté des victoires, parce qu'il a eu affaire à des princes sans dignité, k des ministres tans prévoyance ou & des peuples sans patriotisme. > Sir John Hoore comprenait ce langage et préoccupe à juste ititre .de ne fMu fisnpniBetlK -la Mule
4U L'ESPAGRK BT RAPOLtON
armée de terre du Royaume Udî, tenant les généraux espagnol* pour médiocres, leurs soldats comme mal formés, il mit sa confiance de suite et uni<]uement dans l'enthousiasme du peuple.
Le 11 novembre, il franchissait la frontière portugaise entre Almeida et Giudad Rodrigo, voulant aller jusqu'à Salamanque. 11 avait divisé sa troupe en quatre colonnes, et croyant, à tort d'ailleurs, impraticable à l'artillerie la route plus courte qu'il prenait, il ftiisait' faire au général Hope, emmenant tous les canoDS, un énorme détour de 500 kilomètres par Talavera, dans la direction de Madrid. Les Anglais s'avançaient ainsi, en pays ami, par petits détachements, à une journée de marche les uns des autres, afin de vivre plus facilement. La tête arriva le 13 novembre à Salamanque, la queue rejoignit seulement dix jours après. L'ensemble atteignait 17,000 hommes. Sur les armées espagnoles, leurs positions, leurs forces, les plans d'opérations, sir John Hoorc ne possédait que des renseignements confus; par contre, il apprenait assez vite leurs défaites d'Espinosa et de Bui^os. Ses déceptions se multipliaient : son artillerie n'arrivait pas, ni le renfort attendu de la Gorogne; livré tristement à luimême (1), il manquait d'argent (S), par un phénomène étrange mais certain, demeuré incompréhensible si l'on songe aux millions anglais recueillis et envoyés (3). 11 ne savait quelle mesure prendre, écrivait à Madrid pour se concerter avec le ministre anglais et se retrancher derrière
(1) ( Je iD» dana on gatpisr doQt Dien moI uit comment je poomi me •ortirt > — John Moore à ion frère Jamai, M norerabre.
(S) < Je luii lani un ihellÎDg pour l'entretieii de l'anuie et je cramijoDrnitlemcDt qae par taite du maoque d'ai^Dt oo ceue de noai fournir de> TJTre*. ■ — John Moore h lord CMtleria^, ti noTembre 1808.
(S) Le général de Arteche {Da la Cooperacioa de loi hgletet en U gutrrm de la Indtpendencia) croit, il e*t mi, ce* accourt p^Doiaire* fort cxa^ré* : * Cvmo habia do innndanioa ooo lo tça» po taniaf >
MAPOLCOM in BSPAGRB 41S
ton antorité • dans une question qui n'était pas purement militaire >. Une mauTaise nourelle le sortit d'hésitation. Quand il connut le S8 novembre la débâcle de Castaûos à Tudète, il se décida, «par une détermination cruelle*, & retourner en Portugal. Son pessimisme allait jusqu'à considérer cette contrée comme logiquement perdue. Enervé de voir la Junte suprême se livrer à la tâche facile de «former des armées sur le papier « , il voulut mettre la sienne & l'abri et envoya à ses subordonnés des ordres précis pour que le général Baird, rebroussant promptement vers la Gorogne, s'y embarquât et retrouvât A Lisbonne les eaux protectrices du Tage; |iour que te général Hope vint le rejoindre immédiatement A Salamanque et, aussitôt après, faire route commune en arrière.
il se trouva que Hope ayant lentement, péniblement suivi son chemin dans la même ignorance et la même pénurie que son chef, avait eu, arrivé à la hauteur de Madrid vers le milieu de novembre, une conférence avec Morla; il était revenu mal impressionné de ses » raisonnements militaires sans suite ■ et s'était résolu à poursuivre son itinéraire par le seul passage de la Sierra qui le fit rentrer dans la plaine de la vieille Gaslille : le puerto de Guadarrama. Comme îl opérait ce mouvement, les 27 et 28 novembre, ses éclaireurs signalèrent la présence très proche de troupes françaises; ce n'était rien moins que la Grande armée qui avançait pour Franchir en sens inverse de lui-même les gorges de Somo Sierra. Hope, derrière le rideau de la montagne, se déroba rapidement, heureux de n'avoir pas été éventé par les patrouilles de dragons du général Milhaud ; dans la confiance de se trouver couvert par la place de Ségovie où se tenaient les Espagnols du général Heredia, il fila à marches forcées loin de l'ennemi vers l'ouest, jusqu'à Alba de Tormès, où l'atteignît l'ordre de sir John Moore, à peine à six lieues du rendez*vous même qu'il lui fixait.
41« L'KSVA«HB ET HAVOLÏÔN
Pendtat «e ten^ Moore avait modifié ses projets : toaché des instances multipliées de son compatriote l'ambassadeur Frère, qui le suppliait d'accourir participer à la défense de Madrid, impressionné surtout par l'explosion de cette résistance ■ populaire ■ à laquelle seule il attachait de l'importance (1), il se décida A ne pas repartir sans avoir tu radvereaire ni tiré un coup de fusil. 11 passa ainsi de l'estrérae prudence A l'extrême témérité, car l'annonce de la prise de Madrid «e l'ébranln pas dans sa résolution nouvelle : groupant près de trente mille Anglais, espérant s'y adjoindre autant d'Espagnols du général La Romana, il s'avança sur Talladolîd, afin, s'il était possible, de pousser au delà de Burgos et couper les communications de Napoléon avec les Fyrénées (S). Sans se faire d'illusion sur son péril personnel, guidé par des considérations politiques plus que des raisonnements de stratégie, il se flattait d'attirer ainsi A la défense du nord, loin du midi, l'Empereur et de rompre par cette diversion son plan de conquête (3). Il n'eatimait pas d'ailleurs que toute la Grande Armée dût revenir poto: l'écraser :
Quoique Madrid nit capitulé, cette ville doit nécessairement occuper une portion considérable des forces de l'ennemi. Saragosse
fl) QnBitd Frire Inî anit déptchd deux p^D^«i etptgnoli pour pnodre laapM, il lui Biail ^rit : < Ce* dan* *i«iU«irdi *OQt plotAt deox ««!)« KuniDsi, Je tou> Mrsi obligé i l'avenir de m'iparpier de lemblable» viiîtei qai (ont fort piaibln. > — (6 décembre 1808.)
(S) J'en Womie une preuTS concliunte dioi le Mimaranium mennacril d'oD ofbcier d'arlilierie anglait, de la brigade du général Antraatlier : îl arail tracé i l'avance toutai lai étape* de 6alamani|ue ï Saint-Jean-de-Lai ; il • Boté Im LieDi réell«nient MMiau et aon carnet i'airttc à Vatladolid. — Papier* intereepli*. AP IV, 1617, lO" Aouia, n' 35.
(S) f Le véritable but de ma marebe était de créer une diveralon en hvear da ittdde l'Eapagne, CD attirant l'attentioa de l'ennemi. Je aavaî* que j'avaia k craindre de voir cQnpée ma ligne de cammunicalion avec la.Qaiiee, mai* déairenx de faire quelqae cboae, je réaalai de (enter la cbance. ■ — Jolin Moftre an géoéral BrodHck, 38 décembre lff>8.
NAPOLÉON EN ESPAGNE i|7
est également l'objet d'une diversion importante. L'ennemi ne peut donc dirif^er toutes ses forces contre moi (I).
Il nous croyait beaucoup moins nombreux qu'en réalité DOUB ne l'étions dans ces parages, il ignorait la présence du maréchal Soult descendu de Sanlander dans la vallée du Carrion, et ce fut le hasard qui lui apporta les renseignements qui lui manquaient : sur un officier français assassiné par des paysans on trouva une dépêche de Berlhier à Soult; elle donnait, au 10 décembre, les détails sur la situation de l'armée devant Madrid, les intentions de l'Empereur, les positions récentes du duc de Dalmatie. — Sir John Moore changea une fois encore ses dispositions : il ne dépassa pas Valladolid, après y avoir prélevé une contribution de 400,000 réaus, concentra son monde, invita La Romane à le venir rejoindre et fit front du côté de Soult. — Déjà le 15* régiment de hussards anglais avait pris contact, en heurtant à l'improvisle et victorieusement, la nuit, au petit village appelé Rueda, un détachement de fourrageurs français; la semaine suivante, dans des proportions plus graves, l'entreprenant lord Paget, à la léte de 500 chevaux, avait, à Sahagun, renouvelé avec audace et bonheur cette tentative nocturne; il avait fait 150 prisonniers au général Debcile et sabré les dragons du colonel de Tascher, rejetés en désordre. Loin de s'endormir sur le succès, John Moore, prévenu par La Romana de l'approche de masses françaises imposantes, en conclut sagement qu'il courait le danger de voir compromise sa propre retraite éventuelle; il remercia son collègue espagnol de son activité et de son zèle, lui déclara que ■ leur entreprise n'était plus de saison ■> et ordonna immédiatement demi-tour vers Astorga, où il trouverait, après avoir passé la rivière de l'Ësla, une barrière protectrice; à son abri il
(t) Sir John Moore i Ivnl CaïUereagh, 11 ddpGmbre 1808.
4lft L'ESPAGNE ET NAFQI.ÉON
pourrait reprendre baleine et ipéme envisager une défense honorable, tout en te maintenant dam la pengée qu'une bataille " faisait le jeu de Bonaparte » et non le sien. Préoccupé de retrouver ses approvisionnements, des trois chcroins qui s'ouvraient dcvnnllui il pritceliii de Benaventc bien qu'il fût le plus lopj^ et le plus rapproclic de ses adversaires (l); mais pendant deux jours (24 et 25 décembre) il ipasqua son recul en déployant sa cavalerie, qu'après cette couverture opportune il replia vers lui aussi prompteraent que le pofmircnl la neige, la pluie, la bouc, à travers de; chemina détrempés par le dégel. La Ilomana, plein d'ardeur et de courage personnel, ne pouvait lui apporter aucun secours efGcacc avec une armée désorganisée (2), des chefs sans expérience (3), des soldats mal armés, mal payés, mal nourris (i) , des recrues ignorantes (5),
SouU eût été insuffisant pour l'écraser à lui tout seul. A côtâ deq çolides balailloas de l'ancienne division Mouton, ses
(1) I^ coqimandaal Bs|agpy (i. III, p. (143-638) ■ 4opDé i)ne crilique eicelJenle de ce» deux opéralion* de Moore ; *a pointe aTcmureute, ta retraite précipitée; et oelte bizarrerie du >orl qui Muva l'annie britannique pour let ipolih préei*éinftpl qui la ileTaicnl perdre,
(S) Ouit une aggloqu! ratio D de 30,000 hommea diatffi de tout, dont on pouvait tirer k peine T. 000 aoldata en ^tat de faire campagne et 8 canon* attelé*; pai de cavalerie, pai de tolde deput* un moi*, peu de ipUDtli<iDf, fc peine M carlouclie« par giberne.
(3) Cne rirculaire de la Itomant à lea chch de corpi reproche l'habitude d«i juioDi, f lei favorii st le( oioiutache* ënaroie* ■ , de* fttanienti rîdîcwle^, k piltf^ de« niagatint,
(4) < II est moralement îoipaaiible qu'iU puiuent tenir devant une ligne d'infiBlerie Fran<;aiie. Un tien dei fuiiU eapagnolt ne pourra faire feu; de* lu)fH^e( miuie brari^i |ie peuvent lijlter d*"' de* coojjjliona pareitlet. » — Lettre du lieuteoanl-colonel Symea k >ir David Baird, 14 décembre (808.
(5) • Le* uniforme* de* *aldat« étaient bigarrét et qudque*-un* étaient k naitié du). Cetsient en gÉair^l f]« cobuilca jeune* geni, a^na ordre pi 4iiç>-
él«t d'ivreate. i Id. — lia provenaient d'une levée en miiie dea bsbitanU de Lion, de aeiie i quarante-cinq ans; leurs rctaource* devaient êlre fournie* par voie de réquÎMtien.
NAPOLÉON EN ^SPAGIIE 41?
r^giineqte ■ proyisoireç? dp formation féceote ét^i^nt coinposes de 9Qtda(3 trop jeunes et d'oFKciers f'op vieux; les efFectifs avaient fondu rapidement : sur 10,000 hommes, il avait ^,000 malades et c'est avec ces forces réduites qu'il devait couvrir le pays de Burgos el la région de Santander ( 1) . Quand la présence des Anglais fut avérée, il prit sur lui de se renforcer, en arrêtant au passage les troupes disponibles, aidé en cela par l'initiative intelligente de Mathieu Puqins que l'Empereur pvait laissé derrière lui en qualité d'aidc-nn^or général (^), Tqus dos généraux comprirent (j'aillçurs {(dmirablement les rôles imprévus et décisif; q\}\ incombaient à leur initiative : Frapceschi, en repi^tant, avait j'adresse d'attirer au piège les Anglais à sa suite (3) ; Lorg^ pourait occuper avec plus de mille chevaux les points (t^ communication; Junot, > qiatgré le temps affreux, la quantité de neige *, pi quoique le piouvement de l'ennemi ^li^i parut bien extraordinaire " , s^ rapprochait en hâte « ayant Ifop le désir de revoir |e8 Anglais pour en négliger la prepiicre oçpajsion « (4) . GrAce it cette activité, Soujt se sentant appuyé, ya •> tomber sur le premier corps ennen>i qui ta lui doqpepa lî) plus belle ■ [5). — A la Grande Armée posséijant )e nOin'>''^ f^ Is force cap^ble^ de briser la solidité et la téna-
(1) I HoDiifur le médscin, oout iiioiirri)n* ici comme dea mouchai, Die disait 1)11 dp pc» p^UTrefl iii|pér»ble) (priionpier apréi Sahagun) contcrjf (tepui» alx mois, ÇcUe réponte peut donner une idée des pertt'a qu'éprouva l'année (ranqeiae, et cependant malgré leur mitére, on admire avac étooDe. «oenl U gaieté e^ l'iniouriance qui règpenl p^rpii eux. ■ — I<ellre 4<i D|édecip anglaii Adam Nealp au général Stewarl, SS décembre 1808.
(%) Sur cea éTénementa, il y a une Iréa belle lettre, a«ge, roodeale, écrite, GU IHtfr. par le g^éral >Ia|j|ieM Di)mM 4M colopel fiory fie SainF-Vinceqt, ancien aide de pamp du maréchal Soull,
(3) ■ Plua iJa «eroot engagé*, moina il a'en échappera, ai de Madrid on Fait un monveweiK vu l«ur» derrière», taodil qufl le m^fêch»! Soult matr chera droit aur Salamanque. >, — Lettre du général Franceachi au général Mathieu Dumai, 19 décembre ISOB.
(4) Le duc d'Abrantda au général Mathieu Dumaa. Viltoria, SI décembre.
(5) Le duc de Dalmatie i(4 général Mathieu DuiqBi, 20 décembre,
istt L'ESPAGNE ET NAPOLÉON
cité des troupes anglaises, est réservée la tAche décisÏTe. Et de fait, c'est l'Empereur eu personae qui va arriver.
Il était parti avec la volonté d'aller vite et loin : a Nom serons au plus Urd le 25 A Valladolid ■, dîsait-il le 22, A Bertbier. — Il se sentait poussé vers un but immédiat, par un motif capital à ses yeux : « Quel que soit te projet des Anglais, il va donner lieu à des événements qui auront UDe grande influence sur la Gnale de toutes les adirés. « — Il escomptait la victoire : » Faites mettre dans les journaux de Madrid que 20,000 Anglais sont cernés et battus (()■■ Et cela avant de savoir au juste où ils étaient. Il ne les cherchait pas du moins à l'aveuglette; sa sagacité lui faisait prévoir leur emplacement, leur direction ; il disait qu'avec toute leur cavalerie ils ne pouvaient s'embarquer que dans un bon port et sous la protection d'une place forte, ce qui lui donnnit à penser qu'ils porteraient leurs lignes d'opérations sur le Ferrol dont la rade offrait ces avantages. Sa prétention était de demeurer libre dans sa manœuvre; aussi, prudemment, voulail-il que le maréchal LeFebvre nettoyât la rive droite du Tage; qu'A Tolède le maréchal Victor se tînt prêt à couvrir Madrid en cas de besoin ; qu'à Madrid le général Belliard prit toutes ses précautions de défense contre un coup de main. Du Retiro il avait ia\t une citadelle : 1,500 hommes travaillaient quotidiennement aux fortifications; le commandant ne devait ■ jamais sortir de l'enceinte > où l'on exigeait des cartes
(1) L'Empereur «u roi JoMpb, SS décembre 1808,
NAPOLEON KV BSPAG»K iil
d'identité pour entrer; on y enlaesait les dépàts des corps d'armée, les remontes de cavalerie, les magasins d'habillement, les convalescents sortant de l'hôpital; par ordre, tous les Français établis à Madrid étaient venus depuis le 7 décembre prendre leur logement à l'abri de ses murs. Enfin le roi Joseph, dont on se souvenait par aventure, nommé officiellement B lieutenant de l'Empereur ■, avec le maréchal Jourdan comme chef d'état-major, recevait l'injonction de se rapprocher et l'instruction de » garder coule que coûte ■ la capitale.
Le maréchal Ney s'avançait avec une précipitation qui lui fil exécuter une marche de 126 kilomètres sans s'arrêter, la cavalerie de Colbert en tête. Le lendemain 21 décembre, la garde à cheval s'ébranlait à son tour avec Lefebvre-Desnouëltes, vers le village de Guadarrama qui barre le pied de la montagne. Le 22, de bon matin, elle s'engagea dans ce long défilé de deux lieues et demie. C'était une des plus belles roules d'Espagne, et des mieux construites de toute l'Europe; elle monte assez raide pour passer à plus de 1,500 métrés d'altilude entre deux collines qui la surplombent, dans une région rocheuse à peine égayée de quelques bruyères, de bouquets de chênes et de maigres sapins. Le climat y est rude. Ce jour-là, en plein hiver, il fut parliculièrement atroce : il gelait à 9 degrés; la neige fouettait en tourbillons glaces et, mêlée au sable fin des sentiers, aveuglait les yeux. On ne pouvait avancer sur les rampes; il fallut reculer et sous la poussée du vent redescendre péle-méle. Les cavaliers refoulèrent les compagnies massées dans le village, ce fut un enchevêtrement avec les caissons de l'artillerie, une confusiou générale. Elle s'augmenta par l'émoi de la présence de l'Empereur arrivant sur ces entrefaites. Il avait quitté Ghamartin par un assez beau temps, mais à celte heure la bourrasque battait son plein. L'action des éléments n'était pas
m L'tS^AGHE ET NAPOLiON
& bon progrbttiiUe, il tl'aditibUAit pat fAtell obstacte. Déjà îi'rité àei heures perdues, il faisait signe brtisqtiétnent d'avancer, ctidqne botbÉne rtiarctianl à pied ïè mettrait à l'abri de sa hiohiure tentiË par la bride . Sd Majesté , sans mot diht, Mais donnant l'exemple, le chapeau enfoncé sui^ la tétc, le lUànteaU bdutonné Contre U plhie, paftft dâl-- Hère Un peloton qui Coupait la rafale el Fi^ydit liU cbCmlii dails la neige bb ses grosses boUes enfonçaient; U glibsait pénibleiiieril sur 1)^ Verglas, accroché toilr à touraU bras dé Lannes, do Duroc ou de Savary. Il longeait la coloiltiti dné fahiassitis, trempés jusqu'àtix os, B moitié courbés, le visage en sang par les gréions, tombait percluà suf le b^rd dti chetnin, parfois roulant dans l'ablnic sous la pOu^&êc de l'oiiragan. Ils retrouvaient les boitcS de la Pologne. ■ Les forçais éprouvent moins de maux que nous!* grOmmëlait un officier d'artillerie (t) La souffrance arrachait de^ jurons, allumait la colère, et la fureur se dcchaitia à la présetlce du chef insensible dont l'opiniâtreté eiigeaît cet eftort coût^ nature. Quand les soldais de la division LapîBse le dépassèrent, des imprécations spontanées s'éievèr^nt dés Hingi disloqués, les hommes criaient : b F... Ibi bn cOûp dé fuâil! i et s'excitaient hiutuellement B l'abattre coillràe l'obstacls à leur repos ('2). Lui, silencieux, impassible, setnbUtl ùe Hen voir, ne rien entendre de ces rumelirs sacHlé^a, divinité blessée, sourde et mliette devdnt l'outrage fait à sëi aUtels. Après une ascension de qUatre mortelles heures, â la &h bissé à califourchon sur lin canort (3), il ne fc'Srrétà qii'au àdmmet du col, aii monument de granit élevé là pat Ferdinand VI à la gloire de l'EspUghe. — Du temps d'Ésope, i^uand Iles bêles parlaient, le VieUx liob de Gastllle, du haut de son piédestal,
(1) GAiéral BocLinti Mémeirti.
(S) Colonel nE Gonnbville, Souvtmri mititaùei, p. IM.
(3) tiéDéral DE 9J1BB0T, Ménwirel, t. Il, p, S8.
DiailizedbyGOOgle
RAroLtOK EN BSPAGNK tiè
eût jelé uti regard ironique sur le conquérant haraïsé et ihlulté, Venant s'abriter à tes piedsl
Napoléon se reprit vite, puisque la difiicullÉ paraissait vaincue. Le vent b'apaisail, sur l'autre cOté du Talion la descente élail plus facile; on trouva un gîte à un ermitaj^e et du TÏn à une auberge; le mulet portant scS bagages le rejoignit. L'Empereur prétendait marcher encore à une lîeuc plus loin jusqu'au bourg d'Espinas. Les troupes n'avaient blême plus la force de murmurer, elles tombèrent épuisées, catnpant sur la neige autour de mauvais (eui de bois verl qu'éteignaient la grète et la pluie (1) ; heureux ceux qui grelottaient encore, car la gangrène atteignit les impatients qui trop tôt approchèrent leurs membres gelés de ces brasiers de rameaux humides (2). La nuit fut dure, les cavaliers la passèrenl, la bride au bras; pois au jour les vivres arrivèrent, le vin ne manquait pas, le soleil se mit à briller, et quand Napoléon, victoricuii des éléments, parut à cheval, une acclaniatioti formidable le salua. Parmi les plus enthousiastes se remarquaient les Voltigeurs de la division Lapisse. Ah! t'Empereut- le« connaissait bien! — Il voulut, demanda, obtînt un nouvel effort. La cavalerie de la garde poussa jusqu'à Arevalo; tes fenlassïns fraachirent encore quarante kitomëlres. Lui s'arrêta à mi>chemin pour organiser des lignes de communication. Sa pointe rejoignait le maréchal Ncy, lequel, échelonné sur dis liËucS, atteignait maintenant Tordesillas, devenait mattrc du passage du Duero et peu k peu faisait serrer sur Médina tes masses de son corps d'armée. ^^ Ainsi s'achevait pour eus le 24 décembre, h veillée de Noél (3).
(1) Giaén\ I.KJKCKE, Df i'afmy n IVagram.
(2) Bsron Libuei, Mi-oioircs, p 151.
(3) Napoldon écrJTait h Jocph : ■ .Mon Fr«re, j'ai pitté le Cua^ari'ania avec uoe partie <le lua garde el par ud lempa aiici dë«agréable, >
tu L'ESPACNE ET NAPOLÉON
Les Anglais demeuraient inviBibles. — Napoléon, le doigt tendu vers l'horizoo, crai(;nait de ne pouvoir plus tomber sur eux comme la foudre cotre Salamanque et Valladolid; il projetait du moins de les couper entre Valladolid et Beoavente (I). Ce fut une course épique en trois bonds : du Guadarrama au Duero, du Ducro & Médina, des bords de l'Esla à Benavcnle; manœuvre unique commeocée & Madrid pour finir à Astorga, suivant un itinéraire de 350 kilomètres en une ligne brisée ■ qui rappelle la marche du cavalier aux Échecs ■- La brigade légère de Colbert, dès qu'elle eut atteint la rive gauche du Ducro, courut sur les deux routes qui s'ouvraient dcvaut elle atin de rapporter des Douvelles; elles demeurèrenttrcs vagues; cependant on sutque les Anglais avaient passé 1&. Aiguillonné par cette imprécision. Napoléon se précipita, à travers des champs transformés en marécages et des chemins en bourbiers, devançant les troupes harassées, l'artillerie envasée, la longue file des traînards. Pendant qu'il accordait le court repos imposé par les circonstances, il reçut, dans cet après-midi du 26 décembre, une estafette du maréchal Soult qui déclarait avoir l'armée anglaise devant lui, mais d'ailleurs être en bonne position pour la maintenir. Subitement éclairé, Napoléon combine un triple mouvement : il va envelopper rapidement par derrière l'ennemi que Soult amorcera de front pendant que Ney l'entamera par le flanc; entre les triples pinces de ces tenailles terribles l'armée britannique sera broyée; mais il faut se héter; ce n'est pat l'Empereur qui sera en retard, les aides de camp emportent déjà les ordres: .Si les Anglaisent passé la journée d'aujourd'hui dans leurs positions, ils sont j>erdus, écrit Napoléon à Soult; s'ils vous attaquent, battez en retraite d'une marche;
(t) 1 Opération grandiote el léduiiante aur la carie, taah par le lempl qu'il faiuit et au moi» de d^ccmbro, il fallail en rabatlrc. • JOHIM, Guerre d'Etpagne, p. 43,
plus ils s'engageronl mieux cela vaudra. « — Et à Ney : • Si vous entendez le feu demain malin, il faudra marcher droit sur le feu. ■
S. M. n'a pas attendu pour être à cheval le boule-selle des dragons avant le petit jour; elle galope malgré les averses, jusqu'à Médina de Rio Seco, prend courage rien qu'à traverser le champ de bataille où, voici cinq mois, Bessières a remporté sa victoire, et arrive couverte de boue, mouillée jusqu'à la peau, en tête de ses colonnes. Elles marclient muettes sous la pluie glaciale, bercées par ta lassitude d'un pas machinal, laissant des centaines d'écloppés échoués dans les maisons où ils cherchent un abri contre le froid.
L'accueil qu'ils y recevaient n'était pas généralement hostile : les laboureurs aspiraient au calme des champs, avant tout soucieux de la paix sociale : ■> Que nous importe qui nous gouverne, si c'est avec justice et piété! n Les cultivateurs des gros bourgs de la Castille ont de ta rehgion, du savoir, de l'intelligence, ils connaissent leurs devoirs de chrétiens, raisonnent, aiment à tire, ne parlent pas sans jugement (1). Les petits hameaux offraient moins de ressources, avec leurs maisons en torchis, la paille sale, les feux de sarments, le pain noir, l'huile chaude, les poules étiques; il fallait se contenter de la sopa, de la verdura qui sont des plats rudimentaires. Le curé défiant, mal intentionné, fruste, parfois un nbogado partant un peu français, ou le barbier de village, aux vêtements misérables et aux propos cnuteleux, servaient d'interprètes; souvent aussi les enfants plus sincères criaient contre les malos hombres. L'éclat des uniformes ne pouvait plus leur en imposer : nos officiers, pour se garantir d'une pluie pénétrante, s'affublaient de couvertures de paysans dont
eavironnéa de trente Eipsgnola, au vé la moindre crainte. C«* homme* Souvenir! du baron Pkrct, p. 450.
(i) , Nou. avor
» ilé loute U loiri^e
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B (ODt ni mécbïii
Ue L'ESI>«CNE Et Ni>DLÉON
les raies rouîmes et bleues zébrdient Bingulièi^tbeht leUt- coB* lumc. Ils n'offraient pas l'aspecl de libéraleuM ni même de conquérants. Pour achever leur décourage tu eût, ils rcntiDo- Iraient çà et là sur la route les tristes Vestiges de l'armée anglaise, (Ont aussi éprouvée qu'eut-mémes par le mauvais temps : des chcTâliit morts, des' voitures embout-becs, de» cavaliers démontés, des fantassins fourbus.
Au contraire, cette Vue cxciic l'Eûipereur (jul veut, coôtc que coûte, gagner du terrain sur ces «nncmis qui doivcbl être bien las. 11 lance des reconnaissances de cavalerie à la découverte, car éclairé sut leur présence il dêmCure Itiquicl de leur directioil, anxieuk dc les atteindre, résolu à tout prix à prendre l'offensive. Il dort Quelques heurcS à Mtdina et rcpal-t n)alf[ré l'ouragati qui persiste. — Courte folle à travers champs, sautant haies, fossés, ruisseaux, sans guide, presque sans escorte, semant derrière lui dads tes terres labourées, où l'on enfonce jusqu'au jarret, la Centaine de chasseurs qui le suit d'un galop furieux soUs l'ondée. Il dépasse le» bataillons qui continuent péniblement, dans Une boue grasse qui déchaussé les piétons, les 220 kîlomcirfes qu'ils OBI commencé à couvrir depuis sept jours. Levoicla Valderas,cC petit bourg au croisement de quatre routes 0(1 il ne s'airréte que pour être mieux à mêlne do se porter dès la première alerte au plus presse. Il a marché si vite qu'il eél seul, devaiiçant les éclaîreiirs, et qu'en arrivant une hcurs après, lë maréchal Rey prend l'escadron impérial pourune arrière-garde des Anglais. Hclas! ceux-ci sont partis avec une douzaine d'heures d'avance, ils ont franehi l'ÈsIa qui coule à deux Heues de I&.
L'Empereur s'agite dans uue impuissance amère I hors d'alleinle! Kh oui, le prudent Johti Moore, qui d'abonl songeait à attaquer le duc dc Dalmatie, averti de l'approche dc forces considérables, a donc laissé toute sa cavalerie faire écran devant les soldats de Soult, puis le 24 décembre il a
«APOUdN liN tS^iCNE )91
qiiitté {inè&teiaënt Bbhé{^il, rédesCeitdànt ««né bfuit tért VZih qui -ser& sa bart-ièrc {troteblricc. SOf) eUbattas ëM de iMitinlenir tti ofHciei^ excités et ses soldétt t|U( tatlriHufËiil. Pourt]il6i ceUé l'éft^itb quand Où Ifeiir annohçtiit uHë bAUille? Ils iUdr<ihciit th désordre, pilUnt \ei Esj^ghols po\it livre, bt'âlànt ta paille cl les poutr^et des faaaisoiis j)oUr te châuffet^. Le 26, on a fait traverser en hàle l'infahlerie & Vhlència «t à BenËVente, le 27, soùS ùn<é plaie diluvienne la cavalerie i^pliée A passe à Son lotit-. Et dètriè^ elle tttlit ë3t détruit : les bateaux cotilés, Ibs bacs mis Un pièCeS, le» jloiits de bon (îdupéB, lés archcâ de pierre séutées & U mine. L'Eilb gt-bssi pit les otages rtjlilé en torrent enlrt tes rivS* escarpées, couvrant les gués et paraitsAiit infranchissable. Gotbsrt s'y tétait buté U soir, arrëlanl le train furieUx dv Ses ehevailx au-dessus de ces eaux débordées. Plus bas, la points det thbsScurÉ de Bessières trotive à Caslifo GoHzalo IB pobl détruit et sUr l'autre rive, abritée avec du canoti, des pêlotonS ÉtaglaiSj p^ts h retarder le passage pdr leur Futilladé. L'ttbScnritê eUpë(ïhe bientôt de ilea distinguer. A l'ïttibe, tout ce Hi'onde s'est évdtioal cOAilié ua Songé; et l'oti «iherthe tOil^ Jours eh vaiti là Irdce des gilés Ife long de la ritièw. -^ Lefebvre Déshouëlles travelrSe à la nage, et bien que l'Em- )[keretir, dont rempressctinei^i dtiihetire toujours avisé, lui ait dit : « Ne boiWpltjAiettei pas toâ gartlè* , Il émihèttë qtielque* escadrons poui* courif Mt les dci'feiélrS Anglais qui, ail loin, dans la plaine se dédient le long des maisons de Bcnavente. On échange des coups de sabre avec iii)e bravoure égale, mail en apprecbant imprademmeAt de la ville nous doanons â lord Paget lé temps de rassetttblét- seS faOssards, puiS les dragons légers de Hanovre et de déboucher à l'impro^ viste sur iios ftlOrfageurs. DeVant l'attaque suprême de forces triples qui se démasquent, notre monde tourne bride et à travers des fondrières regSgtt ta ri"f4ère é p*eiB gal*|K
Lefebvre protège la retraite sur son cherel déferré ; il est blessé à la tète; il glisse dans l'eau, les Anglais le repêchent, mais il demeure leur capture. — C'est un écbec; quand l'Empereur l'apprend, il est fort mécontent (I) : un de ses généraux pris, des hommes de sa garde ahlmés, et surtout la poursuite arrêtée par un retard qui donne à John Moore un répit de vingt-quatre heures.
Cette grosse déception, presque devant lui, est compensée par la nouvelle que lui envoie le maréchal Soult d'une ■ jolie affaire >, où & Mansilla le général Franceschi a pris deux drapeaux, 1,500 hommes, ramassant sur le champ de bataille 3,000 fusils, ce qui donne la caractéristique d'une lutte où les Espagnols eurent vingt morts. Grice à cette brillante rencontre, le maréchal va pouvoir passer en amont l'EsIa, arriver sans coup férir à la ville de Léon, la trouver évacuée et, après une journée de repos, marcher sur Âstorga où il renforcera l'Empereur. Mais l'Empereur n'a point eu ces facilités. Très déçu de voir s'envoler le rêve de la grande bataille qu'il projetait, conservant à peine l'espoir d'un écrasement d'arrière-garde, il se trouve réduit à une poursuite où il fera le plus de mal possible aux Anglais. Et encore ne sait-il pas exactement quelle direction ils ont pnse. U y a trois roules : Astorga, Puebla de Sanabria, Zamora. Il fait tout converger pour traverser d'abord la rivière, il galope i Castro Gonzalo aSn que, sous ses yeux, l'on réparc le pont :
(1) < Lefebrre a été prii. Il m'a fail une icbaufFouré« itcc 300 chaueun; ceB crSnei ont païaé une rivière k la nage et ont été rejetéi au milieu de la cavalerie anglaise. Il> en ont beaucoup taé, maii su retour Lefebvre a eu •on chcTsl bicué; il *e noyait, le courent l'a conduit lur la rire oii étaient le* Anglaia; il a été prit. Conaole sa femme, t — Napoléon k JoépUne, 31 décembre 1808.
Ce combat de Benavenle noui coûta 150 homme» dont 11 officiere; oot 350 cbaiieun eurent affaire k 1,360 An^aii, qui perdirent 85 bomme*. — LefoLvre-Deanouëltei, conduit en Angleterre, l'écbappa, revint en France et put prendre part à la campagne de 18M.
maÎ8 quatre arches sur vingt-sept ont été minées, détruites, les décombres embarrassent l'Esla; les faire franchir & des milliers d'hommes est une entreprise périlleuse, longue, délicate; un de ceux qui s'y employèrent en gardait un mauvais souvenir :
Deux échelles furent placées le pied dans l'eau, de façon à se croiser au milieu de l'espace vide. Les hommes descendaient par l'une, et remontaient par l'autre. Ce passage s'opérait par une nuit très notre, dans le fracas d'un torrent extrëmcmeni rapide, gonflé par des pluies continuelles. De (grands feux élevés sur les deux rives éclairaient tant bien que mal ce passage de la rivière, qui était véritablement Imposant, par la bonne volonté qu'y mettaient les troupes, le danger qu'il présentait, l'ordre et les précautions qu'il exigeait. — Nous approchions de Benavente. 11 fallut traverser la rivière l'Orbigo, dans l'eau jusqu'aux aiselles par un froid très vif. Nous passâmes la nuit, tout mouillés, n'ayant pour nous chauffer que des branches de saules toutes vertes qui ne brûlaient pas (I).
Benavente, ville importante, n'offrit pas les ressources qu'on était en droit d'y espérer : les Anglais avaient mis le feu au ch&leau et aux magasins qu'ils ne purent vider, leurs malades encombraient I'h6p>tal, leurs chevaux morts les rues; Napoléon trouva de bonne guerre de souligner ces excès 1 ■ Par celte conduite barbare et inusitée ils sont en horreur à tout le pays; ils ont tout enlevé; maltraité, bétonné tout le monde. * Et il conclut : ■ Il n'y a pas de meilleur calmant pour l'Espagne que d'y envoyer une armée anglaise- .. il faut faire relever cela dans les journaux (2j. k Puis, sans attendre l'infanterie, il mit en roule, au trot, la cavalerie de Bessières; on savait maintenant que John Moore Blait par Aitorga; la course reprenait de plus belle à travers monts et plaines, et tl fallait arriver à la mer avant lui.
(1) Colonel Vioo-RoDSaiLLOS. — Souvtnin de Sprunglin publias par
DtSDETlSES DD DkURT.
(S) Lettre à Joieph, 31 décemlm 180S.
4R0 VSSP^GI^B i;t qiPQ|,toN
VansÉe ISQS fiiîîçajt çaqa promettra 4? repos, p^ur le» ■ élrepaes n , \n Fortune réofvftit ^xiç surprise ^ tout le ijiopde : ce fut un coqrrier de FrtiRce qui l'apporlA ; il rejoignit rprnperewr ftu milie« des cbçining l)Quepx d'A^torgS:
Quand Napoléon tut d'alarmantes dépêches de Çambaçérès sur les armemcnU autrichiens, à ta tueur d'un fagot allumé sur la neige, t'émotion plus que la flamme colorait son front. IjB promptitude qu'il mettait fk C()urir, il la tourna sur-fer champ à l'arrêter- Certes la résolution dut CQjïter ^ fon ^spé? ranûfi si près de mettre ta main sur ta proie I La vivacité de son esprit toujours en éveil lui fit modifier en un clin d'oeil ses projets. Il irait au plus pressé et reviendrait à Paris conjurer te Ranger allemand, laissant à son meilleur lieutenant, Soult, 1^ soin d'aphcver la poursuit^ a^gUise. Déj4 il rqiqiiia ce deaseio en entrant à Astorga, A la nuit noire. El c'pst de la ïorte qu'il va célébrer les joies du nouvel an.
Il se donna quarante-huit heures pour reprendre haleine à cette dernière étape d'i^ne course vertigineuse et oi^aniser son changement de Front. Il remania tes éléments de l'armée qif'il laissait au dqc de Dalmatie : cinq divisions d'infanterie : Merle, Mçrmet, Bonnet, Heudelet, Delaborde; trois de cavalerie : Franceschi, Lorge et La Houssayc; ce fut l'affaire da 2 janvier; le 3, au matjn, il faisait ^sns bruit demi-tour et, songeur, redescendait si|r Benayente.
Le maréchal Soult n'avait pas attendu son départ pour porter ses cavaliers en avant : sur la route de gauche, vers le col de Fuencebadon par le yieu^t p{)Ç)nip ^e Ppqteferraila,
KAPOLÉON EN ESP^CKB 4|l)
f]u! avait y« passer Ica légions romaines, Fr^pceschi rejoignait les Espagnols i^ ta Crgx de Fcrro, les sabrai^ cl gardait 3,000 prisonniers Sur la route de droite, se dirigeant i travers le puerto de Man^anaj, pons une rafale de neige (jui rappelait le paisage du Ggadarranta, Colbert ramassait les traînards anglais, (ofubés ivrea-^ntorts dans les villages où ils avaient dpfoncé les paves (I). Dans raprcs-midï du 3 janvipr il se présentait (jcvant les pentes abruptes du village de Cacabclos, couronnées de petits murs de pierres, derrière les<]ue|ii les fantassins du général P^gcl, étages dans les vignes, qjustiiicnt à coups sfirs leur mot|squcterie. L'un d'eux admirant l'intrépide immobilité de Golbcrt qui, très A découvert sur son chcva), excitait de la main rallure de nos tiraillcnrs, déclara à ses voisins : « qu'il voulait abattre ce gaillard-là (â) " ; sa balle atteignit dans la joue, sous l'œil, Colbert qui gai^sissa sans un eri (3). Ce cavalier magnifique, éinulc et camarade de Lagallc, par sa tournure élancée et jiautainc donnait une idée de son caractère; ses cheveux blonds et sa bqrbe légère adoucissaient une physio-
(1) • Je n'aurai* jamaja cru, i\ je ne l'avais tu moi-in^mp. qu'une année ■nglaiic pût te détorganiicr ti prooiplement, la conduite dgranl tel dcrniOrci marcliea a i?|iî infime ap delà de toulo cuprcBiion. Je ne puî» rien aliégnei
c coinbittre, lei hointnca rcduve
naient diaciptinria el parniiaBient heureui et rtaolua k faire leur devoir. • — Sir John Mpore h lord Cattlereiigh, 13 janvier ISOS.
(2) Sir William Coph. Historique rfi< 95' régiment (Riflc-Corp»).
(8) € Prenez le* meaurea convenabiea pour que celte nonvelle arrive à ta femme autrement que par lea journaui. l'émaignei-lnj la part que je preni)* k le* peine* et le Cfii que je fai«ai« 4o ce bon officier. ■ — Napoléon i CUrke,» janvier ISOS.
Auçuate de Calbtrt, ni «a 1777, veoiit d'épouaer )a tille du gênerai léDaieur Canclaui. — Aide de ramp de Murât, bleaié à Saint-Jean-d'Acre, colonel aur le champ de bataille de Mercngo, général de brigade (1805), Comte de l'Empire (ISfitt). Se> Iroi* friree aîné* furent aoldali comme lui : Ambroite, mort en émigration à la Alarliniqiie ; Édvufrd, bleaai? ep Ég)-ptc, à Au>terli|i, Wagram, Waterloo et à la machine infernale de Ficnchi, brigadier de» lancier* de In garde, général de divition (1813) ; Pairdp France (lt)32). Alphpnsc, rolonci h, Nsplea et général de brjgailc (181^), de divition (1838).
nomie où régnait la fermeté qui le disait distinguer (1); il possédait l'étoffe d'un grand général et tout l'areDir d'ua homme de trente ans.
Cet engagement était le premier, depuis Vimeiro, où les Français heurtaient les Anglais. La vivacité de notre attaque éclaira John Moore sur notre résolution à le poursuivre sans merci; il se décida à prendre du champ, malgré la fatigue extrême de son monde, jusqu'à ce qu'il trouvât une bonne position d'attente. Ses officiers étaient démoralisés, frondeurs, et irrités de voir, sans comprendre, leur général se retirer à grande allure. Sous la pluie glacée, dans la fange épaisse, les chevaux de Irait ne pouvaient avancer; en se déferrant ils devenaient inutiles; les cavaliers les tuaient d'un coup de pistolet, mais, par mesure d'ordre, devaient couper et présenter le pied qui portait le numéro de la monture et du régiment (2). Ainsi ils entrèrent harassés à Villafranca, où, désespérant de s'y maintenir, leur chef prescrivit de brûler les approvisionnements entassés; les soldats, dépités et furieux, voulurent au moins piller tout ce dont ils se pouvaient charger, et en mettant le feu aux tonneaux de rhum, plus d'un Anglais, dans ses libations, roula d'ivresse au fond des celliers. En arrivant après eux, les Français se butaient dans les rues aux malades abandonnés et aux buveurs assoupis près des débris fumants des hangars en cendre. Nos traditions nationales auraient dû nous faire retrouver des souvenirs plus doux dans cette pittoresque bourgade dont le nom gracieux rappelait les haltes de nos nombreux pèlerins se rendant jadis à Saint-Jacques de Compostelle.
Mais pour fuir ces horreurs, passant en hâte, nous fran> chissiooEsans résistance, quoique avec difficulté, le col étroit de Piedrafîla. Cette longue route vers la Corof^ne, coupée de
(1) Général duc DE SunT-Smon, Carnet dt campagne en Eipagne, (S) Colonel DK GoKi'KVit.LE, Saumairi mililairti.
NAPOLEON KN E5PACHE 411
pliiR de vingt petits cours d'eau, séparés entre eux par des contreforts abrupts, présente une série de défilés où en maint endroit un bataillon et deux canons pourraient arrêter une armée. C'est par là, avec les dragons de La Houssaye en avant, que la course reprend, fébrile, sur les talons de l'a mère-garde où John Moore se tient en personne. Il laisse, comme pour la trace de son passage, les charrettes embourbées (où s'entassent, lamentables, transis de froid : femmes, enfants, moribonds, blessés], les canons enlisés, les sacs jetés, les harnachements perdus, et des caisses éventrées d'où s'échappent des pièces de monnaie. C'est le •> trésor s de l'armée anglaise que les bœufs fourbus n'ont pu mener plus loin et que l'on a abandonné dans les fossés, parce que, dit John Moore, les balles ont plus de prix ; un million en piastres fortes que nos cavaliers, en riant, se partagent par poignées, embarrassés seulementdu poids'de leur prise, troquant mille francs d'argent pour cent francs d'or, abandonnant des rouleaux dont les paysans ramasseront les derniers écus quand le printemps aura fait fondre la neige qui les recouvre au fond du ravin. — On ne s'arrête pas; il faut sauter la Navia, sauter la Neyra,en fusillant les Anglais surpris sur l'autre rive dans une halte d'un instant; il faut atteindre Lugo. Là, également épuisés, les adversaires demeurent un instant immobiles. Moore trouve du moins un renfort de 1,800 hommes de troupes fraîches et des provisions; sachant que c'est le meilleur moyen de remonter le moral des soldats britanniques, il profite de cette éclaircie pour les rappeler au devoir militaire par un ordre du jour sévère. Sa position d'ailleurs reste forte; il est protégé par des collines, des vignes, un bois de châtaigniers.
Aussi bien, Soult, qui fait serrer peu à peu sur l'avantgarde son corps d'armée très distendu, hésite à engager une action incertaine. Ses aides de camp fêtent joyeusement « les
M« L'flBPACKE ET NAPOLEON
rois ■ , «ar on e«t au 6 janvier (1) ; ses soldais dcmttnicBl à grands cris la bataille. Mais au matia od ne trouve plus persoBoc devant soi : les An^^ii, la nuit, ont leré le camp, laissant partout allumés lesrs feux de bivouacs afin de noiu donner le change; dans lejitus grand silence, sous une pluie fiac, Ui ont tourné d'abord & travon tes ténèbres autour de I^S^> égarés par leurs guides, cependant au petit jour ils se repcreat et les TOÏlà déjà loin, laissant derrière eux la dévastation après l'orgie. Pour traverser la ville les roues de nos, fourgons écrasent dans les rues des cadavres de chevaux, de mulets et d'hommes; l'hdpital regorge de pestiférés, les fours des boulangers sont crevés, le« toits des magasins évenlrés, les habitants ont pris la fuite do sachant plus, dans leur misère, à qui entendre, jurent de se venger de Icnrs « alliés > qui ne parlent que la menace à la bouche et Le bMon haut, Dans des sentiments d'indignation et d'alaroie, l'évéque et son clergé, restés à leur poste, souhaitaient an duc de Datmatic la bienvenue. Le maréchal ae s'attarde pas; malgré le temps affreux il marche vite, hâtivement remet en état les arches minées de Rabade, traverse le Minoteloi arrive au moment où va sauter le psnt de Ladra, monte le cul de Porto-Bello, descend la vallée du Mandeo, se précipite avant q^c le passage soil coupé, fait butin de 1,000 prison' nicrs, 5 nouveaux canons avec leurs caissons, 60 voitures de bagages, pénètre à la nuit dans les maisons de Belaozos. — (.es Anglais viennent d'en sortir, ville pillée, l'hôtel de ville rempli de poudre, à laquelle il suffirait d'une mèche pour une affreuse calaiilrophe. Encore une prise de 7 canons, 1,000 fusils, du vin, du blé, de la farine. Les ponts du Mindo, la cavalerie de Franccschi les franchit à peine réparés, et galope dans la direction des grèves de l'Océan dont on sent déjà la brise.
(1^ CamH dt duc de Saint-Simon.
KAPOLtûN. KN BIFIOHB 4«
Le déoM-> Mt awbitesMnt cluiigé; voilftile ciel soreitii ns clûn»tid«ui entre l«»<irangen ât les amtndiera B«mh-(«, ud^ vaiHe riante, une chaussée sèdie e4 «oUde. Sur une bonite reuleU.Marebe eat'itlusré^lière : J*bn.MooreiB^tecte.s«iB iBcnde, l'cRceure^, lui dît^qu'on louche au Lut, que Ifc'Salut est proche, que la.flotle lesaUend ««.porti el,ses lieutenante Baird, Hofie, Ftaaer, «lleigneol en effet ia.Goreçnç. Le gé«^ rnl en cbef é^prouve là ua« cruelle dcceptio»,: les vaisBeaus qui doivent, l'emporter ne «ontpee arrivcG encore^ ob attendant.il fait préparer dos défenses. de fortune, d^s levées de terre oà lesEspa^kols courent travailler avec une énulation fëbrUé : faoMnics,, femmes, enfants^ les moines, les étudiants^ les ci^ricres, les bateliers et les pécheurs, tout fiers d'élever des obstacles matériels aux envahisseurs de la patrie.
Notre emprcHcment'au momeat de fermer la main pour saisir comme au. piège l'ennemi acculé au bout de la course, s'irrite d'obita(des répëlés::. la rivière gonflée par Ifc narée haute nous cache leii ^ué« qui nous séparent de la Corogoe ; fil Burgo, le village où il faut passer le rio Mero, est occupe par les Anglais; l'artillerie de la division Merle ouvre le feu et écrase de boulets le» mailoos; derrière eJles, le pont,est démoli. La cavalerie court chercher une autre issuct al trauve le pont de Cambre coupé; il faut redescendre f4us bas eneore; à Gela on atteint l'autre rive, mais le gros de l'armée ne peut s'y engager, il convient de remonter à El fiuf^. Sur des planches branlantes les valtigeure traversent au moment où une ciL[)losion forraîdAble secoue le soi à dii kilomètres : ce sont les immenses magasins de poudre que les Anglais font sauter sur, les hauteurs du Peiiasquedo, et que les fispagools, les larmes aux yeux, voient s'effondrer dans les flammes. Nous nous heurtons à cette colline fumante. Les Anglaisi protéf^és par leur canon qui tonne sans reUt^e, se raf^ientsur la cime du Monte-Mero. Soult fait couronner
d'artillerie la positioD conquise. Une lieue seulemeat doue sépare des remparts de la Gorogoe. Derrière eux règne une fiévreuse activité; sans plus attendre, ne luttant que ponr protéger son départ, Moore a fait embarquer à tout hasard ses malades (3,000 hommes) et ses 14 canons légers ; enclouer tes pièces de la côte qui pourraient, quand elles tomberont entre nos mains, atteindre ses bateaux en partance ; abattre sur le rivage ou noyer 2,000 chevaux qui ne trouvent pas place et encombrent; il envoie comme avant-coureur en Angleterre un officier, lord Slewart, qui expliquera à son frère, lord Gastlereagh, la situation de l'armée. — Enfin l'amiral Hope, que des estafettes ont été prévenir & Vigo, pénètre dans le port : ses six vaisseaux de guerre escortent les 250 transports qui se mettent à quais et chaîneront les troupes. — Gela donne meilleure confiance & John Moore et lui permet de rejeter très loin l'insinuation de conclure, à l'exemple de celles de Viroero et de Baylen, une capitulation qui sauvegarderait à coup sûr les effectif de l'armée britannique.
Le 16 janvier, le soleil se lève radieux; il est salué des hourras de nos soldats, étages au-dessus d'une vallée de bruyères et d'ajoncs, quand ils voient en face, sur la crête opposée, les uniformes rouges, au loin les murs blancs de la ville et à l'horizon le cercle bleu de l'Océan. La lumière tait scintiller les baïonnettes anglaises que les troupes impériales • dominaient comme des nuages menaçants » . Alors l'orage éclata. — Soull, avec sa lunette, distinguait la forêt de mftts dans le port; s'il voulait avoir l'adversaire, la nécessité lui apparut inéluctable de s'engager à fond. Il avait 13,000 fusils et 3,000 sabres (ô la vérité, ceux-ci inutilisables entre deux collines escarpées) ; Moore ne possédait plus un cavalier* mais 16,000 fantassins. Le maréchal fit marcher ses colonnes en masses serrées sous une voûte de boulets, il couvrit ses ailes d'une nuée de tirailleurs qui s'élancèrent
NAPOLÉON BM ESPAGNE 487
aux crÎB de « Tue! Tue! » Au ritlage d'Elvina, l'église, le cimetière, les cours, les enclos, les cbeinins creux devienuent une fourmilière sanglante, où les plumes noires des Écossais se mêlent aux pompons jauues de nos Toltïgeurs. Avec le désespoir de la résistance & tout prix, Moore menait une contre-attaque des highlanders en leur criant : a Enfants, souvenez-vous de l'Egypte !» A ce moment un boulet l'atteignit à l'épaule, brisa ta clavicule, le désarçonna, le jetant sur le dos. Derrière un mur on l'emporta dans une couverture, et comme on ne pouvait déboucler le ceinturon de son sabre : u II vaut mieux, dit-il avec un triste sourire, qu'il quitte le cbamp de bataille avec moi. h Plusieurs fois il força les porteurs de son brancard à faire demi-tour, afin qu'il pût regarder du côté du combat et suivre encore le crépitement de la fusillade; on ne calma son impatience qu'en l'assurant, par un pieux mensonge, de la débite des Français. Courte, l'agonie fut terrible, sa voix prononçait mal les suprêmes volontés d'un esprit lucide jusqu'à la fin : « Le peuple anglais sera satisftiit... Mon pays me rendra justice... Rappelez-moi à mes amis... Vous direzà ma mère!... » Et il se tourna une dernière fois vers le Dieu des armées. — A lahftte, on lui creusa une fosse dans le sable du rempart de la citadelle ; et à même la terre d'où nous chassions ses régiments, on descendît ce vaillant homme roulé dans son manteau de soldat (1).
Cette bataille qu'on lui avait dit gagnée restait indécise : mille morts ou blessés de part et d'autre, et cbacan couchant
(i) Quand nOD) fâmw «ntré* ï la Corogne, le maréchal voulut honorer de ulvei bnèbre) ton intrépide adTenaîre et, ■ mû par le lentimeiit le plu) élevé de la confraternité mililaire i, lui élever un monument «ur le rocher d'Elvioa. II ht graver : Hic cecidit Dm exercitui Anglici. — Eo 1809 la Romana lui apporta idd lëmoignage d'admiration au nom de La EipaAa agradtcida. — Aujourd'hui, au jardin de San Carloi, qui remplace le bailion dimoli, UD cénotaphe rappelle le hén» du 19 janvier : Pnetio oiiciim.
4U L'BSPAewE BT tfkV<0t.éOH
mr ses positions/Uats tte Aa^lais iie*BOBff{«ieQt plo» à u batlve : (ièe l'obscupîté de la nuit ils ditpan>rs«t, rcDOUTClant,'|iar)a sHpercherie4e6 feui, lewv procédé «le Lvgo. Lc«r salut était dans ta préeiphftlion disciplMié*- 4c k' retraite. Ut coururent aux'<f«aii. Soult, monté sur' U fal»i*e de San Diego, put voir A ses pieds, arec ua BaaliaMnt de o«lèveùnpatiente, les bMailimu s'cntasecr sur les baVeawx.Il iasiaUa en bAte une halterîe à cbeva) et des obusien pour crîMcr le perl;'»wx prcBaiers coups, ies Anfjkis coupèrent les oâbleE, sansprcndrc le'teropsde-relever'les ancres, jetant ce qui les embarrassait, abandonnent les relardataîrm à 1« nage et tes noyés. Plusieurs bMiments se brisèrent M» rasant lr«p près- les pêchers; ^'antres s'éehemërc»! sur k fA»ge «u miheu ée la boucherie «les chevaux érMUrés (1). La haute mer se oeuvrit de voiles ;' la- racle de ta Gerogne se trouTa vide et soûl» les nombreux débris qui restèrent flottants pouvKctit faire sou}*çonner que plus de deux eent« bateaux s'ylvonvaient entassés qnelqaes heures auftaravant (3). — S*r les re»parU, les canens espa^^ols, prêtant aux Amgisîs ce sécants suprême, tonnaient contre nos bataillons pour les arrètep amx pertes. — Le gouverneur, le général Salcodo, somioé 4e se rendre, cmlama des nogociations^ont Sonlt n'eut pas à attendre' l'heureuse issue fxrar envoyer ses bulletins de victoire : B L'armée anglanse n'est'p4us stv le conlin««t des Espagncs... Elle emporte la honte de l'expédition et la Matédiction du peU'jile espagnol (3). »
ItoRS entrons tambours battant, et les 'prises natérielle»
(i) U^Déral coiiiiu iiK S*i!<T-C«*aiiNS, JWVmotre», H8.
i%) La irBTenée ne Rit point iid*- pfripMiei ni AjuiMagei :'*pri« une leiBBlnc de mer démontée, qui jeu <ka( 'bvn*p<>rto tur la cBle ée Oot~ nouaille*, Il Huile d^hanjua — du 21 au S3 janvier — 98,S(H hommn, reste der66,3fil qui KrraiBicDt l'effcclif britanaiqae, au début de b potirtuile de
(3) Uiptehet ï Berlhier, 18 et tO janner KW.
MAPOLÉON EN ESPAGNE 4^9
soiilïgDent tlmportance de la concfoéte : soixante gros caoons, quatre-viagls pièces de fer, trente de bronze, I2,l!IOO'fusil8, dont 7,000 repêchés dans le port où les fuyards les avaient jetés, munitions, approvisionnements, marcliandiscg, cinq bâtiments anglais, trois navires espagnols. Sans perdre un jour, le maréchal envoie, vers Santiago, Franceschi et ses dragons; sur le Ferrol, dont les arsenaux sont le complémeutde la Corogne,.les divisions Mermet ct.Lorgc. fiicnlôt il les rejoint. Mais la garnison espaj^ole est soutenue par cinq ou Eix.uiille paysans armés, pleins de résolution, de cette race vaillante et fruste de Gallegos dont la robuste franchise et le candide dévouement sont proverbiaux dan& les chansons railleuses de leurs compalrloAes. Ils ont fait le coup de feu contre nos avantrpostes» ils ne veulent rien entendre i aocun accommodement, menaçant les autorités et les généraux s'ils parlent d'ouvrir les portes. Ceitte iotransigeance qq peut avoir qu'un, temps; aprèsquatre, jours la capitulation est- signée et nouBivoîcià latète^uplus riche butin deguerrc : <6,000 fusils, 1,500 canons, . huit vaisseaux de li^e, trois frégates. Les Fiançais doivent se réjcuûr; les^E&p^gnols peuvent pleurer; ils n'attend ri roat{ pas les Anglais qui ne s'émotionaent jamais à regretter la ruine des flottes de leurs alliés.
Le cbic de Dalmalie n'a guère lelotsir de se reposer sur ses lauriers; l'Empereur, en le félicitant, lui taille une be< sogne complémeoitaire à laquelle il le xlestinc depuis. Icin{]temps : ciiasser du Portugal les derniers u fils d'ALbion ■ . Confianl la garde de la Galice à son coUt^gue Ney, qu'il n'a point voulu appeler au partage de ses effoits, pendant la campagne, pour n'eu pas sans doule partager la gloire, te. maréchal concentre son monde & Santiago afin de réorganiser, ravilailler, mettre en état de brillantes destinées nouvelles ce corps d'armée qui en trois semaine» d'Jiiver avait parcouru 400- kilomètres dans un duel de vitesse, fait
L'ESPAGMB CT MAPOLÊOK
10,000 prisonniers, conquis deux provinces et, lui aussi, ■ bouté dehors ■ les Anglais.
La résistance espagnole pouvait paraître, sur les champs de bataille, atteinte et brisée, quassata non. lassatat — Le secours anglais venait matériellement d'échouer. — Mais TEropereur se trouva embarrassé, sinon surpris, par la diversion autrichienne. — On n'en saurait comprendre la portée et l'origine sans reculer de quelques pas.
Dès le printemps de 180S le cabinet de Vienne, en éveil, s'était mis sous les armes, dans la prévision d'événements graves, d'un nouveau conBit européen : il Formait une landwer, créait des milices régionales où le peuple accourait s'enrôler en foule (I], il demandait une levée d'hommes à la Hongrie. Le mot d'ordre répété dans l'empire était qu'il se hllait préparer contre un retour offensif de Napoléon, se défier du conquérant universel. Les abdications de Bayonne avaient alarmé l'empereur François plus qu'aucun monarque : après la déchéance de la tnaison de Bourbon, la maison de Lorraine demeurait la première désignée aux coups du grand niveleur révolutionnaire; il ne s'agissait plus de territoires amoindris, de provinces conquises, l'existence de la monarchie clait en jeu, et le • Saiut-Empirc " ayant disjrani en 1806, l'empereur d'Autriche n'avait plus à perdre que sa couronne héréditaire (2). Le meilleur moyen de conjurer le
(1) ( Jamai* l' Autriche n'eut un atpeci mililaire comme celui qu'elle pr^ tente aujourd'hui. > — Dépêche d'Andriouy, noirs «mbaMadeur k Vienne, 10 août 1808.
(1) t L'Aiilriche ivût aianl tout un Étal <lynaili<|uc, car Ici lemloiret
péril ne serait-il pas de le préveair? La capitulation de Baylen augmenta ce sentiment d'hostilité émue; l'entrevue d'Erfurth le contial. 11 reprit toute sa ftauame quand, à la fin de cette conférence fameuse, la coalition tacite des iotcréts antifrançais reçut l'aide secrète d'un personnage qu'elle n'attendait pas voir entrer dans son cercle : M. de Talleyrand. Le prince de Bénévent craignait chaque jour davantage le gigantesque des projets de son maitre (I), il voulait enrayer, entraver l'allure du char qui roulait dans la course à l'abîme; faudrait-il compromettre sans cesse les positions acquises où la sienne tenait une si brillanle place? Il appelait cette prudence : ■ avoir de l'avenir dans l'esprit u ; mais ses prévisions sagaces n'allaient pas sans quelque couleur de fourberie et de trahison. Après avoir échangé avec l'empereur Alexandre beaucoup de de mi •confidence s, lui ayant, vis-à-vis de l'empereur Napoléon, inspiré ce même émoi, en ayant obtenu des assurances très précises, il s'avisa d'en informera son tour M. de Metternich qui n'avait point été du voyage. — Ce subtil et élégant diplomate, si bien au fait des aspirations de la Cour des Tuileries et si fort de l'intimité même de la famille impériale, au moins par la princesse Caroline, envisagea dès lors comme proches les » éventualités d'une guerre avec la France « et, sur ce thème, sous ce titre, rédigea deux n mémoires » qu'il présentait à l'empereur FVauçois le 4 décembre 1808, par une coïncidence imprévue, le jour même de la reddition de Madrid (2). Ces documents remarquables
diiparalet qui !■ compoBaîent étaient unii avant tout par le lien qai les ralUcLait à la maîion impériale. C'ett pour cela qu'on aeDlil aurtout dm* celle monarchie que lo danger qui menaçail la dynailie était no danger pour l'Étal. L'AulHche arma. > ^ Foca:<tEn, Napoléon /», I. II, p. ÎM.
(1) < Il avait le ■enlimeat de la marche h l'impoMible, du terrible paradoxe de la polllique Frani:aî>e députa qu'il la icrvail, depuia 1797. • — Albert Sosel, l'Europe et la Révolution françaUe, t. VII, p. 301.
(S) Mêmoirei du prince BE MicTTEiisiluti, l, II, p. 2W à 257.
4tt L'ESPaGIFE ET NàPOLËON
mettaicBt en reKef d«ux pointa : l'alsraie «reiesante *ek l'Europe entière à Toir Napotrân dépouiller fnaiaienant ïes pluft^neiens et les pKis complainnt» de ses oallîé* ■ , tout coiHnw jadis ses adrerMires ; ïa certitude que Napoléon an fond ae'pos«^e<|uNan« armée, la 'Grande Armée • , celle qoi sc trouvait engagée sinon compromise auloia dans trae guerre dont la durée serait longue, grâce au patriotisaie des Espagnols.
Tranqttilliséedu-côté-de la Russie, rAutrtchehésilenioias, n'hésite pins à poursuivre presque iiKliseréteiuent »es préparatifs pour l'ocoaaon fjwe fountira TraiBemblablemeot l'Espagne (1). Anprès d'elle la Junte suprême, (e cabinet anglais multiplient tenrs conviHunioalione, tewrs promesses, lours> sollicitation s, leurs espéraitces. C'est d'ors que Marti* de Garoy lance, lo I" janvier- 1%&9, von appel eaflamné auK K aalio«s de l'Europe, aux princes qui les gouvernent, ans homnvesde bien'de tontes les ctassesetdetou? Vos Etats (â).> Il rappelle à chaque peuple 4es abaissements inftgés par Napoléon : a«x Italiens lovr patrie •> divisée en satrapies » , aux Suisses le«r eonstitatien boulereFsée, aux Hollandais lenrliumiliaiion politique, aux Allemande leurs territoire» annexés; il mpptie la Russie de ne pas se faire le complice des auMirpatioa»» , il lui prédit que son <a]liéd'a«jourd'hui deviendra* son ««Demi demain ■ paroo^se les rivaoxen empire l'ont toujours été ■ . — Surtout il es^rte l'Autriche à « rentrer dans l'arène où elle- a coml>attu avec tant d'énergie et de gloire» , et à saisir le moment où son adversaire «est obligé de porter SCS regards sur de*- poialx au£si éUùgucs « . — «Si
(1) AUwn SovBt, i'Enntp» et ta KArolation, I. VJl, p. SM.
(3) Manifetta d» la nation et/ta^note Ji t'Siarope, par don Martin bu Gimt. S^ville, IttW. — SecniMint général de la Janla«uffrtiDe, tiaray joui uu grand r^lc aux Cartel da Cadix ; le trouva en diwecord noottaBI. avec Wellingloaj ■umintre ilci linancet du Ptniiaond VU «n< 1844, tuwna d«i oppotilionn <|ui lu lirrat rcvotlucr {t8(9)
l'fispAgiie mxectxabe, YAsatfûke-ett périme I ■ G'«ffi nwappal aiu armm, de rfisesat bu I^bre, dir Gtmdaiepaîvrr à J« Néra. Celte littérature i^éclBffiatwre ararcpie une <lite reUeaoaM l'hrare ^ la coalilma àe t^f^ope réveiHaat cootrc ia' Pmkicc sefjaloumfl pks «u oMins assenpiee. Inprudent celui' qui l'aTaildécihalBée, après- h pMsgtM-teaKde Tilntt.
' Et voici que les pourperten qu'ils a hiit ou leiasé> eirtamer, à tout hasard, sous le maaieau, avee le g«OTememeiit' de Geoi^es^III, Napoléon les voit tember. 'Datée d'Erfcrtb, le 12 octobre, une <■ Note» STgoée de KEflopereiu" et du Tsar élailpoiléeà Loodres. Ce document de-sr grande mpepteoce demandait avec une certaine ^MMear le rélabliasemoM de la pais maritime, parce que la guerre continentale' était ■ ternioée Mma -qu'elle se puisse rwieuTeter ■. L^a^nation, très ' ccmtestabfe pour le présent, se trouvait démentie peur IWeair dans ' la ■ Ifote ■ iBéme par cette meiMce éventuelle : ■ De* plus grands cbangements encore peuvent avoir htm. > A eause du tour belliqueux que preDeient"les tifhin» d^Ëspflgne, Napoléon devenait croyable quand- il setriiajtait la paix avec ■ Tennemie du continent » ; l'Angleterre' demeurait dams son rôle en se dérobant. Ken qnelfi présence des mandataires de la nation espagnole, A une conférence où se débattrait certanaeinent le sort de' leur patrie, tét chose assez naturelle, la prétention de les y aj>peler devait fort irriter Napoléon, car elle remettait dédaigneusement en cirase celte conquête de' la péoinsHle- qu'il préseMait comme déSmlive.- 60' formulant avanr toutes- dhises cette condition en faveur de ceux qu'il nommait préventîment ses » alliés « , le Régent ne devait poittt se faire d'Alusion sur l'obstacle qu'il dressait. Une «Note 1 de Caaiiins à Chanipagny(l) affectait des expressionramèree^ '''lie i^^onic
(1) 28 octobre. ÂETurei élnugèr», ÀngteUrre, *ol: WSbi; fbl. iS».
m L'ESPAGNE ET NAPOLËUN
discourtoise, poussant le sarcasme jusqu'à parler de ces «usurpations dont le principe est injuste et l'exemple dangereux pour tous les souverains léf^times » . La colère de l'Empereur fut sincère, vive et menaçante. A Burgos, le 18 novembre, il dictait une réponse virulente dont Champagny, aidé de son collègue de Saint-Pétersbourg Roumianl- Goff, obtenait d'adoucir les termes (1), — mais où il laissait une comparaison entre la nation espagnole et les ■ insurgés catholiques d'Irlande ■ qui est bien dans le ton de la phraséologie historique de Napoléon. Il terminait par la représentation comminatoire et fort claire de la • France irrévocablement unie à la Russie ■ .
L'Empereur qui n'avait voulu, en 1808, d'action diplomatique que pour a négocier utilement la reddition de sa rivale « (2), l'Empereur modifiait prudemment ses exigences en tace des événements qui lui montraient l'hésitation de Saint-Pétersbourg, l'activité de Vienne, la résistance de Séville, l'hostilité de Madrid. Quand il s'arrête à Âstoi^a, c'est pour réBéchir, et dès le 4 janvier sa lettre & Cbampagny consent à admettre dans ce congrès, où se régleront les affaires de la péninsule, des représentants de Charles IV, de Joseph, de Ferdinand et des Cortès. Celte condescendance méritoire laisse donc remettre en question les actes de Bayonne et les victoires de la campagne; elle est seulement tardive, et l'Angleterre s'est engagée à fond avec la Junte suprême espagnole : le 14 janvier à Londres Ganning et l'amiral don Juan Ruiz de Apodaca (3) signent un traité
(i) Affaire* ëlraDgèrea, France, M^moirei et docamenU, vol. 118, fol. 156) Angltterrt, toI. 603 bU, fol. 175. Champajnr k l'Emperear, S8 nov«mbr« 1808.
(S) Alb«ri VinoiL, Napoléon et Alexandre, t. Il, cbap. ■".
(3) Re*ti *cul ambauadeur de la Junle auprême k partir du S9 octobre 1808, Apodaca rcmil le Ï3 décembre ■» lettre! de créance. — Arcbives de Simanca*. Ëttado, 8171, doMier 4.
d'alllaDce : S. M. Brilannique reconnaît officiellement Ferdinand VII, lui promet toute son assistance pour faire cause commune contre ta France (I). Sans connaître, sans avoir besoin de deviner la précision de cette entente. Napoléon entrevoit la cabale étroite de ses divers ennemis. Lui qui n'a franchi les Pyrénées que pour se rendre libre sur le Danube (2), se sent menacé dans le dos d'intrigues dont il n'aura le dernier mot, qu'il ne pourra trancher qu'à Paris. Il s'alarme vraiment quand les dépécbes de Gambacérès lui apprennent comment le diplomate le plus retors de son empire, l'intrigant le plus comblé parmi ses créatures, est en passe de le trahir pour se garantira ses dépens. — Voici le nœud de l'aventure : le prince Eugène, averti par Lavalelte qui tient en mains toutes les postes, a intercepté un messager allant à Naples; c'est Talleyrand qui écrit à Murât : d'accord avecFouché, qui de tout temps a soutenu l'ambition effrénée de Caroline Bonaparte, il fait présager au • roi Joacbïm ■ des événements prochains, des circonstances extraordinaires, l'éventualité des plus hautes destinées, car, entre l'Angleterre, l'Espagne, l'Autriche en armes, et la Russie immobile, la suc cession de l'Empereur des Français ne peut manquer de s'ouvrir prochainement (3). Dans ce branle-bas européen, en face de conquêtes si récentes, « les personnes les plus éminentes de l'étal civil * (comme s'exprime discrètement Mettemich auprès de Stadion) ■ n'entrevoient aucune stabilité dans des institutions basées sur des ruines « . — Ces craintes relatives à la fragilité de l'édifice impérial selon les chances si variables de la guerre, d'un poignard, d'un coup de feu, c'est l'ambition sans cesse renouvelée du conquérant qui les fait naître; on
(1) Etpagne, vol. S78, (bl. 3X i 34.
(S) < Il en Nnirait en janvier «vec l'Etpagoe ; alora maitrc de ce payt, il le redeTicodrail de rAllemagoe el Nduirait l'Aulricbe à capitulalion, ce qui le diipenieTait de trop alteodre de la Ru>ii« >. — A. Sorel, t. VII, p. 107.
(3) PuQDiBR, Hittoire dt mon ttmpt, t. 1, p. 355.
•erail («atide iKre qavc'est le. ayMème- p«liti^e oèriIl«tt entre quiJesjiittîfie; DéMcinaM «t jvM|u'A U fia, ses adver* saires^ dOet le nombre s'sooroU de tous l«e ingrate^ vool-jatter celte carte dans lapaiiied'iaù iUTaudTaieaiietirer4etir<enjeu. Une mort subite, au loiD« (fera plus tard Uiute la Traisem- Uanoe de la Mie caRJtiFat>oR4u ffénénX Malet qui s'agite pourla.preaiière foù en ISOS (I). Là est l'esplicationdu r«pprockemeot. de dcax parsonaages plo» adroits, que sympathiqDes : le firittce de Bébcreiit ot; le doc d'rOtrante ; les « deux ooojurés ■ (2) ont ou une eDlrerve discrète dans la maison de leur an» d'Heulerite, et iU ont affiché leur réc«neilialion tors^ne Fcmché, à la stupéfaotion . du ■ nMnde-a> parait un «oir dans les salons de la rue Saint-Floretttin,(â). N'ayant pas assez -de courage pour praToqoeri l'oocsaiont ils •emblenl très <d<cidé8-à la saisirst «Ile se présente-
A ces bruits, à ces rérélalious, àioee indices la.juste cdère du naître sederiaeinoais elle lui -laisse ^'entière liberté de 8«« esprit : il va retourœr. en France, oar c'eat courici au plus pressé' Noue l'avons tu quitter Aslorga leS.jaarier^ ilcoucbe à Benavante le 4, le li s'arrête à Valladolidi couvrant ■• Tolte-feoe d'un euphémisme imprévu : ■ il se rapproche du centre de-aonarfloée (4)»% Voisin de la frontière, il peut mieuz.éooulsr< les rumeurs., plus lostementorganiser le retour et prendre déjà cootaol aree les Tuileries.
Celte halle de diiL jours à ValladoUd est marquée-par u»e fébrilité pompeuse* Napoléon £rie trèsiuul.af)nid!ètre entendu de toute l'Europe : on le croyAit 1res loin, très absorbé, très embarraaeé, eh bieiit le voici! Ses soldats a'eo aperçotreat
(I) AvsDt >a TérJlable échauffourée du S3 oclobre 181S. Halet a été miU i une I GODapiraiioD > (mai-juin 1608) doai Dukati, la ptéfel'de palïce, t'eit inqui^ et dont Fanchi a aAecI^ de m oMt^oei'.
(i) HeUeratcb i StadioD.
(3) HittRLtN, Fouehé, t. II, p. n.
(i) L'Empereur à JoHpk, XjuiTier 1S08,
les premier! : il te« groupe, coacetAre sa garde, passe ea revue les détachements qui arriveDi, étouffe sous l'éclat de ses paroles les murmures des mécontents : ■ Ah! je le sais, vous voulez, retoaraerà Rarît-pour y r^-onrer vos halntudes et:vo8 i^aUreMeal Eh bJe»tie tou» reti«odrai'QiH»re«*ti« les armes À qwatre-rÎDgto ans! ■ — À une de ces parades eut lieu la scène terrible faite à deaseinau géDéral Legendre, l'andeu dtef'd'état-major.de DupoBl. Il y avait au moins de l'imprudence à s'exposer, aprèé Baylen, k reparaître devant l'Empereur;i'algarede dépassa les préyisions^ Le g«iéral Thiél^iult noue en a C4Miservé, en ténoin oculaire, le dramatique récit ( I) . Foudroyant Legeadre du regard, Sa Majesté n la figure cootraclée, l'œil lerrihle, le geste au supréiAe degré meuaçant et la voix retentissante, afin que le dernier officier, le dernier soldat présents pussent le voir, l'enieadre • , prononça une pbilippique en des phrases fortement accentuées, parfois sans liaison, jamais sans suite : a . . . Sur un champ de bataille, caonsieur, ou se bat, et lorsqu'au lieu de se battre, on capitule, oa mérite d'être fusillé... Ge n'est pas l'artillerie que vous vouliez sauver, ce sont vos fourgons ; c'est-à-dire le produit de vos rapines. Vous n'avez plus été ni des Français ni des généraux, vous n'avez' plus été que des voleurs et des traîtres. ... Ge sont des fait* inconnus dans l'Histoire... Gomme sujet, votre capitulation est un crime; comme général, c'est une ineptie; comme soldat, c'cst'une lAcheté; comme Français, c'est la première allcinle sacrilège portée à la plus noble des gloires!... ■ Il se tut, au milieu d'un silence de mort qui glaçait les poitrines. Donnant d'un coup de tête le signalaux tambours-majors, il courut Faire face au centre de la ligne pour le défilé; un roulement général se fit entendre; mais A peine son cheval avait-il été dépassé par le
(1) MémUrei, t. IV, p, »7-t!>2.
i48 L'ESPAGNE ET NAPOLÉON
premier peloton en marche, qu'il tourna bride, partît au
grand trot et rentra chez lui.
Soua les arcades de ce palais de Charles-Quint où, tout autour du patio, se dressaient comme pour lui foire cortège les bustes des empereurs romains taillés dans le marbre par Berruguete, Napoléon reçut le texte officiel du serment de fidélité au roi Joseph. Dans sa réponse aux envoyés madrilènes dont M. de HédouTtlIe, qui parlait fort bien l'espagnol, était l'interprète, il sut glisser des menaces et adressa à ces gens inquiets un discours en » onze ■ points sur la nécessité de la soumission, l'inutilité du secours anglais, la puissance invincible des forces françaises ; puis il leur Gt offrir un dEner à la table du major général (I) et les renvoya, protégés par une escorte de 3,000 hommes, jusqu'aux portes de la capitale (2) . Les paroles impériales sont prononcées avec le désir évident d'intimider : il écrit à Joseph : ■ Il faut faire pendre à Madrid une vingtaine des plus mauvais sujets, envoyer le reste en France, aux galères. Ici j'en fais pendre sept (3).., La cour des alcades a acquitté ou seulement condamné & la prison une trentaine de coquins que Belliard avait fait arrêter; il faut nommer une commission militaire pour les juger de nouveau et faire fusiller les coupables... La canaille n'aime et n'estime que ceux qu'elle craint, et la crainte de la canaille peut seule vous faire aimer et estimer de toute la
(1) Lb d^pulatioa compreosil le coûte de Montarco (C0D*eil d'Éut); Bernard Yriarts (Conieil dea Indca); laarquU de laa Amarillat (Conaeil de guerre); JuiLe Salcedo (Contell de la marioe); don Manuel de Yalcniuela {CoDieil dei fînancei) ; Maouel Sixte Eapinoaa (commerce); dOD Marcelino de Pereyra (Aloadea de Cour).— Vol. 6TB, fol. 64.
(S) Gaitttt Je Madrid, 27 jacvier 1S09. — Voir Artecde, l. IV, p. 11«.
(3) Il uaait de clémence plu* <|u'il n'affecte de le dire ; an ricbe habitant de Valledolid allait iut pendu; on lui apporta ta (trace au pied de l'échelle; le malheureux, d'abord tlupéfiit, lit entendre nn formidable cri de Yiva et Emperailor,' — Journal rfei Campagnei dn baron PtBOi, p. 4-76.
N&POLiON KN BSPAâHK 44B
nation (I). » DeTant l'évéque de Poitiers Mgr de Pradtj il taiese deviner son amertume d'avoir donné & son frère ce paya d'Espagne ■ plus beau qu'il ne le pensait ■, mais il estime qu'il lui reviendra; il le partagera alors en plusieurs vice- royautés. En attendant de couper l'arbre, il cueille les fruits et se fait réserver cinquante ■■ beaux tableaux » qui seront pris dans les maisons confisquées ou les couvents (3). Il songe aux Anglais qu'il a quittés sur le cbemin de la Corogne et mélancoliquement il livre toute sa pensée à son ministre de la guerre :
J'ai quelquefois regret de n'y avoir pas été moi-même; mais il y a d'ici plus de cent lieues; ce qui m'aurait mis à 20 jours de Pam;ceù m'a effrayi'', surtout à l'iqtproche de la belle saison, qui fait craindre de nouveaux mouvements sur le continent (3).
11 les craint moins qu'il ne le dit : le sort en est jeté, il marchera contre l'Autriche, et le courrier du 15 janvier n'emporte pas moins de dix lettres à toute la clientèle royale de ses vassaux d'Europe : le prince Eugène, Joseph, Jérôme, le grandduc de Hesse, les rois de Bavière, de Wurtemberg et de Saxe, le grand-duc de Bade et son fils, le prince Primat, pour leur parler A chacun des • folies ■ de la cour de Vienne, les inviter, les encourager, les exciter à mobiliser leurs troupes; lui-même est prêta ■ recevoir le gant >, escorté de 40,000 hommes. Le vainqueur de Itivoli, d ■ Marengo, d'Ulm et d'Austerlitz se demande seulement si à Vienne ■ on boit l'eau du Danube ou du Léthé » . Gomme pour se consoler d'abandonner les opérations militaires d'Espagne, il entre alors dans le menu détail : service des estafettes, des aides de camp, relais de poste, dépôts de fourrages. — Avant tout, on agira en grand secret après son départ qui ne
(1) L'Empereur t Jotrpb, lS-16 jaDvier 1809. Recueil I.ECEiiTnE.
(2) CarrttpondaHCt, (. XVHI, p. 165.
(3) L'Empereur h Clarke, 13 jinvicr 18W.
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sera pas mis à l'ordre, on prétertera une fugue & Saragosse d'où son relour au plus lard aura lieu sur la fin de février. — Par respect des préséances, Joseph commandera l'armée. A ce dernier même, s'il laisse d'abord entendre ne pas devoir revenir avant l'automne, il dit, sans craindre la contradiction : «Les circonstances m'obligent à aller passer vingt jours à Paris (I) <> . Et puis, d'un ton dégagé : ■ Je crois vous avoir mandé de me conserver la petite campagne de Ghamartin et la maison d'babitation telle que je l'ai laissée, afin que je sache où descendre si, un beau matin, je reviens i Madrid (2) . ■
Sans oser dégarnir la péninsule des maréchaux, sauf Bessièrcs, il va emmener la fleur de ses généraux : Walther, Lasalle, Dorsenne, Bordesoulle, Bron, Lagrange, Gauthier, Puget, Bazout, Claparède. Tout est préparé : il peut se mettre en route. Il a attendu, reçu et renvoyé le 16 janvier les députés de Madrid; le lendemain, dès que le soleil est levé, précédé de Savary, dont il pousse le cheval à la cravache, pendant qu'il enlève le sien à coups d'éperons, galopant à franc étrier, égrenant derrière lui Duroc, le mameluck Roustan et cinq malheureux guides qui s'essoufflent à le suivre, il parcourt avec audace, célérité et bonheur le chemin que rendent si périlleux les paysans espagnols armés etaux aguets. César et sa fortune! En cinq heures, sans halte pendant 30 heues, îl arriva ainsi à Burgos, mourant de iaim, de froid et de fatigue (H). Il se jeta dans une berline. Puis, d'une traite, avec n une rapidité égale A ses passions > (4), il traverse la France; le 23 janvier sa voiture franchit les guichets du Carrousel et le canon des Invalides l'apprend aux Parisiens.
(1) L'Empereur k Joteph, 15 jan-rier 1809. Lettre portée par HoDteaqDÏoa. (2}/f/., 16 janvier tSOO.
(3) Mémoiret du dac de Rovigo, 1. IV, p. kt. — Mémoires de Ph. de Séffur, t. III, p. 826. — Mémoire! du général Tkiébault, t. IT, p. 180. (k) A. Tbiem, Coniulal et Empire, t. X, lir. U.
NiPOLÉON EN ESPAGNE 451
De son côté, l'adversaire accourait, comme pour un rendezvous tacite en champ clos : la dilisente prévoyance de M. de Metternich lui avait fait quitter brusquement Vienne et voyager jour et nuit afin de regagner son poste; cet homme avisé, qui ne s voulait pas perdre la chance d'assister à la première audience diplomatique •> des Tuileries, était en effet présent au cercle de la Cour, le 24 janvier. Il demeura impassible devant les prévenances dont fut comblé, en remettant ses lettres de créance, le prince Kourakine, ambassadeur extraordinaire d'Alexandre. L'envoyé de l'empereur François dut se contenter de courtes et froides banalités. Il savait à quoi s'en tenir.
Il avait d'abord vu les ministres des Relations Extérieures M. de Champagny et le comte Roumiantsof ; tous deux lui parlèrent de la nécessité pour l'Autriche de reconnaître sans plus tarder le « roi d'Espagne », le premier tint ce discours en termes vagues, le second de façon plus formelle, déclarant qu'à un génie supérieur, tel que celui de Napoléon, " il ne allait donner aucun sujet de mécontentement et boroer à ce soin toute sa politique » . Metternich ne s'était pas trouvé de force à combattre semblable argument, mais ne manquait pas la repartie assez spirituelle de souligner la nomination de Joseph, comme i lieutenant général de son propre royaume », fait bien capable de laisser supposer la réunion de l'Espagne à l'empire français; au reste il n'avait pas poussé plus loin la controverse. Une longue conversation avec Talleyrand lui donnait meilleur espoir; plus que jamais le diplomate autrichien voyait en l'ancien évéque d'Autun a un de ces instruments tranchants avec lesquels il est dangereux déjouer*, mais dont ■ il ne faut pas craindre de se servir, parce que c'est l'instrument qui coupe le mieux o . — Le retour de l'Empereur allait lui enlever cette arme des mains.
Devant une volonté qui sait vaincre les éléments, le temps
4St L-BSPAOHE BT NAPOLfiOH
et la disUnce, que peut peser un homme? Gomme un fétu de paille le torrent va soulever, tordre et rouler en épave le prince de Bénévenl. Le samedi 28 janvier, à un ' conseil ■ du matin auquel assistaient avec des ministres tels que l'amiral Decrès et Gaudin, eicellents et pacifiques courtisans, l'Archichancclierel le vice-Grand Électeur, l'Empereur, après quelques allusions générales au mauvais esprit des ambitieux et i l'infamie des trahisons, tout h coup marcha sur Talleyrand adossé silencieux à la cbemiaée, et dans une colère croissante, les yeux allumés, le poing tendu, jeta au visage glacé de l'impassible trompeur les mots les plus violents, lei plus âpres, fouettant l'air d'exclamations, sans autre souci que de trouver des épithètes plus injurieuses et des menaces plus foudroyantes :
Vous fites un voleur, un lâche, un homme sans foi, vous ne croyez pas en Dieu, vous avez toute votre vie manqué à tous vos devoirs, vous avez trompi^, trahi tout le monde; il n'y a pour vou» rien de sacré; vous vendriez votre p^re. Je vous ai comblé de biens et il n'y a rien dont vous ne soyez capable contre moi. Ainsi depuis dix mois vous avez l'impudeur, parce ijue vous supposez, à tort et à travers, que mes afTaires en Espagne vont mal, de dire à qui veut l'entendre que vous avez toujours bUmé mon entreprise sur ce royaume, tandis que c'est vous qui m'en avez donné la première idée, qui m'y avez persévéramment pouMé. Et cet homme, ce malheureux {i\ dt'signait ainsi le ducd'Engbien) par qui ai-je été averti du lieu de sa résidence? Qui m'a excité à sévir contre lui? Quels sont donc vos projets? Que voulez-vous? Qu'espérez-vous? Osez le dire! Vous mériteriez que je vous brisasse comme un verre, j'en ai le pouvoir, mais je vous méprise trop pour en prendre la peine.
L'émoi, la surprise paralysaient les assistants, le regard fixé à terre. Tous n'avaient pas la conscience si nette qu'ils ne pussent penser que leur tour allait venir. Quand le souffle manqua à l'Empereur, un mouvement instinctif poussa vers
Is porte ce» personnages ahuris; et dans le silence de la fuite, sur les épaules des courtisans, la voix fluette de Talleyrand, retenu en arrière par sa marche boiteuse, glissa cette aigre riposte : ■ Quel dommage qu'un si grand homme soit si mal élevé (1) ! » La colère rend maladroit par des paroles irréparables; Napoléon le comprit vite et pour équilibrer les choses, après le vent de cette tempête, il modéra la foudre. Duroc se rendit chez Tallcyrand lui redemander sa ■ clef <• de grand chambellan; le lendemain, » au lever ■ du dimanche, M. de Montesquieu, à qui le Moniteur ne sut trouver de qualité plus décorative que celle de i> membre du corps législatif ■>, fut officiellement désigné pour occuper celte place; il prit ses fonctions et tout fut dit. L'Empereur voulut seulement marquer qu'avec le prince de Bénévenl l'intimité domestique était brisée : il lui retirait le droit d'entrer à toute heure dans son cabinet; jamais ils n'auraient plus d'entretiens particuliers- B II ne pourra plus dire qu'il m'a conseillé ou déconseillé une chose ou une autre » , déclarait Napoléon qui mettait dans cette disgrâce une amertume ironique et une co< quetterie à ne pas se reconnaître de Mentor (2). — Pouché profita de l'excès même de l'algarade subie par son ■ compère ■ ; il prit le vent, se défendit en dessous, se fit le partisan déclaré de la guerre, parut nécessaire, resta et fut épargné (3).
Napoléon avait d'autre aouci que de frapper des gens rendus inofFensifs, du moins le croyait-il, parce qu'ils étaient
(1) Se« Méntoirtt «ODt plu» diicreti : < Je devait donner à ma manière di vivre un air d'indiFFérence et d'inaction, qui n'oRrit point la moindre priae nux BoupçoDS coDtinueIt de Napoléon. A différcDlei rcpritet il me montra QDe grande aniinoaité et me (il plutieurs (bi* publiquement de* acinea Tiolenlei. > (T. Il, p. 5.)
(2) ConverutioD de l'Eiopereur avec Rœdcrer, 6 man 1809. KtKoeaEit, œuerei, I. IIE, p. 5M.
(3) Pt»«trlBn, Hiitoire Ae mon lempi, t. I, p. 856. — Mâcelir, Foiieh», I. Il, p. 87.
découverts. Les armements continués de l'Àutriclie offraient des dangers plus sérieux. Vers elle il tourna sa colère, toujours avec cette affectation de mépris dont il couvrait l'adversaire, il disait à Roumiantsof : ■ Elle veut un soufflet ; je m'en vais le lui donner sur les deux joues (1). ■ Il s'indignait de ses « bnfaronnades », et lui-même s'y oubliait, écrivant à son frère Jérôme : <> Si l'empereur François fait le moindre mouvement hostile, il aura bientôt cessé de régner. Voilà qui est très clair. >
A de grands prépardtifs guerriers, il souhaitait passionnément de joindre l'appui moral de la Itussie. A Paris Roumiantsof et Kourakine rivalisaient de courbettes, et réciproquement recevaient l'accueil le plus empressé : l'intimité s'afiicbait, les conversations étaient journalières, les galanteries incessantes, les cadeaux prodigués. A Saint- Pétersbourg, le Tsar embarrassé demeurait plus réservé; il n'était pas insensible aux arguments de la Cour de Vienne, à la visite plus intime des souverains prussiens; il se gardait d'épouser en face de l'Europe la nouvelle querelle napoléonienne d'autant que la dernière chance d'une conférence d'entente avec l'Angleterre s'évanouissait en ce même temps. Londres s'appuyait sur la Suède et mettait à profit les révolutions de palais à Constantinople pour s'immiscer avantageusement dans l'anarchie ottomane. Alexandre voulait terminer en Finlande et commencer en Turquie, tandis que Napoléon prétendait achever en Espagne. Cette diversité d'intérêts aurait dû l'alarmer; elle l'excitait, car il était gros joueur et la guerre est le jeu des dieux (2j. Plus la difficulté
(1) Archiirei de Sainl-Péteitboinq.
(2) • L'obacMion d'un dëBaslre <]uc l'un riiquc, rioeiprimable cffetTetccncc de la Ticloire, U* viciaiiludo gigaoloquei du triomphe cl de U déhilc, le tumulte, la Irinétie, le divin traniport, le mt^prii iii»mc de rhumanili^ et de tout ce qui la touche, vie, propriété et bonheur, l'angoiiie des agonie*, t'horrear dci moru, toute* le> émotion* violente*, portée* au comble, ne *emblent
NAPOLÉON BN ESPAGNE tbi
devient pesante, plus son génie prétend déployer ses ailes, et de cette Espagne rivée à son talon comme un bouiel, ce n'est plus le concours qu'il convoite, c'est la possession même qu'il souhaite d'exiger, il envoie le sénaltiur Bœdcrer, qui a l'oreille de Joseph, porter des ordres à son frère. Elle est instructive celte conversation du 11 février dans le cabinet des Tuileries; sous la lueur discrète des bougies, dans le téte-à-tète confidentiel de la nuit, il ouvre son àme ; des promesses de Bayonne, nul souci : ■ Depuis, les choses ont bien changé, dit-il, j'ai conquis ce pays-là. Il ne s'agit plus de stipulation d'intégrité ni de conventions, il faut que le pays soit français, que le gouvernement soit français (1). ■>
Illusion, erreur, faute capitale qui dominera tous les désastres qui attendent jusqu'à la lîn l'action de Napoléon de l'autre côté des Pyrénées. En déchainani l'amour-propre national contre l'envahisseur, l'opposition est rendue irréductible et la guerre éternelle. Son dessein, exécuté par des moyens iniques, avait commencé avec des vues plus sages, lorsqu'il prétendait, averti par Talleyrand, reprendre les traditions des Bourbons de France sur leurs cadets d'Espagne. Louis XIV qui était un roi, et point un fntperator, ne s'y était pas trompé : il avait pu implanter la dynastie de son petit-fils et valoir à la France l'alliance de ses voisins par le procédé contraire ; aBsurerl'iniluence des Français è Madrid, point leur domination directe. Disant adieu à ses premiers ■ rêves ambitieux et magnanimes » , il avait compris la nécessité de renoncer à une ingérence personnelle dans les
pat Kulemcnt éle*«r l'homme poor un moment >u-deuiu d« latrea crëaturea : allei coD*titnent une fie intenae que )e* nerfi humaii» ne peuvent loofrlempi loulepir. Le «ractire de Napoléon fui profondément iR^té par ce jeu de la guerre. L'étoile de *a de»lin^e qui tenait tant de place dan» aea peoaéea n'itsil que la ebance du joueur du» de coloaialea proponiona. > — I^rd RotEirat, la Dernière phait, p, 198. (1) ROBDEMH, 1. III, p. 536.
as L'ESPAGNE ET NAPOLÉON
affaires intérieures de la péniusule, se contenter de maintenir l'aocuid puliliijue entre les deux gouvernements et faire de la su|iurulion dos deux monarchies la base fondamealale de leur droit public (I). Mais Napoléon estimait bien surannée la poliliquede Louis XIV; dans le rapprochement il s'accordait de baul la supériorité et ne venait-il pas de recommander h Fiiuclié (2) de faire insérer dans les journaux des articles l>our clablir le parallèle avantageux de la France de 1809 sur la France de 1709, l'année du •> grand hiver ■ .
Son dernier mot est un joyeu]^ défi à la Fortune : ■ Je laîs6e A Joseph mes meilleures troupes et je m'en vais i Vienne, seul avec mes petits conscrits, mon nom et mes grandes bottes 1 (3) » En effet Eckmûhl, Essling, Wagram vont glorieusement répondre à la splendeur de cette audace. Mais l'entreprise injuste, fatale aux intérêts de la France, maintient, plus que tout le reste, contre l'Empereur la crainte la jalousie, la haine de l'Europe dont l'Autriche n'est que le champion et l'Espagne le héraut sonore.
uEq vain s'insurgeant contre les conséquences de sa faute, Napoléon s'efforce-t-il une dernière fois de leur échapper; il les retrouve partout devant lui et ne réussira plus à les écarter de son chemin. La guerre qu'il a suscitée le précipite dans celle qu'il souhaite d'éviter, et l'acte fatal qui a hussé toute sa politique, le mettant aux prises avec les diFKcultés auxquelles il n'est plus de solution pacifique et normale, le condamne partout à poursuivre, à vouloir, à exiger l'impossible {i). •>
(1) Alfr«d BicmuLuitT, Philippe V et U cour Je Fraaee. (1) L'Empereui à Foocbé. — ValladolJd, 13 ju>iar IW». J3) ConTer«*tioD avec Rœderer, 6 ann lti09. (fi) Albert VuiDU, IVapoléom et ÀUxandn, t. Il, ohap. it.