PRÉFACE
Voici la suite d'études historiques auxquelles les lecteurs et l'Institut ont réservé un indulgent accueil.
Elles étaient terminées avant la guerre ; les événements en ont naturellement reculé l'apparition en librairie. Aux jours de l'action, la pensée n'est pas aux récits. Ce récit a peut-être gagné à ce retard. Prenant une couleur d'actualité, l'intérêt de ces histoires de batailles, d'invasion, de défense, de lutte patriotique, se réveille à la comparaison des faits qui se déroulaient hier sous nos yeux.
La guerre est toujours terrible et funeste; la résistance à l'envahisseur toujours méritoire et féconde. Notre courage militaire, qui vient de se signaler d'une façon héroïque dans la défense, avait brillé, il y a cent ans, dans l'attaque ; mais combien loin des pratiques allemandes, de ses procédés cyniques de destruction et de barbarie. Nos qualités nationales se manifestaient même en ces jours belliqueux où nous n'avions pas le beau rôle politique; et déjà se montraient les vertus engendrées par l'esprit militaire : discipline, endurance, courage, générosité, valeur. On peut, par des sophismes, en nier l'efficacité, le danger une
fois disparu; il reste qu'elles ont été, en Espagne comme en France, la sauvegarde d'un pays que le pacifisme mènerait à l'amollissement, à la décadence, à la ruine.
L'histoire la plus contemporaine a donc des exemples à prendre dans ces aventures guerrières du Premier Empire, et nos études peuvent continuer sur ce terrain.
Bien que la mentalité du public se soit modifiée certainement, je n'ai eu nul changement à faire dans le texte rédigé avant 1914. Caria vérité n'a besoin d'aucun masque et notre fierté nationale d'aucun voile, si elle enregistre des insuccès à côté de ses triomphes. C'est la moralité des événements qu'il faut retenir, or, depuis quinze siècles, la France en sort toujours grandie.
Les gens de cœur savent qu'elle le doit en partie à ses soldats.
Nous n'avons rien à redouter des souvenirs, des rapprochements, des comparaisons. Prompte à l'enthousiasme, notre race est rebelle à la jalousie.
Par une simple courtoisie, il ne nous coûte pas de rendre justice à nos adversaires.
Quand Napoléon menait la partie, de près ou de loin il la dominait, tout l'intérêt du jeu gravitait autour de sa personne; il suffisait donc d'observer sa figure à travers la chronologie des événements. Sans lui, nos armées sont plus difficiles à suivre, dans leur action de 1809 à 1814, tant elles sont éparpillées dans la péninsule. Il faut tracer de leurs mouvements des tableaux successifs et parallèles.