‹ L'Espagne et NapoléonChapitre 2 sur 38 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Ce troisième volume (1812-1814') doit clore notre étude sur les rapports de Napoléon avec l'Espagne de 1804 à 1814. Cette dernière date indique le point d'arrivée.

Je veux espérer des historiens et des lecteurs un accueil semblable à celui que leur indulgence a réservé aux premiers volumes. Le sujet devait fixer l'attention et pouvait retenir l'intérêt. La résistance espagnole fut le roc où vint se briser le destin de l'Empereur. Son importance est donc capitale.

Elle n'avait pas cependant été étudiée de près, car les victoires de nos aigles attiraient ailleurs les sympathies de l'historien.

J'ai continué mon récit en présentant les événements en des tableaux successifs et parallèles, leur diversité ne permettait pas de les faire se suivre dans une marche de front. Les épisodes concernant à Valencay les princes d'Espagne, Ferdinand Vil, Carlos et Antonio, ouvrent les premières pages de ce livre, la mort de leurs parents, les « vieux Rois » , Charles IV et Marie-Louise, et de leur sœur, la reine d'Étrurie, ferment les dernières, encadrant ainsi assez naturellement les luttes pour leur liberté et

l'indépendance de leurs sujets. J'ai groupé des détails sur le siège de Cadix, les Cortès qui s'y réunirent, la Constitution de 1812 qui s'y élabora, les guérillas, symbole farouche de la lutte, les prisonniers intéressants pour leurs malheurs ; j'ai essayé de donner la physionomie d'un soldat administrateur, le maréchal Suchet, de rapporter les embarras du roi Joseph, sa retraite à Valence, à Valladolid, et la bataille finale à Vittoria. Contre les Anglais de Wellington, l'armée française termine sa résistance en des heures héroïques, à Burgos, à Pampelune et à Saint- Sébastien, jusqu'à cette bataille de Toulouse, dont on dispute encore si le maréchal Soult fut victorieux ou vaincu. Et Napoléon reconnaît en silence l'écroulement de ses rêves ambitieux, en signant le traité de Valenr.ay. Il rend son roi à l'Espagne sans pour cela lui assurer la paix.

Telles sont les grandes lignes des récits de ce troisième volume. Comme pour les précédents, j'en ai puisé les éléments dans les Archives des Affaires étrangères, les Archives nationales, les manuscrits de la Bibliothèque nationale; peut-être ai-je utilisé plus particulièrement encore les dossiers du ministère de la Guerre. Mes missions en Espagne ont continué à me fournir des précisions parles notes prises à Simancas, Alcala, Madrid, Cadix, etc. Je donne mes références, qui doivent justifier ce que j'ai cru pouvoir avancer sans parti-pris, car les passions, vieilles de cent ans, semblent être éteintes.

Et cependant, les hasards de la pohtique ont voulu que ces aventures des temps anciens rencontrent tout à coup une actualité qu'elles ne cherchaient guère, les révolutions

PKEFACK

d'Espagne, viennent d'évoquer, à travers la sérénité de l'histoire, les précédents des Cortès, des Constitutions et des luttes fratricides. Puisse le passé éclairer l'avenir.

En terminant ces recherches, je remercie la Providence qui m'a permis de mener jusqu'au bout un travail entrepris il y a longtemps, sans croire alors qu'il me mènerait si loin ; heureux d'avoir pu défricher un terrain historique encore vierge. Les rencontres mémorables de Napoléon avec l'Angleterre, l'Italie, l'Allemagne, la Russie, même la Turquie, avaient passionné les écrivains et les lecteurs; de l'Espagne on parlait peu, ignorant presque tout, on semblait vouloir oublier les beaux faits militaires de nos armées, à cause de l'insuccès final de leurs campagnes.

J'éprouve aussi une satisfaction à constater que, la voie ouverte, j'ai été suivi. On doit, parmi d'autres travaux d'importance, signaler en France deux auteurs de grand mérite : le commandant Grasset qui, avec la compétence d'un soldat, a commencé, au point de vue nulitaire, l'exposé de la Guerre (C Espagne. Son ouvrage sera un excellent guide, dans une matière délicate, quand il sera achevé.

Après lui est venu un normalien érudit, M. André F'ugier. Ses recherches ont suivi de si près les miennes, que pour donner à son travail le titre qui lui convient et pour éviter toute apparence de plagiat, il n'a dû qu'intervertir les termes : i Espagne et Napoléon est devenu sous sa plume Napoléon et l'Espagne. Il est arrivé aux événements de Bayonne de 1808. Lui aussi nous promet de compléter les récits amorcés et on peut attendre beaucoup de la précision de ses méthodes et de son talent. 11 a fait

précéder son premier volume d'une bibliographie très complète des sources françaises, espagnoles, anglaises, portugaises, manuscrits et imprimés. Il a classé d'une façon originale et savante des renseignements précieux dont l'aridité effraierait le lecteur, mais font les délices de l'historien.

En Espagne, le marquis de Lema a commencé par lui premier volume à utiliser les archives de son pays : Antécédentes politicos e diplomaticos de los successos de 1808; M. de Villa-Urrutia a raconté mille anecdotes agréables dans les Relaciones entre Espana e Inglaterra durante la guerra de la Independencia . Et surtout, avant de mourir, le général de Artèche avait terminé les quatorze volumes de son grand ouvrage : la Guerra de la Independencia.

En Angleterre, M. Charles Oman vient de publier le complément de sa contribution au même sujet : History of the Peninsular fVar, qui demeure un véritable monument.

Je crois pouvoir citer encore le nom d'un professeur suisse, M. Geisendorf des Gouttes : il imprime un gros volume, qui sera présenté comme thèse de doctorat à l'Université de Genève. 11 s'agit d'un sujet plus restreint, touchant les prisonniers, mais qui s'encadre dans un tableau général des guerres de la péninsule. Il m'a fait l'honneur de me confier, pour leur lecture, les premiers placards; l'impression de mon propre livre était trop avancée pour que je puisse mettre à profit les renseigne-

Page 1