COUR DU PALAIS DE SAN TELMO, A SÉVILLE
ténuité extrème s'élèvent en l'air; vous vous sentez inondé à droile, à gauche, devant vous, der-
rière vous, par une pluie fine qui s'élève du sol au lieu de tomber du ciel. Cette plaisanterie hydraulique, tout à fait inoffensive sous un climat brûlant, était très en vogue chez les Arabes et chez les Mores d' Espagne. 52 6 |
id h i ÿ*
Après l'Alcazar, la Casa de Pilatos est'une des principales curiosités de Séville : c'est un palais bâti vers le commencement du seizième siècle, aujourd'hui la propriété du duc de Medina-Celi, qui ne l'habite pas. Le patio est d'une richesse extraordinaire : la galerie couverte, dont les arceaux sont supportés par des colonnes de marbre blanc, est revêtue d’azulejos d'une beauté et d'une conservation parfaites, représentant des arabesques et des armoiries : quelques-uns sont ornés de reflets métalliques d'un éclat extraordinaire. Ces azulejos sont les plus beaux de ce genre que nous ayons jamais vus. Quelques-uns des salons sont décorés dans le goût moresque le plus pur ; il est probable que don Fadrique Henriquez de Rivera, qui fit construire le palais, employa des ouvriers mores transfuges de Grenade, récemment conquise par les Espagnols. La Casa de Pilatos est appelée ainsi parce qu'elle est bâtie, dit-on, sur le même plan que l'habitation de Ponce Pilate à Jérusalem : une croix noire qu'on voit dans le patio était autrefois le point de départ d’un Chemin de la croix dont les stations, réparties dans la ville, allaient aboutir à la Cruz del Campo, non loin des Caños de Carmona.
En sortant de la Casa de Pilalos ,nous nous dirigeâmes vers la Juderta, — la Juiverie, — l'ancien Ghetto de Séville, où les Juifs étaient confinés au moyen âge, avant leur expulsion ; il est peu de villes d'Espagne dont un quartier ne porte encore le nom de Juderia ; 1 y avait aussi la Môreria ou quartier des Mores, nom qui s’est également conservé dans beaucoup d’endroits. En regagnant la calle de las Sierpes, nous traversämes une petite rue, la calle del Candilejo, qui fut le théitre d'une aventure assez singulière dont Pierre le Cruel est le héros, et dont le souvenir légendaire s'est perpétué à Séville jusqu'à nos jours.
Le roi de Castille, qui pratiquait la polygamie à l'exemple des princes mores, ses voisins, se plaisait aussi à prendre, comme eux, des déguisements pour aller à la belle étoile courir les aven- Lures dans les rues de sa capitale. Or il arriva qu'une nuit, se promenant seul et déguisé dans la rue du Candilejo, il rencontra un inconnu avec lequel il se prit de querelle, et qu'il tua d'un coup de sa dague. Il croyait que le combat n'avait pas eu de témoins ; mais une vieille femme que le bruit avait attirée à sa fenêtre avait tout vu. Le lendemain, la vieille alla trouver les alguaciles, auxquels elle conta l'aventure en leur donnant le signalement du meurtrier, que du reste elle ne connaissait pas: « Il était cagneux, ajouta-t-elle, et faisait entendre en marchant un léger craquement des genoux.» Chacun, à Séville, savait que ce défaut de conformation était particulier au
roi de Castille ; aussi les alguazils furent-ils d'abord assez embarrassés de cette découverte. Cependant ils se décidèrent à faire leur rapport à Pierre le Cruel. Celui-ci, dit-on, n'hésita pas à déclarer qu'il était le coupable, et fit donner une somme d'argent à la vieille femme qui l'avait dénoncé. On ajoute qu'il poussa le scrupule jusqu'à vouloir que le meurtrier fût puni suivant la loi. Or la loi ordonnait que le meurtrier fût décapité, et qu'on exposât sa tête sur le lieu même où le crime avait été commis. Le roi se condamna done lui-même à être décapité en effigie ; après quoi il fit placer son buste dans une petite niche qu'on pratiqua dans la maison de la vieille femme.
Nous vimes dans la calle del Candilejo, non pas l’ancien buste, mais celui qui a été refait au dix-septième siècle, et qui représente le rot couronné et tenant son sceptre dans la main droite. On l'appelle communément la Cabeza del rey don Pedro, — la Tête du roi Pierre. I y a Guess années, on à garni la niche d'un grillage pour arrêter les pierres que les gamins de Séville s'amusaient à lancer sur l'image du roi de Castille.