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L'UNIVERSITÉ DE SÉVILLE

L'université de Séville était autrefois presque aussi célèbre que celles d'Alcala et de Salamanque ; elle occupe aujourd'hui l'emplacement d'un ancien couvent. Quand nous entrâmes dans la chapelle de la Universidad, nous fûmes saisis d'admiration à la vue de deux immenses mausolées de marbre blanc ; ces mausolées, véritables monuments, sont l'ouvrage de sculpteurs italiens

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FAGADE DE L'HOSPICE DE LA GARIDAD, A SÉVILLE (page 319).

du seizième siècle. Le fini et la richesse extraordinaire du travail en font des chefs-d'œuvre vraiment dignes de plus de renommée.

Un autre monument LES peu connu, et qui mérite cependant d’être visité, c'est l'église du couvent de Santa Paula, qu'on appelle Las Monjas de Santa Paula. La partie supérieure du porlail est entièrement revêtue d'azulejos de la plus grande beauté ; c’est le chef-d'œuvre de Nieuloso

Francisco, ce peintre céramiste italien, établi à Séville, dont nous avons déjà admiré les travaux à l'Alcazar. La peinture seule pourrait donner une idée du merveilleux effet décoratif de cette facade, dont les faïences peintes égalent les plus belles majoliques de Faenza et de Caffagiolo ; au milieu de ces faïences sont encadrés sept bas-reliefs en terre cuite émaillée de diverses couleurs, qui rappellent beaucoup les travaux de Luca della Robbia. Plusieurs azulejos de très-grande dimension, ornés de beaux reflets métalliques, représentent le monogramme du Christ en caractères gothiques d'une forme particulière, semblables à ceux qu'on remarque assez souvent sur les plats hispano-moresques de la fin du quinzième siècle.

On peut dire que le musée de Séville est le seul, parmi ceux de provincé, qui soit vraiment digne de ce nom : il occupe l’ancien couvent de la Merced, qui donne sur une petite place où l'on a récemment placé la statue en bronze de Murillo, fondue à Paris, en 1861, par Eck et Durand. |

L'école de Séville est certainement la plus importante de toutes celles d'Espagne : il suffit de citer Velazquez et Murillo ; c’est ce dernier qui forme, pour ainsi dire à lui seul, le musée de la Merced, qui ne possède pas un seul Velazquez ; cette absence de tableaux du plus grand peintre que l'Espagne ait produit peut surprendre au premier abord ; cependant elle n'étonnera guère, si on se rappelle que le grand peintre passa la plus grande partie de sa vie à la cour de Philippe IV.

On sait que Murillo avait trois genres différents, que les Espagnols appellent rio, célido, vaporoso (froid, chaud et vaporeux) : le tableau qui représente sainte Justine et sainte Rufine est peint dans le genre chaud; les deux patronnes de Séville, filles d’un potier de Triana, sont représentées avec des vases ‘pareils à ceux qu'on fabrique encore dans ce faubourg. Un autre tableau de petite dimension, représentant la Vierge et l'Enfant, a été peint, dit-on, par Murillo, sur une serviette : c'est pourquoi on l’appelle communément /a Servilleta.

La plupart des autres tableaux de Murillo sont également remarquables, bien que moins précieux ; nous ne citerons, parmi les ouvrages des autres peintres espagnols, qu'un Saint Thomas d'Aquin, chef-d'œuvre de Zurbaran ; un Saint Herménégilde, d'Herrera el vtejo, et une toile de Fr. Pacheco, le beau-père de Velazquez, représentant un saint qui dévide ses entrailles, sujet souvent reproduit par les peintres espagnols.

Le musée de Séville ne possède que très-peu de sculptures ; les meilleures, parmi lesquelles il faut citer une Vierge de terre cuite, sont de Torrigiano, ce sculpteur florentin qui s'était exilé après avoir cassé d’un coup de poing le nez de Michel-Ange ; on sait que Torrigiano périt dans un cachot de Séville, victime de l’Inquisition, qui l’accusait d'hérésie.

Nous nous rendimes du musée à la Caridad ; la façade, parallèle au fleuve, est ornée de cinq grands tableaux, formés d'azuwlejos en camaïeu bleu, et d’un grand effet décoratif, Si on en croit la tradition, ces azulejos auraient été peints d'après les dessins de Murillo, ce qui n’a rien d’invraisemblable, puisque le célèbre peintre de Séville à fait pour la Caridad les tableaux si connus qu'on y admire encore. L'hospice de la Charité, qui existait dès le seizième siècle, fut reconstruit en 166% par un gentilhomme de Séville, Don Miguel Mañara Vicentelo de Leca, dont la vie extrèmement désordonnée et les aventures sans nombre faisaient, dit-on, un autre Don Juan, et qu'on a du reste confondu avec Don Juan Tenorio lui-même, le vrai Don Juan si souvent représenté au théâtre. C'est en expiation de ses péchés que Don Miguel Mañara, possesseur d'une fortune immense, fit rebâtir la Caridad. Son corps repose dans la Capilla mayor, où l'on peut encore lire cette curieuse épitaphe qu'il fit graver sur son tombeau :

Cenizas del peor hombre que ha habido en el mundo.

« Cendres du pire homme qu'il y eut jamais au monde, »

L'hospice de la Caridad avait été fondé pour servir d'asile aux pauvres qui erraient la nuit

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peut-être de ce ani . sr est appelée par les Espagnols la Sed, - ei dépeint on ne peut mieux l'aspect général du tableau, où Moïse attire besnetip on L en ation que les buveurs altérés qui occupent la plus grande partie de la composition.

La multiplication des pains, appelée aussi Pan y peces, — les Pains et les poissons, — est nie

ment un très-bel ouvrage, mais cependant inférieur au Moïse. La même chapelle renferme d’autres toiles moins importantes de Murillo et une curieuse et très-effrayante peinture de Juan Valdès Leal, représentant un cercueil entr’ouvert dans lequel on voit un prélat, vêtu des habits les plus magnifiques, et dont le corps est à demi rongé par les vers. Murillo disait, si on en croit la tradition, qu'il ne pouvait regarder ce tableau sans se boucher le nez.

En sortant de la Caridad, nous nous dirigeàmes vers la Fübrica de tabacos, un immense édifice de cent soixante-dix mètres de large sur près de deux cents de long, bâti en 1757, dans le style rocaille ; à voir les fossés larges et profonds qui l'entourent sur trois de ses faces, on le prendrait plutôt pour une forteresse ou une caserne que pour une fabrique. Au sommet de la façade s'élève une statue de la Fama embouchant sa trompette : est-ce une allusion à la renommée du tabac d'Espagne ?

Dès l’année 1620, on commenea à travailler le tabac à Séville sous la direction d’un Arménien nommé Jean-Baptiste Carrafa. Le tabac d'Espagne était autrefois renommé dans le monde entier, surtout le tabac à priser, qu'on appelait dans le pays polvo sevillano, ou poudre sévillane. Au siècle dernier, les Espagnols ne fumaient que très-rarement, comme nous l'apprend Saint-Simon dans ses Mémoires, et un fumeur était alors considéré comme une véritable curiosité.

Nous pûmes obtenir sans difficulté la permission de visiter la manufacture de tabacs dans tous ses détails : un capataz où contre-maître nous conduisit dans les nombreuses salles du rez-dechaussée où se fabriquent les différentes espèces du {abaco de polvo, ou tabac en poudre, parmi lesquelles la plus commune est appelée e/ rapé, ainsi que le tabaco picado, destiné principalement à être fumé en cigarettes : ce tabac est haèhé menu, au lieu d’être coupé en longs filaments comme le caporal des manufactures françaises. Le capataz nous assura que l'édifice contenait vingt-quatre patios où cours intérieures, au moins autant de fontaines et de puits, et plus de deux cents moulinsmus par des chevaux. Quand nous pénétrâmes dans les salles où le tabac est broyé ettrituré, nous fûmes saisis par une odeur âcre et pénétrante à laquelle les ouvriers sont parfaitement habitués, mais que nous n’aurions pu supporter longtemps ; le capataz eut pitié de nos narines, et nous accompagna jusqu'au premier étage, où il nous remit entre les mains d'une maestra où surveillante, qui nous introduisit dans les salles où travaillent les cégarreras.

Un immense murmure, semblable au bourdonnement de plusieurs essaims d’abeilles, frappa nos oreilles dès que nous entrâmes dans une longue galerie où d'innombrables ouvrières, jeunes pour Ja plupart, étaient occupées à rouler des cigares avec une activité merveilleuse, ce qui ne les empêchait pas de bavarder avec une activité au moins égale. Les langues s’arrêtaient bien un instant aux endroits où nous passions avec la maestra, mais les chuchotements reprenaient bientôt avec un redoublement d'intensité. La maestra, qui vit notre étonnement, nous assura qu "il lui était

impossible d'obtenir le silence de ses ouvrières, et que, s’il leur faait se taire, elles Rene

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RE nous | arrêtèmes devant Lidauest cigarreras qu'on nous ue comme les étleies ouvrières, et qui arrivaient à faire dans leur journée jusqu'à dix paquets ou atados, contenant chacun cinquante cigares, ce qui donne un total de cinq cents cigares ; mais ce chiffre est exceptionnel, et la plupart des ouvrières arrivent à peine à en faire trois ne Comme elles sont payées

à raison de cinq réaux (un franc Vingt-cinq centimes) le cent, on voit que les ouvrières les plus

actives peuvent gagner d'assez bonnes journées ; mais en moyenne elles gagnent à peine huit réaux, un peu plus de deux francs par jour. |

Les ouvrières employées à à la fabrication des cigares, qui composent l'aristocratie de la fabrique de tabacs, sont plus connues dans l'établissement sous lenom de pureras, c’est-à-dire faiseuses de puros : c'est ainsi qu'on appelle communément les cigares proprement dits, pour les distinguer des cigarritos ou cigarros de papel, c'est-à-dire des cigarettes. Les cigares espagnols sont généralement de grande dimension ; on donne aux plus gros le nom de purones ; quelquefois l’intérieur, la éripa, se compose de tabac de Virginie, tandis que l'enveloppe, la capa, consiste en une feuille de tabac de la Havane. On fume énormément en Espagne, mais seulement le cigare et la cigarette ; l'usage de la pipe est à peu près inconnu, si ce n’est dans quelques endroits du littoral, notamment en Catalogne et aux îles Baléares. Bien que le tabac ne soit pas vendu très-cher dans les estancos où débits, on assure qu'il en entre une grande quantité en fraude, principalement du côté de Gibraltar, ce grand entrepôt des marchandises de contrebande.

Avant d'arriver à la position élevée de cigarrera, l'ouvrière, qui entre ordinairement à la manufacture à l’âge de treize ans, en qualité d'apprentie ou aprendiza, doit passer par les différents degrés de la hiérarchie : on l’oceupe d'abord à despalillar la hoja, opération qui consiste à enlever les principales côtes ou palllos des feuilles de tabac. On lui apprend plus tard à faire le cigare, à hacer el niño, — à faire le poupon, — Suivant leur expression pittoresque. Pendant plusieurs années elle ne gagne que bien peu, et encore prélève-t-on sur son salaire une somme destinée à payer divers accessoires, tels que la espuerta, corbeille destinée à recevoir les feuilles de tabac, les ciseaux qui servent à couper la pointe du cigare, à despuntar el cigarro, et le tarugo, instru ment qui sert à arrondir les puros.

IL paraît que les cigarreras, malgré la modicité de leur salaire, sont attachées à leur état, témoin le refrain populaire qui les représente plaisamment comme portant sur leur soulier une banderole où se lit : Vive le tabac !

Tienen las cigarreras En el zapato Un letrero que dice :

Viva el tabaco!

Les ateliers sont divisés en sections d'une centaine de femmes environ, et chaque section est présidée par une des maestras dont nous venons de parler : elles sont choisies parmi les meilleures ouvrières, et ne s'occupent que de la surveillance ; les capatazas ne sont que des ouvrières travail-

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« Dieu aita He fe pain que 4 mangeras, tu le gagneras à la sueur de ton VRAgp cigarrera, Res tu vivras de la tijera en faisant lo ii: tras. : e

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