‹ L'EspagneChapitre 125 sur 287 · GITANA DANSANT · texte numérisé non relu

GITANA DANSANT

4 paume 2 lan main. va autre con +: Nonceless son rt oro, as casadas son de plata ; ( Y las viudas son de cobre, .

Y las viejas de hojalata. ke

« F4 jeunes filles sont d'or, — Les femmes mariées, d'argent ; — Les veuves sont de cuivre, — Et les vieilles, de fer-blanc. »

La danseuse continua à agiter ses petis pieds au milieu des verres, quand une voix s'écria : de

« Tire oste la caña! Tire oste la caña ! »

Tirar la caña, littéralement lancer le verre, c'est un tour d'adresse que les danseuses exécutent quelquefois au milieu d’un pas, et qui consiste à lancer en l’air, d’un mouvementrapide, le contenu d’une caña, et à recevoir le vin dans sa bouche. Encarnacion exécuta le tour à merveille, sans perdre un seul instant la mesure, et après avoir vidé d’un seul trait la caña, elle sauta en bas de la table aussi lestement qu’elle y était montée. |

Il ne faut pas oublier une danse du même genre, également chère aux Andalous : el ole

gaditano. On assure que l’olé descend en ligne directe des anciennes danses gaditanes aux-:

quelles Martial lui-même, on s’en souvient, reprochait leur manque de modestie. D’autres prétendent que l’olé n’est autre que la fameuse zarabanda, ce pas qui provoqua jadis les excommunications de l'Église, et qui fut plus d’une fois défendu par divers arrêts; ce pas dont la musique était si agréable que Des Yveteaux, un poëte plus connu par sa vie épicurienne et ses excentricités que par ses écrits, mourant à Paris à l’âge de quatre-vingt-dix ans, se fit Jouer un air de sarabande, « afin, disait-il, que son éme passät plus doucement. » L’olé est ordinairement exécuté par une seule danseuse, comme quelques autres danses andalouses, telles que la 7arana, le polo, la rondeña, ete. On l'appelle aussi quelquefois el ole de la curra; curra est une de ces expressions andalouses à peu près intraduisibles en français, qui sert à désigner la femme du peuple élégante, passionnée pour la danse et les plaisirs nationaux ; en un mot, c’est à peu près la maya.

L'olé exige, plus que toute autre danse, une grande souplesse de eorps et une désmvolture particulière : la Nena, une olera du Teatro principal, réunissait au plus haut point ces qualités essentielles, et elle était sans rivale dans les poses renversées. C'était merveille de la voir, après un pas d’une vivacité entraînante, se pencher un peu en arrière ; sa taille, d’une flexibilité de roseau, se courbait avec une langueur charmante ; ses épaules et ses bras se renversaient mollement et touchaient presque la terre. Pendant quelques instants, elle restait ainsi, le col tendu, la tête penchée, comme dans une sorte d’extase ; puis tout à coup, comme frappée par une commotion électrique, elle se redressait, bondissant en faisant résonner en mesure ses castagnettes d'ivoire, et achevait son pas avec autant d’entrain qu'elle l'avait commencé.

Chacune des principales villes de l’Andalousie donne son nom à une danse particulière. Cadiz a l'ole gaditano, Jerez a son jaleo, Ronda sa rondeña, et Malaga sa malagueña ; mais c'est à Séville que toutes ces danses se modifient, se recomposent, se perfectionnent. « Dans toute lAndalousie, dit un auteur espagnol, c’est Séville qui se distingue comme dépôt de tous les souvenirs de ce genre ; c’est l'atelier où les anciennes danses se transforment en danses modernes ; c’est l’université où s’apprennent la grâce inimitable, l'attrait irrésistible, les ravissantes attitudes, les tours brillants et les mouvements délicats de la danse andalouse. En vain, l'Inde et l'Amérique envoient-elles à Cadix de nouvelles chansons et de nouvelles danses d’un genre distinct, quoique

+ AL er eo pure . Pet ER gra ne de NN à être econnue,

# aussitôt adoptée depuis Tarifa jusqu’à Almeria, depuis Cordoue jusqu'à Malaga et Ronda. TEL 143

C'était autrefois l'usage de chanter dans les fiestas de baile, ou fêtes de danse, quelques an- pa ciens romances pendant que les danseurs se reposaient, sans préjudice des malagueñas, des rondeñas et autres chants plus modernes. Le chant de ces romances, qu’on entend encore quelque- | fois, s'appelle corrida (course), probablement parce que les strophes forment une histoire suivie, tandis que les chansons que nous venons de nommer se composent, comme les polos, tiranas, ete, de couplets détachés. Quelques-unes de ces compositions sont d'anciens romances moriscos, comme ceux que Ginez Pérez de Hita publia vers la fin du seizième siècle ; d’autres se retrouvent dans d'anciens recueils, tels que le Cancionero de romances où le Romancero general, ou bien sont parvenues jusqu’à nous sans qu’on connaisse leur origine. Ordimairement le musicien prélude en jouant la corrida sur la guitare, la bandurria ou la mandoline (e/ bandohn), et le chanteur entonne un romance composé de strophes de quatre et six vers, comme celui du Conde del Sol, si connu en Espagne. |

Le boléro, dont nous avons déjà dit quelques mots, est une danse qui ne date que de la fin du siècle dernier ; son inventeur est don Sebastian Cerezo, danseur très-célèbre du temps de Charles II, qui fit connaître ce pas vers l’année 1780. On assure qu’on retrouve dans le boléro le souvenir de plusieurs anciennes danses, telles que la sarabande et la chaconne. Ce pas présente aussi quelques analogies avec les seguidillas ; seulement le mouvement de ces dernières est beaucoup plus vif. Au théâtre, le boléro est ordinairement dansé par plusieurs parejas ou couples, mais dans les réunions particulières on le danse le plus souvent à deux. C’est ainsi que nous le voyons représenté dans une suite de jolies gravures espagnoles du siècle dernier, où sont ligurées les différentes posturas du fameux pas national. Une des plus gracieuses est celle où le danseur et la danseuse, les mains armées de castagnettes, se retrouvent face à face après avoir fait un demi-tour, figure qui s'appelle dar la vuelta. Les danseurs, vêtus d’un élégant costume, ont des poses quelque peu maniérées qui font penser aux personnages des fêtes galantes de Wat. teau ; au bas de l’estampe se lisent ces quatre vers :

Viva el baile bolero, Pues es con gracia

Natural regocijo De nuestra Espana.

« Vive la danse du boléro, car c'est naturellement le gracieux plaisir de notre Espagne. » D'autres gravures de la même époque représentent également des danses nationales, avec ce litre : « La bonne humeur des Andalous, — £7 buen humor de los Andaluces. » Aujourd'hui encore, dans les images populaires à deux cuartos qui se vendent dans les rues, ils sont souvent représentés dansant le boléro avec force contorsions, et on y lit des légendes du même genre. Le bolero enivre, dit un auteur espagnol; le /andango enflamme. Cette danse fameuse, dont nous avons déjà dit quelques mots, offre, comme le boléro, plus d'une ressemblance avec les seqguidillas. Le fandango était déjà connu vers la fin du dix-septième siècle ; un prêtre espagnol, Marti, doyen du chapitre d'Alicante, écrivait de Cadix, le 16 des calendes de février 1712, une lettre en latin dans laquelle il donne la description du fandango : le brave doyen emploie les périphrases les plus étranges pour mieux dépeindre cet ensemble de mouvements qu'on appelle le meneo. « Vous connaissez, dit le doyen Marti, cette danse de Cadix, fameuse depuis tant de siècles

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