VI
Nous avons déjà dit qu'il n'y a pas de fête andalouse sans danses : c’est dans les /erias et dans les romerias (pèlerinages) qu'un étranger peut le mieux observer celles qui se dansent en plein air ; on y chercherait vainement des bals publics du genre de ceux qui ont lieu chez nous dans les fêtes villageoises. Les Espagnols préfèrent la danse improvisée et en plein air ; l'orchestre ne leur fait jamais défaut : il n’est pas de village, si pauvre qu'il soit, pas de venta où l’on ne trouve une guitare où une bandurria, ayant toutes leurs cordes, où peu s'en faut : deux jeunes filles et deux garcons de bonne volonté, il n’en faut pas davantage pour armar un baile, — organiser un bal. En outre, les aveugles n’ont guère d'autres ressources que de jouer de la guitare où du violon, et il n'en manque jamais dans les fêtes ; aussi, s’il prend à une 72074 la fantaisie de se mettre à danser et qu’elle n'ait pas un guitarrero à sa disposition, elle n'a qu'à dire au premier aveugle qui passe :
— Ciego! Eche uste cuatro cuartos de seguidillas !
Le tour des danses ne tarda pas à revenir, et une jeune Gitana à la peau cuivrée, aux ee 5
dé bte quite de AE db pompons et de nœuds en nid né ét rouge. au- rs de FAR pu nous lûmes sur un écriteau l'inscription suivante ell gros caractères :
nd ti superior Se pule con calià, Y de misto una taja Se toma de barbalc.
Ce qui signifie en bon calé qu'on y vendait d'excellente eau-de-vie et de très-bon manzanilla ;
EL OLE GADITANO.
le maître de la taverne était donc Gitano, à n’en pas douter : en effet, nous vimes quelques Gitanas de Triana occupées à attacher autour de leurs pouces les cordons de leurs castagnettes, et bientôt, dès qu'une guitare et un pandero eurent marqué les premières mesures du zapateado, elles commencèrent à danser aux applaudissements des buveurs et des passants.
Le zapateado est peut-être le plus vif de tous les pas andalous, et à coup sûr 1l n’en est guère.
de plus gracieux ni de plus entraînant. Ordinairement il est dansé par une femme seule, qu'une autre remplace quand la première est fatiguée. Zapatear signifie en espagnol frapper avec les pieds des coups répétés. Le mot exprime parfaite ment la danse et son mouvement. Les Gitanas, animées par les palmadas des assistants, luttèrent tour à tour d’agilité : c'était à qui mettrait le plus d'adresse à {uer l'araignée ou le cloporte, matar la araña où la curiana, suivant l'expression pittoresque des Andalous. La plus jeune se fit surtout remarquer par sa souplesse extraordinaire et par son adresse à donner en mesure de petits coups de talon, en même temps qu'elle agitait par les
mouvements les plus gracieux sa mantille de velours noir.
Une danse vraiment sévillane et qui, comme le zapateado, est ordinairement dansée par une lemme seule, c’est le vito sevillano. est peu de danses dont l'air soit aussi gai et aussi entraînant que celui de ce pas favori des »ajas de Séville, qui se danse quelquefois sur une table entre deux verres de Jerez. Nous le vimes danser un jour par une des bailadoras les plus renommées, dans une réunion de »a7os qui célébraient la fête des deux patronnes de Séville ; le déjeuner venait de s'achever, et il ne restait plus sur la table que quelques verres encore pleins. Æncarnacion, — c'était le nom de la maja qu'on pria de danser, — monta lestement sur la table. Aussitôt la guitare, les castagnettes et les panderos commencèrent à résonner, et elle se mit à danser avec une grâce el une aisance merveilleuses, sans effleurer aucun des verres épars qui se trouvaient à ses pieds,
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SÉVILLE