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—= unes.
LA JOTA ARAGONESA.
Les Seguidillas ; Mateo Aleman et Cervantès. — Quelques couplets de Séguidilles : la copla et l'estribillo. — Les Seguidillus manchegas à la posada; le bien parado. — La Jota aragonesa. — Coplas religieuses : Notre-Dame del Pilar. — Coplas grotesques. — La Jota valenciana sur les bords du lac d’Albufera. — La Jota en Navarre et en Catalogne ; les Gigantones et les Enanos. — La danse à Madrid. — Le Salon de Capellanes ; el Gran can-can. — Les Habas verdes. — La Tarasca. — La Danza prima et la Muyñeira; le Gaitero gallego ; la fête du Magosto. — La Gallegada. — Les danses basques; Jehan Tabourot et son Orchésographie. — Le Tabourin de Basque et le Pandero. Un traité contre les danses. — La Guipuzcoao dantza de D. Juan Ignacio de Izlueta. — La Camargo. — Le Paloteado. — Danses religieuses — Les Villancicos de Navidad ; mélange du sacré et du profane. — Les Seises ; leur chant, leur danse et leur costume.
Nous avons passé en revue les principales danses andalouses ; mais l'Andalousie n’a pas le privilége exclusif du divertissement si cher aux Espagnols : d'autres provinces ont aussi leurs danses nationales, pour lesquelles les gens du peuple se montrent toujours très-passionnés. Commençons par la Manche, le pays classique des fameuses seguidillas : c'est dans la province illustrée par l’/ngénieur Hidalgo que prirent naissance, il y a près de trois cents ans, ces poésies populaires, dont le goût ne tarda pas à se propager dans les provinces voisines. Cervantès nous
MOT à fin du sei
de nu. os et une ma on Écoutons Mateo Aleman, qui écri rième siècle son fameux roman picaresque :
même des jeux, des danses, de la musique et des chansons, car les seguidillas ont remplacé la
sarabande, et feront place elles-mêmes à d’autres danses, qui disparaîtront à à leur tour. » M. So-
riano Fuertes, auteur d'une excellente Histoire de la musique espagnole, et l'un des compositeurs les plus populaires de la Péninsule, pense que les seguidillas peuvent être considérées comme une des plus anciennes danses d'Espagne. Notre savant ami pense qu'il n'est pas en Espagne de
poésie ni de danse populaire plus caractéristique. Grâce à une grande variété dans les figures
et à beaucoup d’entrain sans licence, ce pas est un divertissement populaire des plus honnêtes et des plus gais à la fois.
Ceux qui ont plusieurs fois parcouru l'Espagne ont pu remarquer qu'il n’est guère de contrées où cette danse ne se soit pas localisée : ainsi l'Andalousie possède plusieurs genres de seguidillas, ou de sigwriyas, suivant la prononciation locale. La Galice a les seguidillas gallegas ; dans la province de Santander on les appelle pasiegas, et dans les provinces basques, quipuzcoanas ; il y à encore les seguidillas zamoranas, aragonesas, valencianas, ete. Les Andalous dansent leurs seguidillas sur un mouvement extrêmement vif, et leurs coplas de baïle sont plus souvent gaies que sentimentales ; témoin ce quatrain, où le chanteur affirme que, pour briller à la danse, un garçon ne doit pas le ses mollets à la maison :
EI mocito que baila Las seguidillas
No ha dejado en casa Las pantorillas !
Les Andalous sont passionnés pour les seguidillas boleras : elles font souvent l’ornement de ces éventails à deux cuartos qui se vendent aux environs de la plaza, les jours de taureaux, et qu'on appelle abanicos de calaña ; souvent aussi on voit la danse favorite, naïvement barbouillée par quelque Murillo de village, se détacher en couleurs éclatantes sur le fond jaune-serin de la “aisse d’une calesa ; il est rare que les tambours de basque ne soient pas ornés de sujets de ce genre : plus d’une fois ces amusants bariolages nous ont rappelé quelques vers d’un poëte espagnol qui décrit ainsi les peintures populaires de l'Andalousie :
No ha de faltar zandunguera Puesta en jarras una dama, De las que la liga enseñan ; Ô un torero echando suertes, Ô un gaché con su vihuela, Y una pareja bailando Las seguidillas boleras.
« On est sûr d'y voir une femme à la gracieuse désinvolture, les mains posées sur les hanches, une de celles qui laissent voir leur jarretière ; — Ou un torero combattant son adversaire ; ou bien encore un Andalou avec sa guitare, à côté d'un couple qui danse les seguidillas boleras. »
La poésie des seguidillas est d’une grande simplicité : chaque couplet se compose de sept vers, tantôt de cinq syhabes, tantôt de six, et se divise en deux parties : la copla, qui comprend
Vida y hechos s del picaro Guzman de dé a
Alfarache. « … Les édifices. les machines de guerre se renouvellent chaque j jour, les chaises, | les armoires, Îles cabinets, les tables, les lampes, les chandeliers changent aussi ; et il en est de
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À leur verve comme les improvisateurs napolitains. Les coplas de seguidillas qui courent les fau- MN … bourgs et les villages sont innombrables : la plupart sont oubliées le jour même où elles ont br: PE
de ces coplas de sequidillas les plus connues :
En el mar de Cupido Siempre hay borrascas, D Y en ninguno zozobran Tantas escuadras :
Pero non obstante Siempre son infinitos Sus navegantes !
D, pr..." *
“Dans la mer de Cupidon — Il y a toujours des bourrasques, — Et il n’en est pas où naufragent .— Autant de flottes : « Maïs, malgré cela, — Ils sont toujours innombrables, — Les navigateurs ! »
Ici, c’est une jeune fille qui chante :
Aunque me ves que canto, Tengo yo el alma Como la tortolilla, Que Ilora y canta, Cuando el consorte Herido de los celos Se escapa al monte.
«Bien que tu m'entendes chanter, — J'ai cependant l'âme — Comme la tourterelle — Qui pleure et chante, — Quand son compagnon — Blessé par la jalousie — S'envole vers la montagne. »
Voici encore un couplet un peu quintessencié qui rappelle certains sonnets de Cervantès :
Soñé que me querias La otra mañana, Y soñé al mismo tiempo Que lo sonaba.
Que à un infeliz Aun las dichas soñadas Son imposibles.
«Je rêvai que tu m'aimais — L'autre matin, — Et je révai en même temps — Que c'était un songe; — Car pour ; un malheureux — Même les songes heureux — Sont impossibles. »
Les soupirs et les joies, l'espérance et le désespoir, les désirs et les plaintes, tel est le thème ordinaire de ces couplets; il en est un bon nombre, naturellement, dont la banalité peut rivaliser avec celle des devises de mirlitons ; mais, en revanche, les mélodies qui les accompagnent portent souvent l'empreinte d’un sentiment musical plein de grâce et d'originalité. Comme la plupart des airs espagnols, ces mélodies sont à trois temps, et la mesure en est si bien marquée par la guitare et les caslagnettes, qu'il n’est guère de danse plus facile. Un jour que nous nous trouvions à
la feria d'Albacete, nous eûmes l'occasion de voir danser les sequidillas manchegas avec leur vrai o1
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caractère national. De nombreux danseurs des deux sexes, venus des environs, s'étaient donné rendez-vous dans une salle basse du parador de la diligencia. Le guitarrero portait l'épaisse zamarra de peau d'agneau, et une #20n{era en chat sauvage remplaçait sur sa tête le classique sombrero calañés. Il avait à peine commencé à préluder en mineur par quelques arpéges rapides, que chaque danseur choisissait sa pareja, et que les couples se plaçaient les uns vis-à-vis des autres à trois ou
quatre pas de distance. Bientôt quelques accords plaqués indiquèrent aux chanteurs que leur
tour était arrivé, et ceux-ci entonnèrent le premier vers de la copla. Cependant les danseurs, le
jarret tendu et les bras arrondis, n’attendaient que le signal; les chanteurs se turent un instant
et le guitarrero commença la mélodie d’une ancienne sequidilla. À la quatrième mesure, les cantadores continuèrent la copla; le claquement des castagnettes se fit entendre, et aussitôt tous les couples s’élancèrent avec entrain, tournant et retournant, se cherchant et se fuyant tour à tour. A la neuvième mesure, qui indique la fin de la première partie, il y eut une légère pause pendant laquelle les danseurs, parfaitement immobiles, nous laissèrent entendre les notes grêles et saccadées de la guitare; puis ils recommencèrent avec quelques changements dans les pas, et chacun vint reprendre la place qu’il occupait au commencement. C'est alors que nous pûmes juger de la partie la plus gracieuse et la plus intéressante de cette danse, qu'on appelle e/ bien parado, c'està-dire littéralement : /e bien arrêté. Hacer el bien parado est un idiotisme espagnol qui signifie renoncer à une chose qu’on peut encore utiliser, pour en avoir une meilleure; par analogie, faire le bien parado dans les seguidillas, c'est renoncer à finir la figure, pour en recommencer une nouvelle. Un point très-important pour les danseurs, c'est de se tenir immobiles et comme pétrifiés dans la position où les surprend la dernière note de l’air ; aussi ceux qui restaient ainsi dans une pose gracieuse étaient vivement applaudis aux cris répétés de : Bien parado ! Bien parado !
Telles sont les règles classiques des seguidillas. Mais comment dire à quel point ce pas transporte les danseurs ? Cette ardente mélodie, qui exprime à la fois le plaisir et une douce mélancolie ; le bruit animé des castagnettes, le languissant enthousiasme des danseurs, les regards et les gestes suppliants de leurs partenaires, la grâce et l'élégance qui tempèrent l'expression passionnée des mouvements ; tout enfin contribue à donner au tableau une attraction irrésistible dont les étransers ne peuvent apprécier toute la valeur aussi bien que les Espagnols : ces derniers sont seuls doués des qualités nécessaires pour danser leurs pas nationaux avec cette mspiration enflammée, avec ces mouvements pleins de vie et de passion.
Ainsi s'exprime un auteur espagnol, et les seguidillas sont encore aujourd’hui telles que les décrivait un ancien voyageur français : « C’est ordinairement à la posada, le lieu le plus convenable et Le plus vaste, que se fait le concours : la meilleure voix chante les seguidillas, et des aveugles laccompagnent avec leurs guitares. C’est la gaieté la plus pure et la plus franche que l'on puisse partager. On est étonné de voir un laboureur vêtu comme Sancho, l'estomac couvert de sa large ceinture de cuir, devenir un danseur agréable ; on suit avec plaisir tous ses mouvements, tant il forme ses pas avec grâce, avec précision, et toujours en mesure. Mais pour les femmes, elles ont un certain meneo, comme on dit dans le pays, un certain mouvement si rapide, une flexibilité, une attitude si molle, des tours de bras si élégants, des pas si languissants, si gracieux, si variés, qu'à voir danser une jolie femme, on ne sait que faire de sa philosophie. »
Plus d’une fois il nous arriva de voir des paysans improviser des danses de ce genre : Doré eut l'occasion d'en faire un croquis. Un jour, nous nous rendions à une feria des environs de Séville : nous vimes des »4jos et des majas se préparer à danser au milieu de la route; des balayeurs de bonne volonté enlevaient la poussière ; un guitarrero ambulant tenait lieu d'orchestre, et la danse commença bientôt, aux applaudissements de tous les assistants, y compris les enfants qui
manifestaient leur joie par des cabrioles répétées.
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D'origine purement espagnole, elle se distingue par une modestie qui n’exelut ni la grâce ni l’entrain. Il n’est pas de réjouissance populaire, pas de /erta qui ne soit animée par de nombreux couples dansant des Jotas jusqu’à ce que fatigue s’ensuive ; souvent même elles sont le complément obligé des fêtes religieuses : ainsi nous avons entendu, la veille de Noël, une Jofa intitulée la Matividad del Señor, chantée avec accompagnement de danses. Le premier couplet de cette
Jota n’a pas le caractère des chansons qui accompagnent ordinairement les danses espagnoles :
on croirait plutôt entendre un cantique :
De Jesus el Nacimiento
Se celebra por d6-quier :
Por d6-quier reina el contento, Por d6-quier reina el placer.
« De Jésus la Nativité — Est célébrée en tout lieu : — En tout lieu règne le contentement, — En tout lieu Fa le plaisir. »
Le refrain, chanté en chœur par toute l'assistance à la suite de chaque couplet, passe sans transition du sacré au profane :
Viva pues la broma !
Que el dia convida :
Y endulce la vida Del gozo la aroma !
« Donc, vive la bombance ! — Car ce beau jour nous y convie, — Et que le parfum du plaisir — Adoucisse notre existence ! »
C'est surtout dans la grande fête aragonaise, celle de Notre-Dame de! Pilar, que les jotas jouent un rôle important. Écoutez les couplets que chante, tout en liesse, le peuple accouru de trente lieues à la ronde pour assister à la grande funcion de Saragosse : tantôt c’est un robuste Aragonais qui supplie sa novia de danser avec lui : Par la Vierge del Pilar: s’écrie-tal, si tu me refuses, je suis capable de mourir de chagrin :
Ù Si no quieres, mi salero, Por la Virjen del Pilar,
Que yo de esplin me reviente, Ven una Jota à bailar!
Voici comment une poésie locale dépemt une jeune fille d'Aragon dont la danse est si gracieuse, qu’à chacun de ses mouvements elle décoche une flèche qui transperce les cœurs :
Miéntras que baïla la Jota Una niña de Aragon,
Su garbo es una saeta Que atraviesa el corazon.
Dans ces deux autres couplets, js danse aragonaise est naïvement mise au-dessus des autres danses espagnoles :
« On prétend c que les Andulouses — — Sont ad de éégantes; > — “Mois Len Brie est Léctipsée — Par cell 3.
filles d’ Aragon. | | « Ceux qui vantent la Cachucha — De Cadix et de le Jeren, — Il est certain qu ‘ils n’ont pas vu danser — - La Jota une. . |
sv u 2 ni ” ; seule fois. » + ; - Ro AL POUR js
Gédigiee coplas de Jota aragonesa remontent très-haut, et se sont transmises de génération PH A génération ; celle-ci, par exemple, qui est contemporaine sans doute de l’époque où les cor
saires barbaresques venaient faire des incursions jusque sur les côtes d’Espagne : k | oi
Una fragata argelina + À mi dama cautiv6 ; "YA “ Pero aunque pierda la vida, 263 à He de rescatarla yo!
« Une frégate algérienne — S'est emparée de ma dame; — Mais dussé-je y perdre la vie, — Je veux aller la délivrer ! »
Ces chansons, aimées du peuple, sont répandues à profusion par la presse populaire au moyen des phegos dont nous avons parlé, et qu’on imprime sur papier de toutes couleurs ; elles sont ordinairement parées des titres les plus séduisants, tels que e/ Cantor de las hermosas, — le Chantre des belles, ou Trobas de amor dedicadas al bello secso, — Poëmes amoureux dédiés au beau sexe. Ce sont encore des Coplas para cantar d la estudiantina los mancebos à sus queridas novras, c'est-à-dire des couplets pour les jeunes gens qui veulent chanter à la manière des étudiants, sous les fenêtres de leurs fiancées. La fiancée y est comparée à une déesse, à un séraphin, à une rose précoce, à une fleur de mai, à un rossignol, à une fée; sa bouche est une ruche pleine de miel, et ses yeux sont des astres qui dissipent la tristesse.
Quelquefois aussi ces jotas appartiennent entièrement au genre grotesque, comme dans cerlines Coplas pintando la fealdad de una muchacha, où Couplets où est dépeinte la laideur d’une muchacha. Cette muchacha, c'est une quisandera, cuisinière de bas étage, de celles qu’on appelle encore en Espagne Maritornes :
Asomate à la ventana, Cara de mona peladu,
Con la cara de mortero Y la lengua embarazada.
« Parais à ta fenêtre, — Face de guenon pelée, — Avec ta tête aussi grosse qu'un mortier, — Et ta langue embarrassée, »
Son {us brazos tan hermosos, Que parecen dos morcillas,
De aquellas que estän colgadas El invierno en las cocinas.
« Tes bras sont si beaux — Qu'ils ressemblent à deux saucisses, — De celles que l'on voit pendues — L'hiver dans les cuisines, »
Se levanta de mañana,
Y pega con el dios Baco, Luego escupe à las cazuelas
Las natillas del tabaco. ;
« Elle se lève de bonne heure, — Et rivalise avec le dieu Bacchus; — Puis elle secoue dans les casseroles — Le tabac qui s'échappe de ses narines, »
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