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BERGER D’ESTRÉMADURE (page 506

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CAGERES: LES BUCAROS D' BSTRÉMADURE, à Dre. : blanche s'élève à l'horizon, et bientôt on voit apparaître le rabadun, en tête Fa se

ses moruecos (béliers) favoris, qui le suivent fidèlement ; à sa suite défile le Mare Fe troupeau FOR

avec les bergers et les chiens. L’arrière-garde est formée par les bêtes de somme, qu'on appelle

fateras ou hateras. Le premier soin des bergers, à peine arrivés aux pâturages, est de se con= struire une cabane pour la saison d'hiver. Nous visitâmes plusieurs de ces cabanes, qu'on appelle chozas, et dont la construction est de la plus grande simplicité : un peu de terre et des branches d'arbre en font tous les frais ; quant au mobilier, il est encore moins compliqué, car il se compose de quelques peaux qui servent de lit. Les bergers ont l'aspect simple et rude, comme des gens qui passent des mois entiers dans la seule compagnie de leurs troupeaux et qui n’ont que rarement l’occasion d’entrevoir une figure humaine. Ceux à qui nous eûmes l’occasion de parler étaient du royaume de Léan. De grands chiens griffons au long poil rude et à l'air farouche les accompagnaient. Ces bergers étaient vêtus de vestes en peau de mouton, sans manches et à peu près de la forme d’une dalmatique; un chapeau de feutre à larges bords, des sandales et un pantalon de drap grossier formaient le reste de leur costume. Malgré leur air sauvage, ils nous parurent les plus braves gens du monde; ils répondirent avec beaucoup de complaisance à toutes nos questions, et lorsque nous primes congé d’eux en mettant dans leurs mains calleuses quelques cigares de gros calibre, ils nous remercièrent avec effusion, comme des gens peu habitués à une pareille aubaime.

Cäceres, la première ville que nous rencontrâmes après Mérida, est bâtie dans une jolie position, au sommet d’une colline peu élevée; on vante beaucoup son climat, qui passe pour un des plus salubres et des plus tempérés de l'Espagne. La ville, qui date de l’époque romaine, fut fondée par Quintus Cecilius Métellus, et son nom actuel serait, dit-on, la corruption de Castra Cecilia. Nous remarquâmes dans diverses parties de la ville un certain nombre de fragments antiques, peu importants du reste : le seul qui mérite d’être cité est une mosaïque romaine incrustée dans une maison qu’on appelle la casa de los Golfines.

Il y avait dans notre posada quelques-uns de ces vases de terre rougeâtre nommés 4ücaros, dont on se sert, comme des a/carrazas, pour faire rafraîchir l'eau, et qui se fabriquent dans divers endroits de l'Espagne et du Portugal, mais principalement en Estrémadure. Les Gücaros, dont l'usage vient probablement des Arabes, sont connus en Espagne depuis plusieurs siècles : Lope de Vega les mentionne dans une de ses comédies, la Dorotea, où il met ces paroles dans la bouche d’un de ses personnages : « Déme aquel bücaro dorado, que tiene el Cupido tirando al Dios marino. — Donne-moi ce bucaro doré, qui représente Cupidon décochant une flèche au Dieu: marin. » Quevedo en parle également dans sa Fortuna con seso, et Covarrubias dit que ce nom vient de Üucca, c’est-à-dire bouche gonflée, parce que, ajoute-t-il, /a forma era ventriculosa.» Ce qu'il y a de plus singulier dans les bucaros, c'est l'usage de manger des morceaux de cette poterie, usage autrefois très-répandu parmi les Espagnoles, qui en étaient extrêmement friandes. Il paraît qu'au seizième siècle c'était une véritable passion : « On prétend, dit Covarrubias, que les dames mangent de cette terre pour faire passer leurs couleurs, et aussi pour satisfaire leur blâämable gourmandise. » L'abus du bucaro causait des maladies fort graves, auxquelles l'auteur que nous venons de citer fait allusion avec ce jeu de mots : « Puisqu’elles mangent de la terre, dit-il, la terre à son tour les consumera dès la fleur de leur âge. » La manie de manger des morceaux de bucaro était encore plus forte au dix-septième siècle. Madame d’Aulnoy, raconant une collation qu'elle fit chez la princesse de Monteleon, dit qu'elle vit plusieurs dames qui

510 D IX-HUITIÈME mangeaient des morceaux de terre sigelée (sigillée) : «Je: ous ay grande passion pour cette terre, qui leur cause ordinairement une opil ventre leur enflent et deviennent durs comme une pierre, et elles sont jaunes comm: Pay voulu tâter de ce ragoût tant estimé et si peu estimable ; j'aimerois mieux manger L Si l'on veut leur plaire, il faut leur donner de ces bucaros, ‘qu’elles nomment barros (v: Dh, terre) ; et souvent leur confesseur ne leur impose pas d'autre pénitence que d’être un jour sans | en manger. L'on dit qu'elle a beaucoup de propriétez; elle ne souffre point de poison, et elle guérit de plusieurs maladies. J'en ay une grande tasse qui tient une pinte; le vin n’y vaut rien, l’eau y est excellente ; il semble qu’elle bouille quand elle est dedans, au moins:on la voit agitée et qui frissonne (je ne sçay si cela se peut dire), mais quand on ly laisse un peu de tems, la tasse se vide toute, tant cette terre est poreuse ; elle sent fort bon. »

Les bucaros du Mexique sont également renommés, ainsi que ceux d'Estremoz, en Portugal; quant à ceux d'Estrémadure, les meilleurs proviennent d’un bourg voisin de Badajoz, auquel cette industrie à fait donner le nom de Salvatierra de los Barros. Ces vases étaient très-recherchés autrefois; nous en avons vu chez le comte d'Oñate, à Madrid, une très-curieuse collection, qui nous à paru remonter à la fin du seizième siècle ; elle se compose de plusieurs centaines de: pièces, parmi lesquelles nous en avons remarqué plusieurs de plus d’un mètre de haut et d'une forme très-élégante.

Quelques heures après avoir traversé la petite ville de Casar de Câceres, nous arrivâmes à Cañaveral, bourg où nous couchâmes. C’est près de là qu'était le fameux pont d’Alconetar, sur lequel passait la voie romaine de Salamanque à Mérida. Ce pont est le même, dit-on, que celui de Mantible, dont parlait don Quichotte et qui était célèbre par l’aventure de Fiérabras, arrivée au temps de Charlemagne. Le pont de Mantible, qui était formé de trente arches de marbre blane, était défendu par le géant Galafre, qui, avant d'avoir été vaincu par Fiérabras, exigeait des chrétiens, pour droit de passage, trente couples de chiens de chasse, cent jeunes vierges, cent laucons dressés, et cent chevaux richement enharnachés, et dont chaque fer pesait un mare d’or lin. Le Puente de Alcantara fut bâti par les Romains quelques lieues plus bas que celui d’Alconetar. Ce magnifique pont, un des plus beaux monuments antiques de l’Estrémadure, se compose de six arches, et est construit en blocs de granit superposés sans ciment. Malheureusement, ilest en si mauvais état qu'on ne peut passer le Tage à Alcantara qu'au moyen d’une barque.

Plasencia, où nous arrivâmes le lendemain après avoir traversé un pays très-accidenté, est une des plus jolies villes d'Espagne : sa position sur un coteau d’où la vue s’étend sur la haute sierra de Bejar, couronnée de neiges; ses jardins plantés d'arbres fruitiers et arrosés par les eaux limpides du Gerte ; tout cela fait de Plasencia un séjour des plus agréables pour ceux qui aiment la nature riante et tranquille. La ville s'appelait autrefois Ambroz : Alphonse VI, roi de Castille et de Tolède, changea son nom au douzième siècle, comme le montre une lettre dont le texte a été conservé : .….. Cui Plasencia, ut Deo placeat, nomen imposui. Plasencia est entourée de murailles du moyen âge d’un effet des plus pittoresques, et qui nous rappelèrent celles d'Avila, le modèle du genre. La cathédrale, bien qu'inachevée, est un beau monument de l’époque de transition entre le style ogival et celui de la Renaissance. Nous remarquâmes les sculptures en noyer des stalles du chœur, /a Silleria del coro ; ces stalles, au nombre d'une soixantaine, sont ornées de sujets familiers, d'animaux fantastiques, de figures bizarres et de certains détails plus que profanes. L'auteur de ces sculptures vivait au commencement du seizième siècle, et on raconte à son sujet, dans un livre imprimé en 1610, une légende des plus étranges. Avant résolu de traverser les airs en volant, il commença par se faire maigrir en diminuant petit à petit sa nourriture, qu'il composait exclusivement d'oiseaux, dans l'espoir, disait-il, de devenir oiseau lui-même. Toutes les fois qu'il mangeait un volatile, il avait soin d'en séparer la chair et les plumes, et de

si * sientits de avais qui, Suivant ses nn onu à son propre Mg - et A enduit tout le corps d’une colle qu’il avait préparée pour fixer les plumes, il réserva les plus grandes pour ses bras, qui devaient lui tenir lieu d'ailes. C'est dans ce singulier costume qu'il s'élança un beau jour du haut du clocher de la cathédrale : tous les habitants de Plasencia le virent prendre son vol et s'élever dans les airs ; il paraît qu'il plana quelque temps au-dessus de la ville; mais, comme un nouvel Icare, il ne put se soutenir longtemps en l'air: ses forces s’épuisèrent, ses ailes cessèrent de s’agiter, et il alla tomber à un quart de lieue de la ville, dans une prairie nommée Dehesa de los Caballos, où l’on retrouva son Corps inanimé.

La Vera de Plasencia, fertile contrée qui s'étend à l’ouest de la ville, passe à juste titre pour un des pays les plus favorisés de la Péninsule : c’est le chemin que nous primes pour nous rendre au lieu si célèbre de la retraite et de la mort de Charles-Quint, le couvent de Yuste. Partout de la verdure, des ruisseaux limpides et de beaux arbres séculaires ; dans le village que nous traversâmes, les vieilles maisons ornées de balcons de bois, et le costume pittoresque des femmes. nous rappelèrent certains cantons de la Suisse et du Tyrol. Nous apercûmes de loin le monastère de Yuste, situé au milieu des bois, au pied de la Sierra de Tormantos, à mi-côte du cerro del Salvador. Disons-le en passant, la retraite de Charles-Quint n’a jamais porté le nom de Saint-Just, qu’on lui donnait et qu’on lui donne encore aujourd'hui mal à propos. Il existe bien en Espagne plusieurs localités du nom de San-Justo : mais elles n’ont aucun rapport avec le célèbre couvent de l’Estrémadure. La retraite de l’empereur a servi de prétexte à plus d’un ouvrage inexact et ridicule. Parmi les plus grotesques, il faut citer un prétendu Précis historique publié au siècle dernier, lequel est suivi d’une pièce de théâtre où l’histoire et la géographie sont également outragées : « La scène, dit l’auteur, est au monastère de Saint-Just dans l' Andalousie... Dans l’enfoncement, l’on distingue l'église et la maison des religieux, ainsi que de riches coteaux qui bordent les rives du Guadalquivir… » Le couvent de Yuste, qui est à plus de soixante-dix lieues du Guadalquivir, est ainsi appelé à cause d’un &rroyo ou ruisseau du même nom, qui descend de la sierra voisine. C'est le 3 février 1557 que Charles-Quint arriva dans sa dernière retraite, où il mourut le 11 septembre de l’année suivante. L'empereur ne vécut point parmi les moines, comme on l'a tant répété, mais dans une habitation assez vaste qu’il avait fait construire pour lui, et qui tenait d’un côté au couvent ; sa chambre, celle où il rendit le dernier soupir, donnait sur l’église, etil pouvait, lorsqu'il était malade, entendre la messe de son lit et assister aux offices sans se trouver au milieu des religieux. L'intérieur de Charles-Quint, sans être aussi somptueux qu’un palais, était meublé avec une certaine recherche : des tableaux du Titien et d’autres maîtres ; des tapisseries -où l'or, l'argent ou la soie formaient des dessins variés : de belles horloges et d’autres objets d'art embellissaient la demeure impériale. De tout cela, il ne reste plus que le souvenir, tant le couvent de Yuste, autrefois fort riche, a eu à souffrir du feu et de la guerre.

Nous quittämes Yuste dès le point du jour, car, pour rejoindre à Miravete la route de Talavera de la Reina, nous avions à traverser une contrée des plus sauvages. Nous y retrouvâmes encore le souvenir de Charles-Quint ; lorsqu'il se dirigeait vers Yuste, la route était en si mauvais état, qu'il fut obligé de se faire précéder de pionniers afin de pouvoir passer, lui et sa suite ; et c’est après avoir franchi un passage des montagnes que nous allions gravir, qu'il s'écria, en apercevant la Vera de Plasencia : « No pasaré ya otro en mi vida, sino el de la muerte. — Je ne fran- Chirai plus désormais d'autre passage que celui de la mort.

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à re nitué! ALL 7 DU DRE TELE 2% LE Va | Talavera de la Reina est une très-ancienne GA ville Bei 1 dit-on, parce qu’elle fut donnée en fief à une reine de Castille. C'est à Re le célèbre jésuite Mariana, auteur de l’Héstoria general de España, et d’un livre que le PNA, "à de Paris condamna au feu parce qu'il admettait le régicide comme chose licite. La ville n’a a guère A | conservé du passé que quelques ruines pittoresques, notamment de curieuses tours arabes, antérieures au dixième siècle. Cependant nous y remarquâmes une agréable a/ameda, et un autre paseo situé à peu de distance d'une des portes, la puerta de Toledo. Cette promenade conduit à un ermitage connu sous le nom de Nuestra Señora del Prado, fameux par des fêtes qui s à! donnaient à l’époque de Pâques : on les appelait /as Mondas de Talavera, et elles attiraient un concours Immense. Ces fêtes, encore en usage au commencement de ce siècle, offraient cela de eurieux, que les rites et cérémonies du paganisme s’y étaient conservés intacts, sans qu'il eût jamais été possible de les abolir : « Heureusement, dit un auteur espagnol, on Les appliqua au culte de la sainte Vierge, comme l’a fait l’Église pour d’autres coutumes païennes non moins difficiles à déraciner. »

Les faïences de Télaverä étaient autrefois fort renommées en Espagne, et leur réputation égalait celle des faïences de Valence et de Séville : nous les voyons vantées, dès le commencement du seizième siècle, dans les Cosas memorables de España, de Marineo Siculo : «On fait à Talavera, dit-il, d'excellentes faïences blanches et vertes, d’une grande légèreté et d’un travail très-soigné, et les nombreux vases qui s’y fabriquent sont de formes très-variées. » Parmi les auteurs espagnols du seizième siècle qui mentionnent ces faïences, nous citerons encore Felipe de Guevara, gentilhombre de boca de Charles-Quint, et Pedro de Medina. Ce dernier donne dans ses Grandeças de Espana, des détails extrèmement précieux, et qu'il est rare de rencontrer dans les livres de cette époque : nous ne connaissons pas d'auteur français contemporain qui fournisse des renseignements aussi précis sur la céramique nationale. D’après Medina, il existait à Talavera un grand nombre de maîtres, d'ouvriers de loça ou vedriado (c'étaient les uoms qu'on donnait à la faïence, appelée aujourd'hui /oza) : ces produits étaient si beaux et si célèbres, qu’on les appelait du nom même de la ville de Talavera; car c'étaient les meilleurs, au dire de cet écrivain, non-seulement de l'Espagne, mais de la plupart des pays du globe. «Cette faïence de Talavera, ajoute Medina, se fabrique en si prodigieuse quantité, que cela paraît un songe: et on ne peut comprendre que le monde entier soit abondamment pourvu d'objets aussi fragiles et si exposés à la destruction ; en effet, outre ce qui se consomme en Espagne, on en expédie de grandes quantités en Amérique, en France, dans les Flandres, en Italie et dans d’autres parties de l'Europe. C’est une chose remarquable que la grande variété de pièces qu’on fabrique, telles que plats, écuelles, bassins, urnes et mille autres espèces de vases ornés des couleurs les plus fines, et travaillés avec la plus grande perfection. « J'ai vu, dit encore l’auteur espagnol, quelques pièces extrêmement curieuses, très-fines et bien dignes d’être vues : ainsi, on renferme dans un ou deux vases presque tous les objets qui composent un service, comme les assiettes, les écuelles, les tasses, l’huilier et divers autres objets, dont la réunion forme une pièce qui représente une tour très-élégante surmontée de son couronnement. » Et l’auteur ajoute

que ce n'étaient pas là les seules merveilles de ces fabriques : outre les faïences, elles produisaient encore beaucoup de bücaros rouges aussi élégants que variés de forme.

Les fabriques de Talavera étaient encore très-florissantes au dix-septième siècle : en 1720, elles étaient au nombre de huit, et employaient quatre cents ouvriers. Trente ans plus tard, on ue comptait plus que cinq faïenceries, dont les produits étaient assez grossiers. Ponz, qui les

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TALAVERA ET SES FAÏENCES. FE 48 « Ait

visita, dit que l'ancienne /oza de Talavera était bien supérieure à celle qui se fabriquait de son | temps : « La terre, que l’on tire toujours de Calera, village voisin, est encore la même, mais la | Ru x

supériorité de l’ancienne fabrique était surtout due aux dessinateurs, qui inventaient de belles

formes pour leurs pièces, et qui peignaient aussi, sur des azulejos, des histoires très-bien com-

posées, des ornements pleins de goût, des paysages, des animaux et autres sujets, comme nous - en admirons à Tolède, à Madrid et à d’autres endroits. De ce nombre sont les carreaux de faïence c

qui ornent les cloîtres de San Felipe e/ Real et de la Merced, à Madrid. Aujourd’hui ces belles

formes ne se retrouvent plus, soit à cause de la décadence du bon goût, soit parce que la fabri-

cation ne permet pas de supporter les frais nécessaires pour avoir de bons dessinateurs. » Néan-

moins Talavera comptait encore à la fin du siècle dernier sept ou huit faïenceries, ou alfares, qui,

malgré la concurrence des faïences communes d’un bourg voisin, Puente del Arzobispo, étaient

encore florissantes, grâce à certaines franchises accordées par Charles HT. Il existe encore à Ta-

lavera quelques faïenceries, que nous allâmes visiter ; mais leurs produits sont très-ordinaires.

Il nous tardait d'arriver à Tolède; aussi partimes-nous de Talavera de très-bonne heure :

malgré le peu de distance, c’est un voyage qui exige plus d’une journée, à cause du mauvais état

de la route; aussi étions-nous brisés de fatigue quand nous arrivämes dans la Zmperial Ciudad, la :

ville impériale, l’ancienne capitale des rois goths et de Charles-Quint.

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UNE JOURNÉE MALHEUREUSE : DÉSESPOIR D'UN GUITARRERO (page 491).

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VAGABONDS SUR LE PONT D'ALCANTARA, A TOLÈDE (page 516).

Ancienneté de Tolède : la ville sous les Romains, les Visigoths et les Arabes. — La Noche toleduna. — La cathédrale : — les portes de bronze ; — les vitraux ; — le chœur et les stalles. — Légende de la Casulla de San-Tdefonso. — La Capilla muz&rabe ; le rite mozarabe et le rite romain. — Un jugement de Dieu. — Le Trasparente. — La Sala capitular. — La sacristie. — Le Greco. — Las Alhajas. — Richesse de l’ancien clergé de Tolède. — Le Zocodover. — L'Alcäzar ; — l'Artificio de Juanelo.— Le Tage. — Anciennes synagogues : — Santa Maria la Blanca et le Transito.— Les anciens Juifs d'Espagne. — Légende du Niño perdido. — Le Salon de Mesa et le Taller del Moro ; le style mudejar. — Les Palacios de Galiana et le Baño de la Cava. — Anciens couvents de Tolède : les frailes d'autrefois; — quelques proverbes ; — Saint- Simon chez les moines de Tolède. — San-Juan de los Reyes. — Sainte Léocadie et saint lldefonse. — Les clous des portes. — L’Ayuntamiento : — une inscription à conserver. -— La Puerta de Visagra. — Les Cigarrales. — Les couronnes de Guarrazar. — La Fabrica de Armas. — Ancienne renommée des lames de Tolède ; — la trempe; le fer d’Espagne; — quelques noms d’espaderos ; — espadas de golilla ; — décadence des armes de Tolède.

Il est peu de villes qui puissent se vanter d’une origine aussi ancienne que Tolède, et dont l'histoire ait été le sujet de fables aussi ridicules. Les uns ont prétendu que les Juifs vinrent s’y établir après la captivité de Babylone; d’autres attribuent sa fondation à Hercule, ou bien encore à Tubal, fils de Caïn, qui s’y serait établi cent quarante-trois ans, jour pour jour, après le déluge. Ce qu’on sait de plus certain sur l'ancienneté de Tolède, c’est qu’elle existait plus de deux cents ans avant Jésus-Christ : le proconsul Marcus Fulvius en fit le siége l’an 192 avant Jésus-Chnist, s'en empara, et la plaça sous la domination romaine. Les monuments dont on voit encore les ruines, el la réputation dont jouissaient ses épées, montrent que Tolède était déjà d’une certaine imporlance ; cependant Tite-Live en parle simplement comme d’une ville petite, mais dans une situation forte : Urbs parva, sed loco munita. Quand les barbares du Nord envahirent la Péninsule, Tolède tomba au pouvoir des Alains ; dès le commencement du cinquième siècle les Visigoths s’en empa-

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étant tombée, après un long siége, au pouvoir d'Amrou, alcayde de Talavera, la ville fut ravagée Ÿ

parmi les atrocités qui furent commises, on cite le massacre de quatre cents nobles tolédans qu’on

avait attirés sous prétexte de leur offrir un festin au milieu de la nuit : leurs corps furent jetés dans une grande fosse qu’on avait préparée, et le lendemain leurs têtes étaient exposées aux regards du publie. Dix siècles n'ont pas effacé le souvenir de cette exécution nocturne, et quand on veut parler d’une mauvaise nuit, on se sert de cette expression populaire : Una noche ioledana, — une nuit tolédane. Les rois arabes de Tolède se montrèrent tolérants pour les vameus, et permirent aux chrétiens et aux juifs de pratiquer librement leur religion. Tolède était depuis près de quatre cents ans sous la domination musulmane, lorsque le roi de Castille, Alphonse VI, s’en empara en 1085, après un siége de plusieurs années. Ce prince accorda de nombreux priviléges à la ville, mais il n’imita pas la tolérance des Arabes : les musulmans furent accablés de persécutions, et finalement chassés. Les soulèvements populaires furent nombreux sous les rois de Castille ; un de ceux où se commirent les plus grands excës eut lieu en 1449 : le chef de l'msurrection était un odrero ou fabricant d’outres, ce qui donna naissance à ce dieton populaire : Soplard el odrero, y alborotarse ha Toledo : — Xe fabricant d’outres n’a qu'à souffler, et Tolède s’insurgera. Lors du fameux soulèvement des comunidades, en 1520, Tolède fut la capitale des comuneros, et choisit pour chef le courageux et infortuné Juan de Padilla. Elle était alors parvenue à l'apogée de sa prospérité : c'était une ville savante et polie, comme Séville et Salamanque. Dès le treizième siècle, du reste, Tolède passait pour la ville d'Espagne où le castillan était parlé le plus purement, réputation qu'elle a conservée depuis. On dit qu'Alonso e/ Sabio, qui avait fait copier et traduire en espagnol plusieurs manuscrits étrangers, voulait que, lorsqu'il s'élevait quelques difficultés au sujet du véritable sens ou de l'origine d’un mot, la question fût soumise aux puristes de Tolède. Le clergé, qui était très-nombreux, possédait d'immenses richesses, dont il usait fort largement, si nous en croyons ce curieux passage de Navagiero : « Z patron di Toledo e delle donne precipue sono t preti, quali hanno bonissime case e trionfano dandose la miglior vita del mondo, senza che alcuno li riprendu.

En l’année 1560, Philippe I fixa sa résidence dans la moderne Madrid, après avoir abandonné l'antique capitale des rois visigoths : depuis lors, elle n'a fait que décroître, et la ville impériale qui, au temps de sa prospérité, comptait, dit-on, plus de deux cent mille habitants, en possède à peine quinze mille aujourd’hui. Si Tolède est bien déchue,; elle est assez riche en souvenirs et en monuments du temps passé pour se consoler d'avoir perdu le premier rang. Il n’est pas de vile au monde qui réponde mieux à l'idée qu’on se fait d’une vieille cité du moyen âge; c’est la ville pittoresque et romantique par excellence, et elle est fière, entre ses nombreux titres de noblesse, d'être, comme la Ville éternelle, bâtie sur sept collines. C’est par le pont d’Alcantara, hardiment jeté sur le Tage, que nous pénétrâmes dans Tolède; à l'extrémité du pont s'élèvent, sur des rochers presque à pic, d'anciennes {ours massives qu'on appelle le castillo de San Cervantes, du nom d’un saint peu connu, et qui n’a, du reste, rien de commun avee l’auteur du Don Quichotte : c'est peut-être une corruption de sen Servando, ou saint Servan. Après avoir monté une côte longue et roide, nous arrivâmes à une des anciennes portes, la Puerta del Sol, fière construction arabe, vraiment digne de servir d'entrée à une ville comme

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