LE PONT SAN-MARTIN, A TOLÈDE
place de Zocodover, nous arrivâmes à la fonda de Lino, dont l'hospitalité est fort satisfaisante,
surtout pour des voyageurs fatigués, et qu'une excursion à travers l'Estrémadure à rendus peu difficiles.
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ni | remonte au treizième sièel :
lac n ; jusqu'à la fin du quinzième si travaux continuèrent sans interruption. Huit portes donnent entrée dans Je nord, par laquelle nous pénétrâmes, est appelée puerta de la Feria (de la foire) ou del l'horloge) ; on la connaît également sous le nom de puerta del Niño perdido. — po Le fant perdu, en souvenir d’une légende que nous rapporterons bientôt. Cette porte se con
deux battants, qui ne sont pas en bronze, comme on le croit généralement, mais en bois revêtu
de plaques de bronze. Le dessin en est de bon goût, et la ciselure excellente ; l'auteur était orfévre, — de l'art d’or et d'argent, comme nous l’apprit l'inscription suivante : Anonto A urreRo, del arte de oro y plata, fazebat (sic) esta media puerta.
Bien que la cathédrale de Tolède soit moins vaste que celle de Séville, l'aspect de l’intérieur est grandiose et des plus saisissants : elle est divisée en cinq nefs, et celle du mulieu est d'une
hauteur prodigieuse, que le peu d'élévation des nefs latérales fait paraître encore plus consi-
dérable. La toiture, composée de soixante-douze voûtes de différentes dimensions, est supportée par quatre-vingt-huit piliers, formés de colonnes groupées ensemble, et dont le nombre varie entre huit et seize. Les vitraux de Tolède, d’une excellente conservation, peuvent être cités au premier rang parmi ceux que possède l'Espagne. On connaît les noms de plusieurs vedrieros ou maîtres verriers de la cathédrale ; la plupart vivaient au quinzième siècle ou au commencement du seizième, époque où la peinture sur verre atteignit dans la Péninsule son plus grand développement. Parmi les vidrieros espagnols qui travaillèrent à Tolède, les principaux sont Juan de Ortega, le maestro Dolfin, le maestro Cristobal, Gonzalo de Cérdoba ; quelques-uns, comme Alberto de Olanda, étaient Hollandais, et d’autres étaient Français, tels que Vasco de Troya (de Troyes) et Pedro Francés, — Pierre le Français.
Le chœur, suivant un usage général en Espagne, est placé au centre de la nef principale et occupe le milieu de l’église. Les stalles du rang inférieur, qui datent de la fin du quinzième siècle, sont en noyer sculpté, et offrent des sujets si intéressants et si nombreux, que plusieurs heures nous suffirent à peine pour les examiner. Ce sont pour la plupart des joutes, des tournois, des batailles et des siéges, d’une exécution assez barbare, il est vrai. mais avec des détails extrèmement curieux pour le costume, les armes et les armures des chrétiens et des Mores de l'époque. Quarante- -cinq des stalles où sont sculptés des sujets de ce cenre portent le nom de la ville ou de la forteresse assiégée; les plus intéressantes sont celles où l’on voit représentés différents épisodes de la prise de Grenade. Les stalles supérieures sont ornées d’arabesques d’une exécution très-fine ; elles sont en partie l'œuvre du célèbre Alonso Berruguete; les autres sont d’un artiste A enou Philippe Vigarny, qui vint au commencement du seizième siècle s'établir en Espagne, où il acquit une grande réputation sous le nom de Felipe de Borgoña. Ces salles, enrichies de marqueterie de bois et d’incrustations de marbre de différentes couleurs, peuvent être citées comme un des plus beaux spécimens de la sculpture sur bois à l’époque de la Renaissance. Nous remarquâmes sur la stalle de l’archevèque un sujet qui a été souvent représenté en Espagne : la Vierge plaçant la chasuble sur les épaules de saint Idefonse.
La légende de la casulla est populaire à Tolède : saint Idefonse, archevèque de cette ville au sixième siècle, avait écrit un ouvrage pour célébrer la virginité de la Mère de Dieu, de Virginitate sanctæ Mariæ : la sainte Vierge voulant lui témoigner son contentement descendit du ciel un matin, et assista à l'office, assise dans la stalle de l'archevêque : cette stalle, dit-on, cessa