‹ L'EspagneChapitre 165 sur 287 · LA CATHÉDRALE DE TOLÈDE : LA CAPILLA MUZA · texte numérisé non relu

LA CATHÉDRALE DE TOLÈDE : LA CAPILLA MUZA

depuis lors d'être occupée : on assure même qu'aussitôt qu'un profane osait s'y asseoir, immédiatement expulsé par des anges. Nous vimes dans la chapelle du patron de Tolà entourée de marbre rouge, sur laquelle la Reine du ciel posa ses pieds, avec cette in latine : Adorabimus in loco ubi steterunt pedes ejus : — Nous t'adorerons dans le lieu où se posèrent tes pieds. Un grillage protége la sainte pierre ; mais on a ménagé un espace assez grand pour que les fidèles puissent la toucher du bout de leur doigt, qu'ils portent ensuite pieusement à leurs lèvres.

Les retables des églises espagnoles sont d’une dimension et d’une richesse dont on peut difficilement se faire une idée sans les avoir vus : celui de Tolède, orné d'innombrables figures sculptées, s'élève presque aussi haut que la voûte. La reja ou grille du chœur, en fer revêtu d’argent, est également de dimensions colossales. Parmi les nombreuses chapelles de la cathédrale. nous visitèmes d’abord la capélla muzdrabe, ainsi nommée parce qu’on y célèbre journellement les offices et le sacrifice divin suivant le rite mozarabe, qu'on appelle également rite apostolique ou gothique. On a donné le nom de muzdrabes aux chrétiens qui, après la conquête, vécurent sous la domination musulmane. Ils suivirent le rite en usage du temps des rois goths, qui diffère en beaucoup de points du rite romain. Ces différences portent principalement sur les prières, sur la récitation du Pater, sur celle du Credo, sur la manière de placer l’hostie et de donner la bénédiction, etc. Une des particularités les plus remarquables, c’est que le prêtre divise l’hostie en neuf morceaux, qu'il place en forme de croix sur la patène: chacun de ces morceaux se Tap— porte à l’histoire du Christ. |

Il paraît qu'après la conquête de Tolède par les chrétiens, l'office mozarabe fut le sujet de contestations interminables : le roi Alphonse VI et la reine Constance, sur les sollicitations du lé gat du pape, voulurent rétablir dans la cathédrale le rite romain. Le clergé, la noblesse et le peuple s’adressèrent au roi, pour le faire revenir sur sa décision. Alphonse VI répondit, si l’on en croit la tradition, que la question serait jugée par les armes et soumise au Jugement de Dieu. En conséquence, deux champions furent choisis, l’un pour le rite mozarabe et l’autre pour le rite romain. Le combat eut lieu en champ clos dans la Vega, et, à la grande Joie des Tolédans, le défenseur du rite mozarabe fut déclaré vainqueur. Le roi et le légat refusèrent cependant, diton, d'accepter le résultat de ce combat judiciaire, et voulurent avoir recours à une épreuve d'un autre genre, celle du feu, qui fut acceptée par les Tolédans. Il s'agissait de placer sur un brasier ardent un misse] romain et un missel mozarabe, et celui qui résisterait le mieux au feu devait obtenir la préférence. On éleva en conséquence un bûcher sur la place du Zocodover, et les deux livres rivaux furent jetés dans les flammes : le rituel romain fut, à ce qu'il paraît, fortement endommagé, tandis que celui des Mozarabes fut respecté par le feu: les Tolédans conservèrent donc leur ancienne liturgie, en faveur de laquelle Dieu lui-même s'était prononcé ; il fut décidé que six des églises de la ville seraient destinées au rite mozarabe. Cependant la liturgie romaine reprit peu à peu le dessus ; les livres mozarabes n'étant pas renouvelés, devinrent de plus en plus rares, el au bout de quelques siècles l’ancien rite était sur le point d’être abandonné, quand le cardinal Ximenez résolut de le relever. 11 fonda dans la cathédrale une chapelle mozarabe, et fit imprimer en 1500 l’ancien rituel à Alcala de Hénarès. Sur six églises consacrées autrefois au rite mozarabe, deux seulement ont conservé leur ancienne destination; on les désigne sous le nom de parroquias muzdrabes, pour les distinguer des autres paroisses, appelées parroquias latinas.

La capèlla Mayor portait autrefois de nom des Reyes Viejos, à cause des anciens rois d’Espagne dont elle renferme les tombeaux: elle possède en outre celui du célèbre cardinal Mendoza — el gran Cardenal, — archevêque de Tolède. Il était tout naturel de placer à côté de la sépulture des rois d'Espagne celle du puissant prélat qui partagea le pouvoir avec Ferdinand et Isabelle, À côté de la capilla Mayor se trouve le fameux autel appelé e/ Trasparente, chef-d'œuvre

Page 1