‹ L'EspagneChapitre 168 sur 287 · TOLÉDE : LE TAGE · texte numérisé non relu

TOLÉDE : LE TAGE

sage d'un livre imprimé à Paris en 1615, sous le titre d'Anventaire général des plus curieuses recherches des royaumes d'Espagne : «Là tu verras le grand, fort et mémorable Alcacar… où l'eau monte en grande abondance par un artifice admirable, qui rejaillit de la rivière du Taje. A ceste invention est semblable celle que fit faire Henry le Grand d'heureuse mémoire sur le pont Neuf de sa bonne ville de Paris, où il y a deux belles figures de bronze, l'une de Jésus-Christ, et l'autre de la Samaritaine. Il n'y a que ceste différence que l’eau de Tolède monte deux fois plus haut que l’autre, et jette aussi gros que le corps d'un bœuf. » JL ‘y " li | ui |

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ALCGAZAR DE TOLÈDE

| Nous descendimes au Tage en suivant la pente rapide de la Cuesta del Cérmen, où une scène

de /a Tlustre Fregona de Cervantès nous revint en mémoire : «.….. Lope l'Asturien cheminait du

côté de la rivière, par la Cuesta del Cérmen.…; au plus roide de la descente, 1l rencontra un âne

de porteur d'eau qui montait chargé... il donna un tel choc à l'âne maigre et fatigué qui montait,

qu'il se jeta les quatre fers en l'air, et, les cruches s'étant brisées, toute l’eau se répandit..…. »

Comme du temps de Cervantès, les aguadores descendent encore au Tage pour faire leur pro-

530 CHAPITRE DIX-NEUVIÈME. È | vision d'eau dans des vases de terre qu'ils placent d'une manière très-ingénieuse sur des ânes.

La navigation du Tage, aujourd'hui abandonnée, était florissante au seizième siècle. « Le roi Philippe second, notre maître, dit Medina, a beaucoup amélioré ce fleuve en le rendant navigable jusqu'à Tolède, où viennent aborder des bateaux chargés de marchandises. » Depuis ce temps, diverses tentatives ont été faites pour rétablir la navigation, mais sans résultat; il y à une cinquantaine d'années, François-Xavier de Cabanes publia un ouvrage sous le titre de : Memoria sobre la Navegacion del Tajo ; mais le projet, qui a été repris plus récemment, en est malheureusement resté la. Le fleuve « aux ondes dorées » si souvent chanté par les poëtes, — Jos poetas del dorado Tajo, — n’a pas été oublié par Garcilaso de la Vega, qui était de Tolède :

De cuatro ninfas, que del Tajo amado Salieron juntas, à cantar me ofresco.…

C'est à l’églogue de Garcilaso que don Quichotte faisait allusion en parlant des « ouvrages délicats que faisaient dans leur séjour de cristal ces quatre nymphes qui sortirent la tête des ondes du Tage, et s’assirent sur la verte prairie pour travailler à ces riches étoffes que nous dépeint l'ingénieux poëte, et qui étaient tissues d'or, de soie et de perles. » Nous avouerons que quand nous arrivâmes aux 0ords heureur du Tage, rien ne nous rappela cette poétique description : au lieu de la verte prairie nous ne trouvâmes qu'une boue liquide, détrempée par les eaux jaunâtres du fleuve, et dans laquelle, à réalité ! nous n’aperçûmes, au lieu de nymphes, qu un troupeau de noirs pourceaux qui prenaient leurs ébats.

Tolède est restée trop longtemps au pouvoir des Arabes pour n avoir pas conservé quelques monuments qui rappellent l'époque de la domination musulmane : un des plus curieux est l’ancienne synagogue, connue sous le nom de Santa Maria la Blanca. Cet édifice nous parut remonter au neuvième siècle : 1l est du style qu'on appelle en Espagne estilo del Califato, et son architecture ne manque pas d’analogie avec celle de la mosquée de Cordoue. Il y a longtemps que la synagogue a cessé d’appartenir au culte israélite : dès le commencement du quinzième siècle, les habitants de Tolède, excités par les prédications de saint Vincent-Ferrier, expulsèrent les Juifs de leur temple, qui fut converti en église catholique. Plus tard il devint le Refugio de la Penitencia, asile pour les femmes repenties, et vers la fin du siècle dernier on en fit une caserne etun magasin d'effets militaires, destination qu'il conservait encore, il y a une vingtaine d'années, lorsque la commission des monuments historiques de la province de Tolède le jugea digne d'être conservé, et ouvrit une souscription pour subvenir aux frais de restauration.

Plusieurs églises d'Espagne ont été élevées sous l’invocation de sainte Marie la Blanche. L'origine de ce nom se rapporte à une légende qui se répandit en Espagne dès les premiers siècles du christianisme. Sous le pontificat de saint Libérius, dans la nuit du 4 avril 352, la Vierge apparut à un habitant de Rome et à sa femme, et leur ordonna d'ériger en son honneur un temple sur un certain endroit du mont Esquilin. Les deux époux s’y rendirent dès le point du jour et trouvèrent l'endroit désigné couvert d’une épaisse couche de neige. Émerveillés de ce prodige, les deux époux s'empressèrent d'en informer le pontife. Saint Libérius, frappé d'un récit qui coïncidait avec un songe qu'il avait eu pendant la nuit même, s'empressa de faire Jeter les fondements d'une église qui fut appelée Sainte-Marie la Blanche, en mémoire de la neige miraculeuse, symbole de la pureté de la Vierge. A quelques pas de Santa Maria /a Blanca, Se

trouve une autre synagogue moins grande, appelée e/ Trénsito ; c'est un Juif immensément riche,

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