ANCIENNE SYNAGOGUE, A TOLÈDE (SANTA MARIA LA BEANCA
aux chevaliers de Calatrava. L'édifice se compose d'une seule nef, beaucoup plus richement ornée que Sainte-Marie la Blanche : sur les murs se voient de grandes inscriptions en caractères hébraïques d'une élégance remarquable, qui contiennent la louange de Samuel Levi et d'un rabbin nommé Meir; d’autres inscriptions sont empruntées aux psaumes de David. Le plalond, de style moresque, est d'un travail merveilleux.
Les deux anciennes synagogues sont situées au milieu de la Juderia ou Juiverie, quartier
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composé de ruelles étroites, et l’un des plus misérables de la ville. Le None dePièrre le Cruel y possédait cependant, dit-on, un palais magnifique. En Espagne, comme ee nn et dans presque tous les pays d Europe, les juifs étaient parqués dans certains qéAnenss dans plusieurs villes, à Tolède notamment, ils étaient très-nombreux, malgré les persécutions qu'ils eurent
à essuyer successivement de la part des Goths, des Arabes, et surtout des chrétiens, qui se mon-
(rèrent leurs ennemis les plus acharnés; aussi assure-t-on que, lors du siége de Tolède par les Arabes, les juifs leur ouvrirent les portes de la ville. Un grand nombre de Jui prétaient à trèsgros intérêts : le taux légal, autorisé par le Fuero Real, était de trente-trois pour cent : passé ce taux, c'était de l'usure. Ceux qui se firent catholiques ne furent jamais confondus avec les chrétiens d’ancienne date, qui s’appelaient eux-mêmes cristianos viej0s y rancios, — Vieux et rances. Les convertis étaient tenus de porter sur l'épaule un morceau d'étoffe de couleur, ce qui leur fit donner le nom de Judios de Señal. Au dix-septième siècle les juifs eurent beaucoup à souffrir des rigueurs de l'inquisition. La haine des Espagnols était tellement violente, que Ja seule épithète de Judio devint une sanglante injure ; le mot /udiada signifie une mauvaise action, ou un gain excessif et scandaleux. Nous avons vu promener par les rues, pendant les Jours de carême, un mannequin grotesque, auquel le peuple donne le nom de Judas, et qui, après avoir été couvert de huées et traîné dans la boue, finit par être brûlé. L'auteur de l'£tat présent d'Espagne (1717) dit qu on avait par toute l'Espagne une aversion extrême pour les juifs : «Jusque-là'que, depuis cent cinquante ans, les filles qui naissent d’un grand d’Espagne qui avoit épousé la petite-fille d’un juif qui s'étoit converti, sont toutes obligées de se faire religieuses, parce qu'elles ne trouvent point à se marier, et que le fils aîné même, à qui tout le bien est substitué, ne trouveroit pas une fille de condition médiocre qui voulût l’épouser. » Il n’était pas de méfait qu'on ne mit sur le compte des israélites : ainsi, raconte le même auteur, «on conserve depuis trois cent soixantedix-neuf ans, dans la sacristie de la cathédrale de Tolède, une hostie miraculeuse qui fut percée de trois Coups de couteau par un juif, en Hollande. Les trois trous y paroissent encore : on prétend que le juif se convertit à la vue de la lumière éblouissante qui entoura cette hostie au même moment. »
Nous avons dit qu'une porte de la cathédrale est appelée Puerta del Niño perdido : la légende de l'Enfant perdu, très-populaire en Espagne, est racontée dans un curieux ouvrage intitulé : Centinela contra judios (la Sentinelle contre les juifs) : « Dans le courant de l'année 1490, un juif de Quintanar se trouvait à Tolède avec plusieurs de ses coreligionnaires, à l'époque où l’on célébrait un acte de foi de l'inquisition. Voyant le danger qu'ils couraient de la part des chrétiens, ce Juif dit aux autres : «Moi, je sais une chose qui ferait mourir de rage tous ces gens-là, el qui ferait en même temps triompher la loi de Moïse. » Ils se concertèrent, et convinrent de se réunir à Tembleque, où ils prirent la résolution d'enlever un enfant âgé de trois à quatre ans. L'un d'entre eux, connu pour le plus rusé, fut chargé de cet enlèvement. L'enfant fut volé à Tolède et amené au bourg de la Güardia, pays du ravisseur, lequel dit aux habitants qu'il ramenait son fils qu’il avait confié à une nourrice du dehors. L'époque de la Passion étant arrivée, tous ces Juifs se donnèrent rendez-vous dans une grotte à une demi-lieue de la Guardia, où il firent souffrir au pauvre petit innocent tous les affronts et tous les opprobres dont leurs ancêtres avaient abreuvé le Christ : après avoir parodié toutes les scènes de la Passion, ils le crucifièrent et le frappèrent d’un coup de lance. A cette même heure (comme le fait fut reconnu
et vérifié depuis), la mère du saint enfant, qui était aveugle, recouvra subitement la vue... Is arrachèrent ensuite le cœur du pauvre petit, et enterrèrent son corps. Pour achever leur forlait, ils se rendirent à la ville, emportant le cœur de l'enfant. et ils parvinrent à corrompre un certain Juan Gomez, nouvellement converti (cristiano nuevo), qui, moyennant trente réaux, CONsentit à voler pour eux, dans le sanctuaire d'une église, une hostie consacrée. Ils envoyèrent
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