‹ L'EspagneChapitre 171 sur 287 · TUE · texte numérisé non relu

TUE

ÉGLISE DE SANTA MARIA, A ILLESCAS, PRÈS TOLÈDE (page 526)

LES JUIFS D'ESPAGNE. et 8 D90

=. ES aux juifs de Zamora cette hostie enfermée dans un livre, avec le cœur de l'enfant enveloppé dans un linge. Le crèséiano nuevo, s'étant rendu à Avila dans la crainte d’être poursuivi, entra dans la cathédrale de cette ville pour détourner les soupçons, et ouvrit son livre. Or quelques fidèles, qui se trouvaient dans l'église, furent frappés d'étonnement en voyant que le livre projetait des rayons aussi brillants que ceux du soleil: un d'eux, prenant cet homme pour un saint, le suivit jusqu’à la posada, et instruisit du miracle un des membres du saint-office. Juan Gomez fut interrogé, arrêté et emprisonné ; on trouva sur lui des lettres qui mirent sur la trace du crime, et il fut condamné, ainsi que ses complices, à être brûlé sur le bûcher. »

D'après un ancien proverbe espagnol, il fallait se méfier « d’un moine encapuchonné, d'un soldat affamé, et d’un juif persécuté : »

La

De frayle rebozado, De hambriento soldado, Y de judio acosado.

La vraie cause de ces persécutions, outre le fanatisme et l'intolérance, était la cupidité : les juifs s’adonnaient surtout au commerce de l'argent, à peu près le seul qui leur fût permis, et on les accusait pour les dépouiller plus facilement. Au commencement du siècle, ce préjugé était encore dans toute sa force : un auteur anglais attribue le propos suivant à un libéral valencien : «Je hais tous les genres d’oppression, disait à lord Carnarvon ce singulier libéral ; je suis un ami du genre humain ; si cependant il se trouvait un juif parmi nous, il faut le brüler, et le brûler vif!» On assure qu’il y a encore en Espagne un certain nombre d'israélites qui suivent en secret la religion de leurs ancêtres : «Ils vivent tranquillement et dans l’aisance, dit M. Borrow dans son curieux livre intitulé : Bible in Spain, vendant des lainages, et des longanizas dont ils n’ont garde de goûter, car la viande de porc entre largement dans la composition de cet excellent saucisson. »

Après Santa Maria /a Blanca, le plus ancien monument arabe de Tolède est la petite église connue sous le nom d'Ærmita del Cristo de la Luz, qui servait de mosquée avant la prise de Tolède par les chrétiens. L'église du Christ de la Lumière nous parut remonter au moins au dixième siècle : ses doubles arceaux de herradura, ou en fer à cheval. supportés par de lourds piliers quadrangulaires, appartiennent au même style que ceux de la mosquée de Cordoue, etses coupoles ou medias naranjas sont d'une élégance remarquable. Cette église est la première où Alphonse VI, lorsqu'il prit possession de Tolède, s'arrêta pour entendre la messe: le sacristain nous fit voir sous un des arceaux un écu où bouclier de bois orné d’une croix blanche sur fond rouge, qu'on dit être celui que ce prince laissa à l'église en souvenir de son passage.

Le Salon de Mesa et le Taller del Moro sont ensuite les plus curieux édifices moresques de Tolède : l’un et l’autre appartiennent au style d'architecture appelé en Espagne estilo mudejar. Pendant le moyen âge, et surtout aux quatorzième et quinzième siècles, on employa dans la Castille, dans l’Aragon et dans d’autres provinces, des a/arifes mores, soumis à la domination chrélienne, et auxquels on donna le nom de mudejares, comme on avait donné celui de muzdrabes aux chrétiens. Souvent, quand ils étaient employés comme architectes ou comme sculpteurs ornemanisles, les a/arifes mudejares travaillaient, soit dans les constructions neuves, soit à des édifices qu'ils réparaient, sans rien changer à leur style habituel. C'est ainsi qu’on voit assez souvent un monument de style roman ou ogival présenter certains détails moresques. Ce mélange de l'architecture chrétienne et de l'architecture moresque produisit un nouveau style, que les alarifes

del M. alle du More), ie moins de conserv Q ‘on "à a même genre € Ô itecture, qui sert aujourd’hui de magasin pour es travaux de Jar cathédrale. HR à ù Une autre ruine arabe est connue à Tolède sous le nom de Palacios de Galiana. Après une pro- “et menade de vingt minutes au milieu de la Huerta del Rey (leJ ardin du Roi), située hors de la ville, à peu de distance du Tage, nous arrivâmes à cet ancien palais: quelques pans du mur et quel- 1 ques arcades arabes que cache une épaisse verdure, c’est tout ce qui reste des Palacios de la belle

© Galiana. Cette princesse était fille d’un roi de Tolède qui s’était révolté contre le roi de Cordoue, * ä son suzerain, et que la légende espagnole désigne sous le nom peu poétique de Galafre. Ce Ga- ; : lafre avait donné à sa fille cette résidence champêtre, qu ‘il avait fait embellir par tous les moyens

possibles. La belle Galiana vivait dans la retraite pour échapper à de nombreux soupirants, parmi lesquels un certain Bradamante, prince arabe de Guadalajara, se faisait remarquer par son assiduité. Ce géant farouche s’efforçait en vain de toucher son cœur, quand survint un prince étranser, nommé Carlomagno, envoyé par son père pour offrir à Galafre des secours contre le roi de Cordoue. Carlomagno n’était autre que Charlemagne, fils de Pépin le Bref, et qui, à la vérité, ne dépassa jamais l’Ébre; mais la légende s'inquiète peu de ce détail. Galiana n'eut pas plutôt vu le. prince étranger, qu'elle éprouva pour lui la plus vive sympathie : Carlomagno, de son côté, ne resta pas insensible à la beauté de la princesse arabe, et, sûr d’être agréé, il demanda sa main à son père. Celui-ci consentit, mais il fallait auparavant se débarrasser du terrible Bradamante. Carlomagno envoya un cartel à son rival pour le provoquer en combat singulier, et, après lavoir vaineu, lui trancha la tête, qu'il offrit à Galiana. La princesse se fit chrétienne et donna sa main à Carlomagno, qui l’emmena dans son pays, où elle fut reçue comme une reine. Ce n’est là qu'une des nombreuses légendes dont Charlemagne est le prétexte; et qui circulent encore parmi le peuple, ornées de gravures sur bois plus que naïves. Une légende également fabuleuse se rattache à une autre ruine arabe, e/ Baño de la Cava, qu’on appelle aussi Baño de Florinda. C'est une tour carrée, ouverte à tous les vents, bâtie sur le w bord du Tage, à peu de distance du Puente San Martin, et qui ne nous offrit de remarquable qu'une inscription en caractères coufiques gravée sur une plaque de marbre. Suivant la tradition, c'est là que la belle Florinde, fille du comte Julien, gouverneur de l'Andalousie, et nièce de Witiza, venait se baigner avec ses compagnes. Or Rodrigue, le dernier roi visigoth d'Espagne, aimait à s embusquer dans une tour voisine, d’où il épiait les jeux des baigneuses. Un jour que les jeunes filles s’amusaient à comparer leurs bras, le roi trouva ceux de Florinde très-bien formés, et s’éprit d'elle. N'ayant pu obtenir son consentement, il employa la violence. Le comte Julien, furieux de cet outrage, jura de se venger : il appela les Arabes, et leur facilita l'entrée de l'Espagne. La tradition ajoute que, voulant se punir lui-même de sa trahison, il se fit ensevelir vivant dans un cercueil plein de vipères.

Page 1