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UNE CASTANERA (MARCHANDE DE CHATAIGNES), A MADRID.
tout sur son passage; car les deux énormes paniers qui contiennent son pain font saillie de chaque côté de sa monture, comme les tambours d’un bateau à vapeur; c’est encore un aquador qui, avec le baril plein d’eau qu'il porte sur l'épaule, distribue, sans s’émouvoir, des horions aux passants. Les cris de Madrid sont très-nombreux, et tout à fait inintelligibles pour les étrangers. Chaque marchand a le sien, qu'il lance sur la note la plus aiguë : la Fuencarralera, qui apporte les légumes d’un village voisin, crie de toutes ses forces : /a rica judia, como la seda! les beaux haricots verts, comme de la soie), ou bien ses radis : y rébanos! y rébanos ! vaya el peregil ! (voilà le persil), nuevas avellanas, como la leche! (noisettes fraîches, comme du lait!). Le melonero crie ses melones à cata! (à goûter) ; le pavero, ses pavos cebados! (dindons engraissés À l'orge); la castañera, sès châtaignes : calentitas, cuäntas? (toutes chaudes, combien ?) Il y à encore l'arenero, qui va chercher un sable très-fin dans le lit du Manzanarès : Arena! arena! la ramilletera, qui vend toutes sortes de fleurs : Qué clavel! (le bel œillet!); le naranjero
(marchand d’oranges), presque toujours Andalou ; le piñonero, chargé de pommes de pin, ete.
Risquons-nous maintenant dans le astro, qui rappelle à la fois le Temple, la place Maubert et l’ancienne Cité. Le Æastro est le quartier du vice et de la misère, le séjour des revendeurs, des marchands de chiffons, de ferrailles et de guenilles ; les Prestamistas, qui prêtent sur gages à cinq pour cent... par semaine, y sont plus nombreux encore que dans le reste de la ville, et ce n'est pas peu dire! À chaque pas nous y voyons un despacho de vino, où le vin se vend dans des outres et dans des céntaros de terre, ou bien une ‘aberna dont la cuisine peu appétis sante rappelle les arlequins de certains bouges de Paris. Ces ermitas de Baco, comme les appelait Cervantès, sont fréquentés par une population maladive et mal vêtue, dont une partie appartient à la corporation des voleurs, nombreuse et redoutable ici comme dans presque toutes les