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LA FONTAINE DE CYBÈLE, AU PRADO

grandes villes, et qu'on appelle en argot la cherinola. Chaque spécialité a un nom particulier : ainsi celui qui indique les coups à faire s'appelle e/ piloto ; celui qui vole dans les foules, bwzo ; celui qui opère en s’introduisant par les fenêtres, ventoso; le petit voleur qui opère seul recoit le nom de 7atero, raton ou raterillo ; le recéleur, celui d'aliviador. ete. L'argot des voleurs ou germania n'est pas moins pittoresque que celui de France : aussi reviendrons-nous sur ce sujet, qui nous offrira des rapprochements curieux au point de vue philologique. C'est dans le même quartier que se trouve la Æébrica de tabacos, vaste édifice dont l'entrée principale est située dans la Calle de Embajadores, et qui occupe trois mille ouvriers. Les Espagnols sont grands fumeurs ; dès le dix-septième siècle, nous assure un ancien auteur, le tabac rapportait à l'Espagne six millions bien liquides, somme considérable pour l’époque. Aujourd'hui, d’après

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La Cigarrera de MO e est un des Lypes les plus rates 4 k ue sl le seu qui rappelle les Manolas d'autrefois, — las difuntas Manolas, — disparues depuis une trentaine d'années, comme les grisettes parisiennes. Ce mot et son masculin Manolo ne sont qu’ ‘une abréviation d’un prénom très-commun à Madrid, Manuel. La Manola, peinte par Th. Gautier dans sa Mi = litona, était la lionne populaire, passionnée pour les taureaux, où elle se rendait en calesin, —un véhicule disparu aussi, et qui rappelait le corricolo napolitain. Son souvenir, qui S ‘efface chaque jour, n'existe plus guère que dans les chansons populaires :

Alza! Ola!

Vale un mundo mi manola!

Quittons les quartiers populaires pour la promenade à la mode. Le Prado, rendez-vous des équipages, des cavaliers, des élégants, était autrefois, comme son nom l'indique. un simple pré, dont Charles IT fit une promenade fort agréable, qui côtoie, sur une longueur de près de quatre kilomètres. l'enceinte de la capitale. En partant de Notre-Dame d’Atocha, on suit d’abord la partie qui prend le nom de cette église, puis on arrive au Paseo del Prado, dont le commencement, parallèle au Jardm botanique, est appelé Paseo Botänico ; après avoir laissé sur la droite l'imposante façade du Musée, on arrive à la Fuente de Neptuno, où commence le Salon del Prado, qui se prolonge jusqu'à la Fuente de Cibeles, à l'angle de la rue d’Alcalà ; vient ensuite le Prado de Recoletos, suivi de la Fuente Castellana. C'est au Salon del Prado et à la Fuente Castellana que, dans les longues soirées d'été et dans les beaux jours d'hiver, se réunit la population élégante de Madrid. On serait bien trompé si l’on s'attendait à y trouver beaucoup de couleur locale : les modes françaises, depuis longtemps déjà, ont détrôné la mantille, et sans les cris des marchands de cerillas, des aguadores et des ramilleteras (bouquetières), on pourrait parfaitement se croire dans une promenade de Paris.

Il y a longtemps que l'influence française a commencé à se faire sentir à Madrid, sinon dans les mœurs, du moins dans les modes. Un écrivain du dix-septième sièele disait que les Espagnols commençaient à se franciser ; le verbe a/francesar ne s'applique pas seulement à la politique, mais signifie aussi donner un tour français au langage, y introduire des gallicismes, et suivre ou copier servilement nos coutumes et nos modes. Un voyageur hollandais qui visita Madrid il y à plus de deux cents ans, parle du nombre prodigieux de nos compatriotes qui y étaient établis. (On y compte, dit-il, plus de quarante mille François qui, sous un habit espagnol et en se disant Bourguionons, Wallons et Lorrains, font fleurir le commerce et la manufacture. Ils ont besoin de cacher leur naissance, car, si elle est connue, ils sont obligés de payer par jour à la Ville un ou deux quarts par teste, qui sont environ un sol de nostre monnoye, et quand il arrive quelque adversité à l'Estat, s'ils ne se tiennent clos et couverts, ils sont sujets à mille insultes, et mesme à estre battus. » |

Revenons au Prado et dirigeons-nous vers la Fuente Castellana, à l'ombre de beaux arbres dont le pied baigne dans un trou rond garni de briques, où l’eau est amenée par de petits canaux : précaution indispensable ici, car le climat de Madrid est tellement sec, que faute d'eau les racines

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